01 mars 2011

Pour amateurs de tsunamis uniquement


En poursuivant ma lecture du livre d'Haroun Tazieff, « Quand la terre tremble », j'ai été très impressionnée par la description d'un tremblement de terre, suivi d'un tsunami, qui est survenu dans la petite cité chilienne d'Arica, située tout à fait au nord du Chili. Cette dité appartenait encore au Pérou le 8 août 1868, date du tremblement de terre.

Ensuite en Alaska un tsunami hallucinant.

« Un navire de la marine des Etats-Unis, le Wateree, se trouvait à l'ancre dans le port, en même temps qu'un cuirassé péruvien moderne et divers autres bateaux. L'un des officiers du Wateree, le lieutenant L.G. Billings, nous a laissé un récit dont voici l'essentiel : '' Je me trouvais assis dans la cabine avec le commandant, vers 4 heures de l'après-midi, quand nous sursautâmes : le bateau vibrait comme lorsqu'on laisse tomber l'ancre et que la chaîne gronde dans les écubiers. Sachant qu'il ne pouvait s'agir de cela nous courûmes sur le pont. Notre attention fut aussitôt attirée par un grand nuage de poussière qui, sur terre, arrivait du sud-est, cependant que croissait l'intensité du terrible grondement. Devant nos yeux stupéfaits, les collines semblaient chavirer, et le sol s'agitait comme les courtes vagues hachées d'une mer démontée.

Le nuage enveloppa Arica. Dans l'instant même s'élevaient, au travers de son voile impénétrable, les cris au secours, le fracas des maisons qui s'effondraient, et les mille clameurs mêlées d'une grande calamité. Notre bateau cependant était secoué comme par une poigne gigantesque. Puis le nuage passa outre.

A mesure que la poussière se dissipait, nous nous frottions les yeux et regardions, sans arriver à leur faire confiance : là où quelques instants plus tôt se trouvait une cité heureuse et prospère, diligente d'activité et de vie, nous ne voyions que des ruines dans lesquelles se débattaient les moins gravement blessés des malheureux emprisonnés sous les débris de ce qui avait été leur maison. Cris, hurlements de douleur et appels au secours déchiraient l'air, sous un soleil sans pitié qui brûlait dans le ciel serein.

Anxieux de l'arrivée d'un tsunami, nous nous retournâmes vers le large ; mais la mer était calme et sereine, et l'on pouvait croire que les quatre ou cinq minutes que nous venions de vivre, et le désolant spectacle auquel nous tournions momentanément le dos, appartenaient à un cauchemar. Par prudence, le commandant fit cependant mouiller des ancres supplémentaires, fermer les écoutilles, amarrer les canons, tendre des garde-fous.

Sur terre, les rescapés traversaient entretemps la plage et s'amassaient sur la petite jetée, appellant les équipages des navires au secours pour les aider à dégager leurs parents des ruines inextricables et à les transporter dans l'apparente sécurité des vaisseaux à l'ancre. Ceci était plus que nous ne pouvions supporter, et la yole, avec treize hommes à bord, déborda aussitôt. Elle atteignit le rivage et son équipage débarqua, ne laissant qu'un matelot de garde dans l'embarcation. A bord, nous étions à organiser une équipe de quarante hommes à envoyer à terre armés de pelles, de haches et de pics, lorsque notre attention fut soudain distraite par un rauque murmure ; tournant les yeux vers la terre, nous ne vîmes, à notre horreur, que le vide là où un moment auparavant se trouvait la jetée noire d'êtres humains : tout avait été avalé en un instant par la montée soudaine de la mer - que le navire, flottant à sa surface, n'avait pas perçue.

En même temps nous voyions la yole et son matelot, emportés par le flot irrésistible vers la haute falaise verticale du Morro où ils disparurent dans l'écume de la lame se brisant sur le roc.
A ce moment même, une nouvelle secousse sismique se produisit, accompagnée sur le rivage d'un terrible rugissement prolongé durant plusieurs minutes. De nouveau nous vîmes la terre onduler, aller de gauche à droite, et cette fois la mer se retira jusqu'à nous échouer et à découvrir le fond de l'Océan, exposant à nos regards ce que l'on n'avait jamais vu, des poissons se débattant sur le roc et des monstres marins échoués. Les bateaux à coque ronde roulèrent sur le côté, alors que notre Wateree se posa sur son fond plat, et lorsque la mer revint, non comme une vague, mais comme une énorme marée, elle roula nos infortunés compagnons quille par-dessus mâts, cependant que le Wateree, indemne, s'élevait sur les eaux agitées.

A partir de ce moment la mer sembla défier les lois de la nature. Des courants se ruaient dans des directions opposées et nous entraînaient à une vitesse que nous n'aurions jamais atteinte, eussions-nous marché à vapeur forcée. A intervalles irréguliers la terre tremblait toujours, moins violemment néammoins et moins longtemps à chaque fois.

Le cuirassé péruvien America, considéré comme l'un des navires les plus rapides du monde à cette époque, était toujours à flot, ainsi que le navire américain Fredonia. L'America , qui avait fait donner ses machines à fond pour essayer de gagner le large avant le retrait de la mer, avait cependant été partiellement mise au sec et sa coque avait été défoncée. Le flot l'emmenait maintenant à grande vitesse vers le rivage, et avec ses cheminées vomissant une épaisse fumée noire, elle semblait courir au secours du Fredonia qui, désemparé, était entraîné vers les falaises du Morro. Croyant cela, le commandant Dyer, du Fredonia, courut à l'arrière de son navire et héla le cuirassé qui n'était plus qu'à quelques yards de distance : ''Ohé ! Vous ne pouvez rien pour nous, notre coque est crevée. Sauvez-vous ! Au revoir !'' Un moment plus tard, le Fredonia s'écrasa contre la falaise, et pas un homme ne fut sauvé ; cependant qu'un contre-courant saisissait miraculeusement le navire péruvien et l'emportait dans une autre direction.

(...)
Il faisait nuit depuis quelque temps lorsque la vigie héla le pont et annonça l'approche d'une vague déferlante. Scrutant l'obscurité nous aperçumes d'abord une mince ligne phosphorescente qui, tel un mirage étrange, semblait monter de plus en plus haut vers le ciel ; sa crête, couronnée par la lumière lugubre de cet éclat phosphorescent, révélait par-dessous de sinistres masses d'eau noire. Annoncée par le fracas de tonnerre de brisants rugissant à l'unisson par milliers, le raz de marée que nous redoutions depuis des heures était finalement sur nous.

Nous ne pouvions que nous agripper aux mains-courantes et attendre la catastrophe.
Dans un fracas effrayant, notre bateau fut englouti, enseveli sous une masse mi-liquide, mi-solide de sable et d'eau. Nous demeurâmes submergés durant une éternité de manque d'air ; puis gémissant de toutes ses membrures, notre solide vieux Wateree se fraya un chemin jusqu'à la surface, avec son équipage haletant toujours accroché aux rembardes. Quelques hommes avaient été blessés ; aucun n'avait été tué, personne ne manquait. Un miracle auquel même le recul du temps ne me permet pas de vraiment croire encore...

Certainement notre survie était due au profil et aux aménagements du bateau, qui permirent à l'eau de s'écouler du pont à peu près aussi vite que s'il s'était agi d'un radeau.

Le navire avait été emporté avec une très grande vitesse, mais très rapidement il s'immobilisa. Après une courte attente, nous finîmes par descendre une lanterne par-dessus bord et découvrîmes que nous étions échoués. Où, nous ne le savions pas. Quelques lames moins violentes vinrent nous frapper encore, puis elles cessèrent.

Pendant un certain temps nous restâmes à nos postes, mais comme le bateau demeurait immobile et que rien ne se produisait plus, l'ordre fut donné à l'équipage épuisé de descendre dormir dans les hamacs.

Le soleil se leva sur une scène de désolation rarement contemplée. Nous nous trouvions au sec, à trois milles (5,500 km) de notre ancrage, à deux milles (3,700 km) à l'intérieur des terres. La lame nous avait portés à une vitesse incroyable par-dessus les dunes de sable qui bordent l'océan, au travers d'une vallée, et par-delà la ligne de chemin de fer qui va en Bolivie, pour nous abandonner au pied de la chaîne côtière de la cordillère des Andes : sur la falaise quasi-verticale nous découvrîmes la trace laissée par l'onde du raz de marée, elle se trouvait à 47 pieds (un peu moins de 15 mètres) d'altitude...Si la vague nous avait transportés soixante mètres plus loin, elle nous aurait écrasés contre le mur perpendiculaire de la montagne.

Près de nous gisait l'épave d'un grand trois-mâts anglais, la Channacelia ; une de ses chaînes d'ancre était enroulée autour d'elle autant de fois que sa longueur l'avait permis, montrant ainsi comment le navire avait été roulé et roulé, cul par-dessus tête...Un peu plus loin vers la mer, le cuirassé America était couché sur le flanc, crevé.

(...)
La ville elle-même avait disparu : à sa place s'étendait une plaine de sable uni. Excepté dans les faubourgs accrochés à la montagne, nulle maison ne marquait l'endroit où avait été Arica.
Dans les faubourgs situés au-dessus du niveau atteint par la mer, nous marchions dans un hideux amoncellement où tout se mêlait, y compris les cadavres, sur vingt ou trente pieds de hauteur (7 à 9 mètres) »

***************

Haroun évoque plus loin les séismes d'Alaska

« Le séisme de Lituya Bay, en 1958, avec une magnitude de 8, déclencha la lame d'eau la plus colossale connue ; et s'il ne provoqua la mort que de onze personnes, il le fit d'une façon qui illustre de manière saisissante l'énergie qu'il avait libérée.

Tout, d'ailleurs, paraît incroyable dans cette histoire ! Et tout d'abord, cette vague, haute de 600 mètres (correspondrait à un immeuble moderne de 240 étages !) Lorsque j'en lus la nouvelle, dans la presse quotidienne d'abord, dans une revue scientifique plus tard, je n'en crus rien : des tsunamis de trente ou quarante mètres de haut, oui ; de plus d'un demi-kilomètre, non, c'est impossible !
Aussi sautai-je sur la première occasion qui me fut donnée, quelques années plus tard, d'aller dans cette partie du monde. Je louai un petit avion et nous mîmes le cap sur Lituya Bay.

Nulle part au monde je n'ai vu pays aussi littéralement haché de failles, compartimenté par elles en longs blocs allongés parallèles à la côte, elle-même limitée par une faille majeure. On voit là de ses yeux combien est fragile l'écorce du globe.

Cette Lituya Bay n'était autre que la baie des Français, que La Pérouse avait découverte et longuement explorée en 1786, un an après son départ de Brest pour cet ultime périple dont il ne devait pas revenir.

Ce fut dans cette baie des Français que la première catastrophe de ce voyage de la mauvaise chance était survenue, inexplicable, inexpliquée : deux grandes chaloupes, portant une vingtaine d'hommes, officiers, géodésiens et naturalistes occupés à cartographier et étudier les lieux, avaient chaviré, noyant tout le monde.

Du haut des airs, je pus tout de suite voir qu'il était parfaitement vrai qu'une lame colossale, haute de centaines de mètres, avait bien balayé la baie : depuis le fond de celle-ci jusqu'à son entrée, huit kilomètres plus loin, l'épaisse forêt de splendides sapins de Sitka avait disparu, et même la terre sur laquelle ils avaient poussé avait été nettoyée ; il ne restait que le roc nu. Des troncs jonchaient la rive, comme des allumettes jetées là, sur le rebord de cette roche décapée jusqu'à l'os. Et la taille de ces fétus, dont le moindre avait trente mètres de long, me donnait l'échelle du désastre : partant du fond de la baie, au pied de la vertigineuse paroi du mont Crillon, qui s'élève depuis la mer dans laquelle plonge son pied jusqu'à plus 4000 mètres d'altitude, la lame avait jailli jusqu'à 600 mètres de hauteur...J'étais à présent convaincu par les faits, et malgré cela je ne parvenais pas à imaginer la chose, je me refusais presque à y croire : 600 mètres, deux tours Eiffel l'une sur l'autre ; une vague, une masse d'eau aussi colossale dépassait mon entendement... »

3 commentaires:

  1. !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  2. il y a qques années je m'étais intéressé a ce tsunami en Alaska et sur google earth ou map, on vois très clairement la hauteur de l'impact sur les berges du lac encore aujourd'hui.

    Coordonnés satellite: 58°38′13″N 137°34′23″W

    En fait la foret a été balayée, il ne restait absolument rien jusqu'à la hauteur de ce tsunami, des arbres centenaires et gigantesque furent broyés (sapin de sitka: hauteur 70m diametre 4m) on imagine la puissance d'une vague pareil.
    Des années après de nouveaux arbres ont repoussés. La ligne de démarcation entre les anciens arbres plus haut et les nouveaux plus bas est très net de par la couleur (jeunes arbres clair, anciens arbres foncés)
    Ce tsunami fut créer par un pan de montagne qui s'effondra dans le lac.
    D'après les spécialistes qui étudient ces phénomènes, c'est ce type de tsunami généré par une masse plongeant dans l'eau qui créer les murs d'eau les plus impressionnant (las palmas aux canarie présente ce risque)

    lien:
    http://www.google.be/images?hl=fr&q=lituya+bay+megatsunami&um=1&ie=UTF-8&source=univ&sa=X&ei=ufhtTZPrA9KZhQeDxZmPDA&ved=0CE0QsAQ&biw=1272&bih=856

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