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mardi 6 décembre 2016

L'iceberg, ou ce que vous voyez n'est pas ce qu'il paraît

Vous avez forcément vu cette photo au hasard de vos navigations sur internet ou même comme pub dans des magazines.



Quel magnifique iceberg ! Qu'il est réaliste ! Mais si on l'observe avec un peu de bon sens, on doit se souvenir que plus on s'enfonce sous l'eau, moins il y a de lumière. Alors, que la base de l'iceberg soit aussi lumineuse est physiquement impossible.

Cette photo, qui date de 1997, illustre ce qu'on appelle en anglais un "fake", mot largement employé en français pour qualifier quelque chose de "faux", de "simulé", de "tromperie".

L'auteur de cette photo, Ralph Clevenger (son site), nous explique son histoire.


L'iceberg qui a le plus inspiré les gens n'est pas ce qu'il paraît

Le photographe professionnel qui a créé cette photo populaire nous en fait son analyse.

Par Zach St. George (magazine Nautilus)

Traduit par Hélios

Qu'ont en commun le scandale des Volkswagen et la crise européenne des migrants ? On parle d'eux comme "le sommet de l'iceberg". L'expression populaire reflète le fait que, aussi impressionnante que soit la portion visible de l'iceberg, la plus grande partie (environ 90 % habituellement) se trouve sous l'eau, reste cachée.

Depuis vingt ans, un photographe est devenu plus que n'importe qui d'autre un synonyme de ce cliché. Si vous cherchez sur Google images "iceberg" ou même "le sommet de", c'est cette photo qui va sortir en premier. Ralph Clevenger, ci-dessous, est l'homme qui a fait la photo.
Ralph Clevenger et sa photo à un million de dollars

Cette expression et la photo sont devenues une référence pour d'inspirantes affiches traduisant des concepts comme le succès, l'imagination et la condition humaine. La masse cachée de l'iceberg prend un air de mystère et on la compare à un potentiel en voie de réalisation, ce qui en fait une puissante métaphore – et une affaire lucrative.

Ce qui convient bien à Clevenger. Photographe professionnel depuis plus de trente ans, il a travaillé pour National Geographic, Outside, Audubon et d'autres magazines, mais il dit que c'est avec cette photo qu'il est toujours le plus connu. Quand elle est sortie, elle était en fait assez originale. Depuis sa maison de Santa Barbara en Californie, Clevenger s'est entretenu avec Nautilus sur les origines et la remarquable longévité de sa plus célèbre photo – ainsi que sur la manière dont elle a été "photoshopée".

Comment avez-vous capturé un iceberg d'aspect aussi majestueux ?

La photo se compose de quatre photos distinctes. Les nuages ont été photographiés ici à Santa Barbara. De même que la partie sous-marine. J'ai pris la photo de la partie émergée d'un iceberg en Alaska, au-dessus de l'eau. J'ai juste découpé une section de l'iceberg et l'ai ensuite retournée et placée sous l'eau. C'était vraiment ce bleu malgré tout. Nous n'avons pas retouché les couleurs ni quoi que ce soit d'autre. Les gars du numérique ont fait le montage. Craig Aurness, qui gérait le stock de photos de l'agence pour laquelle je travaillais, m'a dit de chercher à quoi ressemblait un vrai iceberg, de me renseigner sur les lois physiques concernant sa manière de flotter afin de le rendre réaliste. C'était le tout début de Photoshop. Nous avons créé ce qui était à l'époque un énorme fichier, huit mégapixels.

Comment cette photo d'iceberg s'est-elle aussi largement répandue ?

À l'époque où cette création a été achevée, Craig avait déjà trouvé un plan de marketing. Il faisait de la publicité dans des manuels de création graphique et il l'a envoyée directement aux annonceurs. Les ventes ont démarré aussitôt. Chrysler fut l'un des premiers, une pub sur une double-page dans une dizaine de magazines. Elle a servi à des milliers de clients pour différentes choses. Elle a tellement de significations différentes. 'Le sommet de l'iceberg' n'en est qu'une. 'Ce que vous voyez n'est pas ce que vous obtenez' en est une autre. On peut aussi l'utiliser pour parler de la glace. Elle a fait vendre des réfrigérateurs, des appareils de dégivrage. L'une des plus récentes utilisations était pour une publicité à la télé. Elle se vend toujours. On approche le million de dollars. J'en touche 40 pour cent. Ce qui m'a permis d'envoyer mes enfants à l'université.

Existe-t-il une méthode pour créer un stock de photos remarquables, comme celle de l'iceberg ?

L'une des choses qu'avait compris Craig Aurness, c'était que toute cette idée du stock de clichés est de créer des images qui pourront être utilisées par de nombreux clients différents de très diverses manières. C'est ainsi qu'on gagne de l'argent. Nous la considérons moins comme un cliché et davantage comme un concept. Il était vraiment fort pour les concepts. Il disait, "Je veux que tu travailles sur les chouettes, parce qu'elles incarnent la sagesse". Les aigles sont fiers, les lions sont royaux et les éléphants n'oublient jamais. C'était brillant.

Que pensez-vous de toutes les copies de votre iceberg en circulation ?

Un iceberg est un iceberg. On ne peut mettre de copyright sur un iceberg. Mais où je peux mettre un copyright c'est sur l'apparence de mon iceberg. J'ai été surpris que d'autres photographes et artistes n'aient pas créé leur propre version d'un iceberg. Ils auraient pu le faire. Mais tellement de gens, au lieu d'être assez créatifs pour imaginer une idée personnelle, n'ont fait que copier le mien. Ces dernières années, des gens ont enfin commencé à inventer leurs propres icebergs.

Quelles sont les anecdotes sur l'endurance du photographe de l'iceberg ?

Il y a eu une histoire qui a fait le tour d'internet affirmant que cette photo avait été prise par un ouvrier sur une plate-forme pétrolière en Mer du Nord. Il aurait vu l'iceberg et aurait sauté dans l'eau pour prendre la photo. Elle a été partagée et envoyée partout, on l'a vu sur des trucs comme les "10-histoires-de-photo-les-plus-étonnantes". Il est impossible de voir aussi loin sous l'eau. Ce que je trouve intéressant est la manière dont la photo a résonné chez les gens, et combien ils furent déçus quand ils ont entendu dire qu'elle n'était pas réelle. Ils veulent croire qu'elle l'est.

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J'ai cherché quelques utilisations de cette photo  :







Et la photo a même servi pour la campagne présidentielle américaine dans un article du 15 mars mettant en garde contre Trump !



1 commentaire:

  1. bjr.

    je ne serais pas surpris outre mesure que le succès de cette photo repose sur notre bon vieux fond judéo-chrétien, vous savez, la bête qui sommeille au plus profond de chacun de nous ... etc ...

    Encore une illustration (c'est le cas de le dire) de l'importance de notre cerveau ... profond ... et des pratiques universelles de tentative de manipulation d'icelui.

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