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vendredi 17 juillet 2015

Restauration d'un tableau de maître, pas à pas (épisode 17 et fin)

Les deux derniers épisodes de cette longue saga artistique...



Épisode 17, 11 mai 2015 (LIEN)

Restauration du portrait Jabach : on y est presque !


Par Michael Gallagher



Traduit par Hélios


Deux manques horizontaux de peinture dans la draperie d'Anna Maria reçoivent tout d'abord une sous-couche (à gauche) et sont ensuite repris pour correspondre parfaitement, pendant la deuxième phase de retouchage (à droite)


La seconde et dernière phase de retouchage du portrait Jabach – qui est en cours de restauration depuis juillet 2014 – est virtuellement finie. Cette étape reprend les manques qui n'avaient reçu qu'une sous-couche pour les faire correspondre à l'original. Des zones où la couche de peinture avait également été abrasée dans le passé peut être corrigée.

Après un vernis final, le tableau sera photographié, encadré et ensuite installé dans la galerie. Ce n'est plus qu'une affaire d'une semaine ou deux avant que la famille Jabach ne soit exposée ici au public new-yorkais !

Le même processus un peu plus bas.
… et sur l'épaule du fidèle lévrier.
Sur la draperie blanche du bébé Heinrich, de petits manques et certains endroits où l'impact visuel de la craquelure a été exagéré par une abrasion ultérieure, sont soigneusement retouchés.




Épisode 18, 19 mai (LIEN)


Les Jabach sont en place !



Par Stephan Wolohojian, curateur, Département des peintures européennes

Les chariots élévateurs du musée qui ont accroché hier après-midi le portrait Jabach de 158 kilos dans la galerie 617


Enfin, après 10 mois de travail de restauration, le captivant portrait de Charles Le Brun, Everhard Jabach et sa famille, est maintenant visible dans une galerie.

La semaine dernière, Michael Gallagher a appliqué la couche finale de vernis sur la toile et c'est merveilleux de voir le rendu actuel du tableau. Maintenant que la surface est totalement saturée, je suis encore plus fasciné par la somptuosité des textiles, l'aspect tactile des objets et la vivacité des divers personnages ; ce n'est pas une tâche facile de transmettre la tendre chair d'un bébé, la lumineuse complexion de la jeunesse et les traits patinés d'un homme d'âge moyen de manière aussi réaliste. La gestion de la composition et l'exécution magistrale du tableau offrent un sens totalement nouveau sur la profondeur et la gamme des talents de Le Brun derrière ses pinceaux.

Une fois la restauration terminée, le tableau a été pris en photo et l'image originale de la peinture sur notre site web a été remplacée par la nouvelle. Le travail semble fantastique en ligne, les visiteurs peuvent agrandir la peinture [cliquez sur le tableau et utilisez la roulette de la souris pour agrandir] ou l'étudier avec les autres photos publiées [cliquez en dessous de la photo sur "Related Objects"].

Après restauration, le tableau a été photographié dans le studio de conservation des peintures


C'était alors le moment de voir le tableau dans son nouveau cadre. Si vous vous souvenez, comme la toile est maintenant retournée à ses dimensions d'origine, nous avons commissionné un encadreur parisien pour la fabrication d'un cadre approprié. Le cadre assemblé aurait été trop grand pour traverser l'Atlantique, il est donc arrivé sur notre quai de déchargement en quatre morceaux. Ce qui s'est révélé une chance. En fait, bien que le tableau passe tout juste par les diverses portes et corridors du musée, le cadre aurait été trop grand pour passer par la porte de la galerie elle-même. Avant d'en arriver là, malgré tout, les conservateurs avaient besoin de tester les dimensions du cadre dans le studio. La répétition n'aurait pu mieux se passer : les conservateurs étaient soulagés, non seulement parce que les cotes étaient bonnes, mais que le cadre achevé s'accordait si bien au tableau. Keith Christiansen et moi étions à Paris quand tout ceci s'est passé, nous nous sommes donc accordés un plaisir spécial en regardant le tableau encadré pour la première fois dans sa galerie.

Le nouveau cadre fabriqué pour le portrait Jabach, morceaux avant assemblage


L'installation hier du tableau dans la galerie s'est déroulée sans anicroche. Le début de journée s'est passé à apporter les éléments du cadre dans la galerie pour commencer l'assemblage. La taille impressionnante du tableau que nous allions installer est vite devenue apparente.

Les conservateurs Alan Miller et Cynthia Moyer en train d'assembler le cadre dans la galerie

Ce qui s'est révélé particulièrement évident quand le tableau est arrivé au deuxième étage pour la première fois. Il y avait un silence total, suivi d'un soupir collectif de soulagement quand le tableau est passé par la porte de la galerie.

Passage du tableau par un corridor pour accéder à la galerie

Finalement, toutes les mains, de plusieurs départements, ont été réquisitionnées pour accrocher le tableau de 158 kilos.

Depuis mon arrivée au musée il y a deux mois, j'ai beaucoup réfléchi à la manière de présenter le tableau. Ceux qui suivent le travail avec nos articles du blog peuvent bien imaginer les nombreuses possibilités. Serait-il mis en valeur si on le voyait en compagnie d'objets comme ceux qui figurent dessus ? Serait-il intéressant de l'apprécier en compagnie d'autres portraits de famille ? Ou peut-être avec des tableaux qui comportent des miroirs et des reflets ? Les possibilités semblaient infinies. Finalement, il m'est venu à l'esprit que cette œuvre remarquable, jalon incontesté de l'histoire de la peinture occidentale, avait été donné au musée pour devenir partie intégrante de sa collection permanente. La meilleure présentation était finalement de l'exposer dans la galerie consacrée à la peinture française du 17ème siècle et permettre aux visiteurs de l'apprécier pour sa valeur propre.

Le portrait récemment restauré suspendu dans la galerie 617 entre les portraits des contemporains de Le Brun, Philippe de Champaigne et Simon Vouet

Cela dit, nous avons la chance d'avoir deux portraits qui s'accordent particulièrement bien de chaque côté des Jabach. Le premier, de Philippe de Champaigne représente Jean-Baptiste Colbert, qui était le principal conseiller de la mère de Louis XIV pendant sa minorité et qui fut plus tard nommé ministre des finances du roi. Lui et Le Brun ont reçu la charge de l'Académie Royale en 1648 et ils fondèrent en 1666 l'Académie Française à Rome. La paire formait une alliance formidable : Colbert était un instrument de réforme des arts au service de la monarchie.

Le deuxième tableau est un portrait de Simon Vouet, avec lequel Le Brun a travaillé au début de sa carrière. Bien que Vouet soit mieux connu en tant que peintre de sujets religieux et allégoriques, il a réalisé aussi des portraits tout au long de sa vie. Certains d'entre eux (des pastels) représentent Louis XIII, qui demanda à l'artiste de lui apprendre à dessiner – voyez le dessin, récemment acquis par le musée, de Louis XIII par Vouet. Le portrait vu ici, provenant d'une collection privée, a été exécuté quand Vouet était un jeune artiste à Rome et il capture l'essence de son sujet sur le vif. Les relations entre Le Brun et son ancien professeur étaient tendues, ce qui entraîna son exclusion de l'Académie Royale dès sa création.

Il est tout aussi merveilleux de voir les Jabach près d'un tableau plus ancien de Le Brun, Le Sacrifice de Polyxena, acquis par le musée en 2013. Il n'existe aujourd'hui aucun autre musée, en dehors de la France, où il est possible d'examiner et d'étudier aussi bien l'artiste.

Il est difficile d'imaginer que le grand portrait de Le Brun n'ait pas été vu par un public amateur d'art depuis le 18ème siècle. Vous vous souvenez peut-être que le tableau était alors la principale attraction à Cologne, soulevant l'admiration de gens comme Goethe et Sir Joshua Reynolds. Il est bien dommage qu'Henry Hope [banquier et marchand d'art], qui emporta plus tard le tableau aux Pays-Bas, ne l'ait pas déjà acquis au moment où Thomas Jefferson [le principal auteur de la Déclaration d'Indépendance en 1776 et le troisième président des USA] lui rendit visite en 1788. Hélas, Jefferson l'a raté ; que cela ne soit pas votre cas !

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J'ajoute le gif montrant le tableau avant et après restauration, trouvé sur La Boîte Verte,


Et une vidéo résumant en 5 minutes les principales étapes. C'est Michael Gallagher qui commente.

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