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vendredi 17 août 2012

Japon, 17 août 2012

Rien de spécifique au Japon hier d'Ultraman, mais aujourd'hui pas mal de choses.

Japon radioactif : plus de 200 évacués de Futaba-machi (où est situé la centrale de Fukushima) vivent toujours dans des salles de classe, avec des cloisons en carton, 17 mois après l'accident nucléaire

Quel est l'intérêt de brandir un ballon blanc et de chanter ''Saikado Hantai !'' selon les règles et croyances d'une organisation menée par d'étranges individus, devant la résidence officielle du premier ministre, comme si c'était une sorte d'effet de mode ? Pas vraiment d'intérêt.

Particulièrement quand presque tout le monde, de haut en bas, depuis les responsables du gouvernement jusqu'à des gens comme vous et moi, continuons (ou choisissons) d'ignorer ce qu'il s'est passé pour les gens qui ont dû évacuer leurs maisons après l'accident nucléaire du 11 mars 2011, sans aucun espoir d'y retourner.

Une organisation appelée ''Enechen'' (''changement d'énergie'' en japonais anglais) demande de l'aide pour pouvoir au moins procurer des repas chauds aux 200 évacués de Futaba-machi qui continuent de vivre dans des salles de classe d'un bâtiment d'école fermé dans la préfecture de Saitama où le gouvernement de la ville les a temporairement relogés. Ce sont pour la plupart des gens âgés et ils n'ont nulle part où aller autrement.

Presque 17 mois après l'accident, le pays est tout à fait heureux de les voir vivre dans des salles de classe avec des cloisons de carton.

D'après le site de l'organisation (12 août) :


Projet d'approvisionnement de l'abri de Futaba-machi en repas chauds

En août 2012, environ 200 résidents âgés de l'abri de Futaba-machi continuent de vivre dans des pièces cloisonnées avec du carton ondulé dans le bâtiment d'une école fermée, avec tous leurs repas midi et soir en bento (boîte repas), 1 an et 4 mois depuis qu'ils se sont réfugiés ici.

On ne leur sert pratiquement plus de repas chauds, sauf des soupes chaudes au miso une fois par semaine, avons-nous appris.

Nous voulons fournir des repas chauds à ces gens, nous avons donc lancé ce projet.

Conditions actuelles de l'abri de Futaba-machi

Des habitants de Futaba-machi, qui ont évacué vers Saitama juste après le début de l'accident de la centrale, sont allés dans le bâtiment de l'ancien collège de Kazo après le 30 mars 2011.

Il s'est passé un an et 4 mois depuis. Au départ ils étaient plus de 1000 évacués résidant dans le bâtiment du collège mais la plupart sont allés dans les logements temporaires. En août 2012, il y a toujours 210 personnes qui vivent dans l'école.

La plupart sont âgés et il semble qu'il y ait des raisons ou problèmes variés qui les empêchent de vivre indépendants.

Nous sommes allés leur rendre visite l'autre jour. Après un an et 4 mois dans cet abri les gens reçoivent toujours un bento comme repas 3 fois par jour. Les pièces où ils dorment semblent équipés de systèmes d'air conditionné. Ils ont partagé une partie du gymnase avec des cartons ou se servent des salles de classe afin d'étaler leur futon pour dormir.

Les repas sont distribués à un certain endroit du bâtiment et les gens emportent les repas vers leurs pièces pour manger. Mais selon l'emplacement de leurs pièces, l'endroit de réception des repas est trop loin et de nombreux anciens trouvent cela malaisé.

Rien n'a été décidé pour l'avenir de ces 200 personnes de cet abri.

Le temps passe sans projet d'avenir.

Qu'ont fait les gouvernements national et municipal ?

Il y a beaucoup de gens qui souffrent toujours de l'accident nucléaire. Presque aucun n'a reçu d'indemnisation.

Mais les priorités du gouvernement sont le redémarrage des centrales nucléaires, la décontamination qui profite aux grosses entreprises et la nomination de commissaires [qui sont des gens de l'industrie nucléaire] pour la commission de régulation nucléaire.

Nous sommes consternés, sans voix. Mais essayons de s'entraider et ensemble nous ferons ce que nous pourrons, une chose à la fois.

Le site donne des photos de l'abri, évitant gentiment de montrer les résidents âgés qui sont toujours là :
Messages de soutien :

Espace public à l'intérieur du bâtiment – salle de TV, central téléphonique, salle de soins :

L'organisation demande des dons sur son site pour ce projet particulier, ICI.
Le Japon est toujours la troisième puissance économique mondiale, au fait, après les US et la Chine, il donne des milliards et des trilliards de yens à une organisation internationale ou gaspille la même somme d'argent pour essayer de déprécier la monnaie.


((partie 2/2) Transcription de l'interview vidéo de l'ex-responsable de la centrale de Fukushima, Masao Yoshida : ''Nous inscrivions les noms des ouvriers au tableau, comme sur une pierre tombale''

(Voir partie 1 traduite sur le BBB)

De nouveau, l'occasion fut un petit symposium à Fukushima le 11 août et l'interview de M. Yoshida a été faite en juillet, avant son hémorragie cérébrale.

La transcription provient de l'article du Mainichi Shinbun, et non de la vidéo que seules 140 personnes environ ont pu voir en assistant au séminaire.

Les ouvriers comptaient sur vous comme soutien émotionnel.
Je n'ai rien fait. Tout ce que je peux dire est que j'ai travaillé à la centrale de Fukushima sous 4 différentes nominations. Je connaissais presque tous les ouvriers de la centrale, et j'en connais beaucoup dans les compagnies filiales. Je connais leur nom. ''M. Untel, comment allez-vous ?'' C'est tout. Je demandais. C'est tout ce que j'ai fait. Je ne pouvais rien faire. Tout le monde a fait quelque chose. Voilà comment je le sens.

Vous voulez dire que vous avez pris le temps de communiquer avec eux ?
Oui. Nous nous connaissons. Nous travaillons ensemble depuis longtemps, nous sommes collègues. J'ai vu mes collègues aller sur l'horrible scène de l'accident, revenir et repartir de nouveau. Tout ce que je pouvais faire était d'incliner la tête [et de les remercier].

Pensiez-vous mourir quand le réacteur 3 a explosé ?

En plus de l'explosion du réacteur 1, celle du réacteur 3 a été la plus forte pour moi. On a su rétrospectivement que c'était une explosion d'hydrogène, mais à l'époque nous ne savions pas ce qui se passait. J'ai pensé que quelque chose de catastrophique arrivait. Pour les explosions, j'ai pensé que je pouvais mourir, et que tout le monde dans le bâtiment anti-sismique aussi, n'importe quand. Surtout après l'explosion du réacteur 3. Il y avait tellement de débris à voler dans les airs. Quand j'ai entendu que plusieurs personnes manquaient, la mise en sécurité de dizaines de personnes n'était pas encore confirmée. J'ai pensé que peut-être plus de 10 personnes venaient de mourir. Ensuite, d'autres informations sont arrivées, confirmant la mise à l'abri des gens, bien qu'il y en ait avec des blessures mineures. Et je suis vraiment désolé pour les forces d'auto-défense. Une troupe est venue pour approvisionner en eau et ils ont été pris dans l'explosion et blessés. Je suis vraiment désolé. Ce qui me console c'est que leurs blessures ne mettaient pas leur vie en danger et c'est comme si c'était une sorte de divine providence.

Vous avez demandé à votre personnel d'inscrire au tableau les noms des membres qui restaient à la centrale. Quelle était votre idée ?

J'ai du mal à me souvenir de ça, mais je voulais probablement juste montrer quelle catégorie de personnes restaient et se battaient jusqu'à l'amère fin. En revenant en arrière, je ne le sais pas moi-même, vraiment.

Vous pensiez que cela servirait de pierre tombale.
Oui.

D'autres réflexions, commentaires ?

Cet événement [M. Yoshida utilise un terme de l'industrie pour cet accident] a été discuté et mis par écrit par les commissions d'enquête, par la Diète, le bureau du cabinet et une fondation privée. Nous avons longuement discuté avec la commission d'enquête du bureau du cabinet, en privé. Il y a de nombreuses demandes de la part des médias, mais nous avons tout dit à ces commissions [TEPCO n'a pas été interviewé par la commission privée] je pense donc que cela suffit aux médias de partir de là. Mais il est difficile de faire vraiment entendre notre voix. Notre voix ne passe pas dans les rapports des commissions d'enquête. De ce côté-là, je pense que nous devrions répandre le message de différentes manières. Pas juste ce que j'ai vécu, mais je voudrai parler correctement de l'expérience de tous mes collègues qui travaillaient à la centrale.

Comment devraient aller la centrale et la préfecture de Fukushima, à partir de maintenant ?

C'est une question pointue, et je n'ai pas de réponse toute faite. Mais ce dont il s'agit c'est de stabiliser la centrale de manière correcte. Nous ne pouvons avoir des habitants [des zones environnantes] qui reviennent chez eux avant que ce soit fait, c'est donc la plus grosse tâche. Le plus urgent, comme je le disais à l'époque de l'accident, est d'augmenter la stabilité de la centrale grâce aux connaissances et aux experts pas uniquement au Japon mais dans le monde entier. Nous devrions déterminer la responsabilité des gens dans l'accident, mais le plus important est de rendre la centrale stable. Nous avons besoin de monde pour cela, nous avons besoin de technologies et de nouvelles idées. Je pense qu'il est important de se concentrer là-dessus. Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons décider si les habitants locaux peuvent retourner à leur vie normale. De toutes façons, la tâche la plus importante est de calmer le jeu, de stabiliser la situation de la centrale. Je n'ai pas encore assez de forces, mais quand j'aurai récupéré, je veux faire tout ce que je peux pour la centrale.

Il semble que c'est ce dernier paragraphe qui a donné lieu au ''jeu du téléphone arabe'' dans certains médias étrangers :
1. Yoshida dit qu'ils ont besoin de stabiliser la centrale.
2. Cela veut dire que la centrale n'est pas stable, à compter de maintenant.
3. Donc la centrale est instable, en danger.
4. Courons ! C'est dangereux.
Tout ce que M. Yoshida a dit c'est que la centrale a besoin d'être davantage stabilisée, de manière correcte – remplacer les tuyaux en kanaflex le serait, enlever les débris et l'encombrement aussi – de manière que les diverses opérations puissent se faire de manière tranquille, prévisible sans incidents comme des petits incendies et des fuites d'eau, sans parler d'accidents majeurs.
Au fait, ce ''Yoshida a dit que la centrale n'est pas stable'' est dûment revenu au Japon comme une nouvelle crédible en anglais, mais elle a rapidement disparu sous les gros titres à sensation (comme celui de la mutation des papillons causés par les radiations de Fukushima).

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