mardi 3 mai 2011

Nogent sur Seine, épisodes 17 et 18

3
mai
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 17 - "on décampe !"

mardi 26 - 02 h 29 - Voie de chemin de fer SNCF

Le train de nuit Paris-Bâle via Mulhouse ralentit légèrement avant d’aborder la succession des courbes à travers Nogent-sur-Seine. Dans moins de trois minutes, il passera sous le seul panache de la tour de refroidissement de la tranche 2.

mardi 26 - 02 h 30 - Sous la déchirure de la tuyauterie-vapeur

Une camionnette vient de s’arrêter à vingt mètres de l’enceinte du réservoir PTR, juste à côté du bâtiment des diésels de secours. L’un d’eux tourne dans un bruit assourdissant. Il a été branché immédiatement après l’accident, pour parer à toute éventualité de panne d’électricité. Actuellement, il tourne à vide puisque la centrale est toujours correctement raccordée au réseau. Une silhouette sort de la voiture. L’homme se meut lentement, visiblement gêné dans ses mouvements par sa tenue de protection. Il porte la tenue « shaddock » maximum ! Un autre extra-terrestre pareillement accoutré reste assis au volant. Ce sont les deux volontaires recrutés par le PC-environnement pour prélever un échantillon d’eau sous la fuite de la tuyauterie-vapeur . Lorsque le responsable a lancé son appel, il y a un quart d’heure, cinq hommes se sont avancés. Un murmure a couru dans le groupe des employés. Le chef a demandé leur âge aux volontaires. Il a choisi les deux plus âgés : Denis, quarante-huit ans, pour conduire la camionnette. Lucien, cinquante-deux ans, pour effectuer le prélèvement. Tous deux sont des mécaniciens d’entretien, habitués à intervenir en zone nucléaire, donc formés à la radioprotection. Lucien sait qu’il doit travailler vite. Il lève cependant les yeux : avec l’obscurité, il ne distingue pas grand-chose. Si, peut-être ... Oui, c’est bien un jet de vapeur qui sort de cette déchirure dans la tôle, là, trente mètres plus haut. Lucien frissonne. Pourtant, il crève de chaleur sous son shaddock. Il se dirige lentement vers la base de l’enceinte du PTR, surveillant l’aiguille de son détecteur. Elle est complètement bloquée à droite.
- « Nom de dieu, c’est dément ! Oh ! putain, je patauge dans une de ces flottes ! » Il jure comme un charretier, terrifié par les indications de son compteur. Sans perdre une seconde, il s’accroupit, écope une des larges flaques, referme son bocal et fait demi-tour.
- « Denis, on décampe, grouille-toi. » Lucien parle tout seul, la camionnette est encore trop loin pour que son collègue l’entende. Mais Lucien court comme s’il avait le feu aux trousses. Il respire trop. Le plexiglas de son masque se couvre de buée. Denis ouvre la portière pour Lucien. La voiture démarre en trombe. Le prélèvement pour analyse arrive enfin dans le « le labo chaud » du bâtiment des auxiliaires nucléaires, où ils avaient ordre de les déposer !

3
mai
2011

La catastrophe nucléaire de Nogent/Seine : Episode 18 - "Vous avez lâché beaucoup de radioactivité ? "

mardi 26 - 02 h 35 – Troyes

Claire WANDEROILD, la directrice de cabinet du préfet est pétrifiée. Le directeur de la centrale nucléaire expédie rapidement l’information au téléphone.
- « Nous avons droit à un accident à caractère radiologique extérieur au site ! » Claire WANDEROILD déglutit péniblement. Ainsi, l’alerte se confirme ?
- « Oui, allez-y.
- Bon. Il va falloir déclencher le plan particulier d’intervention. En ce qui nous concerne, nous en sommes au plan d’urgence interne niveau maximum. Nos relevés météo donnent les indications suivantes : vent de secteur est-nord-est, soufflant à deux mètres par seconde ; une température nocturne un peu basse, d’où une brume moyenne dans la vallée de la Seine.
- Vous avez lâché beaucoup de radioactivité ?
- Pas mal, je crois. Je sais, ce n’est pas une réponse, s’empresse d’ajouter Hervé Maillart, prévenant l’indignation de son interlocutrice. Nous avons un grave problème de mesure, qui nous a jusqu’à présent empêchés d’évaluer l’importance des rejets. Je peux simplement vous dire que les capteurs atmosphériques placés sur le site sont saturés.
- Mais c’est dingue ! Je croyais qu’en cas d’accident dans une centrale nucléaire on avait le temps de prévoir le danger.
- Je suis désolé, nous avons été pris de court nous aussi. Ecoutez, coupe Maillart, qui n’a pas la moindre envie de s’étendre sur ce problème, pouvez-vous demander aux pompiers d’expédier au plus vite les voiture NBC dont ils disposent ?
- NBC.. ? Claire WANDEROILD est perdue.
- Nucléaire-bactériologique-chimique. (On est pas sorti de l’auberge ! pense Maillart.) Des véhicules qui vont procéder aux premières mesures de contrôle de l’environnement. Vous avez bien un CODIS [1] à Troyes, non ?
- Oui, oui. .. » La directrice de cabinet est totalement anéantie. « Oui, il y a des hommes en permanence, même la nuit.
- OK. Le CODIS va demander à Paris d’envoyer des cellules mobiles d’intervention radiologique.
- Des CMIR, oui. ..
- Je vous rappelle dès que j’ai du nouveau. »
Claire WANDEROILD se tourne, livide, vers le directeur départemental du SIDPC, le Service interministériel de défense et protection civile. Celui-ci a évidemment compris l’ampleur de la catastrophe.
- « Il a parlé des CMIR. Des pompiers, n’est-ce pas ? Je ... je m’excuse, quel est leur rôle exactement ?
- Ce sont des équipes spécialement entraînées à mesurer la radioactivité ambiante en cas de pépin.
- « Allo ? Alors, vous avez pu prévenir Monsieur le préfet ?
- Non monsieur.
- « Mais en fait, ce n’est pas moi qui suis d’astreinte ce soir ! C’est la sous-préfete de Bar-sur-Aube. »
Claire WANDEROILD retourne dans son bureau. Elle a dans la main la liste des administratifs convoqués et qui ne sont pas encore tous opérationnels :
Le SIDPC de l’Aube, Service interministériel de défense et protection civile. Le SIDPC travaille avec Météo-France, s’intéresse au sens et la force du vent. Il alerte via l’automate GALA les services et les maires, ainsi que la population avec le SAPPRE [2]. Des conventions ont été passées avec les médias locaux afin que ceux-ci diffusent des messages de l’autorité publique à destination de la population. La région de Nogent-sur-Seine est assez mal desservie par les radios locales et les deux médias ayant un rayon de couverture sur une grande partie de la zone sont : France Bleu Auxerre (100.5 ou 101.3 MHz) et Champagne FM (91.7 ou 97.5 MHz). Les messages diffusés dans le cadre de cette convention sont des messages institutionnels qui ne doivent être assortis d’aucun commentaire par la station émettrice. Le SIDPC élabore également les messages de consignes à la population. Il annonce les opérations de secours et le déclenchement du PPI. Il s’assure de l’interruption du trafic ferroviaire. Il active le COD, le Centre Opérationnel Départemental. Il assure une liaison constante avec le PCO, le Poste de Commandement Opérationnel. Il sollicite des renforts demandés par le COS, le commandant des opérations de secours ou la DOS, direction des opérations de secours, la MARN, la Mission d’appui au risque nucléaire. Il anticipe la phase post-accidentelle (gel des territoires et interdictions de consommation et récoltes), ainsi que l’accueil des populations évacuées.
Le SIDPC de Seine-et-Marne fait installer le PCO, le Poste de Commandement Opérationnel en sous-préfecture et anticipe une évacuation de la population du Nogentais.
L’ASN, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, envoie un représentant au COD, demeure en liaison avec le PC de l’ASN et de l’IRSN. Il conseille la préfecture et participe aux audioconférences.
Le SDIS, le Service départemental d’incendie et de secours, mobilise ses moyens au CRM, le Centre de regroupement des moyens qu’il aura défini.
La Gendarmerie met en place le périmètre de sécurité. Elle envoie ses représentants au PCO et COD.
Le Service Communication rejoint le COD. Il active les conventions avec les médias. Il prépare en liaison avec le CNPE le premier communiqué de presse. Il envoie un agent au PCO.
Le SAMU avise les SAMU limitrophes et le SMUR de ROMILLY. Il envoie des représentants au PCO. Il achemine le stock de comprimés d’iode au PCO. Il anticipe avec l’ARS une évacuation des établissements de santé.
Le DDCSPP, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations envoie des représentants au COD anticipe une éventuelle évacuation et l’hébergement des évacués.
L’ARS, l’Agence Régionale de Santé envoie un représentant au COD. Elle anticipe une éventuelle évacuation et un hébergement des évacués. Elle anticipe la gestion de la contamination de l’eau en liaison avec l’ASN et l’ARS Ile- de-France. Elle anticipe l’évacuation des établissements de santé en liaison avec le SAMU (capacités d’accueil). Elle anticipe les impacts sur l’environnement et les conséquences sur denrées alimentaires et les réseaux de distribution d’eau (dérivations et mesures de radioactivité).
La DDT, Direction Départementale des Territoires envoie des représentants au COD. Elle fait converger pour une évacuation éventuelle et sur décision de la DOS, des autocars vers le PCO en leur évitant la traversée des zones contaminées.
La DMD, Délégation Militaire Départementale convoque ses effectifs. Elle rend compte à l’EMIAZD, l’ Etat-Major InterArmées de Zone de Défense. Elle envoie un représentant au COD. Elle active le CODMD. Elle étudie et transmet les demandes de soutien militaire formulées par la DOS.
La DRAT, Direction des Routes et de l’Action Territoriale, s’assure du sens du vent et de rejets éventuels. Elle envoie un représentant au PCO. En l’absence de rejets, elle met en place les panneaux nécessaires au périmètre de sécurité en liaison avec la gendarmerie.
L’inspection Académique assure la liaison avec les chefs d’établissements et anticipe les problématiques spécifiques (repas des enfants, information des parents...)
Le SNS, Service de Navigation de la Seine, interrompt le trafic fluvial à destination du rayon défini par le PPI. Il recense les embarcations présentes dans la zone et en avise le PCO.
La SNCF (COGC Paris-Est) détourne le trafic de la ligne Paris-Bâle. Elle anticipe une éventuelle sollicitation pour procéder à une évacuation massive de la population à partir de la gare de Nogent-sur-Seine. Elle anticipe une éventuelle demande d’acheminement du train, par l’IRSN.
Quand tout cela sera mis en place, on se sentira moins seul à la préfecture. Pour l’heure, on attend le commandant de la gendarmerie qui a prévenu par radio qu’il était en route.
- « Eh bien, personne ne va retourner au lit de sitôt », songe Claire WANDEROILD avec une amère satisfaction. Car le déclenchement d’un plan particulier d’intervention suppose la mise en branle de forces dont elle commence à mesurer l’importance.
notes :
[1] CODIS : un Centre opérationnel des incendies et des secours. En alerte 24 heures sur 24.
[2] système d’alerte des populations en phase réflexe

5 commentaires:

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