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vendredi 12 octobre 2012

C'est bien le séisme et non le tsunami qui a causé la fusion des coeurs + Ultraman

Kna a traduit et sous-titré, comme à son habitude, ce discours du Dr Robert Jacobs, historien à l'institut pour la paix d'Hiroshima, lors de sa participation à une table ronde à Astana au Kazakhstan.



Pour les pressés, voici la transcription du discours que Kna m'a transmise :


"Bonjour. Mon nom est Robert Jacobs et je suis historien à l'Institut pour la Paix de l'Université d'Hiroshima (Hiroshima Peace Institute), je vous parle d'Hiroshima, au Japon. Je suis honoré d'être en mesure de partager mes opinions avec vous à cette table ronde très appréciée. Je remercie les organisateurs de m'avoir invité à apporter mes commentaires, et vous tous d'être à l'écoute.

Je vais vous parler aujourd'hui de la fusion des cœurs des réacteurs et des émissions massives de rayonnement qui qui se sont produites ici au Japon l'an dernier à Fukushima, après le tremblement de terre dévastateur. Plus précisément, je vais vous parler de savoir si la crise nucléaire a été causée par le tsunami, comme on le prétend, ou par le tremblement de terre qui a précédé le tsunami. Tout d'abord, je vais brièvement passer en revue cette crise.

Le 11 Mars 2011 à 14h46, un tremblement de terre de magnitude 9,0 a frappé à environ 70 km au large des côtes du nord du Japon. Le tremblement de terre a produit de violentes secousses pendant plus de cinq minutes. Les bâtiments à Tokyo, à 373 km de là ont été sévèrement ébranlés, et les raffineries de pétrole dans la banlieue de Tokyo ont pris feu. C'était le plus fort tremblement de terre enregistré dans l'histoire du Japon, et l'un des cinq plus grands séismes depuis le début de l'enregistrement des événements sismiques.

À 15h35, 49 minutes plus tard, la vague de 14 mètres d'un tsunami a frappé le complexe nucléaire de Fukushima, submergeant les digues et inondant les unités 1, 2, 3 & 4.

Ces deux événements, le tremblement de terre et le tsunami, ont largement dépassé les hypothèses retenues en terme de sécurité lors de la conception des centrales nucléaires. Elles ont été conçues pour résister à un séisme de 8,2, et la digue a été construite pour résister à un tsunami de 5,7 mètres. Le tremblement de terre qui a frappé le 11/03 était huit fois plus grand que les hypothèses de calcul à la conception, et le tsunami a été plus de deux fois plus élevé que les hypothèses lors de la conception. Les concepteurs du complexe ont supposé qu'ils construisaient les centrales comme pouvant résister à tout tremblement de terre et à tout tsunami pouvant subvenir pendant plus de mille ans. Ces hypothèses étaient fausses.

Les unités 1, 2 & 3 étaient en exploitation au moment du séisme. L'unité 4 était arrêtée pour une opération de maintenance et rechargement du combustible. Ces trois unités en production ont toutes connu une fusion complète de leur combustible nucléaire. L'unité 4 a également perdu le refroidissement de sa piscine à combustible usagé, et ce combustible a également connu une fusion significative. Les 4 unités ont subi des explosions qui ont dispersé des matières radioactives dans l'océan, mais aussi à travers de larges zones du Nord du Japon, y compris de nombreuses parties de Tokyo.

TEPCO, la société qui gère les centrales, et le gouvernement du Japon ont nié qu'il y avait eu fusion des cœurs à Fukushima pendant plus de deux mois, même s'ils ont su avec certitude qu'il y avait eu fusion durant la première semaine de la crise. Ils ont délibérément menti pendant des mois. Cela a augmenté l'exposition de dizaines de milliers de résidents locaux. Aussi bien TEPCO que le gouvernement Japonais ont menti à plusieurs reprises sur de nombreux aspects de la crise. Cependant, après avoir enfin reconnu publiquement les fusions, l'une des choses qu'ils ont prétendu, et qu'ils ont répété depuis le 11 Mars, c'est que les fusions ont été causées par le tsunami et non par le tremblement de terre. Ils affirment que les réacteurs se sont tous arrêté en toute sécurité, exactement comme prévu, et seulement lorsque le tsunami a inondé les générateurs de secours, ce qui a interrompu l'alimentation électrique, les réacteurs ont perdu leur refroidissement, et ont commencé à entrer en fusion. Puisque nous savons que TEPCO et le gouvernement Japonais ont menti pendant des mois au sujet de la fusion et d'autres aspects de la crise, la question que je vous pose est : faut-il croire leur affirmation selon laquelle le tsunami, et non pas le tremblement de terre, est la seule cause des fusions des cœurs ? Regardons quelques-uns des éléments de preuve qui sont parvenus à la lumière et qui montrent qu'il y a eu des dommages importants causés aux centrales, en particulier à l'unité 1, par le tremblement de terre, et que d'importants rejets radioactifs avaient déjà commencé, avant que le tsunami ne frappe.

David McNeil et Jake Adelstein ont interrogé plusieurs travailleurs de TEPCO qui étaient à la centrale quand elle a été touchée par le séisme et le tsunami. Ils ont parlé à condition de rester anonymes, car ils travaillaient toujours pour TEPCO à l'époque. Un travailleur leur a dit: "J'ai personnellement vu des tuyaux disloqués et je suppose qu'il y en avait beaucoup d'autres qui avaient été brisés dans toute la centrale. Il ne fait aucun doute que le tremblement de terre a fait beaucoup de dégâts à l'intérieur de la centrale. Il y avait définitivement des fuites dans les tuyaux ... J'ai vu aussi qu'un partie du mur du bâtiment turbine de la tranche 1 était parti. Cette cassure pourrait avoir affecté le réacteur."

Un autre travailleur leur a dit: «le premier impact (du séisme) était si intense que vous pouviez voir les bâtiments trembler, les tuyaux se tordre, et en quelques minutes, j'ai vu des tuyaux éclater. Certains autres sont tombés du mur. D'autres ont cassé." Les travailleurs ont reçu l'ordre d'évacuer la centrale, mais ce deuxième travailleur dit "J'étais très inquiet car alors que je partais, j'ai pu constater que plusieurs tuyaux étaient éventrés, y compris ce que je pensais être les conduites d'alimentation en eau froide. Cela voulait dire que le liquide de refroidissement ne pouvait pas parvenir jusqu'au cœur du réacteur. Si vous ne pouvez pas suffisamment refroidir le cœur, il fond." Il leur a dit que, comme il se dirigeait vers sa voiture, il pouvait voir que les murs du bâtiment de l'unité 1 avait déjà commencé à s'effondrer. Il a dit, "Il y avait des trous dedans. Dès les toutes premières minutes."

Un autre travailleur a rapporté, je cite : "J'étais dans un bâtiment voisin quand le tremblement de terre a frappé. Après la deuxième onde de choc, j'ai entendu une forte explosion qui était pratiquement assourdissante. J'ai regardé par la fenêtre et je pouvais voir de la fumée blanche sortant du réacteur 1. J'ai pensé en moi-même, "c'est la fin."

Katsunobu Onda, auteur en 2007 du livre "TEPCO : Le Sombre Empire" (TEPCO: The Dark Empire), fait remarquer que, je cite : "Les réacteurs nucléaires ne sont pas plus résistants que leurs maillons les plus faibles, et ces maillons, ce sont les tuyaux ... Les conduites, qui régulent la chaleur du réacteur et acheminent le liquide de refroidissement, sont les veines et les artères d'une centrale nucléaire, le noyau en est le cœur. Si les tuyaux éclatent, des composantes vitales n'atteignent pas le cœur et donc vous avez une crise cardiaque, en termes nucléaires : une fusion du cœur." dit Onda.

Une fois que les fusions ont été publiquement admises, et de nombreux observateurs extérieurs savaient qu'il y avait eu fusion durant la première semaine, mais une fois qu'elles ont été admises publiquement par TEPCO, la société a publié quelques documents montrant des mesures dans la centrale pendant la première semaine. Parmi les données contenues dans ces documents, il y avait les mesures prises par l'un des seuls moniteurs de radioactivité fonctionnels sur ​ le site. Elles ont montré qu'une alarme de niveau de radioactivité s'est déclenchée à une distance de 1,5 km de l'unité 1 à 15h29. C'était plus de cinq minutes avant que le tsunami n'ait inondé la centrale.

L'ingénieur nucléaire Mitsuhiko Tanaka décrit ce qui s'est passé le 11 Mars comme un accident de "perte de refroidissement". Tanaka dit, je cite : "Les données que TEPCO a rendu publiques font état d'une énorme perte de refroidissement dans les premières heures suivant le séisme. Cela ne peut pas être imputé à la perte d'alimentation électrique. Il y avait déjà tellement de dommages au circuit de refroidissement qu'une fusion était inévitable bien avant que le tsunami n'arrive." Tanaka cite pour preuve dans les propres données de TEPCO que quelques minutes après le tremblement de terre, deux systèmes de refroidissement d'urgence de l'unité 1 ont démarré, et que le pulvérisateur d'eau à l'intérieur de la cuve du réacteur de l'unité 1 s'est activé. Tanaka indique que, je cite :
"Cela se produit seulement quand il y a une perte de refroidissement."

Alors pourquoi, avec cette preuve clairement établie, est-ce que TEPCO, le gouvernement du Japon, et l'industrie nucléaire mondiale maintiennent que c'est le tsunami et non le tremblement de terre qui a causé la fusion de l'unité 1 ? Parce que s'ils admettent que le séisme a provoqué la fusion de l'unité 1, alors toutes les centrales nucléaires au Japon, et aussi dans de nombreuses autres parties du monde, devraient être arrêtées. Beaucoup de ces centrales sont situées dans les zones de failles sismiques dangereuses. Elles sont autorisées à fonctionner car leurs propriétaires ont assuré aux gouvernements, et au grand public, qu'il est impossible pour un grand tremblement de terre de provoquer la fusion d'un réacteur. Ils doivent insister sur le fait que la crise de Fukushima a été causée par le tsunami et non par le tremblement de terre. Ils doivent affirmer cela pour protéger leurs investissements, même si le résultat est d'exposer des millions de gens à travers le monde aux dangers de fusions nucléaires. Ainsi, alors même que TEPCO a finalement admis qu'il y avait effectivement eu fusions à Fukushima, il a réorienté ses énormes efforts de relations publiques pour maintenir le mensonge selon lequel ces fusions n'ont pas été causées par l'énorme séisme.

Je vous le dis aujourd'hui, il n'y a aucune raison de croire cette affirmation de TEPCO. C'est un nouveau mensonge.

Merci beaucoup."

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(Vidéo) À l'intérieur de l'enceinte de confinement du réacteur 1 : une caméra CCD plonge dans l'eau sous la grille


Il a fallu 3 heures à 51 ouvriers le 11 octobre pour explorer de nouveau l'enceinte du réacteur 1.

TEPCO dit que l'exposition maximum des ouvriers a été de 1,83 millisievert. TEPCO ne dit pas combien de groupes d'ouvriers sont entrés et combien de temps chaque groupe a passé à l'intérieur du bâtiment du réacteur.

Aujourd'hui, 12 octobre, TEPCO enverra à nouveau des ouvriers (on ne sait pas si ce sont les mêmes que ceux qui y sont allés tous les jours depuis le 9 octobre) pour collecter des échantillons d'eau. Le 13 des ouvriers iront de nouveau pour installer un thermocouple et une vanne d'eau dans l'enceinte, avec le même mode de pénétration.

Voici la version abrégée de la vidéo qui fait presque 1h40 :



C'est tout simplement exaspérant de penser que tout ce travail n'aurait pas été nécessaire si suffisamment de gens de TEPCO avaient osé les 11, 12 et 13 mars enfreindre les règlements et les subtilités sociales. Il est encore plus exaspérant que la plupart des japonais ne le fassent toujours pas.

6 commentaires:

  1. Hélios garde ta rage vers de vraies causes...
    Il est nécessaire d'affirmer que même si toutes les consignes avaient été observées, même si les travailleurs avaient outrepassé les ordres, même si les responsables avaient anticipé....
    Rien dans tous les cas n'aurait été possible !
    Cet accident comme je l'ai dit il y a quelques semaines et comme le dit cet article a été provoqué par un séisme sans égal et longtemps avant l'arrivée du tsunami les pompes de secours étaient hors d'usage, pas seulement sans énergie, manque de fioul ou de batteries, tout ça n'est que l'habillage de la question véritable qui est que le nucléaire n'est pas et ne sera jamais maîtrisable, les risques envisagés pouvant toujours être en deçà des risques encourus.
    Construire des centrales étanches à tout, séisme, tsunami, crash d'avion, attaque terroriste, si c'était possible, reviendrait tellement cher qu'il serait tout simplement impossible d'en tirer le moindre profit donc les centrales ne verraient jamais le jour.
    Il faut comprendre le risque technologique comme le font les technocrates, à savoir calculer le nombre de victimes éventuel et estimer si le coût engendré est dans le cadre des risques acceptables.
    Pour exemple, la centrale de Nogent sur Marne à l'époque de sa conception était à plus de 60 km de la ville-agglomération parisienne et le nombre de victimes calculé en cas d'accident majeur était alors de 11 ou 15 000 ( je ne suis plus certain du chiffre, c'est loin... ) ce qui est apparu comme un risque acceptable et hop, on a construit la centrale !!!
    Le nucléaire est fatalement livré avec son kit de mafia militaro-policière parce qu'il ne peut être sûr donc il ne peut être démocratique, pas un pays n'a construit une centrale en demandant l'accord des populations.
    Résumé : les ouvriers ont fait ce qu'il fallait quand il le fallait et même plus, ils ont sciemment risqué leurs vies pour tenter de maîtriser, il n'y avait rien à faire, dès la première minute il était trop tard et nous ne pouvons rien leur reprocher, ils ont fait plus que leur devoir et ont pris des décisions graves à l'encontre des directives en jetant de l'eau de mer. S'ils ne l'avaient pas fait nous ne serions peut-être pas là à en parler, respect pour la mémoire de ceux qui sont morts et ceux infiniment nombreux qui vont en mourir.

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    1. C'est Ultraman qui exprime son exaspération (c'est toujours en bleu quand c'est moi qui écris), mais je la partage. Merci pour ton comm.

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    2. A Lionel

      Construire des centrales étanches à tout, séisme, tsunami, crash d'avion, attaque terroriste, si c'était possible, reviendrait tellement cher qu'il serait tout simplement impossible d'en tirer le moindre profit donc les centrales ne verraient jamais le jour.
      A titre indicatif, le prix d'un m3 de béton pour reboucher une traversée, était de 50O OOO francs en 1985 oui, soit 50 millions d'anciens francs.
      Soit pour un bâtiment un budget de 5 milliards de nouveau Frs, rien que pour reboucher des trous !!! Al

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  2. Enfin un témoignage de qualité simple direct étayé et franc de la part du Dr Robert Jacobs, comme on aimerait avoir plus souvent.

    Ca change des blablateries de tepco et tout les autres qui essayent de nous endormir depuis le premier jour..................

    Qu'est ce qu'on peut perdre comme temps............. Al

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  3. Les confessions d'un troll de la Hasbara

    http://leschroniquesderorschach.blogspot.fr/2012/10/les-confessions-dun-troll-de-la-hasbara.html#more

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  4. Merci pour cette vidéo très claire et accessible à beaucoup de nos concitoyens s'ils en font l'effort (je la fait circuler au maximum) ; merci aussi pour la transcription qui l'accompagne -
    Si TEPCO depuis quelques jours, se réfugie plus que jamais derrière le tsunami, c'est une manoeuvre de communication du "village nucléaire internationale" qui embraye sur la même spirale qu'à Tchernobyl = recentrer la responsabilité sur un seul (ici TEPCO) afin d'occulter les risques réels et incontrôlables du nucléaire et continuer à vendre sa technologie mortelle -
    Sylvie 80

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