10 janvier 2012

Traduction de l'article sur le Dr Siedentopf (2ème partie)

Les enfants aux cicatrices

Le Dr Siedentopf s'est reprise et elle continue : ...''Nous avons tout regardé, l'ancien ghetto aussi. Et par chance nous les cinq médecins du groupe avons visité la clinique en dehors de Minsk. Là, des enfants récupéraient d'un traitement pour le cancer de la thyroïde. Ce furent les premières victimes que nous avons vues, dans un ancien centre de convalescence pour officiers. Tous les enfants étaient pâles et avaient une cicatrice rouge sur le cou.


Ce n'est que là que nous avons réalisé que Tchernobyl n'était pas fini. Un médecin nous a dit ensuite que la réconciliation et la compréhension parmi les nations ne pourraient pas vraiment aider beaucoup, mais qu'ils avaient un réel besoin d'aide médicale. Si nous voulions aider nous devrions aller dans les provinces, les grands hôpitaux de Minsk étant déjà relativement bien desservis. L'hôpital de l'université de Francfort s'y était employé. Et on a eu une adresse et nous avons dit que nous allions nous en occuper. Et peu après deux d'entre nous sont allés à Kostjukovitschi. C'est situé à environ 180 km en droite ligne de Tchernobyl, à l'est de la Biélorussie.


Ma ville Dietzenbach a 35.000 habitants, environ autant que Kostjukovitschi. Nous avons rendu visite au médecin-chef dans un vieil hôpital datant de 1905, c'était incroyable, les lits, tout étalé par terre, sans rien. Il nous a tout montré, et ensuite nous avons rencontré la pharmacienne, enceinte, Larissa, qui est toujours notre contact féminin et une amie. Elle nous a montré la pharmacie, qui était aussi mal équipée. Elle manquait de pansements, de consommables. On nous a dit qu'il n'y avait pas de suppositoires pour les enfants. Elle ne pouvait en fabriquer, manquant de beurre de cacao.


Et pourquoi n'avez-vous pas de gouttes pour les yeux et les oreilles ? Il n'y a pas de compte-gouttes, a-t-elle dit. Et c'est comme ça que notre projet a démarré, au début une aide médicale. C'était pour les séquelles de Tchernobyl, pour être d'une quelconque aide. Et avec ces gens, le médecin-chef, la pharmacienne et un pédiatre, nous avons en fait mené ce projet médical intensif pendant dix ans.
Nous avons envoyé ou livré les substances qu'il fallait pour le projet de la pharmacie. Ils ont préparé eux-mêmes les produits sur place. Les suppositoires pour les enfants devinrent alors gratuits ou fabriqués à un prix raisonnable. Une assistance importante aussi pour les préparations gynécologiques, des suppositoires pour les femmes. Au bout de dix ans, ceci ne fut plus possible parce que l'allocation pour les médicaments fut centralisée, les pharmacies devinrent seulement des points de vente et ne pouvaient plus rien produire par elles-mêmes.


Dès le début avait déjà été démarrés en Allemagne des invitations pour les enfants. En 1990 les premiers enfants furent invités à venir se reposer en république démocratique allemande. Ils parlaient russe et avaient déjà des contacts. En 1991, cela démarra avec nous. Notre ville disait qu'elle prendrait en charge le financement de 50 enfants de Tchernobyl pour des vacances dans le Taunus (montagne dans le land de Hesse, NdT). Mais je disais, laissez-les prendre des enfants et des familles de Kostjukovitschi aussi et nos familles de Dietzenbach géreraient aussi le problème.


Je suis allée une quarantaine de fois en Biélorussie


Et ce fut donc fait, ce fut la ville qui finança pendant deux ou trois ans et plus tard notre Cercle d'Amis de Kostjukovitschi, alors fondé légalement, les dons purent être mises en place correctement. Les familles et les enfants devinrent amis très rapidement malgré les difficultés de lange et le fait d'être étranger. Nombreuses parmi ces amitiés survécurent au cours des années. A ce jour, plus de 900 enfants et 250 adultes ont été nos invités à Dietzenbach. De nombreuses visites amicales ont été effectuées. Et depuis cette époque, je suis allée une quarantaine de fois en Biélorussie.


Dès la première année, en plus d'une assistance médicale, nous avons en fait collecté des objets qui manquaient dans cette société de manque. Au début à mon cabinet, puis plus tard nous avons eu nos propres pièces. On a envoyé des colis, deux fois par an il y a des cargaisons par camions, nous collections de tout, des vêtements, des vélos, des machines à coudre, des jouets, des instruments de musique, des ordinateurs, de l'équipement de sport, etc. Nous demandions aussi ce qu'il fallait, une école d'art voulait un four.


Une maison de retraite avait besoin de tout : lits, matelas, literie, vêtements, tapis, meubles, plats,etc. Nous nous sommes beaucoup engagés, il fallait aussi du mobilier pour la pièce d'un médecin qui venait au village de temps en temps, des décorations, des appareils électro-ménagers. Ou pour les pédiatres, nous avons envoyé des stéthoscopes et des spéculums à oreille qui manquaient, ou un spéculum pour le nez, des choses comme ça. Oh oui, nous avons envoyé aussi de petits miroirs, avec lesquels on peut voir le larynx. Mais au bout d'un an ils étaient devenus mats et nous nous demandions quoi en faire. Ils avaient été stérilisés dans le stérilisateur général qui les avaient rendus mats. Nous avons fourni un petit stérilisateur, et ensuite tout s'est bien passé.


Maintenant je voudrai parler de la situation sanitaire, qui n'est normalement pas un problème ici en Allemagne. Il est important de comprendre la chose suivante : plus le temps passe, plus  la situation devient catastrophique pour les gens et pour la vie biologique de la région. C'est ce que nos médias et nos hommes politiques ne veulent pas voir, comme Lukaschenko, qui a déclaré l'accident comme étant une chose du passé.


Des mères cachées


Après Tchernobyl, sont arrivées de multiples 'vagues de catastrophe'. Les premières ont affecté les adultes : les liquidateurs, les médecins, les gens qui sont allés dans les régions contaminées, et ceux qui vivaient là. Beaucoup moururent de cancer rapidement. Les enfants furent touchés dès le début aussi. Dans les régions touchées de Biélorussie il y a en général une carence en iode, parce qu'il n'y a pas de côtes maritimes comme au Japon. C'est pourquoi l'iode radioactif a été massivement assimilé par les glandes thyroïdes des petits enfants.


Après Tchernobyl, le gouvernement décida de pratiquer des avortements chez toutes les femmes enceintes. Mais de nombreuses mères se cachèrent. Dans l'année qui suivit l'accident, il y eut aussi des cancers de la thyroïde chez beaucoup de ces enfants. Une maladie pratiquement inexistante chez les enfants jusque-là. 4000 cas de cancer de la thyroïde sont officiellement confirmés en Biélorussie. Ils furent opérés, reçurent de la radiothérapie et ils prennent des hormones toute leur vie pour ne pas être atteints de crétinisme. Et ils auraient dû obtenir cette thérapie gratuitement – également pour des désordres plus tardifs – jusqu'à aujourd'hui, 25 ans après l'accident, mais ce n'est pas le cas.
A l'heure actuelle dans la génération suivante nous observons un nombre en augmentation de maladies du sang. Comme nous le disons : TCHERNOBYL SE DÉCHAINE DANS LES GÈNES. Et cela continuera pendant les 300 prochaines années parce que le strontium et le césium ont une demi-vie de 30 ans, et en règle générale, après des périodes de demi-vies de 10 ans, aucune quantité significative de ces isotopes ne subsiste. Cela correspond à 7 ou 8 générations. Plus le plutonium qui a une demi-vie de 24.000 ans. Un autre problème est que la radioactivité a induit du diabète chez les enfants et les adultes, surtout chez les enfants. Un phénomène inconnu dans le passé.


Le gouvernement achète deux types d'insuline et tout le monde doit se débrouiller avec ça. Mais les enfants ont besoin au moins d'un troisième d'insuline et ce type-là n'est pas disponible, sauf si des ONG s'en occupent. Ces ONG s'occupent aussi d'une éducation absente mais nécessaire. Il y a aussi des maladies des yeux, de l'opacité du cristallin. Et nous avons vu une augmentation de cancer du sein, beaucoup en sont mortes au cours des 5 premières années. On peut se demander si la radioactivité a induit un cancer plus agressif que le cancer ''normal''.


Le nombre de malformations de naissance a augmenté aussi. L'avortement est un gros problème. La contraception coûte cher, et peu de gens peuvent se le permettre. C'est un gros problème. D'un autre côté, il y a de nombreux couples stériles. A Kostjukovitschi, 30% des couples sont spontanément stériles. Un autre problème est l'augmentation de tumeurs malignes qui touchent des enfants entre 6 et 9 ans. Des tumeurs cérébrales. Des tumeurs des os.


Un autre gros problème : dans les zones contaminées, les blessures ne guérissent plus correctement, c'était dramatique. La raison en est une faible immunité, du fait que le strontium radioactif s'est incorporé dans les os et y reste. Le sang est fabriqué dans les os, et il est donc continuellement irradié pendant sa formation. D'une certaine manière, c'est comme le SIDA : l'immunité ne fonctionne plus, puisqu'il n'y a plus d'anticorps. Voilà pourquoi nous avons une augmentation de cas de polio, malgré les efforts d'immunisation. Même chose avec la tuberculose, d'autant plus, parce que par dessus tout la nutrition est déficiente. De nombreuses personnes lavent leurs légumes à l'eau de pluie et ils ramassent des champignons et des baies à l'automne, qui sont toujours fortement contaminés.


Des cellules lésées


La majorité des incapacités chez les enfants de la région avec handicaps mentaux ou physiques ont leur origine dans les irradiations. Il faut comprendre que chez la femme les ovaires existent déjà au stade embryonnaire. Une grande quantité de cellules deviennent des follicules, il y en a environ 8 millions. Tout dommage survenant à la mère afflige ces cellules aussi. Le placenta possède une barrière naturelle, mais malheureusement c'est dans cette barrière que s'accumulent les particules radioactives. Les ovules endommagés ne peuvent être réparés. Quand une femme naît, il y en a déjà environ 1 à 2 millions. Pendant la puberté, il y en a encore 400.000. Et ce sont ceux-là qui peuvent être déjà endommagés, lors d'une grossesse. Avec toutes ses conséquences.


Une autre chose importante à connaître : tous ces dommages génétiques, la fréquence des cancers et tout le reste...ce sont des conséquences des radiations à faible dose, et c'est complètement différent des maladies de radiations des liquidateurs. C'est un fait qui est constamment et continuellement nié par toutes les personnes responsables.


L'irradiation des organes vitaux est causée par des radionucléides incorporés. Si une cellule est endommagée, il y a quatre possibilités pour la cellule : 1) la cellule meurt instantanément.  2) la fonction de la cellule est détruite. 3) la cellule dégénère et un cancer se forme. 4) la cellule se répare. Mais ce n'est possible que pour les cellules adultes. Les cellules de l'embryon n'ont pas ce genre de fonctions de réparation, les cellules des enfants non plus. Chez eux il n'est question que de croissance et de division et ce n'est qu'avec le temps que la capacité de réparation devient effective. C'est un des facteurs cruciaux qui fait que les enfants sont spécialement en danger. Et c'est pourquoi toutes les femmes enceintes et tous les enfants doivent être évacués de la zone de Fukushima immédiatement !
L'industrie atomique en général est un problème qui ne peut être évalué correctement et définitivement, parce que de nombreux intérêts économiques sont en jeu, tant d'argent se tient derrière. Mais ce que nous pouvons estimer, c'est que les lobbyistes – qui incluent de nombreuses organisations politiques et semi-politiques avec leur responsables – sont cyniques et agissent de même. Cela commence avec les seuils de radioactivité. Même en Ukraine et en Biélorussie, ces limites sont plus basses qu'ici (en Allemagne).


Il n'y a tout simplement pas d'autorité mondiale indépendante. A l'OMS, il y a seulement UNE PERSONNE, qui s'occupe des radiations. Mais l'OMS n'a de toutes façons rien à dire. Quand on parle d'exposition aux radiations et de ses conséquences, on ne leur permet pas de dire quoi que ce soit. Depuis le contrat de 1957, elle est assujettie à l'IAEA (agence de l'énergie atomique internationale) et de ce fait dissimule tout rapport sur les dangers réels des radiations. Nous devons dénoncer tout cela.

L' IPPNW demande que cet accord soit révoqué ! L'OMS est peut-être capable de satisfaire à son premier article : aider tous les gens à acquérir un état de santé le meilleur possible.

26 décembre 2011 (Die Tageszeitung)


Traduit de l'anglais par Florian Matthias Zschage, correction par le Dr Björn Voss (7 janvier 2012)

Traduction française par Hélios

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