12 avril 2011

Un article de Jean-Pierre Petit

SOURCE

(en noir, les commentaires de JP Petit)


12 avril 2011 :
Source :

Une interview de Thierry Charles, directeur de l'Institut de Radioprotection et de sûreté Nucléaire français ( IRSN), menée pour le Monde par le journaliste Antoine Bouthier :

Depuis le 11 mars, le Japon est embourbé dans une crise nucléaire sans précédent. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) estime aujourd'hui que le "pire est passé" mais qu'il faudra encore "des semaines, voire des mois" avant que la situation soit stabilisée à la centrale.

Quand avez-vous compris à quel point cet accident était sérieux ?
Nous avons commencé à nous inquiéter dès la première explosion [24 heures après le séisme]. Au départ, nous envisagions un scénario à la Three Mile Island. Le combustible avait fondu partiellement et l'on assistait à des pertes de refroidissement, facilement gérables (...).
Mais lorsque nous avons vu l'explosion, nous savions qu'il y avait de l'hydrogène dans la cuve et que les conséquences pouvaient être très graves.

Comment estimez-vous la situation à présent ?
Depuis dix jours, la situation est à peu près stabilisée. Les ingénieurs parviennent à refroidir les réacteurs en continu avec de l'eau douce. On a retrouvé des flaques très radioactives sous la centrale, ce qui pourrait être dû à de petites fuites sous les cuves (?...). Mais il y a une couche de huit mètres de béton sous le réacteur, elle même construite sur de la roche. Il y a désormais très peu de chance que le magma commence à s'enfoncer dans le sol. Par ailleurs, l'enceinte de confinement est remplie d'azote, c'est bien. Cela va permettre d'éviter la formation d'hydrogène et minimiser les risques d'explosion.
Le pire est passé, mais ce n'est que le début de la conquête. La situation sera complètement gérée lorsque le système de refroidissement fonctionnera de nouveau.
Les ingénieurs avancent doucement et ils ont raison de prendre leur temps. D'autant plus qu'ils arrivent à alimenter les réacteurs en eau sans problème (?...).
Avant de remettre le système en route (???), il faut vérifier tous les circuits électriques, les pompes et l'eau qui se trouve dans les cuves, qui peut contenir des débris et des croûtes de sel. Cela peut prendre des semaines, voire des mois.

Pourquoi la zone d'exclusion a-t-elle été élargie ?
Elle a été élargie à 30 km. Cela correspond à la zone post-accidentelle, où l'on observe des dépôts de radioactivité au sol. Nous pensons que c'est une mesure raisonnable. L'iode 131 est un radioélément à vie assez courte, elle décroît d'un facteur 2 chaque semaine. Dans trois mois, son niveau sera complètement secondaire et les habitants pourront théoriquement revenir.(donc, la pollution n'est liée qu'à des tradionucléides à faible durée de vie)

Que pensez-vous de la gestion de Tepco ?
Il faut se mettre à leur place. Ils venaient de subir une énorme catastrophe naturelle où ils avaient potentiellement perdu des membres de leur famille lorsqu'ils ont dû faire face à une situation nucléaire inédite, avec plusieurs réacteurs endommagés en même temps.
Leur principale erreur, c'est d'avoir tout misé sur le refroidissement des cœurs et d'avoir négligé les piscines de combustible au début de la crise. Avec plus de recul, on pourra analyser comment ils auraient dû réagir idéalement (...).

Comment les autorités vont-elles mettre la centrale hors-service ?
Une fois le système de refroidissement rétabli, lorsqu'il n'y aura plus besoin de rajouter de l'eau en permanence dans les cuves, le travail sera loin d'être terminé. Il faudra qu'ils nettoient tout le site, enlèvent le combustible et mettent la centrale à l'abri du vent.
Quand on voit les photos du site, où plusieurs réacteurs ne sont que des enchevêtrements de ferraille et de béton, je serais heureux que monsieur Thierry Charles nous explique comment les Japonais vont s'y prendre pour "nettoyer le site" et "enlever le combustible, des coeurs et des piscines". Comme y accéder ??
Ils doivent encore réfléchir à la bonne stratégie, qui sera différente de Tchernobyl, où ils ont dû construire un sarcophage.
Donc, la mise sous sarcophage ne s'impose pas ?
Ici, le réacteur n'est pas à ciel ouvert. Par ailleurs, nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle secousse sismique. Nous n'écartons pas la possibilité de soubresauts ou de nouveaux rejets radioactifs dans l'atmosphère.
Antoine Bouthier

Simple commentaire : voici les photographies du canon à béton à fort débit, loué aux Américains (Société Putzmeister) par les Japonais, qu'on est en train de charger, sur la côte ouest des Etats-Unis, dans un avion cargo géant Antonov 22, pour que ce matériel soit acheminé au Japon.
Source :
Traduction :
ATLANTA (Associated Press) -
Un énorme avion cargo a atterri à Atlanta vendredi pour embarquer l'une des pompes à béton les plus grandes du monde, qui a été modifiée de manière à pouvoir projeter de l'eau sur les installation nucléaires du site japonais frappé par le tremblement de terre et le tsunami.
Cet appareil, d'un poids de 95 tonnes, a été conçu au Wisconsin, par l'entreprise Putzmeister et repose sur 26 roues. Son bras permet d'opérer à 60 mètres de hauteur, ceci permettant d'opérer dans des portions difficiles à atteindre su site de Fukushima Dai-icji, au Japon.
Eventuellement, cette pompe peut aussi être utilisée pour créer un sarcophage de béton
Après la catastrophe de Tchernobyl de 1986 la société Putzmeister envoya 11 pompes pour envoyer du béton sur l'installation endommagée en Ukraine.
A propos de cet envoi mentionné, Dave Adamas, de Putzmeister, a déclaré que toute la compagnie espérait que ce matériel pourrait aider à résoudre les problèmes, là-bas".
........
Un représentant officiel de la société Putzmeister contacta le société japonaise TPCO après avoir vu que les Japonais essayaient d'arroser les installations endommagées en utilisant des hélicoptères et des camions à incendie.
La société dérouta une pompe Putzmeister moins importante, qui devait initialement gagner le Vietnam. Une douzaine de travailleurs utilisèrent cette pompe pour asperger la piscine de stockage d'un des réacteurs avec 150 tonnes d'eau de mer, ce qui put être effectué en trois heures de temps et démontra l'intérêt d'utiliser ce système d'apport à l'aide d'une perche.

Le déplacement d'un système Putzmeister de grande dimension a amené le Japon à louer un avion cargo russe Antonov N-124, l'un des plus grands du monde.
.... il est prévu que cette pompe, ainsi qu'ne autre, récupérée sur l'aéroport international de Los Angeles puisse quitter les USA samedi. La compagnie Putzmeister a prévu d'envoyer des installation de plus petite taille depuis l'Alllemagne, les frais étant pris en charge par les Japonais
(On rappelle au passage que la société TEPCO n'avait pas jugé bon d'assurer les installations du site de Fukushima). 

Putzmeister 1
Le super canon à béton de la société Putzmeister, chargé dans un Antonov 22 russe

Observez, à droite, l'orifice rectangulaire où on déverse le béton, amené par une "toupie"

Putzmeister 3


La machine géante, chargée à bord de l'avion cargo russe ne semble pas a priori se prêter à une aspersion d'eau. Pour ce faire il faudrait modifier totalement l'arrière du véhicule, ce me semble. Je crois que le diamètre de sa trompe de déversement est de 25 cm, et son débit de 60 litres.seconde. A vérifier.
Au vu de ces images, une question émerge : Les Japonais se prépareraient-il a ensevelir les réacteurs sous des dizaines de milliers de mètres cubes de béton ?
Le problème n'est pas simple. A Tchernobyl le coeur, brutalement entré en criticité (à cause d'un "empoisonnement au xénon), avait transformé une masse importante de l'eau de refroidissement en hydrogène et oxygène. Au dessus de mille degrés, ce mélange, issu de la dissociation des molécules d'eau, ne peut se reconstituer en molécules de vapeur d'eau. Quand la température devient plus faible, une recombinaison ultra-rapide devient possible et ce mélange "stoechiométrique" se transforme en un puissant explosif. Le phénomène consiste donc à prendre de l'eau, à lui communiquer de l'énergie, pendant "un certain temps" ( des minutes ? dizaines de minutes ?) pour en faire un explosif puissant qui restituera alors cette énergie en un millième de seconde. A Tchernobyl la puissance explosive fut suffisante pour expédier la dalle en béton armé, de 12 tonnes, chapeautant le réacteur, à des dizaines de mètres au-dessus. Elle virevolta et retomba à 45°, pulvérisant au passage une masse importante de graphite, à l'état solide, utilisé comme modérateur.
Les réacteurs de Fukushima étaient tous chapeautés par une dalle semblable. Qu'en est-il de celle du réacteur numéro 3 ?
Le coeur se mit à entretenir la combustion du graphite, dans l'air, et les 25 pompiers qui tentèrent, sans succès,de stopper ce feu avec leurs lances furent irradiés et moururent tous dans le peu de jours qui suivirent. Ils affrontèrent ce qu'ils croyaient n'être qu'un simple brasier sans le moindre équipement de protection.
En se consumant, le graphite emmenait en altitude des éléments radioactifs. Il était lui-même devenu fortement radioactif. La priorité des Russes fut donc de stopper ce feu à tout prix. Il fallait pour ce faire boucher le trou de 10 mètres de diamètre, à travers lequel on pouvait voir le coeur du réacteur, entretenant la combustion du graphite. Ceci ne pouvait être fait avec des pompes à béton. Les Russes sacrifièrent 600 équipages d'hélicoptères, qui déversèrent, à 200 mètres au dessus de cette gueule béante, des milliers de tonnes de sable, de bore et même de plomb (qui se mit derechef à participer à la pollution de l'air). Tous ces pilotes et mécaniciens moururent des suites des doses reçues. Mais, dans l'urgence, il n'y avait pas d'autre solution.
Quand le coeur se trouva recouvert, sa température monta, et les Russes se trouvèrent confrontés à un nouveau problème. Ce coeur attaquait le béton et risquait d'entrer en contact avec une autre masse d'eau, importante, accumulée dans le sous-sol, issue de la tentative menée par les malheureux pompiers, qui pouvait à son tour se transformer en explosif et expédier les débris du coeur en fusion, non à des centaines de mètres, mais à des dizaines de kilomètres, voire plus. Des discussions courent toujours pour savoir ce qu'il aurait pu alors advenir. Mais tous les spécialistes s'accordent à penser que cette seconde explosion aurait pu rendre une bonne partie de l'Europe simplement inhabitable !
Les Russes sacrifièrent une nouvelle centaine d'hommes, des pompiers, pour vider cette eau. Mais il constatèrent, après l'avoir approché par des galeries et avoir ménagé un orifice à l'aide d'une torche, que le magma-corium, après avoir envahi cette salle, avait une température suffisante pour pouvoir attaquer la couche de béton suivante, dernière barrière vis à vis de la nappe phréatique, en communication avec la rivière Pripyat, affluent du Dniepr, lequel se jette dans une mer fermée, la Mer Noire....
Des mineurs, amenés par avion, creusèrent un tunnel de 140 mètres de long, dans un sol meuble, à raison de 13 mètres par jour et sous une température de 50°. Puis, sous le réacteur, il aménagèrent une dalle de 30 mètres sur 30, qui stoppa la descente du magma.
Enfin les ingénieurs conçurent un immense et coûteux sarcophage, mélange de fortes poutres d'acier, de béton et de plomb, d'une durée de vie estimée à 30 ans. On lutte actuellement pour réunir les fonds, importants, pour pouvoir chapeauter ce sarcophage par une structure en voûte, entièrement métallique, dont on estime que sa durée de vie pourrait être alors d'un siècle.
Si les Japonais décident la "mise sous sarcophage", comment procéderaient-ils ? Il faudrait envisager de noyer totalement les réacteurs sous une masse de béton (50.000 mètres cubes ?). Comment armer ce béton et l'empêcher de se fissurer sous l'effet des tensions thermiques? Tout ce que j'ai pu trouver c'est un chiffre concernant le débit de ces pompes géantes : 200 mètres cubes/heure.
Je poursuivrai ce texte en reproduisant le rapport de la commission Japonaise officielle, en date du 4 avril, qui avoue que personne ne connaît la hauteur de l'eau dans les cuves; la température des enceintes en acier et l'état de ces différentes barrières de confinement. Des indices (issus de l'analyse de l'eau salée utilisée pour la réfrigération et de ses abondances isotopiques) laissent à penser que du corium s'est répandu dans les volumes situés sous les cuves de certain réacteurs. En quelle quantité ? Où ? Personne n'en sait rien.
Le directeur de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français, monsieur Thierry Charles, affichant un optimiste paisible et rationnel et ne se laissant pas sumerger par l'émotion semble avoir eu accès à des informations dont les officiels japonais ne disposent pas. Si c'est le cas il serait urgent qu'il les leur fasse parvenir.

1 commentaire:

  1. http://www.esa.int/esaCP/SEMLWO7YJ6H_index_0.html
    source: ESA
    Téléportation

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