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jeudi 21 mai 2015

La créativité qui vient de l'au-delà

La fin du 19ème siècle et le début du 20ème ont vu se développer le goût immodéré du "spiritisme", encouragé par les deux célèbres livres d'Allan Kardec (1804-1869), Le Livre des Esprits et Le Livre des Médiums. Michael Tymn s'est intéressé au thème de l'incorporation, qui permet à des "esprits" de l'au-delà de réaliser des œuvres par l'intermédiaire de personnes incarnées.
 
(Je tiens à préciser que pratiquer le spiritisme est tout à fait hasardeux et dangereux.)

Les illustrations de l'article viennent de recherches sur internet.



Incorporation


La créativité pourrait-elle venir du monde invisible ?



Traduit par Hélios


Pensant qu'il devenait fou, Frédéric L. Thompson, orfèvre à New York, alla consulter en janvier 1907 le Dr James Hyslop, spécialiste en psychopathologie, et lui expliqua qu'en milieu d'année 1905, il fut "soudainement et inexplicablement saisi d'une envie de dessiner et de peindre des tableaux", et qu'il avait continuellement "des hallucinations ou visions" d'arbres et de paysages. Il ne prêtait jusque-là aucun intérêt réel à l'art et n'en avait aucune expérience en dehors de la gravure que nécessitait son occupation. Il informa plus tard Hyslop qu'il avait parfois l'impression de s'appeler Robert Swain Gifford et il faisait la remarque à sa femme quand "Gifford voulait faire une esquisse".

Gifford était un peintre paysagiste accompli ; il mourut subitement le 13 janvier 1905. Thompson avait rencontré Gifford quelques années auparavant dans les marais de New Bedford (Massachusetts) alors qu'il était à la chasse et que Gifford était en train de peindre. Il se souvient avoir discuté une fois quelques minutes avec Gifford et l'avoir simplement vu en deux autres occasions. Il passa une fois le voir pour lui présenter des bijoux, mais il assura Hyslop que ses contacts avec Gifford s'arrêtaient là.


Robert S. Gifford

Vers la fin janvier 1906, Thompson, ignorant que Gifford était mort, tomba sur l'annonce d'une exposition des tableaux de Gifford à la galerie d'art de New York et il décida de s'y rendre. En regardant l'un des tableaux de l'exposition, Thompson entendit une voix dans son oreille lui disant, "Tu vois ce que j'ai fait. Te chargerais-tu de terminer mon œuvre ?" Thompson ne savait quoi en penser, mais une envie soudaine de dessiner et de peindre s'empara de lui ; et l'année suivante il créa plusieurs tableaux au mérite artistique et il put les vendre, s'abstenant de révéler son contact avec Gifford, seulement connu de sa femme. Un connaisseur d'art lui dit que son travail ressemblait à celui de Gifford, bien que Thompson n'ait nullement mentionné son influence.


Thompson était particulièrement hanté par la vision de chênes noueux, et il sentait qu'il devait trouver l'emplacement de cette scène et la peindre. C'est à ce moment-là qu'il contacta Hyslop pour recevoir de l'aide. Il fit une esquisse des chênes noueux pour Hyslop, soulignant que son besoin de trouver les arbres et de les peindre était envahissant et lui faisait perdre tout intérêt à son travail d'orfèvre. Hyslop ne découvrit aucune raison de penser que Thompson avait inventé toute cette histoire.

En dehors de l'étude de la psychopathologie, Hyslop, qui avait enseigné la philosophie, la logique et l'éthique à l'université de Columbia avant de créer l'Institut Américain pour la Recherche Scientifique, s'intéressait à la recherche psychique et il étudiait à l'époque la transe médiumnique. Malgré ses objections de départ, déclarant qu'il ne croyait pas au "spiritualisme", Thompson consentit finalement, sur la suggestion de Hyslop, à se prêter à des séances avec trois médiums différents. Avec Hyslop qui l'accompagnait et prenait des notes, les trois médiums découvrirent l'influence de Gifford et fournirent des informations probantes à divers degrés.

Hyslop s'assura que les médiums ne connaissaient rien de Thompson ou de la raison pour laquelle il venait en séance. Une vingtaine d'éléments d'information transitèrent par la médium Minnie Soule, y compris une référence aux goûts de Gifford pour les tapis et les couleurs chair, l'imperméable qu'il portait fréquemment, sa mort soudaine, son travail inachevé, l'état de son atelier, ses paysages brumeux et finalement le fameux groupe de chênes. Mais la médium ne pouvait donner le nom de l'endroit avec ces chênes. Thompson contacta alors la veuve de Gifford et il apprit que l'endroit favori de Gifford se trouvait sur l'une des îles Élisabeth [côte nord-ouest des US, note d'Hélios]. Lors de sa visite à Mme Gifford, il put voir l'atelier de Gifford et reçut un choc en voyant trois tableaux qui étaient presque les images en miroir de celles esquissées pendant ses "hallucinations", d'un homme avec un attelage de bœufs. 


Esquisse des "chênes noueux" réalisée par Thompson d'après sa vision

Dessin des chênes noueux réalisé sur place par Thompson


Thompson alla ensuite aux îles Élisabeth et trouva les chênes noueux sur l'île de Nashawena, un endroit où il n'était jamais allé. Il peignit immédiatement la scène. Il trouva aussi plusieurs autres scènes qu'il avait esquissées ou peintes. Pendant qu'il regardait l'une d'entre elles, il entendit une voix semblable à celle entendue à la galerie d'art qui lui disait, "Va voir de l'autre côté de l'arbre". Il y découvrit les initiales de Gifford gravées en 1902 dans l'écorce d'un pêcher. Deux mois plus tard, Hyslop se rendit avec Thompson sur l'île et il observa le paysage et les initiales, concluant que ces dernières étaient anciennes et érodés et qu'elles ne pouvaient donc avoir été récemment gravées par Thompson dans un but frauduleux.


Autre exemple : esquisse faite d'après une vision de Thompson

Tableau de Gifford, découvert ensuite par Thompson

Hyslop enquêta aussi sur l'étrange cas de Etta de Camp, une jeune secrétaire juridique qui prétendait recevoir des récits par écriture automatique d'un certain Frank R. Stockton, auteur de 23 livres pour adultes et enfants, mort en 1902 [d'une hémorragie cérébrale].


Frank R. Stockton


La jeune femme déclarait ne rien connaître de l'écriture automatique jusqu'à ce qu'elle lise un article de journal à ce sujet écrit par William Stead de Londres. Intriguée, elle décida de s'y essayer. Après s'être assise quelque temps avec un crayon à la main, elle sentit un "tressaillement" partant de son épaule jusqu'aux doigts comme si elle avait reçu une décharge électrique. "À ma grande stupéfaction, le crayon commença à bouger", se rappelle-t-elle. "Je le regardais, fascinée, car j'étais absolument certaine que ce n'était pas moi qui le faisait bouger. C'était comme si mon bras et ma main étaient devenus séparés de mon corps et qu'ils ne m'appartenaient plus".

Ce n'est qu'à sa troisième tentative qu'elle reçut autre chose que des cercles, des volutes et des mots indéchiffrables. Une semaine ou deux plus tard, elle recevait plusieurs messages de son père qui était mort 12 ans plus tôt. Les messages étaient pour sa mère et contenaient beaucoup d'informations qu'Etta ne connaissait pas. Sa mère les confirma cependant comme étant des faits réels. Etta disait qu'elle n'avait aucune idée du mot qu'elle allait écrire avant de le voir couché sur la feuille.

Le 23 mars 1909, elle écrivit, "Je m'appelle Frank R. Stockton. Je souhaite voir écrits plusieurs récits. Je suis heureux de pouvoir écrire à travers vous. Il y en a une que je souhaite écrire appelée Ce que j'ai fait de ma vie. Nous allons commencer avec celle-là". Lors d'une séance suivante, Stockton écrivit qu'il cherchait depuis des années la personne convenable pour continuer ses histoires. "J'ai beaucoup de chance de vous avoir trouvée, chère madame, car vous êtes sensible à ma vibration, et je peux donc vous atteindre facilement", l'informa-t-il. "Nous sommes en accord parfait, et, ensemble, nous ferons du bon travail et nous enseignerons le vieux monde de ce qu'on peut faire même après avoir quitté cette terre".

Stockton continua à dicter (ou à écrire lui-même avec la main d'Etta) sa première nouvelle. Dans des séances ultérieures, il dictera six autres récits, tous rassemblés dans un livre publié en 1913, intitulé Le retour de Frank R. Stockton.

"Ces récits ne sont pas les vôtres, ils n'appartiennent pas non plus à quiconque vivant sur votre plan", expliqua Stockton à Etta. "Ils sont à moi et je ne consentirai jamais à ce qu'ils soient vendus sous un autre nom". Il demanda aussi que 10 % des recettes provenant de la vente des livres soit versée à sa succession.

Henry Alden, l'éditeur du Harper's Monthly, informa Hyslop de ce cas étrange et lui dit que les récits étaient assez proches de ceux de Stockton. John Meader, qui avait étudié les écrits de Stockton, déclara que ceux produits par Etta de Camp étaient "très caractéristiques" de l'écriture de Stockton de son vivant.

Comme avec Thompson, Hyslop arrangea une séance anonyme pour Etta avec la médium Minnie Soule. Stockton communiqua, il fournit la preuve de son identité et confirma qu'il était à l'origine des récits d'Etta, ajoutant toutefois que le subconscient de cette dernière déformait parfois les récits sans que cela ne porte à conséquence.

Il est possible que certains enfants prodiges soient le résultat de cette influence spirite, ou "incorporation", comme plusieurs chercheurs l'ont nommé. Le Dr Charles Richet, professeur de médecine et de physiologie à l'université de Paris et prix Nobel de médecine en 1913, a décrit l'étrange cas de Pépito Arriola, qui fut présenté à l'âge de 3 ans et 3 mois au Congrès de Physiologie de Paris. Richet déclara que le garçon était un pianiste virtuose. "Il composait des marches militaires ou funéraires, des valses, des habaneras [genre musical latino-américain], des menuets et il jouait une vingtaine de morceaux difficiles de mémoire", écrivait Richet. "Une centaine de membres du Congrès l'écoutèrent et l'applaudirent".

Pépito Arriola (1896-1954) au clavier


On remarqua que les mains de Pépito ne pouvaient s'étendre qu'à cinq notes maximum, il couvrait pourtant des octaves entiers. Des spectateurs ont dit que ses mains semblaient augmenter de taille pendant qu'il jouait et une clairvoyante, Rosalie Thompson, déclara qu'elle voyait l'enfant se dissoudre et se transformer en un homme pendant qu'il était au piano.

La mère de Pépito disait qu'elle n'avait pas appris le piano à son fils. Elle prit conscience pour la première fois du talent du garçonnet quand il n'avait que deux ans et demi. Elle entendit jouer une de ses partitions personnelle difficile, entra dans la pièce et trouva son fils au piano.

Pépito, plus âgé


Comme la mère de Pépito et d'autres membres de la famille étaient des musiciens accomplis, l'explication de la psychologie dominante était que la capacité de Pépito était purement héréditaire, mais des scientifiques et chercheurs, comme Hyslop et Richet, montrèrent assez de courage pour envisager des explications qui ne tombaient pas dans le paradigme matérialiste et en firent des compte-rendus.

Une autre curieuse histoire est celle de Jesse F. Shepard, un médium musical qui joua du piano en Grande-Bretagne, en Australie, en France, en Russie, en Allemagne, aux USA et dans d'autres pays, souvent devant la royauté. Il chantait également et on disait que sa voix emplissait les cathédrales. Il pratiquait cependant dans l'obscurité la plupart du temps et toujours en état de transe. On pouvait parfois voir le piano jouer sans que les mains de Shepard ne soient posées dessus. Dans l'état normal (en dehors de la transe), il ne savait ni jouer ni chanter, et on pensait donc que c'étaient des esprits qui l'incorporaient et exécutaient la musique à travers lui.


Jesse F Shepard


Parlant de la représentation du 3 septembre 1893, le prince Adam Wisniewski déclara que le second morceau joué par Shepard ce soir-là était une rhapsodie pour quatre mains de Liszt. "Malgré cette technique extraordinairement complexe, l'harmonie était admirable, et toutes les personnes présentes n'avaient rien connu de semblable, même quand c'était interprété en personne par Liszt, que j'ai connu personnellement, et chez qui la passion et la délicatesse étaient à l'unisson. Dans l'audience se trouvaient des musiciens qui, comme moi, avaient entendu les plus grands pianistes d'Europe, mais nous pouvons dire que nous n'avions jamais entendu d'exécution aussi réellement surnaturelle".

À propos de la voix de Shepard, le Pr Bernardin Rahn disait qu'elle était tout à fait unique. "Il est impossible de l'imiter", ajoutait-il. "L'étendue de sa voix est incomparable. On entend d'abord une basse de grande profondeur, une pleine expression. Puis il y est répondu par un soprano, qui atteint les plus grandes hauteurs avec des notes claires et vibrantes. Elles se poursuivent par un étonnant staccato."

Selon le Pr Kiddle de New York, Shepard n'était pas seulement un musicien en transe doué, il tenait aussi des discours en langue anglaise, française, allemande, latine, grecque, chaldéenne et arabe, traitant de sujets scientifiques, philosophiques et sociaux. Il écrivit aussi deux volumes d'entretiens. L'auteur belge renommé, Maurice Maeterlinck, prix Nobel de littérature en 1911, disait qu'il ne connaissait rien de plus admirable ou de plus profond que cette littérature.

Le cas probablement le plus connu d'incorporation musicale est celui de Rosemary Brown, une veuve, femme au foyer, de Londres, qui dès 1964, aurait reçu des compositions envoyées par les esprits de plusieurs grands compositeurs, dont Beethoven, Liszt, Mozart, Chopin, Bach et Debussy. Bien qu'elle ait pris quelques leçons de piano, elle n'avait pas de réel talent et n'était pas familière des techniques de solfège. Médium depuis son enfance, Rosemary reçut un message de Liszt par écriture automatique dans lequel il disait qu'un groupe de compositeurs du monde des esprits se servirait d'elle pour dicter de nouvelles compositions au moyen de l'écriture automatique. "Vous avez une formation suffisante pour ce que nous souhaitons", lui dit Liszt. "Même si vous aviez reçu une parfaite éducation musicale, cela ne nous aurait été d'aucune aide". Il expliqua plus tard qu'une expérience musicale complète de sa part aurait été un obstacle pour eux car elle aurait eu trop de théories et d'idées personnelles qu'ils auraient eu du mal à surmonter.

Rosemary Brown


Rosemary se mit à produire de nombreuses œuvres musicales, qui dépassaient toutes ses capacités de départ. Elle continua avec des interprétations à la télévision britannique et américaine. Les critiques musicaux étaient divisés pour décider si sa musique ressemblait ou approchait celle des anciens maîtres. "Je ne doute pas de sa médiumnité", disait le compositeur Richard Rodney Bennett. "Elle m'a dit des choses à mon sujet qu'elle n'aurait pu connaître. J'avais des soucis avec une partition musicale et elle m'a transmis les recommandations de Debussy – qui ont fonctionné... Beaucoup de gens peuvent improviser mais il est impossible d'imiter de la musique sans des années d’entraînement. Je n'aurais pu imiter du Beethoven moi-même".

Hephzibah Menuhin, pianiste renommée, était impressionnée aussi. "La musique est absolument dans le style de ces compositeurs" a-t-elle dit.

Chopin aurait apparemment incorporé d'autres médiums avant Rosemary Brown. Communiquant directement par la voix avec le médium Leslie Flint en 1956, Chopin mentionna avoir pris conscience durant sa vie terrestre d'êtres qui lui donnaient inspiration et assistance pendant qu'il composait. En fait, c'est la raison qu'il donna pour les nombreux efforts faits pour contacter ceux sur Terre. C'est à dire qu'il était reconnaissant pour l'aide reçue et il voulait transmettre toute l'aide possible aux autres.

Beaucoup de ceux qui croient à une influence spirite ou à l'incorporation les voient comme venant d'esprits à différents niveaux – certains de bas niveau ou "cramponnés à la terre" qui influencent de manière négative, d'autres plus évolués ou avancés qui offrent des influences positives. C'est réalisé, croit-on de plus, par un esprit qui utilise l'aura (ou champ énergétique) de la personne. Bien sûr, la psychologie et le journalisme actuels, qui souscrivent tous deux à des explications matérialistes, ne veulent pas entendre parler d'idées aussi "ridicules" et ainsi toute incorporation se produisant de nos jours, activité terroriste destructrice à un extrême ou hautement créatrice à l'autre, a toutes les chances d'être non reconnue et non signalée.

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