mardi 17 mai 2011

Nogent sur Seine, épisodes 39 et 40

Un peu longuet entre les épisodes, mais voici la suite...

16
mai
2011

La catastrophe de Nogent/Seine : Episode 39 - " Il faut absolument éviter une remise en cause de notre programme électrique. "

vendredi 29 - 13 h - Palais Bourbon, Paris

- « Une véritable histoire de fou, ce coup en Bourse ! On nage en plein roman de Sulitzer. »
Près du kiosque à journaux de l’Assemblée nationale, dans l’entrée du palais Bourbon réservée aux députés, un élu UMP discute courtoisement avec un collègue socialiste. L’étalage croule sous une pile de Marianne. La« Une » de l’hebdomadaire représente un dessin de la Bourse de Paris, surmontée d’une immense tour de centrale nucléaire crachant des volutes de dollars. Sous le titre : « Accident ou attentat ? Nos révélations. », le journal publie l’intégralité d’un court rapport de police, relatant une fabuleuse et suspecte opération boursière. Le journal ne dit pas comment il a obtenu communication de ce rapport secret. En revanche, il publie le commentaire laconique du ministre de l’Intérieur : Claude Guéant déplore cette « fuite » susceptible d’entraver l’enquête en cours, et admet que les policiers n’ont pas encore réussi à identifier le, ou les propriétaires des actions si opportunément vendues, puis rachetées.
- « Accident ou attentat, peu importe, commente le député UMP en se dirigeant vers la grande salle des Colonnes. Il faut absolument éviter une remise en cause de notre programme électrique.
- Pour une fois, mon cher ami, je suis d’accord, sourit l’élu socialiste. Et j’ai remarqué, à la séance de ce matin, que vous applaudissiez notre ancien Premier ministre lorsqu’il s’élevait contre le principe d’un débat sur les technologies dites dangereuses. Votre groupe n’applaudit pas souvent quelqu’un du nôtre, pourtant.
- Ne crions pas victoire trop vite, répond le député UMP. Je crois savoir qu’une question écrite est en préparation pour relancer ce débat. Débat bien inutile au demeurant. »
Peu de députés se pressent à l’entrée de l’hémicycle. Sur les bancs de velours accolés aux colonnes blanches, un journaliste de Mediapart parle discrètement à deux députés normands.
- « Allons, dit le journaliste, admettez que vous refusez ce débat car votre région puise une bonne partie de ses emplois dans l’énergie nucléaire. Vous avez l’usine de la Hague, les centrales de Flamanville, Penly, l’arsenal de Cherbourg...
- Pas du tout, protestent les deux hommes. Mais certains n’attendent que cela pour politiser le débat. Sans compter ceux qui donnent dans la démagogie en braillant qu’il faut arrêter immédiatement les centrales nucléaires, sous prétexte que les Français le réclament à cor et à cri. Enfin, ce n’est pas sérieux ...
- Que pensez-vous de la proposition émise dernièrement par l’OPECST, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques ?
- Nommer une commission d’enquête pour déterminer les responsabilités dans l’accident ? Ah oui, c’est une excellente proposition,
- Qui n’engage pas à grand-chose. »
Une députée s’immisce dans la conversation. Elle reste debout devant les trois hommes pour continuer, un tantinet agressive :
- « Je n’ai jamais autant regretté que le ministère de l’Environnement ne détienne aucune prérogative en matière de nucléaire. S’il avait son mot à dire, j’ose espérer que le ministre actuel reconsidérerait ces fameux problèmes posés par la sûreté de nos installations. Or, actuellement, le lobby nucléaire, CEA, EDF et autres industries dépendantes, dicte leurs quatre volontés.
- Vous êtes contre le principe d’une commission d’enquête parlementaire ? demande le journaliste.
- Mais non, pourquoi serais-je contre ? Simplement, qui va piloter ces messieurs dans les arcanes du monde nucléaire ? Devinez : toujours les mêmes, ceux qui tiennent les rênes actuellement. Alors, cela ne servira à rien, voilà tout.
- Qu’est-ce que c’est que cet attroupement, là-bas ? » coupe un des députés de Normandie, désignant un groupe fort agité à l’entrée de la salle. Près de la porte, des huissiers en frac noir contiennent difficilement un homme énervé et échevelé, qui persiste à vouloir entrer dans l’immense pièce réservée aux parlementaires.
- « Monsieur, l’entrée du public est de l’autre côté. Vous n’avez pas de badge d’autorisation ...
- Laissez-moi passer, je dois m’adresser aux élus du peuple ! »
Une brève bagarre s’ensuit, et un gros paquet de tracts s’éparpille sur le sol. Le journaliste du Monde ramasse une des feuilles photocopiées sur un papier jaune.
- « On nous ment ! Députés, on vous ment aussi...
- Des hommes, des femmes, des enfants, ont été contaminés, irradiés. Les autorités sanitaires affirment que personne n’est en danger. Alors que déjà, les ravages de la radioactivité se font sentir. Des cancers vont se déclarer... »
Le journaliste ne lit pas plus loin, relève les yeux vers l’excité que les huissiers traînent sans ménagement vers la sortie, et confient aux policiers qui le poussent vers les grilles. Comment cet homme a-t-il réussi à franchir les contrôles successifs ? Parce qu’il est curieux, et que de toute façon il doit partir, le journaliste du Monde rejoint l’intrus. Effondré sur les marches du Palais, il est secoué de tremblements nerveux.
« Quelque chose ne va pas, monsieur ? »
Courtois et apitoyé, le journaliste pose une main sur l’épaule du malheureux qui sanglote en silence. « Ne me touchez pas, je suis dangereux ! » il a bondi comme un ressort.
- « J’ai passé une matinée entière dans le nuage radioactif. Vous vous rendez compte ? Et ma fiancée, a trente-neuf de fièvre, elle est enrouée, elle ne mange rien. Le médecin dit qu’elle a la grippe. On nous ment, on nous ment ... »
Le journaliste hoche la tête, pensif. Il a entendu parler de ces gens tellement secoués psychologiquement par l’annonce de l’accident nucléaire qu’ils sombrent dans la démence. A plusieurs reprises, les quotidiens ont fait état de suicides en zones touchées par la contamination. Les divagations de cet homme, secoué de tics, marquent-elles le début de sa folie ?

17
mai
2011

La catastrophe de Nogent/Seine : Episode 40 - "La thèse de l’attentat terroriste."

samedi 30 - 19 h 30 - France3

Immédiatement après le générique, les images tournées à la centrale nucléaire apparaissent sur l’écran.
- « Regardez bien, commente, en voix-off, Catherine Matausch, la présentatrice du JT national. Vous avez déjà vu ce film. Il y a quatre jours, ces images vous avaient intéressés parce qu’elles montraient l’ampleur et la difficulté du travail entrepris par les équipes de décontamination.
Aujourd’hui, notre-confrère Paris-Match publie un document qui tend à accréditer la thèse de l’attentat terroriste. » L’image se gèle sur l’écran. Agrandie, un peu floue mais très distincte, une photographie de la brèche apparaît.
- « C’est d’ici que se sont échappées la vapeur et l’eau radioactive, poursuit Catherine Matausch. C’est à cet endroit, et seulement là, que les éventuels explosifs ont pu être placés. »
L’image disparaît de l’écran.
- « Mesdames et messieurs, bonsoir. Avec nous ce soir, pour commenter cette image, Michel Thomas, ingénieur métallurgiste, du réputé corps des Mines.
« M. Thomas, oui ou non, la rupture de cette tuyauterie est-elle due à une explosion ?
- Je suis affirmatif : c’est non. On ne distingue sur cette photographie aucune déformation du tuyau, telle qu’on en constate toujours lorsqu’une charge explosive externe intervient.
- Donc, vous ne croyez pas à l’acte de malveillance ?
- Nullement »
Dans les bureaux de la rédaction de france3 Champagne-Ardenne, Tiphaine LEROUX tape amicalement dans la main de son caméraman Olivier Mayer : c’est la première fois qu’un de leur reportage revêt une telle importance… Tiphaine se lève et salue avec une certaine émotion toute l’équipe du journal : elle part ce soir en congé maternité….

3 commentaires:

JE RAPPELLE QU'IL Y A UNE MODÉRATION DES COMMENTAIRES. TOUS CEUX À VISÉE PUBLICITAIRE PARTENT DIRECTEMENT À LA POUBELLE !