26 mars 2011

Document envoyé par Mme Monique Sené, physicienne nucléaire

Merci à Plutonium de nous faire partager.
Monique Sené est une physicienne nucléaire, chercheuse au CNRS, et co-fondatrice du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN).
Présentation du groupement que préside Mme Sené :



UN GROUPE DE SCIENTIFIQUES
POUR L'INFORMATION SUR L'ÉNERGIE NUCLÉAIRE

PAGE D'INFOS de GSIEN
(extrait de la Gazette 143/144 de 1995)
    Depuis 1976, il existe, en France, un groupement de scientifiques indépendants qui diffuse de l'information sur les nombreuses questions que soulèvent le développement de l'industrie nucléaire en France. Lors de l'accident nucléaire de Tchernobyl, ce groupe a été abondamment sollicité par la presse et le public pour répondre aux carences des services officiels.
    Les compétences pluridisciplinaires du Groupe de Scientifiques pour l'Information sur l'Énergie Nucléaire ont été largement reconnues puisque plusieurs de ses membres ont participé à des expertises de projets nucléaires... à l'étranger. En réclamant l'accès à la documentation, la pluralité des analyses, afin d'obliger les services officiels à fournir une inforrnation sincère, le GSIEN a témoigné qu'une large fraction de la communauté scientifique française souhaitait des structures d'évaluation indépendantes d'un des plus importants programmes nucléaires au monde.
    La catastrophe de Tchernobyl a largement montré qu'en France, l'information sur le nucléaire est biaisée: on ne peut être en même temps promoteur et garant de la sûreté, on ne peut confier aux mêmes services la sûreté des systèmes et les conséquences de l'échec de ces mêmes systèmes.
    Rappelons que c'est l'absence totale de débat démocratique sur l'énergie nucléaire qui est à l'origine du GSIEN et la motivation de son activité, compte tenu de la démission du pouvoir politique vis-à-vis des nucléocrates du CEA, de l'EdF et de l'indifférence absolue de ceux-ci vis-à-vis de l'opinion publique et même de la législation.
    Le GSIEN, c'est plus de 120 dossiers scientifiques publiés dans la revue «La Gazette Nucléaire»,c'est la publication de plusieurs livre et de nombreuses interventions devant des organismes officiels ou pour le public, c'est aussi la réponse à de nombreuses demandes (scolaires, journalistes, associations...)
    Ce groupe indépendant, à but non-lucratif, ne fonctionne que par la volonté de ses membres et avec les financements de leurs cotisations. A l'heure (*) où les importantes avaries du réacteur surgénérateur Superphénix soulèvent des inquiétudes et son redémarrage sans cesse repris les confirme, il est important qu'un groupe tel que le GSIEN puisse continuer à bien fonctionner. Cela dépend largement de votre soutien. Pour soutenir notre action, vous pouvez:
- adhérer à l'association (pour cela nous contacter en précisant votre (vos) spécialités scientifiques, des sciences humaines à la physique. Votre candidature sera soumise au bureau)
- vous abonner à la revue la Gazette Nucléaire: abonnement pour un an, France 23€, étranger 28€
- participer à ses activités (préciser vos compétences ou centres d'intérêt): contactez la rédaction.

Le GSIEN participe:
- au réseau national de mesure: cela piétine, mais rien n'est simple
- au PNGMDR: je vous tiens au courant des divers problèmes
- à l'ANCLI: participation aux enquêtes publiques de Gravelines (MOX pour les 5 et 6), de l'EPR à Flamanville
- étude du dossier de création de Flamanville 3 (EPR) et du rapport de sûreté
- au CSSIN: dossier EPR, Tchernobyl, Démantèlement
- à l'AVEN: articles et conférence de A. Behar, participation de R. Sené aux réunions avec les CEA-DAM
- au Groupe radioécologie du Nord Cotentin
- au Groupe d'Expertise Pluraliste
- aux CLI de Saclay, de Bruyère le Châtel, de la Hague
     Par contre, il va falloir qu'on arrive à obtenir un peu d'argent, sinon on coule: on a effectivement l'expertise de la 3ème décennale de Fessenheim; j'espère qu'on pourra tenir jusque-là. Remarquez, il faut bien s'arrêter un jour...
Monique Sené, présidente
 

Lien vers un article :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/vulga_sene.html

Lien vers Résosol :
http://resosol.org/Gazette/important/Japon%202011/index.html
Avec les mises à jour pour le Japon

Voici le mail qu'elle a envoyé à notre ami Plutonium ce soir, en réponse à ses questions.

 Avez vous des articles (revue gazette nucleaire) qui traite des differentes unités de mesure qui existent pour les radiations comme le beckerel et autre ?

Comment  pourrait-on se procurer un compteur geiger et quel type de compteur geiger comme pour le nuage radioactif au japon ?

Et les radiations dans l'environnement ?

En vous remerçiant d'avance.

Réponse de Monique Sené :

Un masque à gaz n'est pas nécessaire.
 Les Japonais portent des masques qui filtrent les poussières radioactives.
Par contre le parapluie n'est pas une solution. Pour le moment à 10/15000 km le nuage arrive très dispersé et dilué. Il y a effectivement le temps des rejets avant la mise en place d'une protection efficace, il faudra donc faire attention aux pluies.
Amitiés
MS

Suite de son courrier

La radioactivité

Quels sont les principaux radioéléments et leurs effets sur l'homme et l'environnement ?
La radioactivité est la propriété que possèdent certains atomes de se transformer spontanément par désintégration en d'autres éléments en émettant de l'énergie sous forme de rayonnements. On appelle "radiation" l'énergie émise. Les atomes possédant une telle propriété sont appelés "radioéléments" ou encore "radionucléides".
On distingue généralement les radioéléments "naturels", comme le potassium 40 et l'uranium 238, existants dans la nature, des radioéléments "artificiels", produits par l'activité humaine (laboratoires, centrales nucléaires...), comme le césium 137 et l'iode 131 mais c'est exactement le même phénomène. On ne peut éviter la radioactivité naturelle, mais pour l'artificielle on doit strictement la limiter.

On distingue généralement trois types de rayonnements : alpha, bêta, gamma.

- Le rayonnement alpha se traduit par l'émission d'une particule alpha, c'est-à-dire un noyau d'hélium, édifice particulièrement stable constitué de 2 protons et 2 neutrons. Le rayonnement alpha est très nocif pour la santé mais peu pénétrant. Une feuille de papier suffit à l'arrêter, mais si on l'absorbe ou l'inhale il est alors dangereux. En effet, il peut perdre son énergie au sein des cellules les tuer ou les léser. Dans ces conditions la cellule peut se réparer soit bien, soit mal et donc conduire à une maladie.

- Le rayonnement bêta correspond à la transformation dans le noyau, soit d'un neutron en proton (radioactivité bêta-), soit d'un proton en neutron (radioactivité Bêta+). Le rayonnement bêta est plus pénétrant que le rayonnement alpha mais moins nocif pour les organismes. Le rayonnement bêta ne parcourt que quelques mètres dans l'air et est arrêté par une feuille d'aluminium. Il peut également s'arrêter dans la matière et faire des dégats selon l'organe dans lequel se trouve le
corps radioactif.

- Le rayonnement gamma, à la différence des deux précédentes, n'est pas liée à la transmutation du noyau. Elle se traduit par l'émission d'un rayonnement électromagnétique comme la lumière visible ou les rayons X, mais plus énergétique. La radioactivité gamma peut se manifester seule ou accompagner la radioactivité alpha ou bêta. Le rayonnement gamma est le plus pénétrant des trois rayonnements. Il peut parcourir des centaines de mètres dans l'air. Une forte épaisseur de béton ou de plomb l'arrête.
Ces rayonnements, ou l'énergie qui les accompagne, sont susceptibles d'entrer en interaction avec la matière qu'ils traversent et de provoquer des changements au niveau de la structure atomique du milieu traversé, essentiellement par le biais de phénomènes d'ionisation (production d'ions par modification du nombre d'électrons d'un atome).
C'est la raison pour laquelle on parle de rayonnements ionisants.

Les rayonnements ionisants ont un effet sur l'organisme, donc la santé, par l'un des deux mécanismes suivants : la voie directe, et la voie indirecte. Le premier se réfère aux actions des rayonnements directement sur les cellules du corps, et le second aux actions des rayonnements sur l'eau du corps (production de radicaux libres par radiolyse de l'eau puis attaque des cellules du corps par ces radicaux libres). Les spécialistes estiment que la voie directe est prépondérante.

Quelle est la différence entre la radioactivité naturelle, et celle produite par les centrales et autres installations nucléaires ?

On appelle "radioactivité naturelle" celle qui existe dans la nature, sans intervention de l'homme. La radioactivité naturelle existe dans l'univers depuis son origine. Elle est présente sur terre, au sein de la matière et même des êtres vivants.

Les différentes sources de rayonnement constituant la radioactivité
naturelle sont :
- les rayonnements provenant de la croûte terrestre (désintégration de l'uranium et du radium présents dans la croûte terrestre), - les rayons cosmiques provenant du soleil, des étoiles et des
galaxies, - les rayonnements issus d'éléments radioactifs contenus dans les tissus humains, résultant de notre alimentation (potassium 40, carbone 14 par exemple).

La "radioactivité artificielle" est celle dont les activités humaines sont à l'origine. Elle est de même nature que la radioactivité naturelle et produit les mêmes effets sur la santé, mais les rayonnements sont produits en laboratoire ou dans des réacteurs et peuvent atteindre des intensités bien supérieures à la radioactivité naturelle.

Quelle est la signification des becquerels, des grays, des sieverts ?

L'activité d'une source radioactive se mesure en becquerels (Bq).
L'activité est une grandeur représentant le nombre de désintégrations par seconde au sein d'une matière radioactive. Comme la désintégration d'un élément s'accompagne de rayonnement, plus l'activité mesurée est forte, plus il y a de rayonnements et donc d'énergie émise.
La dose absorbée est la quantité d'énergie communiquée à la matière par unité de masse ; elle se mesure en grays (Gy). 1 gray équivaut à 1 joule/kg. Alors que l'activité caractérise la source émettrice de rayonnements et donc d'énergie, la dose concerne la matière recevant ce rayonnement. A dose absorbée égale, les effets varient suivant la nature des rayonnements. Comme les rayonnements alpha sont plus nocifs que les rayonnements bêta, 1 gray de rayonnement alpha est considérablement plus dangereux que 1 gray de rayonnement bêta. C'est pour prendre en compte cette différence d'effet biologique qu'a été créée la notion de dose équivalente.
La dose équivalente est la grandeur utilisée en radioprotection pour tenir compte de la différence d'effet biologique des divers rayonnements. Elle tient compte du fait que des rayonnements ont des
effets biologiques différents pour la même quantité d'énergie déposée.
La dose équivalente permet d'évaluer les effets biologiques des rayonnements en radioprotection (c'est à dire aux faibles doses).
L'unité utilisée pour la dose équivalente est le sievert (Sv).
La réglementation française fixe les limites de doses équivalentes annuelles à 1 millisievert pour la population et à 20 millisieverts en moyenne annuelle pour les travailleurs (35 mSv jusqu'en juin 2005).
Pourquoi les limites réglementaires en ce qui concerne la dose annuelle maximale admissible pour le public et les travailleurs sont-elles différentes ?
Qu'il s'agisse des limites de 20 millisieverts ou de 1 millisievert par an (20 millisieverts pour les travailleurs et 1 millisievert pour le public), il faut tout d'abord noter que les risques associés à ces
doses sont extrêmement faibles.
Les limites réglementaires sont plus élevées pour les travailleurs que pour le public car les travailleurs du nucléaire bénéficient d'un suivi médical particulier, renforcé par rapport au grand public, pour vérifier périodiquement leur bonne santé, leur aptitude à travailler sous rayonnements ionisants et l'absence d'effets dommageables qui pourraient être dus à ces rayonnements.Ceci dit il aurait été correct de les consulter pour établir une réglementation

Quelle est la différence entre l'irradiation et la contamination ?

Un organisme soumis à l'action des rayonnements ionisants subit une exposition.
On parle d'exposition externe (nouveau terme utilisé), ou encore d'irradiation (ancien terme utilisé), pour les expositions qui résultent de produits radioactifs situés en dehors de l'organisme.
On parle d'exposition interne (nouveau terme), ou encore de contamination interne (ancien terme), lorsque des produits radioactifs indésirables ont été déposés à l'intérieur de l'organisme.
La contamination d'un individu entraîne une exposition interne, jusqu'à ce que les produits contaminants aient été éliminés sachant que cette élimination dépend de la période du produit radioactif et de la période d'élimination par l'organisme vivant. (le plutonium (24000 ans) se fixe dans le foie et y séjourne 100 ans, l'uranium (4,5 milliards d'années) se fixe dans les reins et reste aussi autour de 50 ans, l'iode séjourne 100 jours dans la Thyroïde pour une période de l"élement iode 131 de 8 jours)

Quelle est la différence entre l'inhalation et l'ingestion ?

Il y a différents modes d'exposition à la radioactivité ; l'inhalation et l'ingestion sont deux de ces modes d'exposition. L'exposition par inhalation implique que les produits radioactifs passent par les voies respiratoires et atteignent les poumons.
L'exposition par ingestion implique que les produits radioactifs sont absorbés et suivent la voie intestinale.

Que veut dire : "mode d'exposition à la radioactivité" ?

On dit qu'une personne soumise à des rayonnements ionisants subit une exposition.
Cette exposition est dite externe si la source de rayonnement est extérieure à l'organisme. Elle peut également résulter d'un contact des radioéléments avec la peau et les cheveux.
L'exposition est dite interne si la source de rayonnement est à l'intérieur du corps en raison de la pénétration de radioéléments par ingestion, par inhalation (gaz, poussière), par blessure, brûlure ou
passage à travers la peau.

Combien de temps la radioactivité reste-t-elle dans l'air ?

En cas d'accident nucléaire grave, des rejets de produits radioactifs interviendront à l'extérieur de l'installation.
Certains de ces rejets auront une forme gazeuse et par conséquent se propageront dans l'atmosphère sur des distances importantes (plusieurs kilomètres) sous forme d'un panache.
Au cours de leur trajet dans l'atmosphère, ces rejets seront dispersés par les vents et finiront par ne plus présenter de danger pour la population sauf en cas de rejets continus.
Le délai au bout duquel cette dispersion sera efficace dépendra des conditions atmosphériques lors de l'accident et de la durée de l'accident.

Combien de temps le nuage radioactif restera-t-il au dessus de nos têtes ?

En cas d'accident nucléaire grave, des rejets de produits radioactifs interviendront à l'extérieur de l'installation.
Certains de ces rejets auront une forme gazeuse et par conséquent se propageront dans l'atmosphère sous forme d'un panache, que certains nomment aussi "nuage radioactif".
Ce nuage chargé de produits radioactifs sera, avec le temps, véhiculé par les vents et dispersé par ces mêmes vents. Au cours de son voyage, il pourra déposer sur le sol des zones traversées des produits radioactifs (notamment par le jeu des précipitations).
La durée de persistance du nuage dépendra de la durée des rejets qui sont à son origine et des conditions atmosphériques qui gouvernent sa dispersion.

Est-ce-que je peux boire de l'eau du robinet pendant l'accident ?

Sauf restrictions particulières émanant du préfet, il n'y a pas d'inconvénient à consommer l'eau du robinet. Si les réserves (Japon) sont en surface, il y aura des restrictions.

Est-ce que je peux manger les produits de mon jardin?

Ne consommez pas les produits de votre jardin sans l'approbation des autorités, car des produits radioactifs peuvent s'y déposer. Utilisez vos provisions.

Quels autres éléments radioactifs que l'iode seraient rejetés en cas d'accident et quels seraient les risques associés? Existe-t-il des moyens pour s'en protéger ?

L'iode radioactif représente un danger particulier, mais ne serait pas le seul élément radioactif à être rejeté dans l'atmosphère en cas d'accident grave sur une installation nucléaire.
En cas d'accident grave touchant une centrale nucléaire, d'autres éléments radioactifs très nocifs pour la santé seront rejetés, principalement des gaz rares (comme le krypton et le xénon) ainsi que
du césium, du tellure et du strontium par exemple.
Les comprimés d'iode stable ne protègent pas vis-à-vis des rayonnements ionisants émis par ces éléments radioactifs, mais seulement contre l'iode radioactif, d'où la nécessité d'autres mesures
de protection de la population que sont la mise à l'abri et l'évacuation.

On peut se procurer un compteur geiger auprès de la CRIIRAD (voir sur leur site les modalités d'achat)
En ce qui concerne ce qui vient du Japon le nuage a été dispersé sur l'hémisphère Nord et il n'y a pas un niveau irradiant suffisant pour le détecter sauf avec un appareillage très sophistiqué (la CRRIRAD publie ses propres mesures sur son site). Par contre s'il pleut et si les émissions durent longtemps il risque d'y avoir des retombées qu'il faudra mesurer pour identifier la contamination venant du Japon : tout va dépendre de la gravité de l'accident (état des réacteurs, construction d'un sarcophage...) et du temps de l'émission (1,2 ans, voire plus)

Monique Sené
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Une vidéo où Mme Sené était interviewée sur France 24 :

Futur de l'énergie nucléaire en France par france24

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