samedi 16 juillet 2011

L'Histoire de Lucien (partie 1)

"L'enfant qui jouait avec la lune " c'est l'histoire de Lucien.

J'ai lu ce livre il y a des années , conseillé par des amis l'ayant connu...parce que l'alcool ne rend pas seulement malade celui qui boit mais aussi l'entourage.

Le Père Aimé Duval-- Lucien

Panorama aujourd'hui - N° 180 - MARS 1984

AU BOUT DE L'ALCOOL... Rencontre avec le Père DUVAL

Il avait disparu celui qui chantait: Qu'est-ce que j'ai dans ma petite tête, le Ciel est rouge, Rue des Longues-Haies... Des succès qui ont fait le tour du monde et qui continuent de courir sur les lèvres, car le père Duval avait su créer une véritable chanson populaire d'inspiration religieuse. Il avait disparu... Ou plutôt il avait sombré au fil d'un voyage au bout de la nuit. Un voyage dont il est revenu et qu'il a raconté dans un livre et qu'il reprend, ici, pour nous. Avec émotion, passion, tendresse...

Pourquoi un jour, on se décide à raconter un voyage au bout de la nuit ?

Je le devais à tous ceux qui m'ont fait confiance lorsque je chantais Jésus-christ et qui avaient le droit de savoir ce que j'étais devenu.

Mais je le devais surtout aux alcooliques. Quand je ne l'étais pas moi-même, quand la maladie ne s'était pas encore déclenchée chez moi, je passais à côté d'eux avec indifférence. Je ne savais pas ce que c'était! Mais quand je suis devenu alcoolique à mon tour, j'ai découvert que c'était effroyable, pire que tout ce que l'on peut imaginer. Et quand j'ai appris que nous étions 13% en France - plus de 6 millions! -, la révolte est montée en moi. Une colère que je n'ai pu maîtriser.

Une colère contre qui ?

Contre la conspiration du silence! On se tait tandis que 6 millions d'hommes et de femmes " bousillent " leur famille, se retrouvent en taule ou meurent dans le désespoir. Inadmissible! Puisque j'étais passé par là, il fallait que je parle. J'aurais tout risqué pour ça. Tout, tout, tout... Même mon maintien dans la Compagnie de Jésus : si mon Supérieur m'avait interdit de public, je partais... Une exigence intérieure. Une justice à ceux qui souffrent de l'alcoolisme.

Les conjoints, les enfants... Et les alcoolique eux-mêmes : à la fois coupables et victimes...

Il fallait avoir ce courage !

Je n'ai pas eu de courage. Ça s'est imposé ! J'ai dit à mes supérieurs : " Je sors un livre sur mon alcoolisme! " Ils m'ont répondu: " Très bien! " J'ai pu tout dire. Et ils ont tout accepté. Du coup, j'en ai oublié les imbéciles sur qui j'étais tombé jadis. Chapeau, la Compagnie de Jésus!

Ce livre, vous l'avez dicté, au magnétophone, au volant de votre voiture...

Parce que je parle plus facilement que je n'écris.

Mais pourquoi dans votre voiture ? Vous auriez pu parler aussi, ici, dans votre chambre!

La voiture représente pour moi une double réalité spirituelle. Un lien. Mais aussi un moyen de fuir. Comme l'alcool...

J'ai choisi la nuit aussi pour parler. La nuit on voit la route, seulement on ne voit pas le monde. Ce monde que je n'aimais plus à la fin... Mais maintenant, j'ai retrouvé une vitalité formidable. Plus forte encore que celle qui m'a fait faire 2 millions de kilomètres dans 40 pays du monde, avec mes chansons.

Justement, parlons un peu des chansons et du foudroyant succès que vous avez connu il y a vingt-cinq ans : l'Olympia, des millions de disques, des récitals dans le monde entier, des foules de 30 000 personnes à Londres, à Berlin... Qu'est-ce qui s'est passé soudain entre le publie et vous,

Je ne sais pas. J'avais écrit ces chansons, à partir de ce que je vivais. Je suis seulement un petit bonhomme, mais j'aime Jésus-Christ et il s'est trouvé que ces chansons que j'avais faites pour " Monsieur Jésus-Christ " ont plu aux gens. Voilà tout. D'abord dans les bistrots où j'allais comme missionnaire populaire et où j'ai commencé à les chanter.

Ça a commencé comme ça ?

Comme ça. Dans les bistrots. Et puis, soudain, ce fut cette explosion tout à fait extraordinaire. Parce que, je crois, les gens ont eu envie d'entendre parler de Jésus-Christ.

Mais quand une telle popularité vous tombe dessus, comment supporte-t-on?

Je suis passé au travers... Tellement de choses pratiques prenaient tout mon temps. Entretenir ma voiture. Prévoir les voyages. Penser au passeport. Acheter un plan de la ville. Faire une visite de courtoisie à l'évêque et au maire. Supporter la jalousie de quelques collègues. Donner de l'argent aux quémandeurs. Engueuler un escroc. Supporter à la limite de mes forces la vie chagrinée des pauvres, des malades, des déprimée, des prisonniers... Trouver Le temps de finir une chanson. Répondre au courrier... Des millions de lettres dont j'ai encore des caisses entières. Lettres amicales, émouvantes, implorantes, questionneuses, encourageantes. Rarement des lettres méchantes, anonymes, injustes, sectaires et bêtes à pleurer. Et je pleurais en effet. Sensibilité anormalement vive. En ce temps-là, j'étais sensible aux critiques injustifiées. La méchanceté et la malhonnêteté existaient et ni mon père ni ma mère, paysans courageux et fiers, ne m'avaient préparé à les supporter...

C'est comme ça qu'est venu l'alcoolisme?

La fatigue est une des conditions de sa venue. Mais finalement, ce n'est ni la fatigue des concerts ni la bêtise de que quelques-uns qui m'ont fait boire. Ni la solitude affective, comme on le dit souvent... Rien non plus, ne me prédisposait à devenir alcoolique. Enfant, j'avais été aimé, et mes parents ne m'ont pas donné un cœur de lâche. Les raisons sont donc ailleurs...

Découvrons ces raisons précisément. Vous dites toute la vérité sur l'alcool, père Duval.....Y compris celle-ci: " Le vin m'a aidé aussi à faire mes chansons..."

...Il leur a donné leur coloration de nostalgie, ou de colère, de fatigue ou d'attente du ciel. Pour sentir la maladie du temps, pour éprouver la douceur du monde futur où l'on s'aimera, et pour crier que ce hiatus me fait mal, l'alcool m'a aidé, je le reconnais et je ne regrette rien.

Comprenez bien cela... Il y a deux phases dans la maladie alcoolique. Une période de vin heureux d'abord. Tous les alcooliques passent par elle. Je me souviens, par exemple, de cette merveilleuse rencontre à Madagascar. Un de mes très bons amis jésuite, missionnaire là-bas, m'avait demandé de lui procurer une jeep et du fer à béton. Ce que j'avais fait, en profitant pour aller lui rendre visite. Il m'attendait dans sa cahute on branches et nous bûmes ce jour là, avec les larmes aux yeux, les verres de l'amitié et des retrouvailles après tant d'années...

Le vin était bon...

Ah! Oui... Pour tout ce que nous y mettions. Le vin accompagnait ainsi toutes mes joies : de l'esprit, du cœur...

De la création?

Évidemment... J'étais ici, à cette table où vous me voyez. A l'époque ce n'était pas du vin, trop fort pour créer, que je buvais, mais de la bière de table que j'allais prendre dans l'armoire au rez-de-chaussée. D'abord une bouteille, puis deux, puis trois...

L'alcool vous aidait.

Oui. Il forçait les portes du silence, faisait venir le chant et me donnait le courage de chanter. Je le bénis. Et je continuerai de le bénir au Ciel lorsque je verrai Jésus-Christ. Après lui avoir dit " Bonjour, monsieur Notre Seigneur Jésus-Christ ", je lui demanderai: " Que buvons-nous ? " Il comprendra, Lui qui a de l'humour, qui a commencé sa vie publique au banquet de Cana et qui l'a achevée par le repas de la Cène.

Mais le temps du vin heureux ne dure pas!

Hélas! Au début, l'alcool stimule tout ce qu'il y a de bon en nous : L’amitié, la faim de justice, l'écoute, la création... Le malheur, c'est que l'on passe insensiblement de cette étape heureuse à la suivante, désolée et tragique.

Sans se rendre compte, dites-vous : " Cette maladie alcoolique, je ne l'ai pas vue venir... "

C'est vrai. Je n'en ai pas du tout été conscient. Du tout...

Même quand vous avez été malade et que vous avez été hospitalisé ?

A Cologne Par exemple, pour ma pancréatite

Oui...

Pas du tout. Je mettais ça sur le compte de la fatigue. L'idée ne me venait pas, étant donné le peu que je buvais, que ces malaises puissent venir de là.

Tous les alcooliques sont comme ça ?

Les autres alcooliques sont prévenus beaucoup plus tôt, parce que, avec eux, les médecins ne prennent généralement pas de gants. Moi, j'étais le père Duval alors on ménageait un peu ma réputation... L'alcoolique marié, Sa femme le voit boire, elle pleure et le sermonne : il ne s'arrête pas, mais il sait que sa maladie fait problème. Moi, j'étais en voyage et personne ne me criait : " Casse-cou. " Mais enfin, direz-vous les gens devaient bien s'en rendre compte pendant vos récitals? Pas du tout. Je n'ai jamais été soûl. Jamais. Et toute la journée qui précédait le récital, je ne buvais pas.

Pourquoi ?

Pour être on pleine possession de moi-même. J'étais d'une conscience professionnelle scrupuleuse. Que l'on soit curé, pilote d'avion ou ouvrier d'usine, la conscience professionnelle c'est ce qui s'en va en dernier. Après la santé, après la joie... Quand elle s'en va, c'est que la mort est proche... Ou que l'on va se soigner.

Le père Duval s'est tu. Il est allé prendre sa guitare posée sur son lit, en a tiré quelques accords avant de reprendre en jetant un regard sur sa chambre.

Vous avez tout ici... J'étais assis à ce bureau, les bouteilles, là à côté de moi ; en face le lavabo où j'allais vomir et me regarder dans la glace. Tout me revient comme si c'était hier. Je descends l'escalier vers minuit avec des pas de chat. Treize ans après, je me souviens que la dernière marche avant le palier grinçait et je devais l'enjamber pour n'éveiller personne... J'ouvre la bouteille de vin, en tenant fortement le bouchon pour qu'il ne couine pas. Je bois au goulot. Je referme le placard. Je fais cinq pas dans le couloir pour remonter. Mais... je retourne au placard avant de remonter enfin chez moi, la mort dans l'âme. Et cette humiliante comédie peut se reproduire une nouvelle fois deux heures plus tard... Insensiblement, je m'isole. Je ferme ma porte à clé, je ne réponds plus au téléphone. Quand on frappe à la porte, je n'ose plus répondre: " Entrez. " Je retiens mon souffle et j'attends que les pas s'éloignent. Je m'enfermais, je m'emmurais... Tous les liens sont rompus.

Même les amitiés ?

La amis sont encore plus paumés que les autres. Ils ne vous reconnaissent plus. Vous leur échappez et ils vous échappent.

" Trouver à ce moment-là un bien portant qui parle d'alcool sans dire de bêtises est quasiment impossible, dites-vous?

C'est vrai.

Quelles bêtises par exemple ne pas dire

La pire des choses est de se taire. Si une femme assiste à la dégringolade de son mari, il faut qu'elle lui parle. Ne pas croire que ça va s'arranger. Ça ne s'arrange jamais. Lorsque quelqu'un est sur les rails de la maladie alcoolique, il ira jusqu'au bout sans s'arrêter aux stations. Mais s'ils parlent ensemble, tout peut être sauvé. S'ils se sont aimés au début, tout reviendra. Au long de quatorze années de sobriété, j'ai toujours vu ça. Je le dis d'expérience je n'ai même vu que ça ! Si deux êtres se sont aimés, même si l'un des deux boit, s'ils continuent à se parler, rien n'est perdu.

Mais que dire à son mari qui boit?

Madame, si votre mari est alcoolique, parlez-lui! Dits-lui qu'il est malade. D'une maladie grave. Beaucoup plus grave qu'il ne le croît et que vous ne croyez. Il y a de la mort qui rôde. Dites-lui que le père Duval a failli se ficher et, l'air parce que tout le monde se taisait. La médecins se taisaient. Ma famille se taisait. Mes supérieurs se taisaient. Mes amis se taisaient. Les bistrots se taisaient... Si vous, sa femme, ne lui dites rien, personne d'autre ne lui dira. Sur le moment, il vous donnera peut être une baffe : parce qu'il ne peut pas réagir autrement devant la vérité. Mais il ne vous on voudra jamais ; au contraire, il vous en remerciera cent fois. Même s'il ne le manifeste pas. Il ne le peut pas encore. Mais en lui-même, il se dit : " Elle m'aime encore assez pour me dire une vérité douloureuse. Il n'y a que cette voie : celle de la vérité."

Source

5 commentaires:

  1. Et lorsqu'on a personne, on fait comment?...

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  2. Il n'y a jamais personne Ferlin !
    relis mes dernières lettres :)
    Il n'y a jamais personne je le sais, et la première personne est à l'intérieur de soi m'aime, c'est pour la faire taire qu'on continue à boire alors qu'au début c'était pour la retrouver ;)
    Stanilas Groff parle bien de cette crise spirituelle et des erzats que sont l'alcool et d'autres drogues...
    il y a tant de chemin à faire ensuite aprés l'arrêt pour rattraper la conscience perdue que c'est vraiement gaspiller du temps de vie... à moins que l'on aime redoubler dans la souffrance... le UN est là soyons là avec puisqu'on aspire qu'à ça :)
    Tendresse à tous
    Mag

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  3. Y'a personne.Notre vie n'est que le reflet de la relation à Soi.

    Ce monde duel est éprouvant pour les âmes sensibles.

    Chacun a besoin d'une béquille ,quelle qu'elle soit ; des dépendances,des tocs,des rituels...peu importe,nous ne pouvons vivre la perfection dans un monde si corrompu.

    Mais ,si nous parvenons,malgré les souffrances,les désillusions et les trahisons à croire toujours en l'amour,alors,nous permettons que l'illusion des peurs se fonde dans la réalité de l'amour...

    Apprenons à nous pardonner et à nous aimer sans limite, sans nous juger car l'essentiel est l'intention aimante qui coule en nos coeurs.

    Ne jugeons pas les failles qui nous font simplement humains et soyons fiers si nous parvenons à répondre encore à la guerre par la paix ,même au prix de mille souffrances car telle est notre mission première sachant que nul n'est exclu de l'amour inconditionnel qui nous a engendrés...

    Biz à tous !
    Tout est parfait selon un plan qui nous dépasse...

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  4. En lisant cette partie 1, je me suis dis ce n'est pas Hélios qui a mis ce texte.
    Puis je vois que c'est CHANTALOUETTE, ça corresponds mieux comme type d'énergie.
    Je me souviens du Père DUVAL, il y a longtemps déjà il avait fait du "bruit" dans le monde des HITS !
    Cette première partie m'as permis de comprendre un peu mieux ma première femme qui est morte alcoolique !
    Je fais parvenir ce texte à nos enfants, cela pourra (malheureusement : peut-être) les aider <<;
    merci Chantalouette !

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  5. a anonyme de 9h10
    je suis contente que ce texte t'ai plu et j'espère qu'il aidera tes enfants.
    J'ai aussi vécu l'alcool des autres ce qui m'a pousser à faire des recherches pour comprendre , j'ai également découvert d'autres choses qui pourraient peut-être aider tes enfants et toi.
    Tu peux m'écrire à chantclerm@gmail.com et par mail je pourrais mieux t'expliquer.

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