Bistro Bar Blog

lundi 19 octobre 2015

Le serment d'Hippocrate : un mythe

La médecine d'aujourd'hui repose, semble-t-il, sur de bien fragiles fondations. Son symbole, le caducée a été déformé et perverti. Elle se base depuis la fin du 19ème siècle sur les travaux d'un falsificateur, avec le mythe de la théorie des germes et des vaccinations. J'ai nommé bien sûr Pasteur, à classer dans la catégorie des personnages "nuisibles" de l'histoire.

Maintenant on apprend que le fameux serment que prononcent les médecins à la fin de leurs études n'a pas été écrit par Hippocrate, et qu'il n'est finalement pas non plus le père de la médecine. Ce serment a de plus été remanié de nombreuses fois au fil du temps. Si vous voulez  lire le serment actuel, tel que diffusé par le conseil de l'Ordre des Médecins, allez ICI.


Hippocrate n'a pas rédigé de serment. Pourquoi le reconnait-on alors comme le père de la médecine?


Hippocrate par Pierre Paul Rubens


Par Helen King, TheConversation

Traduit par Hélios

Hippocrate est considéré comme le père de la médecine, l'ennemi de la superstition, le pionnier de la rationalité et un puits de sagesse infinie. Des statues et des dessins le montrent le front plissé réfléchissant profondément à la manière de guérir ses patients.

 Hippocrate plongé dans de profondes réflexions (musée d'histoire naturelle d'Oxford)


Et on trouve aujourd'hui sur internet plein d'articles affirmant qu'en suivant le soi-disant régime hippocratique à base d'aliments biologiques crus ou qu'en vous concentrant sur l'un de ses supposés produit favori, comme le cresson d'eau, vous allez guérir.

Le traité le plus célèbre qu'on attribue depuis des siècles à Hippocrate est le "Serment" , traditionnellement prononcé [en occident tout du moins, note d'Hélios] par les médecins en jurant de respecter les principes d'éthique de leur profession. Et quelles injonctions présente-t-il ? S'ils respectent le Serment, les médecins doivent se garder de pratiquer les avortements et l'euthanasie. Ils ont interdiction de révéler les secrets de leurs patients. Ils ne doivent pas non plus avoir de relations sexuelles avec leurs patients – hommes ou femmes, libres ou esclaves.


Mais il faut bien le dire, le Serment d'Hippocrate n'a rien à voir avec Hippocrate. Pourquoi donc l'avoir rattaché à son nom ?


Le vrai Hippocrate

En réalité il n'y a pas que le Serment mais une soixantaine d'autres traités grecs anciens sur la médecine nommés "corpus hippocratique", qui sont des anonymes. Ils ont été écrits il y a de nombreux siècles dans divers dialectes grecs. Ils comportent aussi des idées très diverses sur le corps et les thérapies. Les spécialistes de l'époque classique s'accordent donc à dire aujourd'hui qu'ils n'ont pu tous être écrits par un seul homme.

Le philosophe Platon a transmis l'unique récit presque contemporain sur le vrai Hippocrate derrière les mythes. Hippocrate était suffisamment bien connu en tant que médecin dans l'ancien monde pour que son nom soit resté célèbre. Nous savons d'après Platon qu'Hippocrate était originaire de Kos, une île proche de la côte de l'actuelle Turquie et qu'il enseignait la médecine moyennant rétribution. C'était un "Asclépiade" – ce qui voulait dire que sa famille pouvait prétendre descendre du dieu de la médecine, Asclépios, c'était donc simplement un "guérisseur". Mais on ne sait pas vraiment quelles étaient ses croyances sur la manière de guérir.

Tout ce que vous lirez d'autre sur un Hippocrate historique est fabriqué. Il n'existe aucune archive datée de sa vie. Les références de Platon le situeraient aux environs de – 430, mais si vous lisez de quelconques dates précises de naissance et de mort, elles seront le fruit de l'imagination.


La fabrication d'une histoire

Hippocrate est un exemple extrême de notre désir bien humain de propager une histoire en lui attribuant un auteur. Différentes facettes des traités médicaux qui nous sont parvenus de la Grèce antique ont été repris et fusionnés pour lui créer une personnalité et plus tard une biographie complète. On lui a inventé un arbre généalogique et spéculé, sans aucune preuve, sur ses études et son caractère.
Nous imaginons ainsi Hippocrate comme une personne attentionnée tout simplement parce que d'anciens traités grecs parlent d'observer très soigneusement les patients. Parce que le traité sur le "Mal Sacré" parle des crises d'épilepsie comme ayant une origine non pas divine mais le fruit d'un déséquilibre des humeurs du corps, nous pensons à Hippocrate comme à quelqu'un qui rejetait tout ce qui se rapporte aux superstitions. Et parce que l'un des traités parle d'un serment, Hippocrate se voit doté de principes moraux élevés.


Que dit vraiment le Serment ?

La plupart des passages du Serment ne concerne pas du tout le traitement des malades. Il aborde plutôt la question des médecins qui enseignent gratuitement les fils de leurs confrères et qui s'occupent de leurs vieux maîtres. Pour tous ces médecins de l'antiquité mentionnés dans ce document, leur premier souci était leur identité en tant que groupe.

Même les célèbres lignes sur l'euthanasie et l'avortement sont bien moins directives que ce qu'on pourrait penser. Le serment ne contient en fait aucune condamnation de l'euthanasie selon notre acception moderne d'option prévue pour quelqu'un souffrant de maladie incurable. Le mot provient du grec et signifie "bonne mort" [Eu-Thanatos], mais pour un grec de l'antiquité une bonne mort était celle d'un jeune homme mourant sur le champ de bataille. Le Serment suggère en revanche une préoccupation bien plus grave, celle de garder le contrôle de drogues potentiellement fatales et de ne pas en donner à ceux qui peuvent en faire mauvais usage.

Quant à l'avortement, le Serment dit :"Je ne donnerai pas de pessaire abortif" [l'équivalent du diaphragme contraceptif]. La formulation emploie ici un mot des plus courants, le verbe "donner", il est donc difficile de savoir si le sens est simplement "distribuer" ou "mettre en place" techniquement parlant. Et elle laisse entrevoir la possibilité pour le médecin de prescrire une drogue abortive par voie orale. La vraie préoccupation peut-être ici dans le Serment est que le pessaire est un dispositif particulièrement puissant ou que, une fois encore, le médecin pourrait distribuer des drogues à des gens susceptibles d'en faire mauvais usage.

Et concernant la clause "pas de relations sexuelles avec des patients quel que soit leur sexe" : elle évoque la possibilité que le Serment n'était pas une pratique courante chez les médecins de l'antiquité, mais qu'il constituait un document très particulier prévu pour une situation ponctuelle inhabituelle. Des médecins avaient-ils peut-être contrevenu à cette clause et entraîné une perte de confiance des patients envers ceux qui prétendaient pouvoir les guérir.

Rassembler tous ces anciens documents grecs très différents et en attribuer la paternité à Hippocrate devint chose courante dans les quelques siècles après sa mort. Nous ressentons peut-être mieux le fait de voir un personnage, très humain, plutôt qu'un comité sans visage à l'origine de la médecine et de l'éthique médicale. Et pas juste une personne quelconque, mais une figure idéalisée, le médecin, parfait, plus savant et plus attentionné que tous les médecins actuels que nous avons l'occasion de rencontrer.

Tout au long de l'histoire de la médecine, le personnage d'Hippocrate a été fabriqué pour correspondre à l'idée que nous nous faisons du médecin idéal. Le serment a même été remanié pour s'adapter aux différentes sociétés. Mais ne serait-il pas temps de parler de médecine en arrêtant de révérer une figure nébuleuse du passé ?

2 commentaires:

  1. Hélas comme "presque" partout il y a des bons et des mauvais !
    jèai rencontré il y a quelques jours un ORL plein d'humanité ...il paraît que c'est rare je retournerai le voir avec plaisir ...! (Raf... à St Ma..)
    J'ai eu "besoin" d'un chirurgien il y a un an pour un brève intervention dermato je déconseille le service à tous ! (Paul à DIN..)
    Globalement les ms deux seins sont quand même les plus mauvais dans ce que disent les patients il serait temps qu’ils en prennent conscience ! MAIS ils sont devenus sourds car ils sont SPÉCIALISTES !
    6 à 12 mois pour avoir un RdV et une heure d'attente en salle d'attente, (ils ont eu des urgences toutes les fois ou je suis allé matin comme après midi ! bref une organisation déplorable !) ...ou un mépris total des patients ... qui patientent !

    RépondreSupprimer
  2. En bref, nous avons que des serments... d'hypocrites, partout ! Très facile à faire celle-là hé Korrigan ? je sais, je sais !!! Merci de la traduc, sujet intéressant.

    RépondreSupprimer

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.