vendredi 12 novembre 2010

SITUATION SANITAIRE DANS LE GOLFE DU MEXIQUE


BP : NOUVEAUX LIENS PROUVANT UNE CRISE SANITAIRE DANS LE GOLFE


Maux de tête sévères, nausées, problèmes respiratoires, les yeux et la gorge qui brûlent, maux d'oreille et douleurs thoraciques et ce n'est que le début....

Alternet
par Brad Jacobson
5 NOVEMBRE 2010

Le cours de BP a déjà rebondi. C'est surtout que les médias sont passés à autre chose. Mais les effets sur la santé à long terme des résidents côtiers du golfe depuis la marée noire catastrophique ne font que commencer.

La pièce à conviction, nous dit Wilma Subra, chimiste à l'Action pour l'Environnement de Louisiane, est une évaluation récente effectuée lors d'analyses d'échantillons sanguins de huit employés au nettoyage chez BP et de résidents d'Alabama et de Floride.

Recueillis à l'origine à quatre dates distinctes courant août, tous les échantillons de sang – provenant de 3 femmes âgées de 44, 46 et 51 ans et de 5 hommes de 30, 46, 48, 51 et 59 ans - contenaient des produits chimiques à des concentrations dangereusement élevées de produits volatils existant dans le brut de BP, comme de l'éthylbenzène, du xylène et de l'hexane, a expliqué Subra lors d'une longue interview avec Alternet.

Elle a expliqué que les sujets dont le sang a été analysé avaient été exposés au pétrole brut pendant au moins trois mois entiers avant que les échantillons soient recueillis les 2, 3, 12 et 18 août.

Pour retrouver d'autres marqueurs chimiques identiques, Subra a cherché des traces de pétrole BP tout au long de la côte en Louisiane, dans le Mississippi, en Alabama, et en Floride.

« J'y ai trouvé d'énormes quantités de brut BP sur les sols, dans les zones humides, sur la végétation et dans les tissus des huîtres, des crabes et des moules. »

Les effets aigus sur la santé de ces produits chimiques comprennent des maux de tête, des nausées, des problèmes respiratoires, yeux et gorges qui brûlent, maux d'oreille et douleurs thoraciques.

Subra, qui est également microbiologiste et récompensée en 1999 d'une « bourse des génies » pour son travail sur l'environnement, a fait remarquer que les habitants du littoral ont démarré précocement un stade d'exposition de long terme, avec des effets chroniques tels que problèmes de foie, de reins et de système nerveux central, diminution de la fonction pulmonaire et maladies cardiaques.

« Une multitude de différents types de cancers peut s'ensuivre » ajoute-t-elle, comme des cancers des poumons, du foie, des reins et du sang.

Les premières analyses de ces échantillons de sang, qui furent effectuées par le laboratoire Metametrix à Pensacola en Floride, n'avaient pas été faites pour les produits chimiques trouvés dans les dispersants utilisés par BP. Mais Subra dit que ces dispersants ont de nombreux impacts aigus et à long terme qui y ressemblent.

Contrairement aux déclarations à l'eau de rose de BP et de l'administration Obama concernant la restauration rapide du golfe, son pronostic pour ces malades de la marée noire est sombre.

« Les gens malades le resteront à vie » déclare Subra. « Ce n'est pas pour une courte période qu'ils sont malades et qu'ensuite ils vont mieux. Il est ici question d'effets de santé à long terme qui vont perdurer. »

Elle a souligné que 21 ans après le déversement de l'Exxon Valdez en Alaska, les gens ont toujours actuellement des problèmes de santé qui y sont reliés.

BP a pris connaissance de toutes les conclusions de Subra mais n'y a pas répondu.

« Je leur ai envoyé les données » dit-elle, « mais je ne m'attendais pas à une réponse ».

Comment sont-ils tombés malades ?

Dans ses rencontres avec les résidents de la côte, des employés au nettoyage et des bénévoles pour les soins médicaux, Subra a vu de ses yeux les effets dévastateurs du mélange pétrole + dispersants sur la santé des populations vulnérables.

Elle a expliqué que de nombreuses personnes sont tombées malades en raison du contact avec ces produits chimiques pour nettoyer la marée noire et reproche directement à BP non seulement d'avoir omis de fournir un équipement de protection, comme des masques, mais aussi de menacer les employés au nettoyage de licenciement s'ils en portaient.

«  Le programme d'environnement de Louisiane a effectivement fourni un équipement de protection et des masques » dit Subra, « mais on a dit à la communauté des pêcheurs que s'ils portaient un masque, ils étaient virés ».

Les employés, dont beaucoup étaient des pêcheurs qui s'étaient joints au nettoyage pour gagner de l'argent après que les eaux furent dévastées et interdites par la marée noire, avaient à choisir entre soutenir leur famille ou se protéger des produits chimiques contenus dans le pétrole et les dispersants.

Mais ces pêcheurs avaient une autre incitation primordiale à obtenir ces boulots chez BP.
« Ils voulaient désespérément ces boulots de nettoyage pour protéger leurs ressources naturelles, leurs estuaires et leurs marais », note Subra. « Ils ont donc pensé que s'ils allaient là-bas pour installer suffisamment de barrages et faire assez d'écumage, ils protégeraient les ressources du lieu ».

En conséquence de quoi ils ont été rendus malades mais la plupart sont trop effrayés pour parler car ils craignent de perdre leur emploi.

« Leurs femmes ont parlé dès le début et on leur a dit que si leurs femmes continuaient à parler, ils seraient virés et que si eux aussi parlaient ils seraient virés », dit Subra, ajoutant que pour cette raison le programme d'environnement de Louisiane est intervenu pour aider la communauté de pêcheurs à s'exprimer.

Selon tous les rapports reçus, elle a confirmé que les officiels et les entrepreneurs de BP, mais pas les fonctionnaires fédéraux, ont adressé ces menaces aux employés du nettoyage qui tentaient de porter un équipement adéquat de protection ou qui parlaient publiquement des effets liés à la santé.

Bien que le nettoyage tire à sa fin et que de nombreux ouvriers ont déjà été mis à pied, un bon nombre d'entre eux sont toujours là et cette pratique continue aujourd'hui, dit Subra.

« Donc en ce moment pour ceux qui continuent le travail, on leur fournit des gants et des couvre-bottes ou couvre-pieds et c'est tout. Pas d'équipement de protection adéquat, pas de masques. »

Elle ajoute, « Et ils se ramassent le maximum de pétrole en travaillant. Les voies d'exposition sont l'inhalation, l'ingestion et le contact avec la peau. Et ils sont exposés à ça tous les jours, tout le temps de leur présence. »

Mais certains habitants de la côte non impliqués dans le nettoyage sont aussi tombés malades par le pétrole et les dispersants.

Avant même que la nappe ait commencé à se déplacer, explique Subra, de nombreuses personnes ont été exposées aux émanations formées quand le brut s'est élévé dans l'air par les vents violents et les embruns.

Quand les dispersants ont commencé à être utilisés, ils se sont mélangés à ces émanations, suivis par le mélange toxique du pétrole brûlé sur l'eau, et le tout à dérivé vers les populations côtières.

« Un grand nombre d'habitants de la côte ont été exposés à ces émanations », dit Subra, ajoutant que ce problème a reçu encore moins d'attention que les effets sanitaires des employés au nettoyage.

Une crise se développe, le soulagement n'est pas vraiment en vue

Subra, qui travaille sur ce genre de questions depuis 40 ans pour le compte des collectivités et des victimes est consternée par le manque de soins octroyés aux employés au nettoyage et aux riverains jusqu'à présent.

Elle a noté l'ironie de l'Institut National des Sciences environnementales pour la santé qui a lancé un programme secondaire de suivi des soins, planifiant une surveillance des effets de la marée noire et du nettoyage sur la santé de 75.000 employés et bénévoles.

Outre le fait que cette étude prendra beaucoup de temps et que les données ne seront pas disponibles facilement, elle ne traite pas à court ou long terme des besoins des malades.

« Le programme ne va pas fournir des soins médicaux, il va assurer le suivi à long terme des malades, mais pas : ''voici un médecin, vous allez pouvoir faire face à cette situation'' ! »

L'étude en plus ne comprend pas la large étendue de résidents côtiers qui ont été affectés par les émanations toxiques, mais qui n'ont pas été impliqués dans le nettoyage.

« Cette population-là ne sera pas suivie du tout par l'étude », dit-elle.

Dans le même temps, en plus de leurs problèmes de santé, de nombreux pêcheurs ont perdu leur capacité à gagner leur vie.

« Ils ne savent pas s'il vont avoir du travail dans le poisson, la crevette ou le crabe l'année prochaine ni s'ils auront un moyen de subsistance dans les prochaines années », dit Subra.

Elle voit donc un pic de dépression qui va se développer dans ces communautés, avec un certain nombre de suicides et de plus en plus de résidents du littoral qui seront sous surveillance de suicide.

Qu'en est-il du fond de compensation de 20 milliards de dollars de BP ?

Subra pense qu'il est « inadéquat », soulignant que ceux qui ont travaillé pour BP pendant le nettoyage sont supposés avoir leurs revenus déduits de la compensation reçue au final.

Elle est certaine pour cette raison que l'argent qui reste sera loin d'être suffisant pour répondre à leurs pertes de salaire, leur subsistance et leurs problèmes de santé connexes.

Subra conclut « Aucune somme d'argent ne peut combler cela ». 

Comme il est bien dit dans le texte, les médias se sont désintéressées du golfe du Mexique, alors que les maladies graves sont en augmentation parmi la population et que BP continue ses exactions.

Traduction de cet article par Hélios

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