26 avril 2011

La catastrophe de Nogent sur Seine, épisode 4

26
avri
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 4 - "Mon vieux, je crois qu’on est mal barré."

mardi 26 - 01 h 34 mn 27 s - Salle de commande

Dans le générateur de vapeur N°4, le débit vient d’augmenter brutalement. Deux circuits d’eau s’affrontent dans cette énorme marmite à pression, haute de vingt mètres : le primaire, brûlant et contaminé par les fuites routinières du combustible nucléaire, transmet sa chaleur au circuit secondaire, exempt de radioactivité, grâce à un fabuleux faisceau de minces tubes (19 mm de section). Un faisceau haut de onze mètres, constitué de cinq mille trois cents tubes en U, soit cent vingt kilomètres de minces tuyaux, surnommé « le chignon ». Cette surface d’échange représente environ trois quarts d’hectare. (Un hectare c’est 10 000 m2.) L’eau de ce circuit « propre » est portée à ébullition. La vapeur sous pression est transférée vers la turbine par de grosses tuyauteries pour produire de l’électricité.
D’après les indications affichées sur le panneau de contrôle, la production de vapeur du GV vient de passer de cinq cent cinquante kilos par seconde à plus du double... Hervé et Michel restent immobiles face aux instruments. On dirait un cas d’école : ils ont été confrontés à un accident du même type pendant un de leurs stages sur simulateur.
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Rupture du tube de GV
Ou bien une soupape de décharge à l’atmosphère s’est malencontreusement ouverte…
- « Mais comment ? .. » murmure Michel
- ou bien il s’agit d’une rupture de la conduite de vapeur.
- « Mon vieux, je crois qu’on est mal barré. » Hervé a soudain la gorge serrée. Il n’y a rien à tenter pour l’instant. Observer et réfléchir, voilà tout. Où s’est produite la brèche ? Dans l’enceinte de confinement ou à l’extérieur, quelque part au-dessus de leur tête ?

mardi 26 - 01 h 34 mn 40 s - Salle des machines

- « Que dit le manomètre ? hurle Robert à l’apprenti... Parle plus fort ! Eh, les pompes ont décroché ! Tu entends ? La vitesse diminue.
- On fait quoi, dans ce cas-là ?
- Dans un cas pareil, un arrêt imprévu comme ça, il n’y a qu’à appeler en salle de commande pour savoir ce qui se passe, et où on peut être utile.
- « Allô, Michel ? Qu’est-ce ... quoi ? Une rupture de ... ça alors ! OK, on ne s’éternise pas ici. »
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Salle des machines de la centrale de Golfech
Robert a légèrement blêmi. Il se reprend sous le regard inquiet du garçon.
- « Petit, tu es gâté. Pour un baptême du feu, te voilà servi : une rupture de canalisation principale de vapeur, celle du GV 4. D’ailleurs, tu entends ce bruit ?
- Le grondement ? Ça a l’air fort ! C’est dangereux ?
- Rassure-toi, c’est grave, parce qu’il va falloir arrêter pour un bout de temps, mais tu sais bien que cette vapeur qu’on entend s’échapper avec un tel boucan n’est pas radioactive pour un sou. On ne risque rien, mais quand même, ça va pas mal secouer le matériel. Après, on aura à inspecter partout pour voir comment il a encaissé. »
En marchant, Robert explique les contraintes violentes subies par l’installation lors d’un arrêt d’urgence. Le jeune est très impressionné. La passerelle ne vibre-t-elle pas davantage ? Tout à l’heure, au début de la ronde, elle ne bougeait pas. Non, c’est idiot...
- « Est-ce que ça veut dire que le réacteur est arrêté ? risque timidement le stagiaire. .
- Ah oui, tu peux le dire ! Robert éclate de rire. Mais à l’intérieur, il ne ferait pas bon y mettre les pieds en ce moment. Ça fait vingt ans qu’elle tourne, cette tranche ! Le combustible, en ce moment précis, dégage une chaleur dont tu n’as pas idée. A peu près deux cent cinquante mille kilowatts. Attends, pour que tu comprennes ... la puissance de deux cent cinquante mille fers à repasser, dans un volume inférieur à un studio. L’essentiel, c’est de l’évacuer sans interruption. Il y a des circuits spéciaux pour ça.
- Et s’ils ne marchent pas ?
- Oh, alors, ça peut provoquer une vraie catastrophe ! »
Le jeune homme réprime mal un frisson.

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