25 octobre 2011

Le piège de Prométhée, partie 1, épisodes 9 et 10


Des hommes en tenue de protection, partie 1, épisodes 9 et 10


Dans les épisodes 9 et 10, les habitants de Namie-machi apprennent tous trop tard que les niveaux de radioactivité de leur région étaient extrêmement élevés (en centaines de microsieverts par heure) mais que les autorités (police, force d'auto-défense, etc.) ne leur ont rien dit parce que le gouvernement en a décidé ainsi.
Même si la série est écrite par un journaliste dans un journal important au Japon, peu de japonais sont au courant, car après le lancement du début, elle a été reléguée en troisième page de la version imprimée.
''Être relégué en 3ème page'' est symbolique du contexte de l'histoire des journaux japonais. Par tradition, surtout avant que les journaux augmentent le nombre de pages, les articles qui apparaissaient en ''troisième page'' d'un journal étaient considérés comme ''insignifiants'' – avec des articles ''signifiants'' ou ''importants'' qu'ils soient politiques (première page) ou économiques (deuxième page). La troisième page contenait ''d'autres'' articles – crimes, corruption, sexe, commérages et des articles où les éditeurs ne voulaient pas trop attirer l'attention du public. Le journal remplissait son rôle social de transmettre les nouvelles mais les nouvelles ''reléguées en troisième page'' n'attirent donc pas trop l'attention.
On m'a dit que c'est là que la série apparaît dans l'Asahi Shinbun.

================================


Des hommes en tenue de protection

Épisode 9
500 microsieverts de radioactivité

Voilà 55 ans que Yasuko Sanpei (77 ans) s'est marié et a quitté le voisinage d'Iitate-mura. Elle vivait dans le district d'Akogi de Namie-machi. Elle et Mizue Kanno étaient membres d'un cercle de chanteurs, un ''minyo'' [musique folklorique traditionnelle au Japon].
Yasuko vivait toute seule chez elle au bout d'une étroite route de montagne, jusqu'au début août.
Juste après le séisme, elle et sa fille aînée ainsi que son petit-fils allèrent dans l'appartement d'une seule chambre (plus salle à manger et cuisine) de sa petite-fille dans la préfecture de Kanagawa.
On pouvait cependant entendre le bruit des voisins de l'appartement d'à-côté et il fallait faire attention de ne pas déplaire aux gens autour de soi [dans une grande ville]. ''je ne peux me faire à vivre dans une ville à mon âge.'' Elle repartit à Akogi fin avril. Elle voulait aussi pouvoir s'occuper de son chien et de son chat.
À ce moment-là, il restait encore quelques familles dans le district. Puis une famille est partie, puis une autre et finalement plus une seule. Quand la police commença à contrôler le trafic à environ 30 km de la centrale, il n'y avait plus aucune voiture à traverser le district. Elle se sentit seule. Il n'y avait plus de courant. Peu importe la manière dont elle essaya de ne pas penser aux choses, ses mains tremblaient et elle ne pouvait plus manger beaucoup.
Elle partit en voiture pour se relaxer. Mais en revenant elle vit les maisons plongées dans l'obscurité. Si sa voiture tombait dans un ravin, personne ne viendrait à son secours. Elle prit peur à conduire.
Le dimanche, des hommes en tenue de travail avec ''ministère de l'éducation et de la science'' écrit au dos venaient pour mesurer la radioactivité. A chaque fois que leur voiture arrivait, Yasuko sortait et demandait ''combien aujourd'hui ?''
''15 microsieverts par heure'', répondait l'homme.

''Pouvez-vous mesurer ma maison ?''
Un autre dimanche, l'homme mesura autour de la maison. 10 microsieverts par heure à l'extérieur, 5,5 microsieverts par heure dans sa salle à manger. Cela dépassait de loin le niveau normal.
L'homme écrivit le chiffre sur un morceau de papier et le donna à Yasuko.
Un dimanche du début juin, l'homme lui dit à l'improviste.
''Il y avait plus de 100 microsieverts par heure ici, au début. Je ne pouvais pas vous le dire à ce moment-là. Je suis désolé.''
L'homme donna ensuite à Yasuko une carte avec les niveaux de radioactivité d'endroits différents pour information.
Yasuko resta pourtant à Akogi jusqu'au début août.
''Vous ne pouvez voir la radioactivité. D'un autre côté, je ne savais pas ce que les chiffres voulaient dire.''
Elle quitta Akogi début août après avoir été choisie pour un logement temporaire à Nihonmatsu.
Mais elle se rend chez elle en voiture, à 25 km de Nihonmatsu, tous les deux jours.
Pour nourrir son chien et son chat.

-----------------------------------

Épisode 10
Le policier à qui on a dit de se taire

Kasuyo Sekiba (52 ans) partit le 14 mars pour la maison de ses parents à Aizu Wakamatsu. Sa maison se trouvait à Minami Tsushima à Namie-machi, près de la maison de Mizue Kanno.
Mais comme il n'y ait aucune instruction formelle pour évacuer, elle revint chez elle le 2 avril. Plusieurs jours après, une jeep des forces d'auto-défense s'arrêta devant sa maison et un soldat descendit de la jeep. Il lui dit qu'il venait pour s'assurer que les habitants étaient en sécurité.
On avait rapporté qu'à ce moment-là le niveau de radioactivité de Namie-machi était élevé. Inquiète, elle demanda avec nervosité au soldat.
''Quel est le niveau de radioactivité par ici ?'' Le soldat avec un grand sourire lui répondit que tout allait bien.
''Nous sommes affublés d'un dosimètre. Nous connaissons le taux de radioactivité quotidien.'' Kazuyo fut soulagée. Elle arrêta de se confiner chez elle tout le temps et sortit dans le voisinage.
17 avril. Comme elle se trouvait sur le pont près de chez elle, un homme l'approcha. C'était Naomi Toyoda (55 ans), journaliste indépendant. Kazuyo lui demanda s'il pouvait mesurer la radioactivité de sa maison. Toyoda commença à mesurer à différents endroits chez elle.
Après avoir mesuré le niveau sous la gouttière de la porte d'entrée, la surprise figea Toyoda, et il cria ''Oh mon dieu !''
Kazuyo demanda à Toyoda qui hésitait. ''S'il vous plaît, dites-moi la vérité.''
''Si vous restez ici pendant deux heures, vous prendrez 1 millisievert'', lui répondit Toyoda.
Selon Toyoda, le niveau de radioactivité dépassait 500 microsieverts par heure. En restant là pendant deux heures, il ou elle recevrait plus d'1 millisievert ce qui était la limite d'exposition annuelle fixée par le gouvernement.
En entendant le vrai chiffre pour la première fois, Kazuyo comprit que c'était un un gros truc. Elle fit ses bagages à la hâte et s'enfuit de sa maison comme Toyoda lui disait au revoir.
Au bout de quelques jours, elle revint pour récupérer son chat. Une voiture de patrouille de police arriva.
''La radioactivité était élevée ici, n'est-ce pas ?'' Elle essaya de soutirer une information au policier qui paraissait avoir dans les trente ans.
''Oui, c'est exact. Mais nous ne pouvions pas vous le dire parce que le gouvernement nous l'a interdit.''
Répondit le policier.
Kazuyo fut choquée. Que lui avait donc raconté le soldat des forces d'auto-défense ?
''Aurait-il dit la même chose aux membres de sa propre famille ? Non. Il les aurait fait partir dès que possible. Mais nous, nous ne sommes que des étrangers, je pense.''
En juillet, on a eu la preuve que le gouvernement chinois camouflait l'accident du train à grande vitesse. Les médias japonais avaient sévèrement critiqué la réponse du gouvernement chinois. Kazuyo était en colère.
''C'est la même chose au Japon.''
(rapporté par Motoyuki Maeda)

====================================

C'est la même chose, ou pire au Japon, en faisant semblant d'avoir une soi-disant ''démocratie''.

1 commentaire:

  1. Comme Alain de Halleux le dit lui-même. A Kiev, on a caché aux gens les taux de radioactivité, parce qu'on ne pouvait les évacuer! Ce doit être pareil pour Tokyo aujourd'hui! http://videos.arte.tv/en/videos/_tchernobyl_forever_interview_d_alain_de_halleux_1_9-3837526.html

    RépondreSupprimer