samedi 26 novembre 2011

Un sismologue avait prévenu

Cet article a été ajouté sur le blog EX-SKF suite à plusieurs liens donnés par des commentaires de lecteurs vers un article de Bloomberg.

Bloomberg : un sismologue de bon sens dit que le Japon sous-estime toujours la menace des réacteurs

De Bloomberg News (21 novembre) :

Écarté comme insignifiant par l'industrie nucléaire japonaise, le sismologue Katsuhiko Ishibashi a passé deux décennies à suivre la réalisation de ses prédictions de catastrophe : d'abord en 1995 le séisme de Kobe et puis à Fukushima. Il dit que le gouvernement n'en tient toujours pas compte.
Le scientifique de 67 ans a rappelé dans une interview la manière dont son patron l'a emmené au ministère de la construction pour s'excuser d'avoir écrit un livre en 1994 suggérant que les codes de construction japonais font prendre un risque aux villes. Cinq mois plus tard, des milliers de personnes étaient tuées lors du séisme dévastateur de Kobe. Le livre, ''Un sismologue prévient'', est devenu un best-seller.
Cela n'a pas empêché Haruki Madarame, aujourd'hui à la tête de la commission de sécurité nucléaire japonaise, de congédier Ishibashi comme si c'était un amateur quand il avertissait d'une ''catastrophe nucléaire sismique'', une phrase forgée par un professeur d'université de Kobe en 1997. Ishibashi dit que le Japon sous-estime toujours le risque de faire fonctionner des réacteurs dans un pays qui possède environ 10% des séismes mondiaux.
''Ce qui manquait – et manque toujours – est la reconnaissance du danger,'' disait Ishibashi, assis dans la salle à manger remplie de livres de sa maison de la banlieue de Kobe. ''Je comprends que nous n'allons pas fermer toutes les centrales nucléaires, mais que nous pourrions les ranger par ordre de risque et supprimer progressivement les pires.''
Parmi les réacteurs les plus vulnérables se trouvent certains des plus vieux, construits sans la perspicacité de la science moderne des séismes, disait Ishibashi. Il n'y a que quatre ans que la société atomique japonaise a reconnu qu'une faille active courait sous ses réacteurs de Tsuruga, qui s'est ouverte de 120 km en 1970 au nord-est d'Osaka, près d'un lac qui alimente en eau des millions de personnes dans la région.
De nouvelles lignes de faille
Japan Atomic renforce la centrale pour augmenter la tolérance aux séismes et pense qu'elle est en sûreté malgré la découverte de nouvelles lignes de faille actives en 2008, a déclaré Masao Urakami, de Tokyo, porte-paroles de l'installation.
''Nous ne pouvons répondre à toutes les affirmations des scientifiques,'' a-t-il dit. ''Les normes pour les secousses sismiques du sol ne sont pas décidées arbitrairement, mais sont basées sur les découvertes d'experts assignés par le gouvernement.''
Le réacteur 1 de la centrale de Tsuruga, qui a vu son permis repoussé de dix ans en 2009, est l'un des 13 de la baie de Wakasa, une partie de la côte de la mer du Japon qui abrite la plus forte densité de réacteurs nucléaires au monde. La région est criblée de lignes de faille découvertes les 3 ou 4 dernières années, selon Ishibashi.
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La prédiction de Fukushima

Sa vision a changé après qu'un séisme de 6,9 ait tué plus de 5500 personnes au Japon le 17 janvier 1995, et fait s'effondrer des tronçons d'une voie rapide surélevée.
Après la catastrophe, dont les ingénieurs japonais disaient qu'elle ne pourrait se produire, le régulateur nucléaire n'a pas réévalué immédiatement les normes de construction. On disait que les centrales étaient ''en sécurité du sol au plafond'', comme le titre d'un pamphlet de 1995 du ministère de la science. Ishibashi décida d'enquêter.
Le résultat fut un article sur Hamaoka (centrale nucléaire au sud de Honshu) publié dans le numéro d'octobre 1997 du journal des sciences japonais qui se lit comme l'autopsie de la catastrophe de Fukushima : un séisme majeur pourrait faire sauter le courant électrique extérieur des réacteurs et déclencher un tsunami qui pourrait déborder ses 6 mètres de défenses, inondant les groupes électrogènes de secours et conduisant à la perte de refroidissement et à la fusion.
Quand la préfecture locale interrogea les experts en industrie sur l'article d'Ishibashi, la réponse fut qu'on ne devait pas le prendre au sérieux.
Ishibashi, ''l'insignifiant''

''Dans le domaine de l'ingénierie nucléaire, M. Ishibashi est insignifiant,'' disait Madarame en 1997 dans une lettre à la Législature de Shizuoka. Madarame, alors professeur à l'école d'engineering de l'université de Tokyo, est aujourd'hui chargé de la sécurité nucléaire du pays.

Des demandes faites au bureau de Madarame en octobre pour une interview sur ses vues actuelles du travail d'Ishibashi ont été déclinées.
Le 24 octobre, on demanda à Madarame, après un briefing courant pour la presse, s'il avait changé d'opinion sur Ishibashi.
''En raison de l'accident il faut apporter un regard neuf aux choses, y compris les plans d'ingénierie sismiques, et nous faisons cela,'' a-t-il déclaré. ''Ishibashi a beaucoup contribué aux révisions des plans sismiques et ses commentaires y sont importants.'' Il a refusé ensuite tout commentaire.
Les réacteurs d'Hamaoka, sujet du rapport d'Ishibashi de 1997, ont été stoppés en mai après que le premier ministre d'alors Naoto Kan soit apparu en public à la télévision pour plaider la fermeture de la centrale auprès de Chubu Electric. La compagnie estime que cela coûtera 100 milliards de yens et 18 mois de travail pour construire une barrière marine autour des réacteurs.
(Article complet sur ce lien.)
Le Pr Ishibashi fut l'un de ceux qui publia l'article sur la centrale nucléaire d'Hamaoka à Shizuoka, déclarant que la centrale réside au sommet de plusieurs failles actives.
On l'appela en mai de cette année pour témoigner au comité de la Maison Basse du Japon pour donner son opinion sur la réponse du gouvernement à l'accident de la centrale de Fukushima I. Il répondit en gros, ''Je vous l'avais dit''.
Ce qui m'a frappé en regardant son intervention au comité sur internet c'est qu'il était tout à fait intransigeant sur tout ce que font les japonais – les chercheurs japonais, la technologie japonaise, les sociétés, pour mettre fin à l'accident nucléaire. À cette époque, il semblait bizarre qu'aucun des chercheurs japonais, qu'aucune société ni les officiels du gouvernement ne semblent avoir une indication sur ce qu'il fallait faire.
Bon, certains chercheurs japonais étaient occupés à écrire des articles à soumettre aux journaux étrangers qui propulseraient leur carrière, les sociétés soumettaient des plans à TEPCO mais on disait (ou le conseillait fortement) à TEPCO d'utiliser AREVA et Kurion, et les officiels du gouvernement savaient qu'il y avait une fusion complète. 
Si besoin, je peux traduire le reste de l'article (s'il y a de la demande...)

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