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dimanche 23 décembre 2012

Japon, 23 décembre 2012

Visite guidée de Fukushima Daiichi, 14 décembre 2012, une vidéo traduite et sous-titrée par Kna.

Ne vous attendez pas à des révélations importantes, ce n'est qu'une opération de communication qui se veut rassurante, en enfonçant toujours les mêmes vieux clous :
Tout va bien, tout est sous contrôle, on fait de notre mieux, le tsunami ceci-cela, blablabla etc...
J'aime bien le passage sur les 10 camions de pompiers, "et on fait aussi des exercices anti-incendie" ...

Pas un mot sur les dégâts originels causés par le séisme, sur les raisons de la couverture de l'unité 1 alors que l'unité 3 a subi une explosion à priori bien plus puissante et destructrice.


Pas un mot, évidemment, sur les 3 coriums, sur les fuites et infiltrations d'eau, sur la pollution des nappes phréatiques et de l'océan.

Pas un mot sur le devenir du projet de captation des eaux souterraines naturelles pour éviter qu'elle ne viennent grossir les quantités énormes d'eaux contaminées, que l'on... cache dans des réservoirs sous terre !

Aucune mesure, aucune valeur de radioactivité, de contamination...

Pas un mot sur la pénurie de travailleurs, et où on va trouver tous ceux qui devront passer sur le site avant d'atteindre leur dose d'irradiation maximum à vie, pour les décades à venir.
Puisqu'on vous dit que tout va bien..

Ca reste tout de même des images intéressantes, pour se faire une meilleure idée du site et des installations.


Ha si, le tableau de fin mérite quand même une mention :
"TEPCO va maintenir ses effort pour stabiliser la centrale, en mettant à profit la sagesse d'experts du monde entier"

Au bout de presque 2 ans ?

Et le tanuki, il emballe les pastilles de combustible nucléaire dans des feuilles de plomb ?

La vidéo originale en Anglais de TEPCO peut être vue et téléchargée
ici
Copie sur YouTube par Fukushima informations ici

(*) Le marteau Schmidt évoqué dans la vidéo, ou scléromètre, sert à tester la dureté de surface / la résistance à la compression du béton, bref certains aspects de sa résistance.



TEPCO, Visite guidée Fukushima Daiichi Déc... par kna60


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Ultraman

On peut souhaiter au passage un bon anniversaire (c'est aujourd'hui, 23 décembre, il fête ses 79 ans) à l'empereur du Japon et à ses sujets...

L'empereur au secrétaire chef de cabinet sur l'élimination des débris : ''Ce doit être difficile avec l'amiante...''

L'empereur du Japon continue à être le seul parmi très peu de gens en position publique à exprimer une sincère inquiétude à propos de la catastrophe du 11 mars 2011 et de ses suites. Lors de la cérémonie du premier anniversaire en mars 2012, l'empereur a parlé de la contamination à Fukushima d'une manière claire, directe et pleine de compassion :

''De plus, cette catastrophe a enclenché un accident de centrale nucléaire. Les gens ont dû évacuer de zones rendues dangereuses par l'accident nucléaire, où ils vivaient et travaillaient depuis de nombreuses années. Pour qu'ils retournent et vivent en sécurité là-bas, nous avons à vaincre un difficile problème de contamination.''

Le Sankei Shinbun, qui a toujours évoqué la famille impériale de manière positive, a décrit un petit passage du récent déjeuner au palais impérial (22 décembre) :


Sa majesté l'empereur et le prince de la couronne ont assisté au déjeuner du palais impérial avec les ministres du cabinet dont le premier ministre Yoshihiko Noda. 50 personnes ont assisté dont des ministres, vice-ministres et officiels de l'agence de la maison impériale.

19 ministres étaient invités et ils y ont tous assisté. Ce déjeuner est une tradition à cette époque de l'année. Il a été cependant spécial cette année parce que le Parti démocratique du Japon vient de perdre dans la récente élection de la Chambre Basse.

Avant le déjeuner, Sa Majesté les a remercié pour leur travail cette année et a dit, ''J'espère que vous resterez en bonne santé et que votre nouvelle année sera bonne.''

Puis ils ont parlé dans l'intimité en prenant un verre. Après avoir discuté pendant quelques minutes avec le premier ministre Noda, Sa Majesté s'est approchée du chef de cabinet le ministre Osamu Fujimura, qui a perdu aux élections et l'a remercié pour son travail. ''Vous avez dû être bien occupé en tant que ministre chef de cabinet.'' ''S'il vous plaît prenez bien soin de vous.''

Avec le ministre de la reconstruction Tatsuo Hirano, l'amiante des débris de la catastrophe a été évoqué. Après avoir souligné que l'amiante ne peut être facilement mesurée comme les radiations, Sa Majesté a dit, ''N'est-ce pas difficile [d'éliminer des débris qui contiennent de l'amiante] ?'' Plus tard, Sa Majesté a dit, ''Nous devrions être attentifs pour que les gens impliqués dans l'élimination ne le regrettent pas une fois âgés.''
Pendant la conférence de presse du 19 décembre pour son anniversaire (23 décembre), l'empereur a continué à exprimer son inquiétude et sa sympathie aux gens touchés par le séisme/tsunami du 11 mars et la catastrophe nucléaire :

(Traduction par l'agence de la maison impériale)

Profitant de cette opportunité, j'aimerai exprimer ma sincère gratitude pour toutes les inquiétudes manifestées par les gens lors de mon intervention de chirurgie cardiaque de février, comme à ceux qui sont venus signer les registres au palais et ailleurs durant cette période. J'aimerai aussi remercier tous les gens qui continuent à me souhaiter en bonne santé.

Un an et 9 mois sont passés depuis le Grand séisme du Japon et l'hiver froid et rude est de retour dans les zones sinistrées. Il y a des gens qui ne peuvent rentrer chez eux à cause de la contamination radioactive et certains doivent passer leur deuxième hiver dans des abris temporaires couverts de neige. Mon cœur se tourne vers toutes ces victimes. Le nombre de morts ou de disparus au moment de la catastrophe a été rapporté comme étant plus de 18.000 personnes mais depuis il y a eu plus de 2000 décès consécutifs à la catastrophe, amenant le total des victimes à plus de 20.000. Les nombreuses personnes qui ont survécu au terrible séisme et tsunami ont perdu la vie en raison de rigoureuses conditions de vie où des soins médicaux suffisants et autres besoins n'ont pu être procurés. Je pense que c'est une vraie tragédie. Les efforts de renaissance et de reconstruction des zones sinistrées incluent une décontamination, l'enlèvement de débris contenant de l'amiante dangereux pour la santé et autres tâches dangereuses. Un grand nombre de ces opérations posent des risques pour la santé de ceux qui s'y emploient, ce qui suscite une profonde inquiétude. L'impératrice et moi-même avons observé une opération de décontamination effectuée dans le village de Kawauchi dans la préfecture de Fukushima. Le travail consistait à grimper sur le toit et à l'arroser d'eau, travail nécessitant une grande prudence et de la concentration, pour éviter un accident. J'espère sincèrement que toutes ces opérations seront effectuées avec sécurité.

L'agence de la maison impériale a traduit comme si c'était un discours d'homme politique, avec aussi peu de ''Je'' que possible. Dans le japonais original, je pourrai interpréter que chaque phrase se rapporte à la manière dont il pense et ressent. Quand il dit ''Les nombreuses personnes qui ont survécu au terrible séisme et tsunami ont perdu la vie en raison de rigoureuses conditions de vie où des soins médicaux suffisants et autres besoins n'ont pu être procurés.'', c'est une vive critique de ce qu'a fait le gouvernement (plutôt ce qu'il n'a pas fait) après la catastrophe. Sans parler de sa description de la décontamination et de l'élimination des débris comme étant ''dangereuses''.

Les arrestations pendant la manifestation sur l'élimination des débris à Osaka ont été faites par la police de sécurité

C'est comme si le fait de manifester contre l'incinération des débris venant d'Iwate était un acte de terrorisme.

La police de sécurité est la descendante directe de la police politique spéciale – police secrète – qui a existé jusqu'à sa dissolution en 1945 par le quartier général américain.

Quelque chose ne tient pas debout. Masaki Shimoji, professeur associé à l'université d'Hannan à Osaka, qui a été arrêté par cette police le 9 décembre pour son ''délit'' d'octobre qui a dérangé le fonctionnement de la gare d'Osaka est resté en prison depuis son arrestation. Un premier juge s'est opposé à la demande de détention du procureur, puis le juge a été rapidement remplacé et un deuxième juge a reconnu la requête.

Son prétendu délit, le dérangement du fonctionnement de la gare d'Osaka était d'avoir traversé le hall d'une sortie à une autre.

Certains ont dit que le délit était cette manifestation qui s'est passée en dehors des sorties de la gare.(menaçant, n'est-ce pas?) Mais d'autres ont ensuite rapidement souligné que l'endroit où lui et son petit groupe se trouvaient est un trottoir public et non la propriété de la gare d'Osaka.


(Photo du blog Kingo999 blog, 12/9/2012) (je pense que le professeur arrêté est l'homme désigné par la flèche rouge)



Le 22 décembre, les collègues du Pr Shimoji et d'autres chercheurs de l'université y compris des experts de la constitution ont tenu une conférence de presse et manifesté contre l'injuste détention de Shimoji et celle d'autres activistes et demandé une libération immédiate. Lors de cette conférence de presse, il a été révélé par l'un des professeurs de l'université d'Hannan où enseigne Shimoji que la  police qui l'a arrêté faisait partie de la police de sécurité et que les officiels de l'université étaient complices et très coopératifs, sans même demander à voir le mandat d'arrêt. D'après un physicien en nucléaire, qui a observé la vidéo de la conférence de presse :
Professeur Shima, de la faculté des affaires à l'université d'Hannan : J'ai appris l'arrestation le soir du 9 décembre. Je ne me trouvais pas à côté de Shimoji, mais sa femme et M. Park (un collègue) ont voulu expliquer la situation aux administrateurs de l'école le matin du 10 décembre, je les ai donc introduit auprès du directeur de la faculté d'économie, du président et du vice-président de l'université.

Ce n'était qu'un pressentiment, mais j'ai senti qu'ils étaient au courant de l'arrestation. Ils n'étaient pas surpris et ont reçu l'information très calmement.

Le mercredi 19 décembre, j'ai demandé à rencontre le président et le vice-président, avec deux autres personnes du groupe de soutien à Shimoji. Nous leur avons demandé une réponse pour le groupe de soutien. Ils ont dit, ''le 6 décembre, deux détectives de la section 3 de la police de sécurité et un détective de la station de police de Matsubara sont venus et nous ont notifié qu'une arrestation serait faite le 8 décembre et que son bureau serait fouillé le 10 décembre.'' Le responsable dépendait d'une organisation en lien avec la police de Matsubara.

Ensuite, cette information a été relayée au président de l'université à 17h et un groupe de gestion de crise a été formé, ont-ils dit d'ailleurs. Nous étions extrêmement choqués. Nous ne savons pas pourquoi la police a prévenu l'université à l'avance, mais l'université a reçu un appel de leur part que l'arrestation serait faite plutôt le 9. Ils ont dit ''D'accord''.

[Quand la police est venu fouiller le bureau de Shimoji,] ils n'ont même pas lu le mandat d'arrêt. Les officiels de l'université n'en ont pas demandé, ne l'ont même pas vu. Comme c'est la fin de l'année, nous reverrons cela début janvier. Sur le site de l'université, le message est celui d'un troisième parti neutre, mais en réalité ça ne l'est pas. Par rapport au problème Shimoji, je suis profondément déçu que l'auto-gouvernance de l'université se soit détérioré à ce point.

Néanmoins, quelques personnes influentes sur Twitter disent que tout est de la faute du Pr Shimoji pour avoir ''enfreint la loi''. Quand on demande, ''c'est quoi la loi ?'', ils disent ''tout le monde enfreint la loi ici et là à des degrés divers, quotidiennement.''

Ce tweet provient du Pr Yukio Hayakawa, qui n'a aucun problème à répandre et incinérer les débris de Tohoku, tant que la peur de la radioactivité est la raison de s'y opposer :

Je me demande si faire des discours à tous les coins de rue devrait être protégé en tant que liberté d'expression et de parole. Je me demande si des citoyens devraient avoir l'autorisation de choisir comment exprimer leur opinion. Je me demande si la liberté d'insister d'une manière particulière d'exprimer son opinion quand il y a de nombreux autres moyens devrait être accordée aux citoyens.

J'ai demandé au professeur, ''alors qui devrait décider du type d'expression permise aux citoyens ? Le gouvernement ? La police ?''

Sa réponse a été, ''Obéis à la loi.''

Donc, tant qu'on obéit à la loi, il n'y a rien à craindre. Une récente affaire de justice où un juge a rejeté un cas de poursuite parce que la loi était injuste rendrait bien perplexe le professeur.

George Orwell aurait du situer ses romans en 2012 sur le Japon d'après-Fukushima.

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