28 avril 2011

Catastrophe de Nogent sur Seine, épisode 8

28
avri
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 8 - "on avait tout prévu, mon vieux"

mardi 26 - 01 h 38 mn - Centrale nucléaire, salle de commande

Pierre Duguey, l’ingénieur de sûreté, se rassure :
- « Une ligne Maginot ! Voilà ce que c’est, leur système de poupées gigognes ! Au centre, le combustible, une céramique, c’est la première barrière ! Puis, entourant l’uranium, des gaines étanches, c’est la deuxième barrière ! Ensuite, la cuve du réacteur, troisième barrière ! Et enfin, les deux enceintes de confinement en béton emboîtées l’une dans l’autre : dernières barrières. Un tel coffre-fort doit naturellement retenir la radioactivité en toutes circonstances, sinon la contenir et la guider vers le système de filtrage où on la coince avant qu’elle puisse gagner l’atmosphère ...
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Les 3 barrières de sureté
- « Vous croyiez qu’elle allait attaquer de front ces formidables remparts ? Forteresse, tu parles ! »
Hervé est stupéfait. Michel ne sait plus où se mettre. Pour un peu, ils oublieraient l’accident. Quant au quatrième rondier, cette tirade le surprend au moment où il sort de la cuisine d’exploitation. Le plateau garni de tasses à café a failli lui échapper des mains.
- « Mais qu’est-ce qu’ ... Il y a qu’on avait tout prévu, mon vieux, même les accidents les plus effrayants : brèches dans le circuit primaire, des grosses, des petites, des tordues, des franches et des nettes, des choses abominables qui auraient transformé l’intérieur du bâtiment-réacteur en une infernale étuve radioactive.
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Brêche dans le circuit primaire
Chaque fois, le rapport de Sûreté nous convainquait de la parfaite suffisance des dispositifs de sauvegarde pour limiter les conséquences extérieures à un niveau ridiculement faible.
Avant Tchernobyl, parler de risque grave frisait l’indécence. Et même après, pas un bouton de guêtre ne manquait, naturellement. Et on en rajoutait, pour épater la galerie ! Tenez, on s’est même amusé à calculer si les enceintes résisteraient à la chute d’un petit avion d’affaires. De la foutaise ! Qu’est-ce qu’il casserait, d’abord, l’avion en tombant ? Hein ? Je vous le demande.
Et maintenant avec Fukushima, je ne vous raconte pas… »
Hervé sent la moutarde lui monter au nez.
- « Écoute, Pierre, on a mieux à faire ...
- Il n’y a rien à faire. L’avion ferait comme la radioactivité : il taperait sur le point faible, sur ces satanées tuyauteries de vapeur qui passent innocemment, les idiotes, quasiment sans protection du bâtiment-réacteur à la salle des machines. »
Soudain plus grave, l’ingénieur poursuit :
- « Au lieu de donner dans le grand guignol, il aurait mieux valu regarder en face le talon d’Achille de cette centrale nucléaire. Oui, les quelques 5 300 tubes du GV, une surface de métal toute mince, d’une section de 19 mm. Mais quelle surface ! Réfléchissez : trois hectares, trois terrains de foot, bourrés de fissures. Faut pas trop les brusquer, ces fissures, déjà qu’elles s’ouvrent toutes seules en temps normal, même quand on les laisse tranquilles ! Alors, pensez à ce qui peut se passer si on secoue le GV comme un prunier ... »
L’ISR est effondré. Il a trop de connaissances techniques pour ne pas voir se dessiner l’issue inévitable : un déferlement menaçant de radioactivité dans l’atmosphère.

mardi 26 - 01 h 41 mn - Paris, gare de l’Est

Avec une minute de retard sur l’horaire, le train de nuit Paris-Bâle, via Mulhouse, prend le départ au quai 13...

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