Bistro Bar Blog

samedi 20 décembre 2014

Les animaux jouent aussi


Bien que le rire soit le propre de l'homme (même si je suis sûre que certains chiens savent au moins sourire), le jeu, lui, n'est pas l'apanage exclusif des humains : les animaux ont envie de jouer et d'innombrables vidéos nous le prouvent. 
S'amuser, comme rire chez les humains, doit faire sécréter des endorphines qui jouent un rôle anti-stress.



Les animaux aussi aiment bien s'amuser



Par Jane C. Hu

Traduction par Hélios


Perché au bord de la pente enneigée, le jeune laisse tomber une petite luge improvisée devant lui. Il se dépêche de sauter dessus et se laisse glisser sur la pente en luttant pour conserver son équilibre. Quand la luge s'arrête au bas de la pente, il la récupère et gravit la pente pour un deuxième tour. À plusieurs reprises on le voit descendre la pente en piqué.

Ce pourrait être la description d'un enfant qui s'amuse un jour de neige, mais c'est aussi celle d'une corneille qui fait de la luge, scène enregistrée par une caméra (voir la vidéo ci-dessous). Même en gardant en mémoire que le travers des humains est une tendance à anthropomorphiser les animaux, il est difficile de ne pas se rendre compte que la corneille est en train de jouer. Il n'est pas facile hors contexte de savoir ce que fait vraiment la corneille, mais elle accomplit deux choses que les scientifiques identifient comme un jeu : ses actions semblent volontaires, bien que sans utilité précise – elle n'en tire aucun bénéfice évident – et son action se répète plusieurs fois.



Comme le savent tous ceux qui ont passé accidentellement des heures à jouer à Candy Crush [un jeu en ligne], jouer est amusant, mais présente aussi des inconvénients. Cela demande du temps, un temps qui pourrait être consacré à quelque chose de productif, ou encore pire, qui peut même s'avérer dangereux : tous les ans des centaines de gens se blessent sérieusement dans des accidents de snowboard ou de ski.



Jouer est pourtant étonnamment courant dans le royaume animal. Les kangourous boxent pour s'amuser, les pieuvres jouent avec des jouets, les renards sautent sur des trampolines, les poissons sautent pour chasser. On a même mis en évidence que les guêpes jouaient à se battre.



Étant donné les inconvénients, le raisonnement des scientifiques est que le jeu doit être associé à un bénéfice ou à un but sur le plan de l'évolution. Une théorie est que le jeu prépare l'animal à être adulte. Chez les humains faire mine de jouer est une étape vitale de la croissance – elle aide à développer l'imagination et permet aux enfants de s'exercer à prendre le point de vue des autres. De même, il semble que jouer à se battre pourrait préparer les animaux aux conflits de l'âge adulte, ainsi la course et le saut aideraient à développer la force, l'endurance et la coordination pour aller chasser ou fuir les prédateurs.



Mais les scientifiques ont du mal à trouver des liens directs entre le jeu et la préparation de l'avenir. La zoologiste Lynda Sharpe s'est aventurée dans le désert du Kalahari pour étudier le comportement ludique des jeunes suricates. Sa théorie était que si le jeu affûte les compétences des suricates une fois adultes, les suricates qui jouent davantage à se battre gagneraient plus souvent des combats une fois adultes, mais elle a découvert que ce n'était pas le cas. Une autre étude avec des chatons disait la même chose : le jeu n'était pas relié au succès des compétences adultes, comme la chasse aux souris. Ce qu'ont découvert les scientifiques est que le jeu est parfois en relation avec des résultats généraux positifs à l'âge adulte ; par exemple, des rats qui jouent sont moins enclins à développer une maladie d'Alzheimer et les ours qui jouent étant petits ont de plus grandes chances de dépasser leur première année de vie. Mais comment le fait de jouer peut améliorer la santé est toujours un mystère. Il se pourrait même que se livrer à des jeux serait la conséquence d'une bonne santé plutôt que sa cause.



Si le jeu n'améliore pas les compétences ultérieures, il sert peut-être un autre but. Une autre théorie envisagée par les scientifiques est que le jeu aide à construire des liens sociaux ou à diminuer l’agressivité dans le groupe. Mais malgré cette explication intuitive, rares sont les recherches qui l'appuient. Les études de Sharpe sur les suricates concluaient que les suricates qui jouaient n'étaient pas moins agressifs et que les suricates qui jouaient entre eux n'étaient pas plus portés à se faire mutuellement la toilette, signe de lien social. Une étude avec des kangourous n'a pas mis non plus en évidence de relation entre le jeu et les liens sociaux. De plus, tous les jeux ne sont pas sociaux – de nombreux animaux, comme la corneille qui fait de la luge, jouent seuls.

Il y a ensuite la possibilité que le jeu puisse modérer le stress. Les humains ressentent le besoin de faire tomber la pression à la fin de la semaine et il semble que le proverbe "trop de travail abrutit" peut s'appliquer aux animaux aussi – des rats privés de jeu deviennent agressifs, par exemple. Se battre et jouer à se battre active le même circuit neuronal que les combats réels, jouer pourrait donc entraîner les animaux à gérer des situations stressantes. À l'inverse, quand les animaux vivent trop de stress, le jeu devient souvent un luxe. Un animal épuisé ou affamé doit concentrer toutes ses ressources pour survivre.

Dans une certaine mesure, les jeux des humains se font aux dépens de celui des animaux. Comme les êtres humains urbanisent les environnements naturels des animaux, ils s'approprient les territoires pour leurs propres besoins ; ce qui était le terrain de jeux des animaux est aujourd'hui le nôtre, rues et bâtiments. Les écureuils qui jouent sont tués par les voitures quand ils se pourchassent sur les routes et les kangourous se sont mis à organiser leurs matchs de boxe sur la voie publique des banlieues.



De nombreux animaux deviennent plus stressés dans des habitats perturbés, se retrouvant dans l'obligation de trouver un abri et de la nourriture, ce qui leur laisse moins de temps et d'énergie pour jouer.

D'un autre côté, en imposant de nouveaux défis aux animaux, l'urbanisation accroît aussi l'adaptabilité et la taille du cerveau chez les animaux des villes. La vie urbaine exige de l'ingéniosité et les animaux qui acquièrent de la débrouillardise dans leur environnement sont plus aptes à survivre. Si la créativité est signe de bien-être, alors notre amie la corneille à la luge s'en sortira très bien dans la grande ville.



2 commentaires:

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