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lundi 13 août 2012

Japon, 13 août 2012


Interview (vidéo) de l'ex-responsable de la centrale de Fukushima, Masao Yoshida : ''J'ai vu des êtres divins chez les ouvriers dans l'enfer de la situation'' (partie 1/2)

Le Mainichi Shinbun donne une transcription légèrement paraphrasée mais complète d'une interview de Masao Yoshida, l'ex-responsable de la centrale de Fukushima. Il est hospitalisé depuis fin juillet pour une hémorragie cérébrale mais la vidéo de l'interview faite le 10 juillet, a été montrée lors d'un petit symposium le 11 août.


J'espère un complet rétablissement à M. Yoshida, pour qu'il puisse continuer à parler des ouvriers qui ont travaillé et qui travaillent toujours à la centrale pour essayer de rendre la centrale aussi stable que possible.

L'article du Mainichi sur le symposium montre une capture d'écran de la vidéo, qui semble être sous-titrée en anglais par l'organisateur du symposium (une librairie). Mais je n'ai pas accès à la vidéo, donc ce qui suit est ma traduction de la transcription du Mainichi. C'est très probablement différent de la traduction officielle par l'organisateur du symposium et les erreurs dans la traduction ci-dessous seront mes erreurs et non celles de l'organisateur.

Voici la partie 1 de la traduction. Les phrases sont découpées en paragraphes pour une lecture plus facile. Il n'y a pas de paragraphes dans le texte japonais original.

D'après le Mainichi Shinbun (11 août 2012) :


Dites-nous à quoi ça ressemblait à la centrale de Fukushima.

Le séisme et le tsunami de l'année dernière et l'accident de notre centrale nucléaire ont causé d'innombrables épreuves aux habitants de la préfecture de Fukushima. J'aimerai saisir cette occasion pour m'excuser du fond du cœur. La situation va probablement durer pendant un certain temps, mais nous faisons de notre mieux pour restaurer la centrale. Comprenez-le s'il vous plaît.

Je voulais venir en personne à ce symposium, mais j'ai été hospitalisé depuis la fin de l'année dernière (cancer de l'oesophage, NdT) et mes forces ne sont pas encore revenues. Je vous prie donc de m'excuser de vous parler par le biais d'une vidéo comme celle-ci. Tant que les commissions d'enquête sur l'accident ont fait leur travail, je ne pensais pas que j'aurai à parler aux médias sur la réelle situation de la centrale. Je pensais que ce serait une violation des règles d'expression avant la conclusion de la commission d'enquête. J'accueille donc avec plaisir la sympathique opportunité qui me permet de parler.

Certains disent que vous [ou TEPCO] envisagiez d'abandonner la centrale. Est-ce vrai ?

Je pourrai parler fort longtemps à ce sujet, mais au fond tout ce à quoi je pensais à ce moment-là était comment stabiliser la centrale. Dans une telle situation, quitter la scène de l'accident n'était pas envisageable. Pourtant la vie est extrêmement précieuse et les gens qui n'avaient rien à voir, ceux qui n'étaient pas directement impliqués dans l'accident devaient être évacués. Ceux qui étaient engagés dans le refroidissement des réacteurs, je ne pensais pas qu'ils pouvaient évacuer. Je n'ai jamais parlé d'abandonner au siège de TEPCO, et cela ne m'est jamais venu à l'esprit. Je suis sûr à 100 % de n'avoir jamais dit un mot concernant un abandon et c'est ce que j'ai donc dit à la commission d'enquête. J'ai été consterné plus tard en y repensant, mais le remue-ménage au sujet d'un ''abandon'' s'est passé entre le siège de TEPCO et le bureau du premier ministre, mais nous à la centrale n'en avons jamais parlé. Je suis tout à fait sûr de cela.

Étiez-vous prêt à mourir ?

Je ne sais pas si j'étais prêt, mais finalement si nous devions partir et arrêter l'injection d'eau, il y aurait eu bien plus de fuites de radiations. Donc les réacteurs 5 et 6, qui étaient à peu près stables seraient entrés en fusion, je veux dire le combustible aurait fondu une fois tout le monde parti. Si la centrale avait été livrée à elle-même il y aurait eu d'autres fuites radioactives. Nous avons fait ce qu'il fallait pour stabiliser Fukushima II (Daini), mais nous n'aurions pu y être [si Fukushima I avait été abandonnée et si d'autres fuites radioactives étaient intervenues]. Cela aurait été une catastrophe. En y repensant, il n'y avait aucun moyen possible de fuir.

Dans cette situation, avec la phénoménale dose de radioactivité, mes collègues sont allés sur la scène de l'accident un certain nombre de fois. Ce sont eux qui ont fait tout ce qu'ils pouvaient et tout ce que j'ai fait a été de les regarder faire. Je n'ai rien fait. J'apprécie vraiment et remercie tous mes collègues personnellement qui sont allés sur les lieux de l'accident. Mon boulot était de rester dans le bâtiment anti-sismique et je n'ai pu aller sur les lieux de l'accident. J'ai donné des ordres, et en entendant les ouvriers ensuite, j'ai compris que c'était une situation terriblement sérieuse. Mais [les gens qui étaient sous mes ordres] y sont allés sans hésitation. Il y en a beaucoup qui ont littéralement sauté sur les lieux de l'accident pour essayer de le contenir.

Dans un texte bouddhique que je lis depuis longtemps, il y a mention de personnages divins qui sortent du sol. C'est ce que j'ai ressenti dans l'enfer de la situation à la centrale. Les ouvriers allaient sur les lieux de l'accident puis remontaient ici (dans le bâtiment anti-sismique), ils étaient morts de fatigue, ne dormaient pas, ne mangeaient pas assez, atteignant la limite de leurs forces physiques. Puis ils repartaient et revenaient et repartaient à nouveau. Il y a eu de nombreux ouvriers à faire cela. Quand j'ai vu ces ouvriers, j'ai su que je devais faire tout ce que je pouvais pour eux. Je pense que nous avons pu ramener la centrale à son état actuel grâce à ces ouvriers.

Le mot précis utilisé par M. Yoshida pour ''personnage divin'' est Bodhisattva – quelqu'un qui fait vœu de sauver tous les êtres avant de devenir un bouddha.
C'est probablement la première fois que quelqu'un de chez TEPCO exprime des mots de louange et d'appréciation envers les ouvriers de la centrale d'une manière aussi personnelle que M. Yoshida. Selon les journaux locaux de Fukushima, les phrases de Yoshida ont été très appréciés des familles dont les membres ont travaillé ou travaillent toujours à la centrale.



Vient de tomber sur Kyodo News : plus de 80.000 commentaires du public sur la politique du gouvernement concernant la dépendance à l'énergie nucléaire d'ici 2030 
 
Ce n'est pour l'instant qu'un gros titre de Kyodo News.


C'est sans précédent au Japon. Je n'ai jamais vu un tel nombre de commentaires du public. Les gens ont totalement et sérieusement utilisé le système des commentaires publiques concernant les politiques du gouvernement et ont inondé le gouvernement de plus de 80.000 commentaires (lettres, fax, emails, messages, formulaires en ligne) pour exposer ce qu'ils pensent des 3 choix offerts par l'administration Noda sur une future dépendance à l'énergie nucléaire en 2030. La date limite pour soumettre les commentaires était à minuit le dimanche 12 août et le 11 août, il y en avait déjà 50.000.

L'intention du système de commentaires publiques est de servir au mieux une démocratie ''symbolique'' en sollicitant les commentaires des citoyens pour les politiques du gouvernement.

Les trois choix possibles pour la dépendance au nucléaire étaient soit 30 % (la même chose qu'avant Fukushima), 15 % ou 0 % d'électricité générée par les centrales nucléaires d'ici 2030. Il est bien clair que l'administration voulait orienter l'opinion vers un 15 %. Grosse erreur. Le sondage d'opinion indique que 0 % est le choix le plus populaire.

Toutes ces réunions symboliques (ou factices) dans les mairies de villes sélectionnées du Japon par le gouvernement (Goshi Hosono, en tant que ministre responsable de l'accident nucléaire, je pense) mais en réalité planifiées et gérées par l'une des plus grosses agences de relations publiques japonaises (Hakuhodo) pour la somme de 50.000.000 yens n'ont rien fait pour apaiser les internautes.

Les bureaucrates et experts du gouvernement liés étroitement au gouvernement ont dit dans le passé que pendant que le gouvernement peut n'accorder aucune attention aux manifestations de rues, il s'intéresse aux commentaires du public que la loi leur interdit d'ignorer. Nous verrons bien assez tôt la teneur des commentaires.



2 commentaires:

  1. En ce moment sur Culture (radio) "
    Les Grandes traversées / Pourquoi Fukushima " tous les matins de 9h à 12h de la semaine. (podcast possible) !

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  2. lasorciererouge14 août 2012 à 12:42

    http://www.wikistrike.com/article-des-papillons-mutants-decouverts-a-fukushima-109081527.html

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