28 mars 2012

Chroniques de l'insu-portable

Les por-tables de multiplication

Pour ne plus rien capter à l’école


Qui aurait pu penser - il y a encore quelques années - que l'objet le plus familier de notre monde moderne, le téléphone portable, creuserait si rapidement la tombe de l’école républicaine ?

Et pourtant l’école est aujourd’hui mise en coupe réglée par les opérateurs téléphoniques qui se répartissent les parts de marché ; leurs réseaux sont désormais partout, transperçant de toutes parts les enceintes de l’école. Dans la cour, sous les préaux, dans les couloirs, dans les poches, sous les pupitres les portables relient en toute discrétion les élèves d’aujourd’hui au reste du monde. Qu’ils aient dix-sept ans, quatorze ans, dix ans ou parfois moins, les élèves sont désormais tous - sauf quelques rares cas isolés - munis de cette arme de destruction massive pour l’école. On trouve même, dans les rayons de jouets, des téléphones portables en plastique pour enfants de douze mois.

L’invasion de l’école a été d’autant plus rapide qu’il n’y a pratiquement pas eu de grande bataille du portable, comme contre le port du voile par exemple.
Et pourtant le portable ne concerne pas quelques familles intégristes mais l’immense et banale majorité des élèves. Avec le recul on s’aperçoit que l’annexion des lycées, des collèges et mêmes des écoles primaires s’est faite en une petite dizaine d’années, pas plus. Aucune réelle résistance adulte ne lui a été opposé, si ce n’est pour d’éventuelles raisons médicales : mais la présence à l’école du téléphone portable en elle-même n’a jamais été réfléchie, discutée ou même remise en question.

Or non seulement rien ne peut justifier leur présence dans un établissement scolaire, mais cette présence mine de l’intérieur, dans une guerre sourde, le principe même de l’école.

Le téléphone portable est déjà le symbole consternant de notre société de consommation, dans laquelle les enfants entrent dès le plus jeune âge. Mais il est à l’école le symbole moderne de la capitulation en rase campagne de toute autorité adulte face à la toute-puissance de l'enfant. L’institution scolaire, engluée dans la protection des droits des enfants, les considère comme des adultes miniatures, des presque citoyens, à la vie privée desquels on ne peut attenter. L’autorité parentale, quant à elle, est engluée dans l’aumône désespérée de l’amour de ses propres enfants.

Comment céder en trois leçons

Si certains parents inconscients ne regardent pas à la dépense pour offrir à leur progéniture pourrie-gâtée le smartphone dernier cri, qui vaut - rappelons-le - plus qu’un demi-mois de salaire minimum, avec abonnement illimité et accessoires, d’autres parents, plus circonspects et scrupuleux, n’offrent des téléphones qu’aux anniversaires, ou encore à Noël, se donnant bonne conscience avec un forfait limité ou en recyclant de vieux modèles. Mais - et c’est tout ce qui compte - à des degrés divers tous les parents cèdent, ou presque.

Pour justifier leur permissivité et leur laxisme parental, auprès des autres ou même auprès d’eux-mêmes, les parents - car il n’est jamais agréable de se renvoyer à soi-même l’image d’un mauvais parent - usent généralement de trois arguments, que seul leur inconscient coupable peut trouver acceptables.

Le premier argument est celui de la sociabilité par mimétisme, seule garante du bonheur des enfants. Parce qu’il faut faire comme les autres et ne pas exclure son enfant, petit mouton souffreteux de la modernité. Tout comme acheter des vêtements ou des chaussures de sport de marque, ou bien la télévision, la console de jeux vidéos, l’ordinateur connecté dans la chambre d’enfant. Derrière l’argument de la socialisation, il y a celui de la « coolitude », avec les copains (« être cool », ce n’est précisément pas être, mais avoir, détenir, posséder quelque chose qui vous fait ressembler aux copains, si possible en mieux) et coolitude des parents eux-mêmes : un parent qui exclurait son enfant s’exclurait lui-même de la coolitude, ce qu’aucun parent ne peut accepter : un parent moderne doit être cool pour les copains de ses enfants et au moins aussi cools que les autres parents (car le mimétisme ne concerne pas que les enfants). Et puis, peut-être aussi parfois, une certaine vanité de la part de certains parents, heureux de revivre par procuration une jeunesse sans frustration : avec le téléphone portable, l’enfant devient adulte et l’adulte redevient enfant. Se superposant à l’argument de la sociabilité, celui de la modernité. C’est effectivement imparable : puisque le portable est la modernité, l’enfant ne peut s’en passer sans s’exclure de la modernité, de l’ouverture au monde d’aujourd’hui, de la vie. Et bien sûr, qui serait assez cruel ou stupide pour priver ses enfants de la modernité, quelle qu’elle soit ? Bref, c’est au nom de l’ouverture au monde et à la vie moderne qu’on permet finalement à des enfants de s’user les yeux sur des écrans de quatre pouces, en jouant à des jeux idiots ou en ayant une sociabilité détraquée.

Suite et source

Pour lire les démêlés d'un enseignant avec les téléphones portables de ses élèves :

"Le téléphone portable est mon pire cauchemar. Il donne lieu aux affrontements les plus violents entre élèves et enseignants, surtout quand on décide de confisquer l’objet du délit."

6 commentaires:

  1. Malgré les comedies, pleures, coups de colere (et Jean passe), je n'ai jamais cedé et ne cederai jamais! J'ai dit à ma plus grande, qui est pour l'instant la seule à me faire des scenes, que même si elle n'arrive pas (ou ne veut pas) à comprendre aujourd'hui, un jours elle me remercira... Je l'ai même prevenu que si un jours elle se demerdait à s'en faire offrir un en cachette par ses grand parents, je l'exploserai directe à coup de marteau devant ses yeux !!
    Vous avez vue comment je suis COOL comme parent?! :P
    Bon, en effet, c'est pas vraiment cool comme propos, mais quand on est pas doué pour la persuasion, on se demerde avec les armes que l'on à pour combattre ce systeme qui nous mine de tous les coté, même par l'intermediaire de nos enfants qui sont victime et kamikaze à la fois!!!

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    1. Pas "cool" certes mais pourtant si "juste"! et belle preuve d'amour vers ses enfants!
      Salue tes filles et ta femme pour moi

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  2. "Mais il est à l’école le symbole moderne de la capitulation en rase campagne de toute autorité adulte face à la toute-puissance de l'enfant. L’institution scolaire, engluée dans la protection des droits des enfants, les considère comme des adultes miniatures, des presque citoyens, à la vie privée desquels on ne peut attenter. L’autorité parentale, quant à elle, est engluée dans l’aumône désespérée de l’amour de ses propres enfants."
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    Il me semble que l'auteur exprime une incompréhension courante :

    -La "toute puissance de l'enfant"n'est que l'aspect le plus visible de la "toute puissance" de l'individu de nos sociétés.

    - A partir de là, il faut se demander d'où vient cette (pseudo, car le roi est nu) "toute puissance".

    - "Les ceux qui ont voix au chapitre" ont un coupable tout désigné et ils ne se privent pas de la fustiger : mai 68.

    - "mai 68" joue le rôle de bouc émissaire commode, pour éviter de s'interroger sur quelque chose de plus dérangeant, exactement comme après la seconde guerre mondiale, on a propagé l'idée d'une armée française en dessous de tout (bouc émissaire), pour éviter de regarder la responsabilité des nombreuses élites compromises pour "un nouvel ordre moral" (Travail, famille , patrie et la terre qui ne ment pas...).(De la magistrature, un seul avait refusé de prêter serment à Pétain !).

    - Ce que la pseudo permissivité mai 68 masque, c'est l'aliénation à la marchandise générée par nos dominants actuels. Il n'est qu'a lire un magazine féminin (c'est là où c'est le plus apparent), pour voir à longueur de page "envie de"..., "se faire plaisir"..., "s'offrir"..."on surfe sur"...
    Tous verbiages infantilisants où le monde est nécessairement sans limite ("envie d'une semaine en Turquie ?..."), car pour vendre il ne faut surtout pas de limite à ce qui doit placer l'individu dans un vertige consommateur ("fais chauffer la carte bleue !").

    C'est ce qui fait également que le monde marchand réussit, par exemple, à disqualifier l'idée de réchauffement climatique, limite intolérable mise à son expansion.

    Si vous voulez comprendre l'incohérence éventuelle du peuple, demandez-vous ce que ses dominants ont intérêt à lui faire ressentir.

    C'est pourquoi il est assez vain de pointer les instruments, bruyants masques des causes.

    Amicalement,

    Delphin, qui n'a pas fait mai 68 et qui n'est pas militariste pour deux sous (deux euros).

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  3. fais chauffer la carte bleue !
    ...Dans la chatte!

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    1. CARTON ROUGE !
      Mieux que la carte bleue pour ce genre de réaction d'ado de 13/14ans tout au plus !
      ...et CB veux dire Carte Bancaire ! non ?

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  4. Tu te trompe de blog, J'accuse....et meffi, la chatte a aussi des griffes ! warf !

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