Bistro Bar Blog

lundi 22 octobre 2012

Du plutonium en Espagne

Article paru le 21 octobre sur BBC News Magazine, dont j'ai trouvé le lien dans un des commentaires d'Ultraman.
Encore un dégât nucléaire inconnu qui date de près d'un demi-siècle.

Alors attention où vous allez en vacances, si le sud de l'Espagne est votre destination !


L'héritage nucléaire espagnol

 Les bombes de Palomarès : l'Espagne attend les US pour finir le nettoyage nucléaire

21 October 2012 par Gerry Hadden


La zone interdite de Palomarès


Par un matin ensoleillé de 1966 deux avions de l'US Air Force sont entrés en collision et ont fait tomber quatre bombes nucléaires près du village de Palomarès au sud de l'Espagne. Il n'y a pas eu d'explosion nucléaire, mais du plutonium s'est éparpillé sur une large zone – et l'Espagne demande aujourd'hui aux États-Unis de terminer le nettoyage.

Le nom de code du gouvernement américain pour du nucléaire perdu ''Flèche Brisée'' et le 17 janvier 1966, Palomarès en a hérité de quatre.

Dans le ciel, à 9500 mètres, un bombardier américain B-52G est entré en collision avec un avion ravitailleur KC-135 pendant un ravitaillement de routine air-air et s'est disloqué. Trois bombes H du bombardier sont tombées sur le sol à Palomarès ou aux environs, la quatrième est tombée à environ 8 km au large en Méditerranée.

Manolo Gonzalez dit qu'il était dehors quand il a entendu une énorme explosion.


''J'ai regardé en l'air et j'ai vu cette énorme boule de feu qui traversait le ciel,'' dit-il. ''Les deux avions étaient en pièces.''
Gonzalez a vu une partie du bombardier en flammes s'écraser au sol près de l'école primaire locale où enseignait sa femme.
''J'ai traversé la ville sur mon scooter,'' dit-il. ''L'avion avait manqué de peu l'école.''

En fait, personne n'a été tué sur terre ce matin-là. Les habitants disent que c'est la seule chose positive de cette histoire.


Les pilotes américains n'ont pas eu cette chance. Les quatre hommes du ravitailleur sont morts et trois des 7 hommes du B-52 ont été tués (les quatre autres ont pu s'éjecter).


Du personnel de la Navy examine l'arme numéro 4 une fois remontée du fond marin

Il n'y avait qu'un téléphone à Palomarès en 1966, et pas d'eau courante. Mais les cieux au-dessus de cette pauvre région du sud de l'Espagne étaient quadrillés tous les jours par les machines de guerre les plus modernes au monde.

C'était en pleine Guerre Froide. Par une opération dont le nom codé était Chrome Dome, les US avaient entre 12 et 24 bombardiers B-52 équipés en nucléaire dans les airs 24 h/24, pour dissuader une frappe soviétique.


Il y avaient différentes trajectoires de vol pour les B-52 dans différentes parties du monde. Les B-52 impliqués dans l'accident de Palomarès volaient plein sud, en faisant une boucle depuis leur base de Caroline du nord autour de la Méditerranée. L'avion-citerne venait de décoller d'une base voisine au sud de l'Espagne pour ravitailler avant le voyage de retour aux US. Ce fut alors que la catastrophe arriva.


L'issue aurait été incommensurablement pire si les bombes avaient été armées. Par bonheur ce n'était pas le cas, il n'y a donc pas eu d'explosion nucléaire.

En théorie, les parachutes attachés aux bombes auraient dû les déposer doucement sur le sol, empêchant toute contamination – mais deux des parachutes ne se sont pas ouvert.


Dans les jours qui ont suivi le crash, la plage de Palomarès devint une base d'opérations militaires avec 700 aviateurs et scientifiques.
Leur but – retrouver les bombes nucléaires et de les mettre en sécurité.
Les deux bombes tombées au sol non soutenues par des parachutes ont éclaté sous l'impact, dispersant une poussière hautement toxique, du plutonium radioactif – danger majeur pour quiconque pourrait l'inhaler.

Opération nettoyage
  • 700 aviateurs US et scientifiques ont été employés à la recherche des bombes et au nettoyage.
  • Plus de 7 cm de soil ont été enlevés, scellés dans 4810 fûts et envoyés dans des installations de stockage aux US.
  • 20 navires, avec des dragues et des submersibles, ont été déployés par l'US Navy pour trouver la bombe manquante dans la mer.
  • Coût de la recherche en mer, plus de 10 millions de $
  • Contrôles de santé annuels ensuite sur les habitants, surveillance du sol, de l'eau, de l'air et des cultures locales.

''Ce qu'ils ont décidé de faire a été d'enlever la poussière contaminée de la majorité des zones contaminées'', dit l'écrivain scientifique Barbara Moran, auteur de ''Le jour où nous avons perdu une bombe H''.

Ils ont littéralement gratté les 7 premiers centimètres du sol, l'ont enfermé hermétiquement dans des fûts et renvoyé dans une installation de stockage aux US.

''Ils avaient un plan,'' dit Moran. ''Mais c'était supposé arriver sur un sol bien plat aux US, et non sur un sol étranger où personne ne parlait anglais et où se trouvaient tous ces agriculteurs et ces chèvres aux alentours.''

Pendant la phase de nettoyage, les gouvernements américain et espagnol ont entrepris de convaincre le monde qu'il n'y avait aucun danger. L'ambassadeur US Biddle Duke est même venu de Madrid pour se baigner, devant des caméras de TV.

Quand un journaliste qui assistait à la scène lui a demandé s'il avait détecté de la radioactivité dans l'eau, Duke répondit en riant :''Si c'est de la radioactivité, je l'adore !''

Le bain très apprécié de l'ambassadeur américain

Alors que deux des bombes avaient éclaté sous l'impact, une autre a atterri sans dommage. Ces trois-là ont été localisées dans les 24 heures.

Mais une grande consternation régnait à propos de la quatrième, qui avait dérivé en mer en tombant et qui devint connue comme la bombe H ''égarée''.


L'US Navy déploya plus de 20 navires, y compris des dragues et des sous-marins pour tenter de la retrouver.

''La conception de ces bombes était top secret,'' dit Barbara Moran. ''Lors des recherches, des navires espions soviétiques tournaient autour – et les soviétiques avaient une technologie sous-marine.''

Quatre mois plus tard, alors que le nettoyage touchait à sa fin, la bombe manquante fut finalement remontée à bord d'un navire de guerre américain d'une profondeur de 869 mètres. Barbara Moran dit que l'US Navy avait fait le calcul du coût total de sa recherche en mer, plus de 10 millions de $ - l'opération de sauvetage la plus chère dans toute l'histoire de l'US Navy à l'époque.

À Palomarès même, les États-Unis et l'Espagne ont passé un accord pour financer des contrôles de santé annuels pour les habitants, et pour surveiller le sol, l'eau, l'air et les cultures locales.

Plus tard, il n'y a eu aucune preuve d'un problème de santé pour quiconque en résultat de l'accident. La nourriture et l'eau restaient saines.

Les tomates étaient une production agricole importante dans les années 60 à Palomarès

Presque tout le monde a donc oublié Palomarès. Sauf les habitants de Palomarès. C'est parce que l'opération de nettoyage américaine a oublié des zones de contamination. José Maria Herrera est un journaliste local qui enquête sur l'accident depuis les années 80. Il se trouvait récemment sur une hauteur donnant vue sur l'une des trois zones interdites toujours contaminée, au total 40 hectares.

''Ce cratère, c'est où est tombée l'une des bombes,'' dit-il. ''On pourrait aujourd'hui y extraire au moins une demi-livre de plutonium du sol.''

Déterminer de manière exacte quelle quantité de plutonium se trouve là est en réalité difficile, parce que pour commencer les américains n'ont jamais dit combien de plutonium les bombes contenaient. Mais un enquêteur espagnol, Carlos Sancho, estime qu'entre 7 et 11 kg de matériau se trouvent dans le sol. Sancho, qui s'occupe à Palomarès de la section du département de l'énergie espagnol, insiste que cela ne pose aucun risque de santé.

''On ne peut enlever la terre à cet endroit parce que le plutonium est caché dans le sol,'' dit-il. ''Si on dérange le sol, le plutonium pourrait se disperser.''

Palomarès ressemble donc à un dragon qui dort. Interdiction de marcher dans la zone barrée, de cultiver ou de construire. Le message du département de l'énergie est ''Laissez le plutonium tranquille et il n'y aura pas de problèmes.'' Les habitants du lieu disent pourtant que c'est un problème en soi.

Le barman local, Andres Portillo dit que l'ennui vient de l'image que donne la ville. ''À chaque fois que les médias s'emparent de l'histoire, le tourisme en prend un coup,'' Beaucoup de gens ne veulent pas venir ici parce qu'ils pensent que la qualité de vie est mauvaise, que les taux de cancers sont plus élevés, alors que ce n'est pas du tout le cas.''

Certains disent ici que sans la mauvaise publicité, Palomarès pourrait être tout aussi populaire que sa célèbre voisine Marbella.

La communauté se retrouve donc piégée. Quand des habitants se plaignent, l'accident fait de nouveau les gros titres et il y a une chute du nombre de visiteurs. De même pour le prix des produits agricoles au marché.

Mais aujourd'hui, 46 ans après l'accident, il y a des indications que l'Espagne et les États-Unis pourraient finaliser une solution permanente. En début d'année, le ministre des affaires étrangères espagnol José Garcia Margallo a rencontré la secrétaire d'état Hillary Clinton, avec la présence de journalistes.

''La secrétaire Clinton a dit que ce serait résolu avant que son mandat n'expire,'' a dit Margallo. ''Je m'y engage personnellement'' a-t-elle dit.''

Bien que le département d'état américain ait rapidement publié une déclaration disant qu'un tel engagement n'avait été fait, de sérieux échanges sont en cours, dit un porte-paroles de l'ambassade américaine à Madrid. Quant à la date où en engagement serait prévu – qui va payer un deuxième nettoyage, de quelle manière, et où le sol contaminé sera entreposé – c'est toujours la question.

Donc les habitants de Palomarès attendent. Comme ils le font depuis presque un demi-siècle. Et de temps en temps ils se permettent de rêver.

Le député-maire de Palomarès, Juan José Perez, dit qu'il espère pouvoir transformer la tragédie en quelque chose de positif. Il aimerait construire un musée expliquant comment tout est arrivé.

''Peut-être même en forme de bombardier B-52,'' dit-il. ''Nous pourrions présenter des visites guidées dans les zones touchées.''

Mais il dit que pour tout ce qui est arrivé, cette histoire a d'abord besoin de se terminer.

Pour lui, une fin correcte serait que les américains reviennent et terminent le travail.



La connexion 007

En décembre 1965, un mois avant l'accident, est sorti un James Bond, Opération Tonnerre.
''Le scénario du film avait de fortes similitudes avec ce qui est arrivé par la suite dans la vie réelle'', dit l'écrivain Barbara Moran.
''La mission de Bond était de trouver des bombes atomiques qui avaient été perdues en mer. Toutes les nouvelles histoires de l'époque ont fait le rapprochement.
''Une bonne partie du film a été tournée sous l'eau avec Sean Connery se battant avec les méchants dans d'étranges sous-marins pour tenter de retrouver les bombes...
''Dans le film, ils avaient tous cette super-technologie pour trouver une bombe. Mais dans la réalité, ce fut beaucoup plus difficile de d'abord la situer et ensuite la ramener du fond marin.''


3 commentaires:

  1. Mobilisation pour retrouver Stan Maillaud/ court interwiew de Janett Seemann (MP3)

    http://www9.zippyshare.com/v/87312499/file.html

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  2. Je reste très perplexe ! Actuellement - fin 2012, il est difficile et compliqué d'effectuer la remontée d'objets lourds et encombrants, (dans l'article en plus dangereux ! ) Mais oui, ils sont fortiches ces américains.....puisque la remontée à bord d'un navire de guerre américain d'une profondeur de 869 mètres (matériel de l'époque, j'vous dis pas...) la bombe H "égarée"....... ! Qui m'explique et me prouve .... S.V.P. Merci Hélios....

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  3. Inconscients , incompétents, irresponsables

    Le Monde selon I3, i CUBE? e-cul-boeuf...

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