mercredi 27 avril 2011

La catastrophe de Nogent sur Seine épisode 6

27
avri
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 6 - "Le pire est devant nous !"

mardi 26 - 01 h 35 mn - Salle de commande

Michel surveille le déroulement des séquences automatiques. Pierre et Hervé ont pris position devant le panneau de sûreté. Deux écrans affichent, sélectionnées par l’ordinateur de la tranche, les informations importantes sur l’accident en cours.
Le téléphone qui relie la centrale au dispatching résonne près d’Hervé [1].
L’échange est bref :
- « Combien de temps va durer cet arrêt ?
- On ne redémarrera pas avant très longtemps. Poussez les frangines en conséquence, Salut ! »
Un instant déconnecté, Hervé observe ses deux collègues, tendus, mais parfaitement calmes. Il est assez fier, finalement. La formation sur simulateur paye, tout de même !
- « Camarades, à boire ! Je suis assoif ...
- La ferme ! »
Pierre a quasiment hurlé. Le quatrième rondier émerge, ahuri. Il vient de terminer l’inspection de quelques ateliers du bâtiment des auxiliaires nucléaires.
- « Quelle mouche a piqué Pierre ? se demande Hervé. Il n’y a vraiment pas de quoi s’affoler. Quelque chose doit l’inquiéter… »
Michel prend le nouvel arrivant à part. D’un revers de main, il balaie l’ensemble des instruments de mesure affolés, et murmure au rondier :
- « T’en fais pas, les sauvegardes se déroulent comme à la parade. D’ici peu de temps, Hervé va stopper le RIS, et mettre en route le système de refroidissement à l’arrêt. Dans quelques heures, nous aurons amené tranquillement le réacteur en arrêt à froid. On te dira ce que tu dois faire en temps utile. Tiens, va préparer du café pour tout le monde. »
Le rondier n’en revient pas : pour la première fois, un opérateur prend le temps de lui expliquer quelque chose.

mardi 26 - 01 h 36 mn 30 s - Rez-de-chaussée de la tour d’accès

Le chef de quart attrape Jean avant qu’il n’entre dans l’ascenseur.
- « Viens, on va faire un tour dehors, histoire de voir la tête que ça a ... »
Les deux hommes sont saisis par la fraîcheur de la nuit. Immédiatement, bien qu’il provienne de l’autre côté du bâtiment-réacteur, l’oreille exercée de Raymond repère le sifflement du rejet de vapeur.
- « Bizarre ! Après une rupture guillotine, le GV se vide en moins de trente secondes. Ecoute, c’est toujours pas fini ! » Raymond scrute le ciel derrière l’enceinte. Naturellement, il manque de recul pour voir. Ce qu’il entend lui suffit. « Oh là là ! Vite ! Dans l’ascenseur. »

mardi 26 - 01 h 37 - Salle de commande

Pierre est livide. Il désigne quelques chiffres affichés sur l’écran gauche. D’une voix blanche, il appelle Hervé. Effrayé, Michel contemple le visage de l’ISR et la physionomie atterrée du chef de bloc.
- « Le pressuriseur est toujours vide, balbutie Hervé [2]. La pression continue de baisser, et ... et le niveau de la cuve baisse aussi. Le circuit d’injection de sécurité débite de plus en plus. Non, ce n’est pas possible !
- La perte de charge en sortie du GV 4 prouve que ça rejette toujours dehors », conclut Pierre.
L’ingénieur semble assommé. Une seule explication : un, ou plutôt plusieurs tubes en U n’ont pas résisté à la dépressurisation brutale du GV. Maintenant, c’est le circuit primaire, de l’eau contaminée, qui se vide, via la brèche du GV, directement dans l’air extérieur. Hervé est pris d’un terrible vertige.
- « Si le débit du circuit d’injection ne suffit pas à maintenir le niveau d’eau dans le réacteur, ç’est que les dégâts dans le chignon dépassent le pire.
- Le cœur sera bientôt à découvert. Le refroidissement du combustible a probablement cessé, à cause de l’ébullition en masse du circuit primaire. Le combustible va être endommagé ... il l’est sans doute déjà ... De la radioactivité va s’échapper, et ... il ne reste aucun obstacle à lui opposer. »
Pierre Duguey sent la panique monter. Un instant distraits de leur propre affolement, ses collègues le regardent, stupéfaits.
- « A quoi bon toutes ces fiches, pour les grosses brèches, pour la rupture d’un tube en U ... Rien n’est prévu pour cet accident. Nulle part, dans aucun rapport de sûreté, on n’a envisagé que la rupture d’une tuyauterie de vapeur, « accident possible mais hautement improbable  », puisse engendrer des ruptures de tubes en U, accident finalement pas si rare que ça en marche normale. »
Il ébauche un geste d’abandon, et poursuit, sarcastique et théâtral :
- « Messieurs, une nouvelle période de l’ère nucléaire vient de s’ouvrir ! Quelque chose de totalement inédit sur nos réacteurs REP, un accident de perte simultanée du refroidissement et de toutes les barrières. Désormais, l’intérieur du réacteur communique directement avec l’atmosphère. Le pire est devant nous ! »

3 commentaires:

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