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lundi 2 janvier 2017

De la Bastille à l'égyptomanie, complément d'enquête

Un complément d'enquête effectué par Valuebreak, suite à l'article de Miles Mathis sur la Révolution Française. Qu'est devenu au fil des âges le site où se trouvait la Bastille ? 



De la Bastille à l’égyptomanie

Par Valuebreak
18 décembre 2016

Dans la deuxième partie de l'article sur la Révolution Française révisée par Miles Mathis, nous avons vu son opinion sur la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.

Je vous propose de (re)découvrir ce qu’il est advenu d’icelle, entre cette date et le mois de juillet 1840, selon l’histoire officielle. J’en profiterai bien sûr pour soulever quelques bizarreries, impossibilités ou manipulations flagrantes (figurant en violet dans le texte).

Commençons par le démontage de la Bastille, en faisant au préalable un petit retour en arrière.

En 1782, un nommé Simon Henri Nicolas Linguet, au sortir d’un emprisonnement de 18 mois dans la forteresse, se réfugia en Angleterre, et écrivit dans son journal nommé Les Annales ses « Mémoires sur la Bastille » qu'il illustra au début de 1783 avec cette estampe qui anticipe la destruction de la Bastille tout en glorifiant Louis XVI.

Le « Soyez libre : Vivez » sous l'estampe est une citation de Voltaire dans sa tragédie Alzire, Voltaire dont la dépouille fut transférée au Panthéon le 11 juillet 1791. Ces mémoires sur la Bastille, un pamphlet contre le Roi, auront un succès considérable, ce qui suppose tout un réseau de distribution parfaitement au point. Les media mainstream de l’époque auront donc préparé pendant plusieurs années l’opinion à la future destruction d’un symbole royal.


La destruction réelle de la Bastille est censée débuter le soir même de la prise de la forteresse. Les émeutiers auraient jeté du haut des remparts du mobilier, des archives,(Beaumarchais, celui des noces de Figaro, ami du financier Duverney en même temps qu’espion du Roi, se précipitera le 15 pour en récupérer le plus possible !) et les premières pierres, ce qui n’a pas dû être une mince affaire, puisque la forteresse faisait 66 mètres de long pour 34 mètres de large et 24 mètres de hauteur au niveau des tours, et était entourée d’un fossé de 25 mètres de large par 8 mètres de profondeur, alimenté par les eaux de la Seine.


C’est Mirabeau, déjà mis en cause par M.Mathis, qui démontera lui-même les premières pierres, probablement pour forcer la main à l’assemblée qui hésitait à garder la Bastille, la transformer ou la détruire. Mirabeau et Beaumarchais aux premières loges, ça sent … la franc-maçonnerie, non ? Le chantier fut rapidement confié à un Pierre François Palloy qui l’acheva en grande partie dès fin novembre 1789.
 
Ce Palloy est donné comme un entrepreneur bourgeois, mais il a fait ses études au collège d’Harcourt, réservé aux membres de l’élite parisienne bourgeoise et nobiliaire tels que Boileau, Loménie de Brienne (déjà démasqué précédemment), Diderot, Montesquieu et Talleyrand. À l'emplacement exact de ce collège se dresse aujourd’hui le célèbre lycée St Louis. Palloy fut ensuite officier dans l’armée royale française, poste réservé aux nobles ; il ne fit que 2 mois de prison en pleine Terreur et reçut la décoration du Lys dès le début de la Restauration.


Ce curieux entrepreneur, bien que dirigeant plus de 400 hommes, aurait attendu plusieurs années pour être rétribué de son travail sur ce chantier, et aurait été obligé de monter des spectacles de théâtre (donc de la propagande) pour diminuer ses pertes, et de vendre ou distribuer des souvenirs de la Bastille tel celui-ci :




Le 10 août 1793 fut inaugurée sur le site, future place de la Bastille, une fontaine en forme de déesse Isis, intitulée Fontaine de la Régénération.

 
Notez la pierre au pied du socle, vestige supposé de la forteresse.

Cette statue était en plâtre, elle s’altéra donc rapidement et fut démolie peu après.

Pour ceux qui douteraient qu’Isis fût une déesse lunaire, voyez l’astre en plein milieu. De manière générale, les francs maçons la voyaient comme une déesse de la Nature nourricière, d’où les seins qui abreuvent et l’épi de blé …

Cette statue fut construite d’après des dessins de Jacques-Louis David, le peintre du couronnement de Napoléon, qui assura aussi l’organisation de la fête d’inauguration. Ce même David fut le professeur, puis le recruteur pour la Constituante, du graveur Dupré, dont nous voyons le nom sur le socle.

C’est le seul dessin de David à tendance égyptianisante, alors qu’il nous est familier comme le père du renouveau de l’antiquité gréco-latine en peinture. Avons-nous à cette époque, c'est-à-dire avant l’expédition de Bonaparte en Égypte en 1798 d’autres manifestations de style égyptien ? Il se trouve que oui. Voici une belle pyramide érigée pour la cérémonie funèbre des victimes du 10 août 1792.


Et ici, un plan du futur cimetière du père Lachaise, dessiné par Brongniart pendant la Révolution :

Nous avons ici aussi de la propagande en action. Dès 1774, à la fin de la guerre russo-turque, on s’était avisé en Europe de la faiblesse de la Sublime Porte, (nom français de la porte d'honneur monumentale du grand vizirat à Constantinople qui désigne par extension l'empire ottoman) dont la plus riche province était l’Égypte. En mai 1777, sur ordre de Louis XVI, le baron de Tott appareilla pour l’Égypte emmenant avec lui une équipe de savants, fit escale à Palerme, à Malte et en Crète avant d’aborder à Alexandrie et se rendre à Rosette, Le Caire et Suez. Oui, Suez. En 1777, l’idée du canal était déjà dans les esprits… 
 
Si vous reconnaissez le trajet exact de Napoléon 11 ans plus tard, c’est normal, le général n’a fait qu’appliquer les recommandations militaires de La Laune à la suite de la mission d’espionnage du baron Tott. 
 
En 1779, au retour du baron, l’idée était de conquérir l'Égypte, et de lâcher au profit des Anglais les colonies américaines qui coûtaient fort cher, en échange de leur neutralité sur mer. C’est pourquoi on commença à intéresser le peuple français à l’Égypte, et à diminuer le soutien militaire aux Amériques. C’est probablement aussi pourquoi les Anglais laissèrent tranquillement Napoléon ravager l’Italie, les transactions étaient encore en cours…


Le 2 décembre 1806, on inaugura la première pierre d’une nouvelle fontaine voulue par Napoléon, qui devait être ultérieurement surmontée d’une statue colossale en forme d’éléphant, visitable de l’intérieur. Là encore, ce projet était bien antérieur, puisqu’il remonte à 1758 :
 
La connexion avec l’Égypte est assez claire, là aussi, puisque, dans le songe de Poliphile, ouvrage de référence des francs maçons, d’ailleurs réédité en 1811, il est décrit à la fois un éléphant portant une tour mais aussi un éléphant surmonté d’un obélisque…
 
La référence à une pyramide est exposée dès la première page de titre :

On réalisa en 1813 une maquette grandeur nature de la bête, en plâtre sur armature bois et fer. Comme le projet fut abandonné en 1814 après Waterloo, cette maquette resta sur place pour être détruite en 1846. Sa décrépitude inspira Hugo qui en fit le refuge de Gavroche.

 
On garda le bassin de la fontaine, et on le surmonta de la Colonne de Juillet actuelle :
 
Et dernier clin d’œil, dans le caveau à la base de la colonne sont déposées non seulement les cendres des révolutionnaires de 1830 mais aussi… des momies égyptiennes déterrées en même temps que les insurgés de 1848 aux jardins de la Bibliothèque Nationale…


Références : 
Recherches sur Simon-Henri-Nicolas Linguet
https://en.wikipedia.org/wiki/Bastille
https://en.wikipedia.org/wiki/Pierre-Fran%C3%A7ois_Palloy
https://rha.revues.org/7622
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypnerotomachia_Poliphili
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonne_de_Juillet

1 commentaire:

  1. à Paris en 1889 se tint l'expo universelle célébrant le centenaire de la révolution française.En cette occasion, la Bastille fut reconstruite, ainsi que la rue du faubourg Saint Antoine pour ce qui devait être le clou de l'expo, avec prise d'assaut par les sans culotte tous les jours ... Mais c'est la tour Eiffel qui emporta l'enthousiasme populaire, et donc la (nouvelle) Bastille fut démontée deux ans plus tard ..
    deux leçons ici : fabriquer un faux monument historique est d'une facilité déconcertante au XIXè, le faire disparaître de la conscience collective ... aussi.

    http://parisis-code.skyrock.com/tags/lz5ysl0zfMl-EXPOSITION-UNIVERSELLE-1889.html

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