jeudi 5 mai 2011

Nogent sur seine, épisodes 21 et 22

5
mai
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 21 - "Il semble que ce soit énorme"

mardi 26 - 02 h 45 mn - Levallois-Perret, Centre opérationnel de la direction de la Sécurité civile (CODISC)

Non loin de la Seine et du pont de Levallois, à l’ouest de Paris, le CODISC, le Centre opérationnel de la direction de la sécurité civile veille. Il veille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute l’année, sur toute la France. Tel est son rôle.
D’immenses cartes des régions attendent une catastrophe pour se mettre à clignoter. Cette nuit, les bureaux du CODISC sont calmes. L’effectif nocturne est minimum. Les appelés tiennent leur garde, à demi endormis. Les cartes sont muettes. En dehors des mois chauds, elles ne sont guère sollicitées. Ces mois d’été où le CODISC bruit presque autant que les forêts du Midi en flammes, et où il s’emploie à coordonner les secours. Aussi, lorsque le téléphone sonne sur le bureau de l’officier de garde, celui-ci est presque surpris.
- « Capitaine Meyer, CODISC, j’écoute.
- Ici la caserne des pompiers de l’Aube. Il faut envoyer des CMIR de toute urgence autour de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. (les CMIR sont les Cellules mobiles d’intervention radiologique, les pompiers du nucléaire). Le PPI vient d’être déclenché. « 
- Motif ?
- Un accident sur un générateur de vapeur.
- Direction des vents ?
- Est-nord-est. Du brouillard. La contamination est probablement en train de descendre la vallée de la Seine.
- L’exploitant a fourni des indications précises sur la quantité des rejets ?
- Non, absolument rien. Il semble que ce soit énorme.
- Êtes-vous équipé de véhicules NBC ? (NBC : Nucléaire-bactériologique-chimique)
- Oui, nous sommes en train de les activer, le premier part dans un quart d’heure.
- Bien. Le quartier général est déjà installé en préfecture ?
- Ils sont en train de le faire.
- Merci. J’attends votre confirmation écrite. » De son bureau vitré, il jauge ses effectifs, appelle d’un signe un jeune gradé qui vient de lever les yeux, lui confie la tâche de prévenir le haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur d’astreinte cette nuit, ordonne à la cantonade de filer dans la salle des plans ORSEC pour rapporter celui de l’Aube. Puis il appelle la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, où sont basées les deux cellules mobiles d’intervention radiologique du laboratoire de la préfecture de Police. Il faudra une heure avant qu’elles puissent décoller ... Non, démarrer, réalise le capitaine Meyer. La nuit, il ne peut être question d’hélicoptère. Alors il appelle aussi Créteil, plus proche de Nogent. A Créteil, l’Unité d’instruction de la Sécurité civile entretient également une CMIR. Si nécessaire…
- « Et vu ce que Troyes vient de raconter, ça risque de l’être », songe l’officier.
- Il faudra battre le rappel des CMIR d’Orléans, de Tours et de Blois. « Plus tard ... En fonction de ce que les premiers pompiers vont mesurer. » L’officier ne peut réprimer un frisson : Nogent-sur-Seine ... sur Seine ... Paris.

5
mai
2011

La catastrophe de Nogent/Seine : Episode 22 - "un journaliste de l’est-éclair, ce n’est pas bien important !"

mardi 26 - 3 h - Préfecture de Troyes

La directrice de cabinet Claire WANDEROILD est plongée dans la lecture des fiches réflexes :
Ce sont des aides précieuses à la décision, rédigées à l’attention de tous les services intervenant dans le cadre de la gestion d’un accident nucléaire. Conformément à la doctrine ORSEC elles ne contiennent que des indications sur les objectifs à atteindre par chaque service, les moyens à mettre en œuvre, et les dispositions à prendre pour atteindre ces objectifs. Elles suivent la cinétique d’un accident nucléaire et collent aux différentes phases pouvant être observées dans l’évolution d’un accident et ses conséquences. Dans le dossier, quelqu’un à glisser une photocopie d’un article de l’est-éclair, qui raconte un exercice de PPI datant du 30 janvier 2002, avec le Préfet Stéphane BOUILLON.
Word - 43 ko
L’exercice de 2002
- « Ce n’est pas le tout, soupire Claire WANDEROILD en levant le nez de ses papiers, je crois qu’on ne coupe pas à l’appel des maires. »
La sous-préfète de Bar-sur-Aube, elle, est en communication avec les pompiers de Troyes. Ils sont bien embarrassés pour choisir le lieu d’installation du PC opérationnel. Ce poste de commandement est autrement plus important que le PC fixe. Il doit se trouver au plus près du lieu de l’accident et regrouper les responsables départementaux des opérations de secours aux populations, ainsi que les grands chefs parisiens des services spécialisés, dès qu’ils seront à pied d’œuvre.
- « Je peux difficilement choisir un endroit pour le PC opérationnel, dit le commandant des pompiers, tant que les voitures NBC n’ont pas effectué leurs relevés atmosphériques. On pourrait le placer à l’espace Michel BAROIN, mais si cette partie de la ville est contaminée, cela devient impossible.
- Et une caravane mobile ?
- Oui. Je vais voir ça avec le CODISC, on doit pouvoir s’arranger avec l’armée. Mais je pense, vu la direction du vent qui souffle vers l’ouest, que tout Nogent n’a pas été touché. Deux équipes de mesure partent à l’instant, elles vont baliser les zones contaminées dans la ville, en commençant par aller voir autour de la caserne. Dans trois quarts d’heure nous serons fixés. »
- Le téléphone sonne.
- « Qu’est-ce que c’est encore ?
- C’est le standard. J’ai un journaliste en ligne, que dois-je lui répondre ? » N’importe quoi, mais pas la presse ! Pas déjà ! Quelles sont les consignes ? Ah oui, la transparence… La transparence de l’information, la dernière circulaire y fait allusion, ainsi que le Plan. D’après les documents, une salle réservée aux journalistes est même prévue dans le PC fixe.
- « Si ça se trouve, Paris n’a pas encore adopté de stratégie concernant l’information sur cet accident. Si je réponds à ce type, je risque de faire une gaffe. « Qu’est-ce qu’il sait déja au juste ?
- Il dit qu’il connaît bien Nogent, et qu’il pense qu’il y a trop d’agitation autour de la centrale nucléaire. Et en plus la centrale ne répond pas au téléphone ! Je lui ai dit qu’à cette heure de la nuit c’était plutôt normal.
- Vous n’en avez pas dit davantage ?
- Non.
- Dites-lui que vous êtes seul de permanence ce soir. Envoyez-le paître ! » « Bof, un journaliste de l’est-éclair, ce n’est pas bien important ! »

3 commentaires:

  1. Passionnant en effet, est-ce que ce sera aussi grave que Fukushima ou Tchernobyl?

    bonne journée à tous.

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  2. Merci pour cette fiction qui nous fait prendre conscience que tout peut arriver, même "chez nous"..... Avec les perturbations électromagnétiques actuelles, que va t'il se passer lorsque l'électricité ne "fonctionnera" plus sur une longue durée ?......Pas de catastrophisme, mais il me parait plus qu'urgent d'arrêter tous ces réacteurs......

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