La médecine des signatures
Depuis la nuit des temps, l'homme a cru
que les plantes pouvaient l'interpeller par des «signes » qu'il
n'avait qu'à déchiffrer. En notre siècle moderne et raisonnable
(...), un tel point de vue a de quoi faire sourire. Et pourtant, les
recherches les plus récentes sont venues confirmer certaines
indications de cette théorie, qui n'est peut-être pas si farfelue
que ça !
C'est presque le printemps. Les
feuilles de l'année passée pendent encore aux branches des chênes
blancs, tandis que les bourgeons hésitent à s'ouvrir. Au pied des
arbres, de petites étoiles bleu pâle, parfois blanches ou roses,
parsèment le sous-bois. Ce sont les fleurs d'une jolie anémone au
nom curieux, l'« hépatique ». Quel rapport peut-il y avoir entre
cette gracieuse plante et le foie (en grec hêpar, hêpatos) ?
Approchons-nous de plus près pour observer ses feuilles. Leur forme
caractéristique, découpée en trois lobes profonds, évoque celle
du plus gros organe de notre corps, et la couleur rouge vineuse de
leur face inférieure est là pour renforcer la comparaison. On ne
peut confondre l'hépatique avec aucun autre végétal.
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| Hepatica nobilis |
Il ne semble pas que cette plante ait
été employée dans l'Antiquité ni au Moyen-Age, du moins n'en entend-on pas parler. Mais on la voit
apparaître dès le XVIè siècle comme remède spécifique du foie,
avec son nom significatif d'« hépatique ». Vers cette époque, en
pleine Renaissance, plusieurs alchimistes mettent sur pied un système
de médecine par analogie, où le végétal est censé indiquer à
l'homme la maladie ou la partie du corps qu'il peut soigner. Oswald
Crollius dans La Royale Chimie explique : « Les herbes parlent au
médecin attentif par leur signature, lui découvrant par quelque
ressemblance leurs vertus intérieures, cachées sous le voile du
silence de la nature. » Le plus célèbre de ces
médecins-alchimistes est probablement le suisse Auréole Philippe
Théophraste Bombast von Hohenheim, mieux connu sous le nom
simplifié de Paracelse. Ses longs travaux le mènent à découvrir
les propriétés thérapeutiques de nombreuses substances et à
codifier les similitudes entre certaines plantes et les organes
humains ou les maladies. Pour lui, la création se présente comme
une parfaite architecture de miroirs qui révèlent l'omniprésence
d'un dieu d'ordre et de bonté. Le microcosme se relie au macrocosme,
l'homme au cosmos et la plante à l'homme.
Ce principe de similitude avait émergé
longtemps auparavant. Dans la Chine du Vème siècle avant notre ère,
le livre Houang-Ti Nei-King présente une vision du monde où tout
est relié, la maladie résultant d'une rupture d'équilibre entre
l'homme et les forces de l'univers. À cette époque déjà, on
constate que les plantes par leur forme, par leur couleur, par la
partie utilisée possèdent une application médicale précise qu'il
suffit de savoir déchiffrer pour obtenir la guérison. On choisit
par exemple les boutons et les fleurs pour soigner les parties
supérieures du corps humain, et les racines pour les membres
inférieurs. En Occident par contre se développe la médecine
classique basée sur la pensée d'Hippocrate, qui oppose les «
éléments » et leurs « qualités » pour entretenir ou rétablir l'équilibre du corps. C'est ainsi
qu'un remède feu/chaud saura guérir une maladie eau/froid, par
exemple le gingembre contre le rhume. Il faudra attendre le Moyen-Age
pour que l'analogie apparaisse dans les pharmacopées européennes,
de façon implicite. C'est ainsi que l'on préconise « la buglosse à
trois graines » dans les accès de fièvre tierce (récurrente tous
les trois jours) et « la buglosse à quatre graines » dans la
fièvre quarte (récurrente tous les quatre jours). Le roseau, dont
on fabrique des flèches, sert à soigner les blessures provoquées
par ces projectiles. Paracelse mettra enfin en forme la théorie des
signatures, qui exercera une énorme influence aux XVIe et XVIIe
siècles. La pensée analogique qu'il développe en fait d'ailleurs
le vrai pionnier de l'homéopathie, puisque c'est d'elle que
s'inspirera plus tard Hahnemann dans ses célèbres travaux.
Bien sûr, nous avons du mal à y
croire. Ce serait tellement simple si les plantes pouvaient vraiment
nous indiquer ce qu'elles soignent... Ce qui est troublant en tous
cas, c'est que bien souvent, ça marche ! Des recherches effectuées
sur notre sympathique hépatique par exemple ont récemment prouvé
que certains de ses composants possédaient une réelle action sur le
foie, réhabilitant ainsi après plusieurs siècles d'oubli son usage
traditionnel, contre lequel bien des médecins « sérieux »
s'étaient élevés. La ficaire est une petite renoncule commune au
printemps dans les bois et les haies fraîches qu'elle éclaire de
ses superbes étoiles d'or. Ses racines sont renflées en forme de
tubercules allongés et rappellent étrangement des hémorroïdes. De
là viennent son appellation populaire d'«herbe-aux hémorroïdes » et son
usage traditionnel contre ces douloureuses excroissances. La
phytothérapie officielle n'y avait guère prêté attention, jusqu'à
ce que, voici une trentaine d'années, des travaux scientifiques
viennent prouver son efficacité comme analgésique et
anti-inflammatoire. Aussi la ficaire, dont on utilisait les
tubercules écrasés dans de la graisse sous forme de pommade,
entre-t-elle aujourd’hui dans la composition de plusieurs
spécialités antihémorroïdaires.
La ficaire était autrefois nommée «
petite éclaire » par opposition à la « grande éclaire » qui est
la chélidoine, cousine du coquelicot et du pavot. Ce qui est
frappant chez cette belle plante des décombres, qui affectionne
particulièrement le voisinage des murs, est le curieux latex jaune
qui coule abondamment dès qu'on en brise une tige. La tradition
voulait que les hirondelles en cassent les rameaux pour récupérer
un peu de latex avec lequel frotter les yeux de leurs nouveaux-nés afin de les ouvrir. D'où son nom d'«
éclaire », et celui de « chélidoine », tiré du grec chêlidôn,
qui signifie hirondelle.
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| Chelidonium majus |
S'il semble que tout cela relève de la
légende plutôt que de l'observation, l'usage du latex contre les affections
de la vésicule biliaire est, lui, tout à fait justifié. La
médecine des signatures voulait que sa couleur jaune, brunissant à
l'air, rappelle celle de la bile, et donc qu'on emploie cette plante
pour soigner les difficultés de son écoulement. La chélidoine
calme effectivement les spasmes de la vésicule biliaire et se voit
fréquemment prescrite par les phytothérapeuthes modernes. Mais
c'est une plante assez toxique, qu'il ne faut utiliser qu'avec circonspection. Du moins en usage
interne, car son emploi universellement répandu contre les verrues,
s'il n'est pas garanti efficace à 100%, se montre en tous cas sans
danger.
Le millepertuis présente lui aussi des
signes manifestes. Comme son nom l'indique, ses feuilles arrondies
semblent percées de mille trous – il s'agit en fait de minuscules
glandes remplies d'une essence aromatique. Et si l'on écrase entre
les doigts ses magnifiques fleurs jaune d'or, ils se tachent d'un
rouge évoquant celui de la peau brûlée par le soleil.
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| Hypericum perforatum |
Cueilli
autour de la Saint-Jean, lorsque le soleil est au plus près de la
terre, le millepertuis permet de fabriquer une huile rouge foncé,
indiquée depuis des siècles comme le grand remède des blessures et
des brûlures. Il suffit de placer dans un bocal les sommités
fleuries fraîchement cueillies, de les recouvrir d'huile d'olive et
de les laisser macérer pendant deux à trois semaines au soleil de
l'été, puis de filtrer. Cette préparation est couramment vendue
contre les coups de soleil et se montre remarquablement efficace.
Devinette : que possèdent en commun
deux végétaux aussi différents que le saule, arbuste ou arbre plus
ou moins échevelé, et la reine-des-prés qui embaume les soirées
de la belle saison ? Eh bien tous les deux ont les pieds dans
l'eau... et tous les deux soignent les maladies que l'on attrape à
vivre les pieds dans l'eau, ou du moins dans les lieux humides et
froids. Dans ce cas, la «signature » ne se manifeste ni dans la
forme ni dans la couleur de la plante, mais dans son habitat !
L'écorce du saule est employée depuis le XVIIe siècle comme
fébrifuge, en décoction, tandis que les sommités fleuries et les
feuilles de la reine des prés font depuis la Renaissance des
infusions antirhumatismales réputées. Il se trouve que la chimie
moderne a su extraire au siècle dernier de l'écorce du saule un
principe actif que l'on nomma – puisqu'il provenait du saule, Salix
en latin– « acide salicylique ». Quant à
la reine-des-prés, ses feuilles, ou mieux ses curieux fruits en
spirale, dégagent lorsqu'on les froisse une
forte odeur médicamenteuse due au salicylate de méthyle, substance
voisine de celle que contient le saule. Et quand on fabriquera par
synthèse l'acide acétylsalicylique, on la commercialisera sous le
nom d'« aspirine » en souvenir de la reine-des-prés,que l'on nommait jadis « spirée
ulmaire ». On peut donc dire, en quelque sorte, que notre
médicament le plus célèbre a été inspiré par la médecine des
signatures !
La pulmonaire, qui fleurit rouge puis
bleu au fond des bois, est encore un bon exemple du principe de
similitude. Ses grandes feuilles allongées, d'un beau vert foncé,
sont fréquemment couvertes de taches blanches. Pour les
alchimistes, ces taches représentaient les alvéoles pulmonaires,
d'où le nom de la plante, que l'on devait donc utiliser contre les
affections des poumons. Cette indication se trouve confirmée par la
médecine moderne car la plante est très riche en mucilage, ce qui
lui confère des vertus adoucissantes et expectorantes certaines.
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| Pulmonaria officinalis |
Il
en est de même d'un lichen, connu lui aussi sous le nom de «
pulmonaire ». Profondément alvéolé et boursouflé, il ne faut
pas beaucoup d'imagination pour y trouver l'image d'un poumon.
Pratiquement inusité de nos jours, il a pourtant connu des siècles
de bons et loyaux services dans la lutte contre la toux et les
catarrhes pulmonaires chroniques.
Mais emportés par un « zèle
analogique » qui confinait parfois à l'aveuglement, les auteurs de
la Renaissance ont parfois aussi attribué des pouvoirs totalement
imaginaires à d'autres plantes. C'est ainsi que l'on prescrivait la
noix dans les maladies de la tête, dont la folie, parce qu'elle
représente remarquablement le cuir chevelu avec le brou, le crâne
avec la coque et le cerveau avec les cerneaux divisés en deux
hémisphères. Il ne semble pourtant pas que la noix puisse avoir
quelque efficacité que ce soit dans ce domaine – mais après
tout, peut-être ne savons-nous pas encore tout sur la noix... Quant
au domaine sexuel, il a bien entendu excité l'imagination des analogistes. Le meilleur exemple en
est celui des orchidées, dont les tubercules jumeaux rappellent
étonnamment dans certaines espèces les testicules de l'homme. Les
grecs l'avaient d'ailleurs déjà remarqué, puisqu'ils avaient
donné à ces plantes le nom grec des testicules, orchis. L'un des
tubercules sert d'organe de réserve de nourriture pour assurer à
la plante un démarrage rapide l'année suivante, tandis que l'autre
s'épuise en la nourrissant pendant l'année en cours et se trouve
flétri. Pour Oswald Crollius, on peut utiliser l'un ou l'autre
suivant l'effet que l'on désire obtenir : « Le tubercule le plus
haut, plus grand et plus plein, excite grandement au fait; mais le
plus bas, mol et ridé, a un effet tout contraire: car au lieu
d'eschauffer, il refroidit, merveille de la sagesse de la nature. » Il ne semble cependant pas
que les tubercules d'orchidées aient jamais eu de propriétés aphrodisiaques bien réelles.
Heureusement en fait, car sinon il ne resterait sans doute plus une
de ces plantes déjà rares...
Philosophie pratique vérifiée dans
les faits ou charlatanisme de bas étage ? La théorie des signatures
a de quoi nous donner à réfléchir. Il ne faudrait en tous cas pas
la réduire à un simple moyen mnémotechnique pour se souvenir des
propriétés médicinales des plantes. Ou le reste morcelé d’une
ancienne connaissance spontanée ? Peut-être est-il vrai après tout
que chaque grain de sable est relié à une étoile ?




Bello, ritorniamo alla natura, fiche ci sarà E che ne dici di curarsi con la parola??? di Lahy, en francais sur le web e super ses lectures
RépondreSupprimerCiao Loriana
Ciao Loriana,
SupprimerTraductrice, please ? Merci Dany !
Beau, est-ce que nous revenons à la nature ? ,Et est-ce que la possibilité serait de se soigner avec les mots ? de Lahy, en francais sur les web et ses super lectures Salut Loriana
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