Un
des premiers moteurs à induction polyphasé de Tesla, présenté
pour la première fois en 1888 devant l'Institut américain des
ingénieurs en électrotechnique. Le champ magnétique en rotation
obtenu dans ce moteur par des courants alternatifs "déphasés"
dans les bobines stationnaires, fait tourner le rotor en induisant
des courants secondaires dans le rotor : le champ magnétique
secondaire créé par ces courants amène le rotor à rattraper le
champ magnétique primaire en rotation ; bien que s'en approchant, il
ne le rattrape jamais. Ce moteur est celui des moteurs existants qui
a le moins de problèmes : son rotor, dépourvu de collecteurs
créateurs d'étincelles, de bagues et autres connexions électriques,
est la seule partie du moteur en mouvement, et de ce fait, seuls les
roulements du rotor sont susceptibles de s'user.
Je
commençai à imaginer une machine à courant continu, à visualiser
son fonctionnement et je suivis le flux changeant du courant
électrique dans l'armature. Ensuite, j'imaginai une machine à
courant alternatif (un alternateur) et je suivis son processus de
fonctionnement de la même manière. Pour finir, je visualisai des
systèmes comprenant des moteurs et des générateurs qui
fonctionneraient de différentes manières. Les images que je voyais
étaient parfaitement claires et tangibles. Tout le temps que je
devais encore passer à Graz fut consacré à des efforts intenses
mais stériles dans ce sens, et je commençais à baisser les bras,
pensant que le problème était insoluble. En 1880, je me rendis à
Prague, en Bohême, pour répondre au voeu de mon père de compléter
mon éducation dans cette université. C'est dans cette ville que je
fis une avancée certaine : je détachai le commutateur de la machine
et étudiai le phénomène sous ce nouvel angle ; toutefois, les
résultats n'étaient toujours pas concluants. L'année suivante, ma
philosophie de la vie se modifia brusquement. Je réalisai que mes
parents faisaient trop de sacrifices pour moi, et je décidai de les
décharger de ce fardeau. La vague du téléphone américain venait
de déferler en Europe et le système devait être installé à
Budapest, en Hongrie. Cela me parut une opportunité idéale,
d'autant plus qu'un ami de la famille se trouvait à la tête de
l'entreprise. Ce fut alors que je fis ma plus grave dépression
nerveuse, dont j'ai déjà parlé plus haut. Ce que j'ai dû endurer
durant ma maladie dépasse toute imagination. Ma vue et mon ouïe ont
toujours été exceptionnelles. Je pouvais clairement discerner des
objets à une distance où les autres ne voyaient rien du tout. Dans
mon enfance, j'ai souvent empêché que les maisons de nos voisins
prennent feu, en appelant les secours dès que j'entendais les légers
craquements et grésillements annonciateurs d'un incendie ; ces
signes leur étaient inaudibles et ne perturbaient pas leur
sommeil.
En 1899, lorsque, à plus de 40 ans, je menais mes expériences au Colorado, je pouvais entendre très nettement des coups de tonnerre à près de 900 km de là. Mes assistants plus jeunes avaient une ouïe qui ne dépassait guère les 250 km. Mon oreille avait donc une sensibilité treize fois supérieure. Pourtant, à cette époque, j'étais, pour ainsi dire, sourd comme un pot, en comparaison avec l'acuité auditive durant ma dépression nerveuse. À Budapest, je pouvais entendre le tic-tac d'une pendule qui se trouvait trois pièces plus loin. Une mouche venant se poser sur la table dans la pièce créait un bruit sourd dans mon oreille. Une voiture roulant à plusieurs kilomètres de moi faisait trembler tout mon corps. Le sifflement d'une locomotive, passant entre 30 et 50 km plus loin, faisait vibrer le banc ou la chaise sur lequel j'étais assis à un point tel que la douleur devenait insoutenable. Le sol sous mes pieds n'arrêtait pas de trembler. Si je voulais dormir tant soit peu, il fallait que je pose des coussinets en caoutchouc sous les pieds de mon lit. J'avais souvent l'impression que des grondements proches ou lointains devenaient des paroles qui auraient pu m'effrayer si je n'avais pas été en mesure d'en analyser les composants insignifiants. Lorsque j'interceptais périodiquement les rayons du soleil, je ressentais dans ma tête des coups d'une telle violence qu'ils m'étourdissaient. Il me fallait rassembler tout mon courage pour passer sous un pont ou toute autre structure, car j'avais alors l'impression qu'on enfonçait mon crâne. Dans l'obscurité, j'avais la sensibilité d'une chauve-souris, et un fourmillement bien spécifique sur mon front me permettait de détecter la présence d'objets à une distance de plus de 3,5 m. Mon coeur pouvait monter à plus de 260 pulsations par minute, mais le plus difficile à supporter, c'était les tremblements et les contractions nerveuses très douloureuses de tous les tissus de mon corps. Un médecin très réputé qui m'administrait journellement de fortes doses de bromure de potassium, déclara que j'étais atteint d'une maladie unique et incurable. Je regretterai toujours de ne pas avoir été, à cette époque, examiné par des spécialistes en physiologie et en psychologie. Je m'accrochais désespérément à la vie, mais je ne m'attendais pas à guérir. Peut-on imaginer qu'une telle épave physique se transformerait en un homme d'une ténacité et d'une force étonnantes, capable de travailler pendant trente huit ans sans pratiquement s'arrêter un seul jour, et toujours se sentir jeune et fort dans son corps comme dans son esprit ? Tel est mon cas. Un puissant désir de vivre et de continuer de travailler, associé à l'aide d'un ami et athlète dévoué, permirent ce miracle. Ma santé revint et avec elle la force mentale. Lorsque je ré-attaquai le problème, je regrettai presque que la bataille fût sur le point de se terminer. Il me restait tellement d'énergie. Lorsque je m'attelai à la tâche, ce n'était pas avec le type de résolution que les hommes prennent généralement ; pour moi, il s'agissait d'un voeu sacré, c'était une question de vie ou de mort. Si je devais échouer, je savais que je périrais. Maintenant, j'avais l'impression que j'avais gagné la bataille. La solution se trouvait dans les recoins les plus profonds de mon esprit, mais je ne pouvais pas encore lui permettre de s'exprimer librement. Je me souviendrai toujours de cet après-midi où je me promenai avec un ami dans les jardins publics en récitant de la poésie. À cet âge-là, je connaissais plusieurs livres par coeur et étais capable de les réciter mot pour mot. L'un d'eux était le Faust de Goethe. Le soleil était en train de se coucher quand je me remémorai ce passage grandiose :
En 1899, lorsque, à plus de 40 ans, je menais mes expériences au Colorado, je pouvais entendre très nettement des coups de tonnerre à près de 900 km de là. Mes assistants plus jeunes avaient une ouïe qui ne dépassait guère les 250 km. Mon oreille avait donc une sensibilité treize fois supérieure. Pourtant, à cette époque, j'étais, pour ainsi dire, sourd comme un pot, en comparaison avec l'acuité auditive durant ma dépression nerveuse. À Budapest, je pouvais entendre le tic-tac d'une pendule qui se trouvait trois pièces plus loin. Une mouche venant se poser sur la table dans la pièce créait un bruit sourd dans mon oreille. Une voiture roulant à plusieurs kilomètres de moi faisait trembler tout mon corps. Le sifflement d'une locomotive, passant entre 30 et 50 km plus loin, faisait vibrer le banc ou la chaise sur lequel j'étais assis à un point tel que la douleur devenait insoutenable. Le sol sous mes pieds n'arrêtait pas de trembler. Si je voulais dormir tant soit peu, il fallait que je pose des coussinets en caoutchouc sous les pieds de mon lit. J'avais souvent l'impression que des grondements proches ou lointains devenaient des paroles qui auraient pu m'effrayer si je n'avais pas été en mesure d'en analyser les composants insignifiants. Lorsque j'interceptais périodiquement les rayons du soleil, je ressentais dans ma tête des coups d'une telle violence qu'ils m'étourdissaient. Il me fallait rassembler tout mon courage pour passer sous un pont ou toute autre structure, car j'avais alors l'impression qu'on enfonçait mon crâne. Dans l'obscurité, j'avais la sensibilité d'une chauve-souris, et un fourmillement bien spécifique sur mon front me permettait de détecter la présence d'objets à une distance de plus de 3,5 m. Mon coeur pouvait monter à plus de 260 pulsations par minute, mais le plus difficile à supporter, c'était les tremblements et les contractions nerveuses très douloureuses de tous les tissus de mon corps. Un médecin très réputé qui m'administrait journellement de fortes doses de bromure de potassium, déclara que j'étais atteint d'une maladie unique et incurable. Je regretterai toujours de ne pas avoir été, à cette époque, examiné par des spécialistes en physiologie et en psychologie. Je m'accrochais désespérément à la vie, mais je ne m'attendais pas à guérir. Peut-on imaginer qu'une telle épave physique se transformerait en un homme d'une ténacité et d'une force étonnantes, capable de travailler pendant trente huit ans sans pratiquement s'arrêter un seul jour, et toujours se sentir jeune et fort dans son corps comme dans son esprit ? Tel est mon cas. Un puissant désir de vivre et de continuer de travailler, associé à l'aide d'un ami et athlète dévoué, permirent ce miracle. Ma santé revint et avec elle la force mentale. Lorsque je ré-attaquai le problème, je regrettai presque que la bataille fût sur le point de se terminer. Il me restait tellement d'énergie. Lorsque je m'attelai à la tâche, ce n'était pas avec le type de résolution que les hommes prennent généralement ; pour moi, il s'agissait d'un voeu sacré, c'était une question de vie ou de mort. Si je devais échouer, je savais que je périrais. Maintenant, j'avais l'impression que j'avais gagné la bataille. La solution se trouvait dans les recoins les plus profonds de mon esprit, mais je ne pouvais pas encore lui permettre de s'exprimer librement. Je me souviendrai toujours de cet après-midi où je me promenai avec un ami dans les jardins publics en récitant de la poésie. À cet âge-là, je connaissais plusieurs livres par coeur et étais capable de les réciter mot pour mot. L'un d'eux était le Faust de Goethe. Le soleil était en train de se coucher quand je me remémorai ce passage grandiose :
''Sie rückt und
weicht,der Tag ist überlebt
Dort eilt sie hin und fördert neues Leben,
Oh, dass kein Flügel mich vom Boden hebt.
Ihr nach und immer nach zu streben !
Ein schöner Traum indessen sie entweicht,
Ach zu des Geistes Flügeln wird so leicht
Kein körperlicher Flügel sich gesellen !''
''Et le soleil descend dans le jour accompli ;
Il fuit pour engendrer mille formes nouvelles.
Ah ! pour l'accompagner que n'ai-je donc des ailes
Qui m'enlèvent bien loin de ce sol avili !
Beau rêve dont déjà s'éteignent les accords.
Pourquoi faut-il que ne réponde
À l'aile de l'esprit aucune aile du corps !''*
Dort eilt sie hin und fördert neues Leben,
Oh, dass kein Flügel mich vom Boden hebt.
Ihr nach und immer nach zu streben !
Ein schöner Traum indessen sie entweicht,
Ach zu des Geistes Flügeln wird so leicht
Kein körperlicher Flügel sich gesellen !''
''Et le soleil descend dans le jour accompli ;
Il fuit pour engendrer mille formes nouvelles.
Ah ! pour l'accompagner que n'ai-je donc des ailes
Qui m'enlèvent bien loin de ce sol avili !
Beau rêve dont déjà s'éteignent les accords.
Pourquoi faut-il que ne réponde
À l'aile de l'esprit aucune aile du corps !''*
*Extrait de FAUST
de Goethe, Flammarion, Paris, 1984. Traduction de Jean Malaplate
Lorsque je
prononçai ces mots évocateurs, une idée me vint comme le flash
d'un éclair et la vérité me fut instantanément révélée. Avec
un bâton, je dessinai dans le sable les diagrammes que mon compagnon
comprit sur-le-champ ; je devais les présenter six ans plus tard à
l'Institut américain des ingénieurs en électrotechnique. Les
images que je voyais étaient claires et nettes et avaient la
solidité du métal et de la pierre, si bien que je lui dis : "Vois
ce moteur, et regarde comment je vais l'inverser." Je ne peux
pas vous décrire mes émotions. Pygmalion, lorsqu'il vit sa statue
se mettre à bouger ne pouvait pas avoir été plus ému que moi.
J'aurais donné mille secrets de la nature que j'avais découverts
accidentellement pour celui que je venais de lui extorquer contre
toute attente, et au péril de ma vie.
Chapitre IV
La découverte de la Bobine- et du Transformateur-Tesla
La découverte de la Bobine- et du Transformateur-Tesla
J'allai me
consacrer entièrement, et avec un immense plaisir, à imaginer des
moteurs et à développer de nouveaux types. J'étais mentalement
dans une félicité que je n'avais jamais connue auparavant. Les
idées affluaient de manière ininterrompue, et mon seul problème
était de les retenir. Les pièces des appareils que je concevais
étaient pour moi parfaitement réelles et tangibles, jusque dans
leurs moindres détails et je pouvais même relever leurs tout
premiers signes d'usure. J'aimais imaginer les moteurs en
fonctionnement perpétuel, car c'était un spectacle plus fascinant.
Lorsqu'un penchant naturel se transforme en désir passionné, on
avance vers son but chaussé de bottes de sept lieues. J'ai conçu,
en l'espace de deux mois, pratiquement tous les types de moteurs et
toutes les modifications des systèmes qui portent aujourd'hui mon
nom. Les contingences de la vie ordonnèrent que j'arrête
temporairement mes activités mentales stressantes, et je me demande
si ce ne fut pas, tout compte fait, une providence. Une nouvelle
prématurée, concernant l'administration des téléphones, m'a
poussé à venir à Budapest et l'ironie du sort a voulu que
j'accepte un poste de designer au Bureau Central des Télégraphes du
gouvernement hongrois, pour un salaire dont je tairai le montant, car
il serait inconvenant de le dévoiler ! Je sus, par bonheur, gagner
la confiance de l'inspecteur en chef, qui me demanda d'effectuer les
calculs, les plans et les estimations de nouvelles installations,
jusqu'à ce que le réseau téléphonique soit opérationnel ;
j'allai alors en prendre la direction. Les connaissances et les
expériences pratiques que j'acquis durant cette fonction me furent
très précieuses et j'eus beaucoup d'opportunités pour exercer mes
talents d'inventeur. J'ai procédé à plusieurs améliorations des
dispositifs du système central et j'ai mis au point un amplificateur
téléphonique qui n'a jamais été déposé aux brevets et qui ne
fut jamais décrit publiquement, mais qui aujourd'hui encore, me
reviendrait. En reconnaissance de mes bons services, M. Puskas,
l'administrateur de l'entreprise, lorsqu'il céda son affaire à
Budapest, m'offrit un poste à Paris que j'acceptai avec joie.
Je n'oublierai jamais la profonde impression que cette ville magique a gravée dans mon esprit. Après mon arrivée, je passai plusieurs jours à errer dans les rues complètement bouleversé par ce nouveau spectacle. Les tentations étaient nombreuses et irrésistibles et, hélas, toute ma paie fut dépensée sitôt que je l'eus empochée. Lorsque M. Puskas vint prendre de mes nouvelles, je lui décrivis la situation très nettement en disant que "ce sont les 29 derniers jours du mois qui sont les plus difficiles !" Je menai alors une vie très active qui ressemblait à ce qu'on appelle aujourd'hui "la mode Roosevelt". Quel que fût le temps, j'allais tous les matins de mon lieu de résidence, boulevard St Marcel à une piscine en bordure de la Seine ; je plongeais dans l'eau, en faisais vingt-sept fois le tour, puis je marchais pendant une heure jusqu'à Ivry, où se trouvait l'usine de la société. C'est là que je prenais un petit-déjeuner frugal à sept heures et demie puis, j'attendais impatiemment l'heure du déjeuner ; entre temps, je devais casser des cailloux pour le directeur de l'usine, M. Charles Batchellor, qui était aussi un ami intime et l'assistant d'Edison. Par ailleurs, c'est ici que je fus mis en contact avec quelques Américains qui ont failli tomber amoureux de moi, à cause de mon adresse au... billard ! J'ai expliqué mes inventions à ces hommes, et l'un d'eux, M. D. Cunningham, chef du département mécanique, m'a proposé de fonder une société anonyme. Cette proposition me parut des plus bizarres. Je n'avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire, sauf que c'était une manière de régler les choses à l'américaine. Je n'eus toutefois pas y donner suite, car durant les mois qui ont suivi, je fus souvent en déplacement en France comme en Allemagne, afin de réparer les pannes dans les centrales électriques. De retour à Paris, je soumis à l'un des administrateurs de la société, M. Rau, un projet pour perfectionner leurs dynamos qui fut accepté. Mon succès fut total et les directeurs réjouis m'accordèrent le privilège de développer des régulateurs automatiques qui étaient très attendus. Peu de temps après, il y eut quelques problèmes avec l'installation électrique de la nouvelle gare à Strasbourg, en Alsace. Les câbles étaient défectueux et lors de la cérémonie d'inauguration, en présence du vieil empereur Guillaume Ier, il y eut une explosion suite à un court-circuit, qui arracha une grande partie du mur. Le gouvernement allemand ne voulut rien savoir, et pour la société française c'était une grosse perte. En raison de ma connaissance de l'allemand et de mes expériences passées, on me confia la tâche difficile d'arranger les choses, et c'est dans cette optique que je partis pour Strasbourg, au début de 1883.
Je n'oublierai jamais la profonde impression que cette ville magique a gravée dans mon esprit. Après mon arrivée, je passai plusieurs jours à errer dans les rues complètement bouleversé par ce nouveau spectacle. Les tentations étaient nombreuses et irrésistibles et, hélas, toute ma paie fut dépensée sitôt que je l'eus empochée. Lorsque M. Puskas vint prendre de mes nouvelles, je lui décrivis la situation très nettement en disant que "ce sont les 29 derniers jours du mois qui sont les plus difficiles !" Je menai alors une vie très active qui ressemblait à ce qu'on appelle aujourd'hui "la mode Roosevelt". Quel que fût le temps, j'allais tous les matins de mon lieu de résidence, boulevard St Marcel à une piscine en bordure de la Seine ; je plongeais dans l'eau, en faisais vingt-sept fois le tour, puis je marchais pendant une heure jusqu'à Ivry, où se trouvait l'usine de la société. C'est là que je prenais un petit-déjeuner frugal à sept heures et demie puis, j'attendais impatiemment l'heure du déjeuner ; entre temps, je devais casser des cailloux pour le directeur de l'usine, M. Charles Batchellor, qui était aussi un ami intime et l'assistant d'Edison. Par ailleurs, c'est ici que je fus mis en contact avec quelques Américains qui ont failli tomber amoureux de moi, à cause de mon adresse au... billard ! J'ai expliqué mes inventions à ces hommes, et l'un d'eux, M. D. Cunningham, chef du département mécanique, m'a proposé de fonder une société anonyme. Cette proposition me parut des plus bizarres. Je n'avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire, sauf que c'était une manière de régler les choses à l'américaine. Je n'eus toutefois pas y donner suite, car durant les mois qui ont suivi, je fus souvent en déplacement en France comme en Allemagne, afin de réparer les pannes dans les centrales électriques. De retour à Paris, je soumis à l'un des administrateurs de la société, M. Rau, un projet pour perfectionner leurs dynamos qui fut accepté. Mon succès fut total et les directeurs réjouis m'accordèrent le privilège de développer des régulateurs automatiques qui étaient très attendus. Peu de temps après, il y eut quelques problèmes avec l'installation électrique de la nouvelle gare à Strasbourg, en Alsace. Les câbles étaient défectueux et lors de la cérémonie d'inauguration, en présence du vieil empereur Guillaume Ier, il y eut une explosion suite à un court-circuit, qui arracha une grande partie du mur. Le gouvernement allemand ne voulut rien savoir, et pour la société française c'était une grosse perte. En raison de ma connaissance de l'allemand et de mes expériences passées, on me confia la tâche difficile d'arranger les choses, et c'est dans cette optique que je partis pour Strasbourg, au début de 1883.
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