27 avril 2011

La catastrophe de Nogent sur Seine, épisode 5

27
avri
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 5 - "Messieurs, nous voilà avec un accident de niveau 4 sur les bras."

mardi 26 - 01 h 34 mn 32 s - Salle de commande

Hervé perçoit nettement une vibration sourde. Pas de doute, la vapeur s’échappe à l’extérieur. Sinon la température et la pression augmenteraient dans l’enceinte du bâtiment-réacteur, et il le verrait sur les tableaux.
- « C’est peut-être mieux ainsi », pense Hervé, songeant aux problèmes posés par la vidange d’un GV dans le bâtiment. Les deux opérateurs n’ont aucun mal à imaginer le spectacle, dehors, là où la canalisation a cédé : un sifflement assourdissant, le bâtiment environné d’un nuage de vapeur qui semble jaillir de la paroi, comme si celle-ci s’était brusquement fendue.
Dans la salle de commande, on n’entend rien. On sent. Le relâchement a lieu au-dessus de leurs têtes, mais la dalle de béton - plus d’un mètre d’épaisseur - qui les isole du reste du monde étouffe complètement le son.
- « Le rejet a l’air colossal. Sans doute une rupture-guillotine. Je me demande ... Dans moins de vingt secondes, le générateur vapeur sera à sec. Tu imagines le chambard à l’intérieur, avec quarante tonnes d’eau qui se vaporisent en un rien de temps pour foutre le camp à l’extérieur ? Va chercher la fiche A0. »
Michel se dirige vers le meuble de classement où sont rangées les fiches de procédure en cas d’accident.

mardi 26 - 01 h 34 mn 45 s – Salle de commande

Hervé reprend son souffle : un voyant signale que le système de borication d’urgence du cœur a démarré. Il faut augmenter la concentration en bore du circuit primaire. Le bore est cet élément chimique qui absorbe les neutrons, et qui va empêcher une reprise de la réaction en chaîne et des surchauffes au sein du combustible. Un premier danger est donc écarté. Simultanément, un second voyant indique que le circuit d’injection de sécurité est entré en action.
- « Tout se déroule correctement », chuchote Hervé pour se rassurer.

mardi 26 - 01 h 34 mn 50 s – salle de commande

PNG - 43.6 ko
Echelle internationale des événements nucléaires
Au moment où Michel tend la fiche A0 [1], à Hervé, Pierre Duguey, l’ingénieur de sûreté et radioprotection (l’ISR) entre en trombe dans la salle de commande. Hervé lui montre qu’il est à la hauteur.
- « Ça vient de commencer. D’après les instruments, c’est une rupture de la tuyauterie de vapeur du GV 4. Sûrement une grosse brèche à l’extérieur, entre le bâtiment-réacteur et la salle des machines. Tu lances le PUI ? » [2] Pierre Duguey examine les cadrans.
- « Ce n’est pas à moi de le faire. Qui est d’astreinte de direction, cette nuit ?
- Hervé Maillart, le directeur, lui même » Pierre compulse rapidement la fiche de quart. Il saute sur le téléphone.
- « 03 25 …, allons-y ...
- « Monsieur Maillart ? On a un accident. Chute de la pression vapeur, turbine déclenchée, borication d’urgence, baisse de température sur le retour de la boucle 4. La tuyauterie de vapeur du GV a dû se rompre ... Non, certainement à l’extérieur, il y a une minute. »
L’ISR se tourne vers les opérateurs, avec un drôle de ricanement nerveux :
- « Messieurs, nous voilà avec un accident de niveau 4 sur les bras. Le premier en France depuis la rupture d’un tube en U sur Tricastin 3. J’espère qu’on s’en sortira aussi bien. Bon, je préviens l’équipe de la tranche 2. »

mardi 26 - 01 h 34 mn 55 s - Sous-sol de la centrale

Le chef de quart n’en croit pas ses yeux : la pompe démarre sans crier gare ! Jean, le rondier, tout chevronné qu’il soit, n’a jamais vu ça.
- « Attends, j’appelle la salle de commande. »
- « Alors, qu’est-il arrivé ? .. Ouh, c’est sérieux ! Nous remontons tout de suite. »
Raymond est un vieux chef de quart. Il a gagné ses galons à Chinon, sur un réacteur graphite-gaz.
« Allons, Jean, pas la peine de s’éterniser ici.
- Je ne comprends pas, remarque le rondier. On a une rupture sur le secondaire, et voilà que l’injection de sécurité démarre. Il n’y a pourtant pas de brèche dans le circuit primaire !
- Heureusement, que ça a démarré ! Trop compliqué à t’expliquer ! C’est nécessaire pour protéger le cœur, pour éviter des dégâts sur le combustible. »
Les deux hommes empruntent l’escalier pour remonter au niveau zéro. Ils se dirigent vers la tour d’accès pour rejoindre l’ascenseur. La salle de commande se trouve quinze mètres plus haut.

La suite ce soir

Aucun commentaire:

Publier un commentaire