mardi 12 novembre 2019

Arrêtez le plastique !

J'ai déjà traduit deux articles de Vexman (ICI et ICI).

Aujourd'hui, il vient jeter un cri d'alarme sur un matériau dont notre monde a été délibérément saturé, la matière plastique.


Plastique : nano-particules et déchets – un dernier appel au bon sens



Par Vexman (4 novembre 2019)
Traduit par Apolline

Le premier plastique synthétique – la bakélite – a été produit dès 1907 [par un chimiste belge naturalisé américain, Leo Baekeland, d'où le nom], marquant le début de l'industrie mondiale du plastique. Mais il fallut attendre les années 1950 pour assister à un essor rapide de la production de plastique dans le monde. Une vraie catastrophe est en cours depuis cette époque.

Plastique et pollution
La vaste majorité des plastiques n'est pas biodégradable car ils sont fabriqués à partir de pétrole brut. L'usage des plastiques a été encouragé et nous avons même été forcés à son omniprésence dans notre vie de tous les jours. La production mondiale a atteint 348 millions de tonnes en 2017 et on l'estime à 380 millions en 2018. Exprimé en kilogrammes, cela représente 380.000.000.000 kilos. Vous figurez-vous la quantité ? Moi pas. Mais poussons la réflexion plus loin : selon un article publié dans Science Advances, la somme totale de plastique fabriquée par les humains depuis 1950 serait de 8,3 milliards de tonnes. Et en raison principalement de la popularité mondiale des emballages plastique à usage unique, la moitié de ce total a été fabriqué seulement au cours des dix dernières années.



Fin 2015, la totalité des déchets plastiques générés à partir des premiers plastiques a atteint 5,8 milliards de tonnes, dont 700 millions de tonnes de fibres acryliques.
Production mondiale, utilisation, et destinée des résines polymères, fibres synthétiques, et additifs (1950 à 2015; en million de tonnes).

Les déchets plastiques partent globalement vers trois destinations différentes :

1) On peut les recycler ou les reconvertir en matériaux secondaires. Le recyclage ne fait que retarder l'élimination au lieu de l'éviter. Il ne diminue une nouvelle fournée de déchets que s'il remplace la production de départ. En raison de sa nature artificielle, ce remplacement est néanmoins extrêmement difficile à mettre en œuvre. En outre, la contamination et le mélange des types de polymères créent des plastiques secondaires d'une valeur limitée ou faible sur le plan technique et économique.

2) On peut les détruire thermiquement. Malgré quelques technologies émergentes, comme la pyrolyse qui extrait des déchets le composant d'origine, à ce jour, toute destruction thermique se fait par incinération avec ou sans récupération d'énergie. L'impact environnemental et sanitaire des incinérateurs à déchets dépend fortement de la technologie qui contrôle les rejets et de la conception de l'incinérateur et son mode de fonctionnement.

3) On peut se débarrasser des plastiques, soit en les stockant dans un système aménagé, comme les centres d'enfouissement des déchets ou les laisser à l'air libre dans des décharges ou dans la nature.

Des débris de plastique ont été découverts dans tous les grands bassins océaniques et on estime que 4 à 12 millions de tonnes de déchets générés sur terre ont pénétré l'environnement marin pour la seule année 2010. On rapporte une aggravation de la contamination des systèmes d'eau douce et des habitats terrestres ainsi qu'une contamination de l'environnement par les fibres synthétiques.

Sont présentes aujourd'hui plus de 50 milliards de milliards de microparticules de plastique dans les océans du monde. Ce qui représenterait 500 fois plus de particules que d'étoiles dans notre galaxie, cela dit. Certains chercheurs s'attendent à voir ce volume de particules augmenter considérablement d'ici 2050, ce qui surpasserait le poids de tous les poissons de l'océan. Il existe néanmoins des régions océaniques qui contiennent déjà 6 fois plus de plastique que de plancton dans leurs eaux.

Les organismes marins ingèrent le plastique, ce qui conduit à une contamination à grande échelle des poissons et fruits de mer par le micro-plastique. Le plastique peut se retrouver finalement dans nos assiettes via la chaîne alimentaire.

En quoi consiste le danger pour les humains et la vie sauvage ?
Le plastique peut contenir de nombreux toxiques et produits chimiques agissant sur le système hormonal. Ils sont libérés dans l'environnement immédiat et peuvent nuire aux humains, aux animaux et aux écosystèmes. Nous absorbons ces substances toxiques par la respiration, le contact avec la peau et la chaîne alimentaire, mettant donc notre santé en danger.

Comme les plastiques bruts sont cassants et rigides, on y ajoute des produits chimiques au cours du processus de fabrication pour leur donner des propriétés spécifiques :
  • antioxydants
  • agents anti-UV
  • stabilisateurs et durcisseurs (bisphénol A; BPA)
  • plastifiants (phtalates)
  • capteurs d'acide
  • agents de nucléation et clarificateurs
  • antistatiques
  • colorants et stabilisateurs de couleur
  • éclaircissants optiques
  • agents de remplissage
  • retardateurs de combustion
  • agents biocides
Ces additifs peuvent posséder des propriétés indésirables. Ils peuvent perturber notre système endocrinien, réduire la fertilité ou participer au développement de diverses maladies. On ne parle donc pas ici uniquement de dommages environnementaux. Le plus gros problème du plastique, c'est qu'il entre dans notre corps en tant que poison.

Je vais citer ici quelques faits que je trouve extrêmement importants à reconnaître :
"Des substances chimiques peuvent s'échapper du plastique, suggérant que des produits toxiques et des additifs peuvent migrer dans la nourriture, se transmettre aux êtres vivants et à l'environnement. C'est parce que le plastique possède une structure de base spongieuse composée de chaînes moléculaires linéaires ou réticulées plus ou moins entremêlées. Les additifs ne sont pas fermement fixés au sein de cette structure.
En dehors des additifs, les plastiques contiennent souvent des résidus issus du processus de fabrication, comme des composants dommageables pour la santé et l'environnement (comme le styrène, la mélamine et le chlorure de vinyle) ou des résidus de solvants (comme les hydrocarbures chlorés). Des substances toxiques et actives sur le système hormonal peuvent s'échapper des plastiques sous certaines conditions chimiques ou physiques (chaleur, rayons UV, environnements gras/acides) ou au cours de leur dégradation avec le temps et elles s'accumulent dans l'environnement.
Les humains peuvent absorber les polluants libérés par la respiration, la peau et la consommation d'aliments contaminés. Particulièrement alarmante est cette 'migration' de produits chimiques quand la nourriture se trouve au contact d'un emballage en plastique. "
L'article poursuit en détaillant les substances actives sur le système hormonal, les perturbateurs endocriniens, qu'on utilise dans une large gamme de produits et qui sont surtout nocifs pour la santé et l'environnement. Diverses maladies et troubles comme la malformation des organes sexuels, la stérilité, les allergies, l'obésité, les diabètes de type 2, différents types de cancer, l'immunodéficience et les troubles d'apprentissage et de comportement, tous sont associés à ces substances agissant sur le système hormonal. Voici un bref extrait des découvertes réalisées, avec les dénominations des produits chimiques à éviter à tout prix :
  • Retardateurs de combustion bromés – on les trouve dans d'innombrables articles en plastique tels que les appareils électroniques, les jouets, les tissus d'ameublement et les matelas. Que ce soit pendant la fabrication, l'utilisation et l'élimination, les retardateurs de combustion peuvent s'échapper du plastique en s'évaporant. Ces retardateurs peuvent perturber les fonctions du système hormonal et présentent des effets neurotoxiques. Par leur bio-accumulation dans les tissus animaux et humains, il est donc impossible de déterminer un degré d'exposition sans risque.
  • Plastifiants (phtalates): les phtalates (esters d'acide phtalique) sont utilisés dans d'innombrables produits, par exemple les tongs, les rideaux de douche, les matelas de table à langer, les revêtements de sol, les jouets et le cuir synthétique. Ils ne sont pas liés chimiquement à la matrice plastique et peuvent s'échapper facilement des objets ou se dissoudre au contact de liquides ou de graisses. Ils peuvent endommager le système hormonal et s'avérer toxiques pour la reproduction humaine (reprotoxicité). Il y a bio-accumulation dans les organismes vivants, donc impossibilité de déterminer un degré d'exposition sans risque.
  • Composés organostanniques : trouvés dans les jouets aquatiques gonflables et comme agents bactéricides des chaussures en plastique (tongs) ainsi que dans les tenues de sport et les vêtements fonctionnels (maillots de football, shorts des cyclistes et pantalons étanches). Ils possèdent différentes propriétés toxiques selon le composant. Certains endommagent le système immunitaire, le foie et le système nerveux. Ils peuvent aussi dérégler le système hormonal et réduire la fertilité. Il y a bio-accumulation dans les organismes vivants, donc impossibilité de déterminer un degré d'exposition sans risque.
  • Produits chimiques per- et polyfluorés (PFC): trouvés dans les textiles imperméables, le revêtement anti-adhésif des ustensiles de cuisine et les emballages alimentaires imperméables aux graisses) et cause de nombreux problèmes de santé comme des niveaux hyper-élevés de cholestérol, des inflammations intestinales chroniques, le cancer des testicules et des reins et de l'hypertension pendant la grossesse. La législation de l'Union Européenne classe le PFOA (acide perfluorooctanoïque) en tant que carcinogène et reprotoxique. Il y a bio-accumulation dans les organismes vivants, donc impossibilité de déterminer un degré d'exposition sans risque.
  • Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP): les plastiques noirs sont fréquemment contaminés par des HAP car le noir de carbone non traité, qui en contient une forte concentration, sert de colorant (par exemple manches d'outils caoutchoutés et guidons de vélos). Ils peuvent s'infiltrer par la peau et causer des problèmes de santé (effets carcinogènes et sur la croissance et la reproduction).
  • Nonylphénol (NP) et nonylphénol éthoxylés (NPE): les NPE servent à fabriquer des plastiques prévus pour un contact avec les ustensiles alimentaires. Le composant, toxique pour les mammifères et fortement toxique pour les organismes aquatiques, peut subsister dans l'environnement pendant des mois, entrainer des allergies et perturber le système endocrinien. Le NP a déjà été documenté dans de l'eau minérale comme contaminant des capsules à visser ainsi que dans des textiles importés de pays hors UE.
Comment éviter de se faire du tort et épargner en même temps la Terre
J'ai mentionné ci-dessus 3 différentes destinations pour les déchets plastiques mais toutes celles répertoriées sont en fait nocives pour l'environnement, recyclage compris. D'un point de vue économique, le recyclage ne présente aucun avantage. Les procédés de nettoyage et de recyclage coûteux et longs ne peuvent entrer en concurrence avec le faible coût de fabrication de produits neufs à partir du pétrole. Il résulte des longues chaînes de transport des émissions élevées et les produits plastiques recyclés peuvent libérer pendant le processus de nettoyage une importante quantité de micro et nano-plastique dans l'eau de lavage, qui finira dans notre environnement. En y ajoutant les sérieux problèmes de santé causés par les composants plastiques sur les humains et les espèces sauvages, tout cela commence à ressembler à une catastrophe mondiale que personne ne veut voir ou réaliser. Comment avons-nous fini par accepter le plastique comme un matériau normal quand il nous empoisonne clairement et pollue le monde au-delà de l'imagination ?

Tout bien considéré, la seule solution intelligente, responsable et consciente est de ne produire aucun plastique. Comme vous et moi n'avons aucun pouvoir sur une telle décision, la seule chose qui nous aidera et aidera la Terre Mère avant qu'elle ne soit complètement dévastée est d'arrêter immédiatement d'acheter les produits contenant du plastique. Si nous agissons tous ainsi en tant que consommateurs, les producteurs n'auront pas d'autre option que de repenser leur modèle commercial complètement stupide et irresponsable et trouver des substituts acceptables aux poisons qu'ils encouragent depuis plusieurs dizaines d'années. Les pertes impliquées dans un tel projet sont bien le cadet de mes soucis. C'est absolument obligatoire ! On ne m'a jamais demandé mon avis, pas plus que le vôtre, que je sache. Personnellement, j'irais encore plus loin : la dépollution de l'environnement doit être exécutée par toutes ces sociétés impliquées dans la production de plastique et doit se faire dans les 10 ans à venir. Cela seul ferait une différence notable. Puis nous pouvons ensuite envisager des procès en dommages-intérêts pour préjudices de santé, si ces gens n'ont pas déjà fait faillite.

1 commentaire:

  1. Et oui, merci Apolline ! Et là, la Gréta... elle prend ses petits 4 H en sachets individuels fraîcheur...!
    Revenons au papier RECYCLE SVP, aux consignes et vite ! Ça "gueule" de toutes parts, mais personne n'agit contre son petit confort, achats surmultipliés , portables, vêtements, objets inutiles ETC ! Alors les manifs des jeunes... laissez moi rire (tristement) continuons a payer des taxes , quand les vrais pollueurs n'en ont pas !

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JE RAPPELLE QU'IL Y A UNE MODÉRATION DES COMMENTAIRES. TOUS CEUX À VISÉE PUBLICITAIRE PARTENT DIRECTEMENT À LA POUBELLE !