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vendredi 5 décembre 2014

Une journée dans la vie d'Oscar le chat


Oscar a aujourd'hui 9 ans. Il en avait deux quand un médecin (le Dr David Dosa) du très sérieux New England Journal of Medicine, a écrit ce récit.



L'esprit rationaliste a bien sûr cherché à expliquer scientifiquement les capacités d'Oscar en disant qu'il capte dans l'odeur et l'haleine des mourants une substance particulière, celle de corps cétoniques. D'accord. Mais pourquoi ce chat reste-t-il jusqu'au bout au chevet des mourants ? Et pourquoi, quand la famille le met à la porte, il proteste en miaulant tout en attendant derrière la porte ? Aucun des autres chats de l'établissement ne se comporte comme Oscar. Et on sait bien qu'on ne forcera jamais un chat à faire quelque chose s'il ne l'a pas décidé lui-même. Et on sait aussi qu'ils sont médiums...


Une journée dans la vie d'Oscar le chat



Traduction par Hélios

Oscar se réveille de sa sieste, ouvre un œil pour examiner son royaume. Perché sur le bureau des dossiers médicaux à l'accueil, le chat regarde les deux ailes de l'unité de soins spécialisés pour personnes atteintes de démence [Alzheimer, Parkinson, etc. la plupart en fin de vie, NdT]. Tout est calme sur les fronts ouest et est. Lentement, il se lève et étire voluptueusement son corps, le train arrière d'abord puis les pattes avant. Il s'assied et réfléchit où il va bientôt aller.





Une résidente approche au loin. C'est Mme P., qui vit au 3ème étage de l'unité depuis trois ans. Elle ne reconnaît plus sa famille depuis longtemps, qui vient pourtant presque tous les jours lui rendre visite. La tenue un peu débraillée après avoir mangé son repas, dont la moitié macule maintenant son chemisier, Mme P. part faire sa promenade sans but vers nulle part. Elle avance vers Oscar, poussant son déambulateur en marmonnant sans s'occuper de ce qui l'entoure. Perturbé, Oscar l'observe attentivement, et comme elle s'approche de lui, émet un léger crachement, un avertissement de style serpent à sonnette pour dire "laisse-moi tranquille". Elle le dépasse sans un regard et continue sa marche dans le couloir. Oscar est soulagé. Ce n'est pas encore le moment pour Mme P. et il ne veut pas avoir affaire à elle.


Oscar saute du bureau, content de se retrouver à nouveau seul et maître de son domaine. Il passe un petit moment à boire l'eau de son bol et à grignoter quelques morceaux. Satisfait, il prend plaisir à s'étirer de nouveau et se met en route pour sa tournée. Oscar décide d'aller vers l'aile ouest d'abord, faisant un détour pour contourner M. S. affalé sur un canapé du couloir. Les lèvres légèrement en cul-de-poule, il ronfle paisiblement – peut-être dans l'heureuse inconscience de l'endroit où il vit maintenant. Oscar avance jusqu'au bout du couloir pour se retrouve devant la chambre 310. La porte est fermée, alors il s'assied et attend. Il a un important travail ici.

Vingt-cinq minutes plus tard, la porte s'ouvre finalement et en sort une aide-soignante qui porte du linge sale. "Hello, Oscar", dit-elle. "Tu veux entrer ?" Oscar la laisse passer puis entre dans la chambre, où se trouvent deux personnes. Allongée sur le lit et tournée vers le mur, Mme T. dort en position fœtale. Son corps est amaigri et délabré par un cancer qui lui ronge les organes. Elle a le teint un peu jaune et ne parle plus depuis plusieurs jours. Assise à côté d'elle il y a sa fille, qui lève les yeux de son roman pour saluer chaleureusement le visiteur. "Salut, Oscar. Comment vas-tu aujourd'hui ?"


Oscar ne jette pas un regard à la femme et saute sur le lit. Il examine Mme T. Elle est visiblement en phase terminale de maladie et sa respiration est laborieuse. L'examen d'Oscar est interrompu par une infirmière qui entre pour demander à la fille de Mme T si sa mère semble souffrir et a besoin d'un peu plus de morphine. La fille secoue négativement la tête et l'infirmière repart. Oscar retourne à son travail. Il renifle l'air, jette un dernier regard à Mme T, puis descend du lit et quitte rapidement la pièce. Ce n'est pas pour aujourd'hui.

Retournant dans le couloir, Oscar arrive à la chambre 313. La porte est ouverte, et il entre. Mme K. repose paisiblement dans son lit, sa respiration est régulière mais superficielle. Elle est entourée des photos de ses petits-enfants et sur une autre on la voit le jour de son mariage. Malgré tous ces souvenirs elle est seule. Oscar saute sur son lit et renifle l'air de nouveau. Il marque une pause pour considérer la situation et tourne deux fois autour de Mme K avant de se pelotonner contre elle.

Une heure passe. Oscar attend. Une infirmière entre dans la chambre pour vérifier l'état de sa patiente. Elle s'arrête en notant la présence d'Oscar. Préoccupée, elle quitte rapidement la chambre et retourne dans son bureau. Elle sort le dossier médical de Mme K. et commence à passer des appels téléphoniques.

Dans la demi-heure qui suit, la famille commence à arriver. On apporte des chaises dans la chambre où commence la veillée mortuaire des proches. Un prêtre est appelé pour donner les derniers sacrements. Oscar n'a toujours pas bougé, pas de ronrons ni de démonstration de familiarité à Mme K. Un des petit-fils demande à sa mère, "Qu'est-ce qu'il fait ici le chat ?" La mère, ravalant ses larmes, lui répond, "Il est là pour aider Grand-mère à aller au ciel". Trente minutes plus tard, Mme K. rend son dernier soupir. Après, Oscar s’assoit, regarde autour de lui, puis sort de la chambre si doucement que la famille en pleurs le remarque à peine.

En retournant à l'accueil, Oscar passe sous une plaque encadrée au mur. Dessus l'hospice reconnaissant a fait graver  : "Pour ses soins hospitaliers compatissants, cette plaque est dédiée à Oscar le chat". Oscar boit quelques gorgées d'eau et retourne sur son bureau pour s'y reposer longuement, roulé en boule. Le travail de sa journée est terminé. Il n'y aura pas d'autres décès aujourd'hui, ni dans la chambre 310 ni dans aucune autre chambre d'ailleurs. Après tout, personne ne meurt au troisième étage sans qu'Oscar ne soit passé par là et ait séjourné un moment.

Note : Depuis que les membres de l'équipe l'ont adopté [d'un refuge] quand il était chaton, Oscar le chat a montré un talent mystérieux à prédire la date de décès des résidents. Il a présidé jusqu'ici [en deux ans] au départ de plus de 25 résidents du troisième étage du centre de soins et de réhabilitation de Providence, Rhode Island [en 2010, il en était à une cinquantaine d'accompagnements]. Sa seule présence au chevet est considéré par l'équipe des médecins et des infirmières comme l'indicateur absolu d'une mort imminente, permettant à l'équipe de prévenir en temps voulu les familles. Oscar a aussi tenu compagnie à ceux qui seraient morts seuls autrement. Pour son travail, il est grandement respecté par l'équipe médicale et par les familles des résidents pour les services rendus.

Le Dr Dosa a depuis écrit un livre sur Oscar (paru en 2010) : "Faire des rondes avec Oscar, le don extraordinaire d'un chat ordinaire" et l'auteur et le sujet du livre ont eu les honneurs de la presse. Mais Oscar ne s'est pas trop prêté à ces démonstrations publiques, comme vous pourrez le voir sur la vidéo ci-dessous, en compagnie du Dr Dosa.






1 commentaire:

  1. http://wamiz.com/chats/conseil/comment-construire-un-abri-pour-les-chats-errants-5826.html?utm_source=newsletter+chats&utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter

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