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dimanche 2 février 2014

Ultraman : Interview du Dr Madarame (5/7)


Suite de l'interview de Haruki Madarame, l'épisode précédent est ICI.

Interview de Haruki Madarame par le Nikkei Shinbun (5/7) : pas l'impression que le président de TEPCO voulait évacuer les ouvriers de la centrale


La question de l'évacuation par TEPCO de l'évacuation de la centrale s'est posée dans la soirée du 14 mars 2011


"Je pense qu'il y a eu trois étapes de discussions concernant l'évacuation. Le ministre de l'économie Kaieda a appelé le directeur adjoint du Cabinet pour la gestion des crises, Tetsuro Ito, Masaya Yasui de la NISA et moi et il nous a dit que TEPCO envisageait une évacuation totale. Je leur ai dit que je n'y étais pas favorable. Ils pouvaient attendre dans le bâtiment anti-sismique. Une fois partis, ils ne pourraient pas revenir et tous les réacteurs et les piscines de refroidissement seraient en danger."

"Après quoi, tous les politiques se sont réunis. Ils ont réveillé ensuite le premier ministre et ont tenu un discours devant lui. La conclusion a été que nous ne permettrions pas l'évacuation et que nous allions appeler le président de TEPCO, Masataka Shimizu [à la résidence officielle du PM]."

"Je n'ai pas eu du tout l'impression que le président Shimizu tentait de répondre évasivement".

"Le président Shimizu est venu de lui-même dans le bureau du PM. Il a dit immédiatement qu'il ne pensait pas à une évacuation. J'ai pensé, 'Ce n'est pas ce qu'on m'a dit'. Je n'ai pas eu du tout l'impression que le président tentait d'éluder la question. Il a pu y avoir un malentendu. Mais il est possible qu'il pensait à un autre moyen quand lui, en tant que président, pensait que ses hommes pouvaient mourir."

Dr Madarame le 14 mars 2011 :
9h53 Réunion du quartier général pour les catastrophes nucléaires (il est resté ensuite dans une pièce du 5ème étage de la résidence officielle du PM et est allé dans la salle des plans quand on l'a appelé)
11h01 Il a vu l'explosion du réacteur 3 sur la TV de la salle des plans
11h40 A accompagné le secrétaire chef de cabinet à la conférence de presse
13h40 A expliqué aux personnes impliquées la requête de TEPCO [?] pour élever la dose limite pour les travailleurs de la centrale et les normes internationales
16h15 A parlé au téléphone avec le gestionnaire de la centrale Yoshida, lui a conseillé d'ouvrir la vanne de sécurité du réacteur 2 dès que possible
18h A conseillé au PM d'instituer des zones entre 20 et 30 km de rayon comme protection intérieure, a compilé les informations à fournir aux US
21h03 A accompagné le secrétaire chef de cabinet à la conférence de presse

Deux choses ici que je ne connaissais pas – que M. Kan dormait et que M. Shimizu est venu seul à la résidence du PM. Cette dernière chose est plutôt surprenante, car je me souviens de M . Shimizu à l'époque comme étant décrit inefficace, faible et timide, qui ne pouvait jamais affronter les hommes politiques – a fortiori l'irascible PM Kan.
M. Naoto Kan continue de s'attribuer le mérite d'avoir empêché TEPCO d'ordonner une évacuation.

La conclusion de la Commission Indépendante de la Diète de juin 2012 était différente. Elle a reconnu que TEPCO n'envisageait pas une évacuation complète de la centrale et que le bureau du PM n'a pas empêché TEPCO d'ordonner une évacuation.

TEPCO n'avait pas l'intention d'évacuer ; ils voulaient plutôt s'abriter des radiations extrêmement élevées après l'explosion du réacteur 3. Mais pour Messieurs Kan et Kaieda, qui n'avaient pas de formation juridique et n'avaient pas d'expérience en tant que bureaucrates de ministères, la distinction était trop subtile.

D'après mon article du 9 juin 2012 :
Aussi bien M. Kan et M. Kaieda ont dit qu'ils pensaient à un retrait ''total'', parce que M. Shimizu n'a pas utilisé le mot ''partiel''. Shimizu a dit qu'il avait été surpris que l'administration ait compris ses mots choisis avec soin ''abri temporaire'' – ''taihi'' comme '' retrait total'' – ''tettai''.

La conclusion de la commission de la Diète a été que c'était un cas de malentendu. Shimizu pensait dire à ces responsables qu'il voulait que ses ouvriers se réfugient temporairement dans un abri moins irradié tout en gardant un effectif de base à la centrale. M.M. Kan et Kaieda ont pensé que ''taihi'' et ''tettai'' étaient la même chose et ont décidé que Shimizu annonçait un retrait total de la centrale. L'erreur de M. Shimizu peut provenir de sa certitude de parler à des bureaucrates de haut rang avec lesquels il était en relation avant l'accident. Contrairement à de nombreux politiciens, ni M. Kan ni M. Kaieda n'ont eu de formation juridique (Kan était diplômé de physique appliquée, Kaieda de sciences politiques). M. Edano aurait compris parfaitement M. Shimizu, mais Edano dit qu'il n'a jamais parlé à M. Shimizu.

Les ouvriers de TEPCO et ceux de sociétés affiliées (Hitachi, Toshiba, Kandenki, etc.. et leurs sous-traitants) sont restés à la centrale alors que les niveaux de radiations étaient de plusieurs centaines de millisieverts/h et dépassaient à un endroit 1 sievert/h, avec seulement deux repas par jour et dormant sur le sol car le gouvernement refusait d'approvisionner les ouvriers en nourriture meilleure et autres provisions. Et le monde les a acclamé comme des héros, les ''50 de Fukushima''.

M. Edano, alors secrétaire en chef du cabinet, est un homme de loi.

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