lundi 4 juin 2018

L'affaire Dreyfus revue et corrigée (2ème partie)

Partie 1

Par Josh

Traduit par Apolline

(...) Maintenant, que serait un canular fabriqué sans photos truquées ? Voici quelques photos de la famille Dreyfus :


Les deux premières sont de Getty, la troisième vient de Wikipédia. La première et la troisième photo sont des montages et elles ont été fortement retouchées à la main. La deuxième ressemble à une photographie réelle, bien qu'on puisse facilement dire que Dreyfus et son fils y ont été collés (ils font penser à des découpages en carton et l'éclairage est tout à fait différent). Le fond (bizarre) y a également été collé. Question : Si une photo réelle existe (la numéro 2), alors pourquoi auraient-ils eu besoin de retoucher sur la photo de Wikipédia sa femme et sa fille avec tant d'insistance qu'on les dirait presque dessinées à la main? Voici mon idée: la photo de Wikipédia est datée de 1905. Dans ses mémoires, Dreyfus dit que le jour de son arrestation, son fils Pierre avait 3 ans et demi. C'était en 1894. Sa fille Jeanne est née le 22 février 1893. Elle est donc censée avoir 10 ans sur la photo. Elle n'a pas 10 ans sur la photo Getty (n° 2). Elle ressemble plus à une enfant de 7 ou 8 ans. Peut-être l'ont-ils fortement retouchée sur d'autres photos pour la rendre plus âgée et ainsi la faire coller à la chronologie ?

Voici une photo datée de 1900 lors d'une réunion de famille dans la propriété de la sœur de Dreyfus à Carpentras. (Dreyfus venait d'une famille fortunée d'industriels du textile, bien sûr, et il épousa la fille d'un riche marchand de diamants :


Le gars du milieu semble ajouté à en juger par la ligne blanche autour de lui. La femme de Dreyfus et son fils sont un peu plus flous que le reste, mais c'est peut-être parce qu'ils ont bougé pendant la prise. Mais c'est un peu bizarre de faire une réunion de famille en l'honneur d'Alfred sans le pauvre Alfred, ne pensez-vous pas ? Voici une "réunion de famille" où Dreyfus a été rajouté, ainsi que beaucoup d'autres choses étranges :


Il semble tout à fait réjoui d'être de retour dans sa famille, non ? Il est difficile de savoir par où commencer avec cette photo-ci. La première chose qui saute aux yeux, c'est le gros pâté de peinture (?) blanche sur son visage, qui recouvre même une partie de sa moustache. Je suppose qu'ils ont essayé d'éclaircir son visage. Regardez aussi les ombres sous son menton. Elles sont juste un peu plus sombres que les ombres sous le menton des autres. Sa tête semble collée à son corps. La mise au point n'est pas non plus la même que celle des autres, ce qui est difficile à remarquer sans faire de zoom. Et remarquez comme sa tête est petite et mince. Ils lui ont écrasé le visage. Peut-être pour faire penser qu'il était en train de mourir de faim sur une petite île d'Amérique du Sud. Ou pour faire correspondre la tête ajoutée au corps. Je ne sais pas. Son chapeau semble ajouté aussi, et on peut se demander pourquoi il ne projette pas une ombre beaucoup plus grande sur son visage, car la lumière vient d'en haut. Et c'est quoi ce chapeau ridicule ? Serait-ce un souvenir ramené de l'île du Diable? Pourquoi ne pas le montrer avec un sombrero, une sarape [cape mexicaine] et quelques maracas pendant qu'on y est ?



Mais Dreyfus n'est pas la seule chose bizarre dans cette photo : regardez par exemple son beau-frère à droite, qui semble avoir été collé devant la personne dont il cache la vue (ou bien ils ont embauché un très mauvais photographe). Son visage est de plusieurs tons plus sombre celui des autres, et celui de la fille d'Alfred à ses côtés est un poil plus sombre que celui des autres, mais quand même plus clair que le sien. Et remarquez la mystérieuse femme qui a passé son bras autour de Pierre, le fils d'Alfred. Soit son bras est très court soit elle l'a passé d'une manière non naturelle et inconfortable. En fait, plus je regarde cette photo, plus je me demande s'il existe un seul élément qui ne soit pas du collage.
Une autre chose bizarre sur la première photo de famille, c'est l'homme debout au milieu à l'arrière, étiqueté comme Mathieu Dreyfus, le frère aîné d'Alfred. Mais voici une autre photo d'Alfred et de Mathieu ensemble, datée de fin 1899-début 1900, donnée comme au même endroit que sur les photos du regroupement familial. C'est l'une des rares photos de Dreyfus que j'ai pu trouver qui m'apparaisse non retouchée.


Mathieu est à gauche. Il a l'air beaucoup plus vieux que dans la photo ci-dessus, d'accord ? Ce qui est logique puisqu'il est le frère aîné d'Alfred. Notez également qu'Alfred semble un peu plus "gros" sur cette photo. Voici une autre photo d'Alfred lors de cette même "réunion":


Un autre collage manifeste (photomontage). Il suffit de zoomer et de regarder la zone au-dessus de sa tête. Ils ne se sont vraiment pas foulés. Toute cette drôle d'histoire de photo est tout simplement déconcertante. Si Dreyfus était une vraie personne avec une vraie famille, quel besoin de tous ces collages et retouches ? Dreyfus n'était-il qu'un personnage inventé qu'on a inséré dans ce drame? Quelle part de sa vie est-elle réelle et quelle part est-elle une fiction? Nous ne le saurons peut-être jamais. Et qu'en est-il des autres comédiens ?


FERDINAND WALSIN-ESTERHAZY
Sa tête de profil est assez plate et se rétrécit vers le nez en grand bec de vautour. Sa moustache est épaisse et effilée à ses extrémités. Ses yeux sont ronds et protubérants : non naturels, ceux d'un fou, comme des billes de verre enfoncées dans le crâne d'un squelette d'une école de médecine.
- Robert Harris, Officier et espion
Esterhazy est l'un des personnages les plus colorés de ce ridicule mélodrame. Un ignoble méchant qui a le don du spectaculaire. Ce n'est pas pour rien que Joseph Reinach, le premier "historien" de l'affaire (qui y joue un rôle-clé), a écrit que "la frénésie communicative de cet étonnant cabotin exerçait une fascination sans fin." Un cabotin, en effet. Eszterhazy est le gars qu'on a finalement noncé comme l'auteur du bordereau. Autrement dit, c'est lui le supposé véritable traître qui a échappé aux soupçons au départ pendant qu'on condamnait Dreyfus pour un crime qu'il n'avait pas commis. Grâce à une série de coïncidences fortuites et à l'admirable courage de l'honorable nouveau chef de la Section Statistique, le colonel Piquart, Esterhazy fut finalement soupçonné. 
 
On nous dit qu'Esterhazy a exigé d'être entendu en cour martiale pour prouver son innocence. Est-ce ainsi que les choses fonctionnent? Je ne savais pas qu'un passage en cour martiale se faisait à la demande. "Le passage en cour martiale d'Esterhazy fut précédé d'un dédale d'intrigues qui évoquait pour moitié un roman de Gaboriau et pour moitié un opéra burlesque" (extrait de La tragédie de Dreyfus). Plutôt que de se laisser entraîner dans les tenants et aboutissants de ces multiples diversions, examinons plutôt quelques petites choses que nous ne sommes pas invités à remarquer concernant Walsin-Esterhazy.

Tout d'abord, son nom de famille: Esterhazy. Les Esterhazy étaient une famille de la noblesse incroyablement riche, originaire d'Autriche et de Hongrie. Esterhazy était-il lui-même juif ? On dit que la lignée Esterhazy descend du clan du roi Salomon de Hongrie qui n'aurait pas eu d'héritiers et aurait été détrôné par son oncle et ses neveux. Il épousa Judith. Le roi Salomon et la reine Judith pourraient-ils paraître plus juifs si vous les appeliez Shlomo et Yehudit ? Quel est le lien précis de ce roi avec les Esterhazy, je n'ai pas pu le découvrir. On dit qu'ils tirent leur origine du roi Salomon de Hongrie au 11ème siècle, mais la généalogie que j'ai pu trouver ne remonte qu'au 13ème siècle, avec le nom de famille Salomon. Ce nom s'éteint au 15 e siècle avec Miklos Salamon de Salamon-Watha, dont les enfants (pour des raisons inconnues) prennent un nom de famille différent. Son fils, Balazs Szerhas des Szerhashaz est à l'origine du nom Esterhazy. Les Esterhazy sont également connus pour s'être montrés très bons envers les Juifs, et beaucoup de Juifs vinrent s'installer sur leurs terres, même durant les périodes où on les expulsait d'autres régions. La ville d'Eisenstadt, où ils avaient un palais, est aussi un nom de famille juif courant.

Ferdinand Walsin-Esterhazy était le fils du général Louis Joseph Ferdinand Walsin-Esterhazy, à son tour fils de Joseph Marie Auguste Walsin-Esterhazy de Ginestous, fils bâtard de Marie Anne Esterhazy de Galántha et de Jean André César de Ginestous. Ce couple n'a pas été marié et on nous dit que leur bâtard fut officiellement adopté par le Dr Walsin, médecin français de la famille royale austro-hongroise (selon la page Wikipédia en français sur notre Ferdinand). L'arrière-grand-mère de Ferdinand, qui était extrêmement riche, s'appelait Marie-Anne Esterhazy, elle était l'arrière-arrière-petite-fille de Nikolaus Esterhazy (1583-1645), et c'est à cette période que la famille Esterhazy acquit sa notoriété. Du côté maternel, son grand-père était Isaac de Lautal de Roquan, mais aucun des autres membres de la famille n'a de nom typiquement juif.

Ce n'était pas seulement la famille Esterhazy qui était amie des Juifs. Ferdinand l'était personnellement :
"… concernant l'histoire d'Esterhazy, cette canaille shakespearienne, comme l'appelait William James, elle fournit une matière intéressante sans fin. Par exemple… si, dans les années précédant l'affaire Dreyfus vous étiez un officier juif dans l'armée qui avait été insulté dans la presse par un professionnel anti-sémite, disons Drumont, la chose à faire était de défier votre insulteur en duel. Ah, mais c'était difficile. Il fallait trouver quelqu'un pour vous assister pendant le duel – pas si facile, et de préférence un non-Juif prêt à se porter garant de votre honneur. Eh bien, il s'est avéré qu'il y avait un homme qui y concédait; on pouvait l'embaucher pour servir d'assistant aux officiers juifs dont l'honneur avait été mis en doute dans la presse, remis en question dans la presse, bafoué dans la presse. Ce gars-là, cet homme qui concédait à aider les officiers juifs pour la défense de leur honneur, n'était nul autre qu'Esterhazy, le futur méchant de l'affaire. Et, par ailleurs, l'homme qui vous mettait en contact avec Esterhazy, si vous étiez juif – car comment le trouver ? – eh bien c'était Zadoc Kahn, le Grand Rabbin de Paris, qui disait 'je peux vous mettre en contact avec l'homme qui vous aidera dans cette situation embarrassante'. On peut donc penser que dès, dirons-nous, 1890, si vous étiez un officier juif dont l'honneur avait été bafoué, l'homme qui vous aiderait à défendre votre honneur serait Esterhazy, le futur méchant de l'affaire."
Selon Wikipédia, "Par l'intermédiaire de Zadoc Kahn, le grand Rabbin de France, Esterhazy obtint une aide des Rothschild (juin 1894). À la même époque, il était en bons termes avec les rédacteurs du journal antisémite, La Libre Parole, auquel il fournissait des informations." Donc, n'était-il qu'un opportuniste jouant sur les deux tableaux ? Ou était-ce l'indication d'un lien entre Drumont et les Rothschild ? Esterhazy, d'un autre côté, n'avait pas besoin de Zadoc Kahn : il était en bons termes avec les Rothschild, ayant fréquenté Edmond au lycée (D'après Le retour des Rothschild, pp 116-17.) :
"En 1892, suite à une campagne de La Libre Parole contre les juifs de l'armée, Édouard Drumont fut défié par l'un d'entre eux, le capitaine Ernest Crémieu-Foa. Esterhazy accepta d'assister le capitaine juif… et ce dépensier d'Esterhazy se débrouilla pour s'attirer les bonnes grâces de Drumont ainsi que celles des Rothschild. En Juin 1894 – quatre mois avant le message secret à l'ambassade allemande – Esterhazy écrivit à Alphonse de Rothschild et à son plus jeune frère, Edmond (qui avait été son camarade de classe au lycée). Il avait un besoin désespéré de fonds, disait-il; comme on le considérait comme un ami des Juifs, ses beaux-parents refusaient de l'aider, et il ne pouvait plus s'occuper de sa femme souffrante et de ses petites filles… Les Rothschild décidèrent d'aider cet homme impossible – parce qu'il semblait être l'ami du capitaine Crémieu-Foa, et qu'il avait bien sûr été un camarade de classe d'Edmond (qui l'avait dépanné plus d'une fois)… Peu après avoir écrit aux Rothschild, le commandant Esterhazy rendit sa première visite à l'attaché militaire allemand à Paris. Pour empêcher sa femme et ses enfants de mourir de faim, disait-il, il souhaitait vendre des secrets militaires aux Allemands."
On nous dit qu'Esterhazy a vendu des secrets aux Allemands parce qu'il avait besoin d'argent. Je n'en suis pas convaincu. Nous avons vu qu'il descendait d'une noblesse fortunée et que son père était général. Sa sœur et lui avaient reçu une généreuse pension du gouvernement après la mort de leur père. On nous dit qu'il était joueur et dépensier pour rendre l'histoire plausible. Mais nous les avons vu maintes fois faire croire que les riches étaient fauchés, et nous pouvons être sûrs que les problèmes d'argent d'Esterhazy étaient du faux-semblant. En effet, Wikipédia nous dit qu'après le procès, "L'armée déclara le commandant Esterhazy inapte au service. Pour éviter des risques personnels, il s'exila en Angleterre, où il vécut confortablement et termina ses jours dans les années 1920. Esterhazy bénéficia d'un traitement spécial de la part des échelons supérieurs de l'armée, ce qui était inexplicable sauf si l'état-major désirait étouffer toute velléité de contester le verdict de la cour martiale qui avait condamné le capitaine Dreyfus en 1894."

Serait-ce la seule explication? Essayez celle-ci pour voir : ce fils de général, agent du Renseignement, descendant de la royauté et condisciple de Rothschild a été protégé toute sa vie et récompensé pour son rôle dans l'affaire Dreyfus. S'il avait été un joueur invétéré et dépensier au point de devoir vendre des secrets d'état pour nourrir sa famille, comment a-t-il fait pour finir confortablement ses jours en Angleterre ? Et si les Rothschild ont décidé de l'aider, pourquoi s'est-il dépêché de vendre les secrets qu'il avait écrits, à moins qu'il n'ait agi sur ordre? Comme d' habitude, l'histoire se contredit sur la même page et ces contradictions sont ignorées par la suite.

Une dernière chose qui m'a fait tiquer dans l'histoire d'Esterhazy et qui vaut le coup d'être explorée, à partir de sa page Wikipédia :
"L'historien français Jean Doise adhérait à l'hypothèse révisionniste selon laquelle Esterhazy aurait pu être un agent double français se faisant passer pour un traître afin de transmettre de fausses informations à l'armée allemande. Doise n'a pas été le premier auteur à explorer l'hypothèse d'un Esterhazy agent double: des écrits plus anciens de Michel de Lombarès et d'Henri Giscard d'Estaing, bien que différents dans les détails, présentaient également cette argumentation."

Esterhazy ayant lui-même avoué plus tard dans un journal britannique qu'il était bel et bien l'auteur du bordereau et l'avait fait passer aux Allemands en tant que désinformation, c'est une hypothèse à peine surprenante. Le problème, si cela est vrai, est que cela étale toute l'affaire au grand jour. Et il y a une très bonne raison de croire que ce soit vrai, en dehors de la confession d'Esterhazy. L'auteur du bordereau laisse entendre qu'il divulgue des informations sur des canons de 120 long en France ["frein hydraulique de 120"], même si à cette époque les canons de 120 avaient été soit abandonnés (selon wiki) ou supprimés progressivement en faveur du nouveau canon de 75 à tir rapide :
"Doise faisait valoir qu'Esterhazy était un agent double déguisé en traître, chargé d'infiltrer de la désinformation. Il a diffusé des "secrets" sur le canon de 120 technologiquement obsolète, que l'armée française était sur le point de remplacer. Vendre les secrets d'un canon révolu et piéger Dreyfus pour faire paraître importante cette information était une ruse conçue pour empêcher les Allemands de découvrir le vrai secret militaire de la France, la conception d'un nouveau canon de campagne de 75 à tir rapide. Le 75 était techniquement en avance sur son temps. Les Allemands et les Américains ne produisirent des canons aux performances équivalentes que 20 ans plus tard, à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1918, l'armée américaine s'est en fait simplement accaparé le 75 et a commencé à en construire sous licence américaine. Doise argumentait que le bordereau d'Esterhazy n'était que l'un des nombreux stratagèmes destinés à garder les Allemands dans l'obscurité. Dreyfus a été sacrifié pour raisons d'état ou, comme on dit aujourd'hui, pour la sécurité nationale."
Stop ! Pas si vite. Voyez-vous le problème ici? Cette histoire que Doise colporte serait qu'ils voulaient dénoncer le traître pour faire paraître crédibles les informations qu'il offrait aux Allemands sur le canon de 120 et ainsi les mener sur une fausse piste. Mais Esterhazy a pris ses ordres du lieutenant-colonel Sandherr, le même gars qui a nommé du Paty de Clam responsable de l'enquête. Pourquoi devoir monter une enquête juste pour piéger quelqu'un? Et doit-on croire que Sandherr a vraiment sacrifié Dreyfus, l'a traité sans ménagement, et l'a envoyé en exil à l'Ile du Diable, le tout pour les besoins de cette ruse? N'aurait-il pas été plus logique de faire comme s'il était passé en cour martiale, exilé, etc.? Plus encore, rappelons que le nouveau chef du contre-espionnage, le lieutenant-colonel Picquart, aurait risqué sa carrière et son honneur pour aider à rétablir le nom de Dreyfus (son ancien élève à Saint-Cyr) et faire comparaitre Esterhazy en justice.

Sommes-nous censés croire que le nouveau chef du contre-espionnage n'était pas au courant du plan de désinformation? Sinon, pourquoi avoir fait tout cela? Ce qui contredit aussi l'histoire de la vente de la lettre pour de l'argent. Rien de tout cela n'a de sens, comme d'habitude, noyé dans les rumeurs et les diversions avec des détails contradictoires pour nous faire inlassablement tourner en rond en essayant de comprendre ce qui a bien pu se passer. L'ensemble sent le canular fabriqué à plein nez. Toutes ces théories alternatives du complot ne servent qu'à envoyer sur de fausses pistes, comme avec JFK [traduit sur le BBB]. Je les compare aux tactiques militaires des leurres et des brouillages. Notre travail consiste à accéder à la vérité derrière les leurres. La question alors est : pourquoi ont-ils fabriqué ce canular? J'y viendrai plus loin.

Pour finir, vous avez sans doute remarqué sur les photos le numéro 74 sur le képi d'Esterhazy. C'est censé être le numéro de son régiment. Mais ce que vous n'apprendrez sûrement pas en lisant les récits sur l'affaire Dreyfus est qu'Esterhazy avait auparavant travaillé à la Section Statistique. En d'autres termes, il faisait aussi partie du Renseignement. (extrait du livre, Le retour des Rothschild.) En fait, si vous lisez sa biographie, il pue l'agent secret.


EMILE ZOLA

Débrouiller le cas Zola vient naturellement après celui d'Esterhazy, parce que Zola a écrit sa fameuse lettre ouverte au président Félix Faure [publiée sur le journal L'Aurore, le 13 janvier 1898], "J'accuse! " pour tenter de disculper Esterhazy. Cet essai, qui se révéla un tournant dans l'affaire, fut publié dans le journal où son ami Georges Clémenceau, qui devint plus tard ministre de l'Intérieur et président du conseil, y compris pendant la Première Guerre mondiale, y était rédacteur. Clemenceau, sortait bien sûr d'un milieu fortuné et il était très courant à l'époque d'avoir de riches hommes politiques rédacteurs de journaux. (Rappelez-vous ce que disait Edward Bernays : "La propagande est le bras exécutif du gouvernement invisible") Clemenceau était le chef du Parti radical, mais c'était bien sûr une étiquette pratique sans réelle signification – il s'est retourné contre les travailleurs qui se révoltaient pendant la Commune de Paris et il fut impliqué plus tard dans le scandale de Panama. Si Clemenceau n'était pas juif, il était certainement allié aux projets que l'élite juive gérait en France au 19ème siècle, affaire Dreyfus comprise.

Mais je m'attarde sur Zola surtout pour ce qu'il représente. Le style d'écriture de Zola, surnommé "naturalisme", était une sorte de précurseur du modernisme, qu'on pourrait commenter comme le triomphe de la "théorie" sur l'esthétique. La lutte pour l'âme de l'art et l'importance de la création a débuté bien avant le 20ème siècle. (La controverse sur la construction concomitante de la Tour Eiffel et de son antithèse, le Sacré-Cœur, est l'archétype même de cette lutte.) Même si Zola était célèbre, son œuvre ne fut pas très bien reçue à l'époque. Son succès est dû en grande partie à du battage et son engagement envers les dreyfusards triomphants lui valut une reconnaissance bien supérieure à celle qu'il aurait obtenu grâce à sa seule littérature. Extraits de Le Juif Accusé (Albert Lindemann, 1992, page 114):
"Zola était l'écrivain le plus célèbre de France à cette époque. Il était plus qu'un écrivain de romans populaires; il était aussi devenu un personnage public, un symbole. Pour la droite catholique française, Zola personnifiait le courant moderniste qui offensa tellement les sensibilités religieuses traditionnelles. Ses très lucratifs romans à succès furent jugés sensationnalistes, de mauvais goût et même obscènes, certainement inférieurs moralement parlant aux œuvres de Drumont. En bref, c'était pour les traditionalistes de France des produits typiques de la culture laïque avilie qui avait grandi sous la République, la "gueuse". On apprenait aux enfants des familles conservatrices à appeler leurs pots de chambre des Zolas."
Compte-tenu de sa réputation et de la qualité de son écriture et sa défense de Dreyfus, il semble alors un peu étrange que:
"Comme beaucoup d'intellectuels français, de droite et de gauche, Zola s'alarma pour la rapide ascension des Juifs en France, non seulement dans le domaine économique, mais encore plus dans la vie culturelle. Son principal souci en rédigeant J'accuse! n'était pas d'exprimer sa sympathie pour les Juifs ou même de les défendre en justice; c'était plutôt pour contrer ceux qu'il croyait réactionnaires, jésuites et conspirationnistes militaristes, au sujet desquels il nourrissait des fantasmes qui ressemblaient étonnamment à ceux que nourrissait Drumont à l'égard du Syndicat juif. Tout comme pour beaucoup de français, il leur suffisait d'apprendre que Zola soutenait Dreyfus pour qu'ils décident de se joindre aux antidreyfusards, ainsi en était-il pour Zola: il n'avait qu'à voir qui étaient les ennemis de Dreyfus afin de lui venir en aide." (Ibid. p. 116)
Bien sûr, l'ennemi de mon ennemi est mon ami. Donc, si les ennemis de Zola étaient les ennemis des riches juifs français, alors implicitement Zola était leur ami. Je n'ai franchement pas l'énergie ni la patience de retracer sa généalogie ou ses réseaux d'amis, mais Zola semble carrément de leur côté, travaillant à miner l'influence de l'église catholique et de l'aristocratie traditionnelle, ainsi que certains éléments récalcitrants de l'armée, sous la bannière de la République. C'est ce que visait en partie l'affaire Dreyfus. Mais à cette époque on blâmait, la plupart du temps à juste titre, les riches industriels et marchands juifs, de nuire aux artisans traditionnels et aux commerçants locaux (la petite bourgeoisie) avec des articles produits en masse vendus moins cher dans de plus grands magasins. Leur origine juive pouvait être accessoire par rapport à leurs pratiques commerciales, mais le fait qu'ils étaient juifs a certainement contribué à ce que la société française traditionnelle et l'aristocratie aient le sentiment d'être assiégés.

Si vous voulez des preuves d'une connexion de Zola au Renseignement, ne cherchez pas plus loin que son procès. Son "J'accuse" a incriminé et mis en cause des dirigeants politiques français au pouvoir par une fabrication délibérée de documents pour piéger Dreyfus et une opération de dissimulation pour cacher leurs actions. Il a été jugé pour diffamation. Wikipédia nous dit qu'il "a été condamné le 23 février et qu'on lui a retiré sa Légion d'Honneur. Plutôt que d'aller en prison, Zola s'est enfui en Angleterre. Sans même avoir eu le temps d'emballer quelques vêtements, il a débarqué à la gare Victoria le 19 Juillet. Après son bref et malheureux séjour à Londres (à Upper Norwood) d'octobre 1898 à juin 1899, il fut autorisé à rentrer en France, à temps pour assister à la chute du gouvernement." C'est quoi ce truc ? Les accusés reconnus coupables ne sont-ils pas immédiatement mis en prison à la sortie du tribunal? Comment Zola a-t-il été en mesure d'y échapper? On ne nous le dit pas. Mais il n'y a pas de faute de frappe sur Wikipédia : selon l'histoire officielle , il a déambulé dans Paris pendant cinq mois avant de "fuir" à Londres " sans même avoir le temps d'emballer quelques vêtements." Que faisait la police française pendant tout ce temps ? Pourquoi n'a-t-il pas été mis en prison? Ont-ils mis l'inspecteur Clouseau [celui de la Panthère rose] sur l'affaire ? Il serait revenu en France "après que Dreyfus ait été gracié", le 19 septembre 1899. Mais c'est Dreyfus qui a été gracié, pas Zola. Sa condamnation restait toujours d'actualité, qu'un nouveau gouvernement soit ou non élu. Nous avons vu dans de nombreux articles de Miles que le seul genre de personne qui peut se promener librement après avoir été reconnu coupable, "fuir" les autorités et pouvoir revenir en France comme un fugitif vis à vis de la justice et continuer à vivre comme si de rien n'était, est un agent du Renseignement.

En 1899, Émile Zola écrivit un article de journal intitulé "Le cinquième acte": "Quelqu'un a-t-il remarqué que cette affaire Dreyfus, ce drame gigantesque qui a passionné l'univers, semble avoir été mis en scène par un sublime dramaturge, déterminé à en faire un chef-d'œuvre incomparable?" C'est vrai, Émile, personne n'a remarqué. Pas même quand vous le leur avez dit en face. Mais savez-vous ? La réalité est plus étrange que la fiction. C'est ce qu'on dit. Je suppose que répandre ce mensonge les a aidé à faire passer ces histoires absurdes comme réelles. Si vous vous demandez qui fut le scénariste derrière cette magistrale opération psychologique, je pense que nous avons trouvé notre homme. Ou au moins l'un d'entre eux. L'image du toujours honorable Dreyfus condamné dans une prison sur une île, puis ramené et rédimé, semble avoir emprunté des éléments du Cyrano de Bergerac et du Comte de Monte-Cristo, entre autres. En d'autres termes, si le drame Dreyfus semble avoir largement emprunté des éléments et des thèmes de la littérature française de l'époque, c'est parce que ce fut le cas.

Le procès de Zola se révéla un tournant dans l'affaire, car il s'est marqué d'une forte augmentation du sentiment anti-sémite et a déclenché une vague d'émeutes anti-juive dans toute la France. Je me contenterai ici de citer trois passages du Juif Accusé pour vous donner une idée de l'ambiance à l'époque.
"Mais il semble assez clair que l'objectif de Zola n'était pas d'obtenir gain de cause au tribunal. C'était plutôt de ranimer les arguments contre l'armée, et dans ce but, il y a très certainement réussi, bien au-delà de ce qu'il espérait. Ce faisant, il a persuadé nombre de ceux qui affichaient jusque-là une neutralité que les dreyfusards étaient de dangereux destructeurs et des calomniateurs irresponsables, ne cherchant que des bénéfices politiques en attaquant des militaires de premier plan et en dénigrant l'armée, sans imaginer une seule seconde qu'ils pouvaient mettre la nation en péril." (P.115)
"Les accusations contre Zola puis son procès, où il fut reconnu coupable de diffamation, suscitèrent l'intérêt de milliers de gens, jusque-là indifférents, pour l'Affaire. Des émeutes anti-juives se répandirent dans 70 villes de France; la foule criait 'Mort aux Juifs' et attaquait des synagogues, des magasins juifs, et des juifs dans la rue. La police semblait souvent inefficace, manifestant peut-être même de la sympathie pour les émeutiers." (P.116)
"Au cours des semaines et des mois suivants des boycotts anti-juifs furent organisés, et les ligues antisémites reprirent vie, gagnant un suivi sans précédent. Les dirigeants juifs convaincus qu'une publicité sensationnelle pourrait être dangereuse, en eurent une douloureuse confirmation. Facilement excitable, la France semblait être au bord d'un soulèvement populaire total contre les Juifs. En bref, Zola a non seulement réussi à ranimer la campagne pour la libération de Dreyfus, mais il a même relancé avec force le mouvement antisémite qui avait précédemment échoué à la fin des années 1880 et au début des années 1890. "(P.116)

À suivre...

2 commentaires:

  1. Juste un détail sur lequel je ne suis pas d'accord, au niveau du passage suivant :

    "Des émeutes anti-juives se répandirent dans 70 villes de France; la foule criait 'Mort aux Juifs' et attaquait des synagogues, des magasins juifs, et des juifs dans la rue. La police semblait souvent inefficace, manifestant peut-être même de la sympathie pour les émeutiers."

    Dans la suite de son papier, l'auteur (Josh, qui est juif) semble penser que ces émeutes étaient réelles. Vu ce qu'on sait maintenant, il est clair que ces émeutes étaient bidons et qu'elles étaient constituées principalement de types payés pour le faire. Et les chiffres du nombre de manifestant étaient certainement gonflés par la police et les journaux pour donner l'impression d'un vaste mouvement anti-juif en France.

    Et le fait que la police semblait manifester de la sympathie pour les émeutiers était aussi un truc arrangé. Soi c'était uniquement dans la tête des journalistes, soit il y avait un fond de vérité. Mais dans ce cas, c'était parce des policiers avaient reçu l'ordre d'avoir ce comportement. Ou, troisième possibilité, les policiers avaient reçu l'ordre par leur hiérarchie d'être le plus cool possible (mais sans manifester aucune sympathie), et les journalistes ont reçu de leur côté l'ordre d'interpréter ça comme une manifestation de sympathie.

    Parce que bon, de nos jours, il y a des révélations en pagaille sur l'influence juive. Bien plus de gens ont accès à ces informations qu'à l'époque. Et pourtant, il n'y a aucune manifestation anti-juive
    (et ça n'est pas le sentiment de culpabilité vis à vis des juifs qui peut jouer, puisqu'il s'est fortement affaibli depuis 20 ans). Pourquoi ? Tout simplement parce que 99 % des gens n'en ont rien à foutre. Et en plus, organiser une manifestation, c'est un gros truc. Ça vient toujours d'organismes déjà constitués. Ça ne ne se fait pas spontanément. Et les organismes en question sont tous sous le contrôle de l'élite. Donc, toutes les manifestations sont en réalité organisées par l'élite en place.

    Bref, non, il n'y a pas eu de vraies manifestations anti-juives durant ces années là. Tout était fabriqué de toutes pièces pour faire croire à un mouvement important.

    Quant aux dégradations visant des magasins juifs pendant les manifestations, ça venait de membres de la police ou des services secrets, comme c'est le cas pour les black blocks de nos jours. Et les rapports d'agression de juifs étaient certainement tous bidons. Enfin, les attaques de synagogues étaient probablement faites par les rabbins eux-mêmes, vu que l'écrasante majorité sont des agents du pouvoir. Mais bon, si ça n'était pas le cas (si les rabbins n'avaient pas envie de se charger de cette basse besogne), c'était alors fait là-aussi par des agents des services secrets. Et bien sûr, dans de nombreux cas, ces attaques n'ont jamais eu lieu.

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  2. Mon précédent commentaire est passé en spam (ou bien non validé), je citais deux autres blogs (dont celui de Josh) dans le même état d'esprit que Miles Mathis.

    Josh pensait traduire en anglais mes deux vidéos reprenant M.M, je lui ai donc passé une retranscription écrite. Mais je suppose Apolline que tu as mieux à faire de faire une trad' français à anglais :)

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