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vendredi 3 août 2012

La Corse recense les victimes de Tchernobyl

Lancement d'une grande enquête en Corse sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl


AJACCIO - Une grande enquête a été lancée en Corse auprès de la population pour recenser les victimes dans l'île de la catastrophe nucléaire de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, en 1986, a annoncé mercredi la Collectivité territoriale de Corse (CTC).

La CTC a diffusé un Appel à la population pour recenser les pathologies déclarées après le passage du nuage radioactif et susceptibles d'avoir été causées par celui-ci: maladies du sang (hémopathies malignes, lymphomes ou leucémies) et maladies de la thyroïde.

La CTC a précisé dans un communiqué que ces données seraient transmises à l'hôpital Galliera de Gênes (Italie) dans le cadre d'une étude épidémiologique sur les retombées du nuage radioactif de Tchernobyl.

Alors que le gouvernement français de l'époque avait indiqué que cette catastrophe n'avait pas eu de conséquences en France, l'appel de la CTC s'adresse aux personnes ayant résidé en Corse à partir de 1975 et ayant contracté ce type de maladies entre 1980 et 2010.

Pour la CTC, il sera particulièrement important de déboucher sur un état des lieux le plus complet possible et à cet effet la coopération de la population est vivement souhaitée.

La CTC a indiqué profiter de la saison estivale pour contacter le plus grand nombre de personnes possibles.

La population, selon le communiqué, est appelée à contacter directement l'équipe du professeur italien Paolo Cremonesi de l'hôpital Galliera de Gênes, par téléphone (06.85.39.63.39.) et par e-mail (tchernobyl.corsica@gmail.com).

L'Assemblée de Corse avait dénoncé à l'unanimité le 8 octobre 2011 la décision de non-lieu de la cour d'appel de Paris dans l'enquête sur l'impact du nuage radioactif de Tchernobyl en France.

Elle s'était déclarée indignée de la démarche des autorités politiques qui ont voulu mettre un terme à une procédure judiciaire susceptible de conduire à la vérité.

Les élus corses avaient aussi adopté le principe de l'organisation d'une conférence de presse internationale à Paris, afin de prendre l'opinion européenne à témoin sur les enjeux matériels, et surtout moraux, de cette affaire.

Le non-lieu prononcé le 7 septembre par la cour d'appel de Paris avait provoqué la colère en Corse, où une explosion du nombre de cancers et de maladies de la thyroïde avait été enregistrée dans les années suivant la catastrophe de Tchernobyl.

La cour d'appel de Paris a estimé que cette catastrophe n'avait pas eu de conséquence sanitaire mesurable en France. Elle a notamment mis hors de cause l'ancien directeur du Service central de protection contre les rayons ionisants, le Pr Pierre Pellerin, seul mis en examen, pour tromperie aggravée, en 2006, dans ce dossier.

L'avocat des parties civiles, Me Bernard Fau, avait annoncé que l'association des victimes françaises de Tchernobyl allait se pourvoir en cassation contre cet arrêt.

(Romandie News, 1er août)

5 commentaires:

  1. (1ère partie)

    Exclusif: Cancers et Tchernobyl, un médecin corse accuse

    Médecin généraliste en Haute Corse, le Dr Denis Fauconnier ne décolère pas : la Corse a été l’un des territoires français les plus touchés en 1986 par le nuage de Tchernobyl. Or la Corse détient aujourd’hui le record de France des cancers de la thyroïde. Depuis 22 ans, il réclame avec d’autres médecins, les élus et la population la mise en place d’un registre des cancers et une étude épidémiologique des cancers de la thyroïde et autres pathologies thyroïdiennes en Corse. La thyroïde est le « marqueur » le plus fort d’une contamination radioactive.
    « Nos travaux ont été torpillés »

    Le 26 avril dernier, il a démissionné de la commission créée par l’Assemblée territoriale de Corse. Cette commission tente vainement, depuis deux ans, de mettre sur pied le cahier des charges de la future enquête épidémiologique indépendante votée à l‘unanimité par l‘Assemblée Territoriale Corse en 2006. Contacté par Bakchich le 3 mai, le Docteur Fauconnier accuse : « Je démissionne parce que le travail de cette commission Tchernobyl fait l’objet d’un torpillage. Tout se passe comme si la direction de la Collectivité territoriale corse freinait des quatre fers la poursuite de nos travaux en espérant l’enlisement et la lassitude. ». Il poursuit : « Le registre des cancers réclamé depuis 22 ans ? Lors de sa venue en Corse en 2006 le ministre de la santé Xavier Bertrand s‘était, devant les élus territoriaux, engagé à le créer ; deux ans plus tard on a pas progressé, ce registre n’a jamais été mis en œuvre ».
    Cancers trois fois plus nombreux chez les hommes

    Le 14 février dernier, le Dr Fauconnier et un autre médecin, l’endocrinologue Laurence Gabrielli, avaient alerté les pouvoirs publics pour la énième fois, rappelant qu’outre l’incidence record des cancers sur l’île, « l’on constate une augmentation spectaculaire des affections thyroïdiennes (thyroïdites, nodules, goîtres) ».

    Qu’en pensent les pouvoirs publics ? Personne ne conteste le fait que la Corse détient le record de France des cancers de la thyroïde. Le ministère de la santé lui-même reconnaissait en avril 2007 dans une réponse à une question parlementaire : « La Corse, particulièrement touchée par les retombées de l’accident (de Tchernobyl) et dont les taux de cancers de la thyroïde se situent, pour les hommes, à un niveau trois fois supérieur à la moyenne des autres départements étudiés ».
    Le dépistage n’explique pas tout

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  2. (2ème partie)

    Mais cette surfréquence est-elle attribuable au passage du nuage de Tchernobyl au dessus de la Corse ? C’est là que les avis divergent. Pour le ministère de la santé (avril 2007) : « Les études épidémiologiques menées par l’Institut national de Veille Sanitaire (NDLR : agence sanitaire sous tutelle du ministère de la santé) ne permettent pas de corréler l’augmentation des cancers de la thyroïde en France à l’accident de Tchernobyl (…) Il semblerait que cette augmentation du nombre de cancers de la thyroïde soit en partie liée à une modification des pratiques médicales ». En clair, il y a davantage de cancers parce que le dépistage est meilleur.

    Cet argument est contesté avec force par le Dr Fauconnier : « C’est faux ! Ma fille, médecin, a fait une thèse sur 201 cancers de la thyroïde survenus en Corse entre 1986 et 2005, sa conclusion est que 8% seulement de ces cancers sont imputables à un dépistage précoce particulier. En d’autres termes, il n’y a que 8% des cancers thyroïdiens qui sont des microcancers de découverte fortuite sans manifestations cliniques ».
    10% de la population corse souffrirait de problèmes thyroïdiens

    S’agissant donc du lien entre l’incidence plus forte des cancers en Corse et la contamination due à Tchernobyl, il y a un fossé vertigineux entre la position des pouvoirs publics et les observations des médecins corses Fauconnier et Gabrielli. Selon la thèse officielle « l’InVS et l’IRSN ont évalué en 2000 entre 7 et 55 cas supplémentaires de cancers de la thyroïde attendus en France entre 1991 et 2015 du fait des retombées radioactives de l’accident de Tchernobyl ». Mais les auteurs de l’étude précisent que ces projections sont à interpréter avec la plus grande précaution et que le lien entre les cancers et la contamination due à Tchernobyl n’est en aucun cas établi.

    Fureur à nouveau du Dr Fauconnier : « Tout d’abord ces chiffres concernent uniquement les personnes qui avaient moins de 15 ans au moment de Tchernobyl. Et puis, surtout, ce que les médecins observent depuis 22 ans en Corse dans leurs cabinets est autrement plus inquiétant : en 1986, 5 cas d’hypothyroïdie néonatale ont été repérés en Corse, c’est 5 fois plus que le nombre de cas attendus. Pour l’homme, l’incidence standardisée du cancer de la thyroïde est 3 fois plus élevée que la moyenne nationale, c’est faramineux. Nous observons un nombre croissant de pathologies, 10 % de la population corse souffrirait de problèmes thyroïdiens ».
    Un très fort faisceau de présomptions

    Et il poursuit : « Tout cela est reconnu et officiel, nous sommes devant un très fort faisceau de présomptions dans la relation de cause à effet entre les pathologies thyroïdiennes et les retombées de Tchernobyl ».

    Le Dr Fauconnier est un obstiné, il a cessé d’exercer mais il ne lâchera pas : c’est lui qui, le premier au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, avait alerté l’opinion et fait mesurer des taux de radioactivité en Corse, dont les résultats s’étaient avérés hallucinants, 10 à 100 fois plus élevés que les chiffres officiels. « Le registre du cancer, c’est 200 000 euros par an, nous avons fait venir une épidémiologiste de renom, le Dr Annie Sasco, qui a été auditionnée comme expert par la commission Tchernobyl. Pour elle aussi c’est la bonne solution que de créer ce registre des cancers ! Mais qu’attendons-nous ? ».

    Pour en savoir plus, on peut consulter notamment


    l’étude de l’Institut national de veille sanitaire (publiée en 2007) sur l« Evaluation de l’incidence du cancer de la thyroïde en Corse à partir des données hospitalières, de l’assurance maladie et des laboratoires d’anatomopathologie. Période 1998 - 2001 »

    Bakchich , 05/05/2008

    Delphin, Conservateur des hypothèses

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    1. Merci Delphin, "conservateur des hypothèses" !

      La Corse est en miniature ce qui attend la côte ouest des US et du Canada.
      Je ne mentionne bien sûr même pas le Japon qui est hors catégorie...

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  3. Oui, les corses ont la rage et ils ont le courage d'aller plus loin.
    L'asso des victimes de Tchernobyl des malades de la thyroïde n'a pu qu'invoquer la justice et elle a perdu !
    Pas un Fauconnier pour la soutenir et pas une volonté d'engager une étude épidémiologique de terrain...
    Qu'est-ce qui différencie un médecin corse d'un autre ???
    Peut-être bien un sentiment d'appartenance à une minorité opprimée que n'ont pas ( plus ! ) les français aujourd'hui ?

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  4. Seul le Pr Pellerin a été mis en examen, et pas le premier ministre Jacques Chirac, et le ministre délégué auprès du ministre des affaires sociales et de l'emploi, chargé de la santé et de la famille, Michèle Barzach.

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