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vendredi 17 janvier 2014

Wilhelm Reich, savant exclus (2/3)

Deuxième partie

(...)
APATRIDE

Malgré de telles expériences, Reich garda toute sa vie une honnêteté intellectuelle, peu en importaient les conséquences. Sans aucune erreur de sa part, une grande partie de sa vision d'une révolution sexuelle – en vue d'aider les gens à devenir matures – se perdit avec les événements de la société de l'époque. Il s'opposait à la pornographie, en insistant sur les éléments perverses et destructeurs pour les enfants.

Le biographe David Boadella disait que Reich souhaitait abattre les barrières en vue de la 
"ré-émergence d'une sexualité vraiment personnalisée qui pourrait approfondir et enrichir la vie des gens si pleinement que les 'trips' vers une élévation de conscience par des drogues deviendraient ...sans objet..."

En étudiant la relation entre la sexualité et l'angoisse, Reich le psychanalyste mit au point une théorie qui envisageait l'orgasme en termes d'un accroissement de tension électrique de surface suivi d'une diminution. Ce champ d'étude le conduisit à s'intéresser aux mouvements plasmatiques des animaux unicellulaires. Ces derniers suivaient aussi les rythmes d'avancée vers le monde et de retrait.

Au cours du dernier mois de cette année-là, le ministre danois de la justice refusa de renouveler le permis de séjour de Reich, en raison de psychiatres qui n'étaient pas d'accord avec les écrits non-orthodoxes de Reich. Il déménagea pour la Suède en traversant le détroit de Malmo et beaucoup de ses étudiants danois commencèrent à faire régulièrement la traversée pour le rejoindre. Mais deux psychiatres de Copenhague contactèrent leurs confrères suédois et les polices suédoise et danoise coopérèrent pour garder un œil sur Reich et ses étudiants. La police de la ville fouilla sa maison de Malmo sans mandat. Aucune charge ne fut déposée contre Reich ou ses étudiants, mais de nouveau son permis de séjour ne fut pas renouvelé. Sur le conseil d'un ami, Reich retourna au Danemark, en tant qu'immigrant illégal cette fois.

À cette époque ses visions non-orthodoxes furent adoptées par quelques psychanalystes mais ils n'avaient pas le courage de les présenter de manière franche comme lui. En 1934, le 13ème congrès international de psychanalyse expulsa Reich, l'homme que Sigmund Freud avait intitulé "le fondateur de la technique moderne de psychanalyse".

Au milieu et à la fin des années 30, Reich se réfugia en Norvège, après avoir accepté l'invitation d'un professeur qu'il avait connu à Oslo. En tant que psychanalyste, Reich continua à créer de nouvelles techniques de libération des émotions refoulées. On peut dire que Reich est à l'origine du Mouvement de Développement du Potentiel Humain [démarré à Esalen dans les années 60, en vue du développement de techniques de transformation personnelle] et des thérapies corporelles actuelles.



ORGANISMES BIO-ÉLECTRIQUES

C'est en Norvège qu'il découvrit ce qu'il appelait les "bions", forme microscopique de particules que les adeptes de Reich décrivent comme une forme transitionnelle entre un matériau non-vivant et des organismes vivants. La communauté scientifique ne voulut pas accepter ses articles sur la génération spontanée de la vie, pas plus que sa controverse disant que les études en recherche médicale faites sur des tissus morts, entraînent une compréhension limitée des organismes vivants.

Ses travaux précédents le conduisirent à une découverte. Son ami professeur avait rendu disponibles pour Reich des installations à l'institut de psychologie de l'université d'Oslo et Reich y était devenu assistant pour mesurer les charges électriques de la peau. Il voulait confirmer ses concepts sur la bio-électricité. À nouveau il faisait œuvre de pionnier.

Grâce aux gains de ses conférences, Reich acheta de quoi construire un nouveau dispositif sensible avec des électrodes et des tubes sous vide reliés à un oscillographe. Avant tout, Reich confirma sa théorie tensions-charges et celle qu'un organisme travaillait comme un système électrolytique et qu'il existe un champ bio-électrique continu d'excitation entre les centres nerveux du milieu du corps et la surface de la peau.

L'aspect holistique de son travail était important ; pour la première fois ainsi un scientifique montrait que l'organisme était un tout dans lequel une perturbation d'un élément l'affecte en totalité. Les expériences bio-électriques révélaient la présence d'une énergie bio-psychologique. Ses précédents travaux avaient indiqué que l'énergie s'accumulait puis se libérait dans le corps et maintenant ses instruments montraient que le plaisir engendrait un accroissement de charge mesurable et que le mécontentement faisait diminuer la charge bio-électrique.

Le chercheur prolifique était sur le point de maîtriser un autre domaine de la science. Il voulait étudier les processus d'expansion et de contraction et les charges bio-électriques correspondantes sur le protozoaire – forme primitive de vie. Les courants de force biologique fonctionnent-ils de la même manière chez toutes les créatures vivantes ?

DE LA VIE SOUS LE MICROSCOPE

Des amis loyaux aidèrent Reich à acheter un équipement pour faire de la microphotographie, de la stérilisation et la détection des charges électriques, et aussi embaucher des assistants. En 1936, photographier des protozoaires en accéléré était une idée neuve, mais cela n'a jamais arrêté Reich. Ses critiques ne comprenaient pas pourquoi il voulait des microscopes à fort grossissement, car il y avait un plafond au-dessus duquel le sujet devenait de plus en plus flou. Mais il voulait étudier les mouvements internes des protozoaires et non les petits détails de forme.

Une série de changements accidentels ou expérimentaux dans les procédures l'amenèrent à son étonnante découverte de formes pseudo-vivantes mobiles qu'on pouvait faire pousser à partir d'une variété de matériaux apparemment non-vivants placés dans des solutions qui faisaient grossir des particules microscopiques. De minuscules vésicules (petits sacs) bleu-vert créées artificiellement qu'il nomma des "bions" poussaient dans des préparations stérilisées de matériaux comme du charbon ou du sable. Sous fort grossissement on pouvait voir les vésicules onduler, pulser, pivoter et fusionner leurs mouvements. Par des expériences contrôlées il prouva que les bions ne pouvaient être apparus par une infestation de l'air.

Tout en observant les cultures de bions sous le microscope, ses yeux furent brûlés par un rayonnement non-nucléaire venant d'eux, qu'il découvrit plus tard dans l'atmosphère. Ce n'était pas un genre de rayonnement connu en physique. Il correspondait plutôt au concept hindou du prana ou au concept chinois du chi. C'est alors qu'il le nomma orgone – énergie de l'organisme.

C'est un rayonnement biologique et non électromagnétique, et un radiologue d'Oslo confirma qu'aucune radiation nucléaire standard n'était présente dans la culture de bions. Dans l'obscurité, les cultures émettaient une vague lueur gris-bleue.

Reich étudia aussi des tissus cancéreux sous fort grossissement et montra à un chercheur cancérologue en pointe des cellules cancéreuses qui se déplaçaient dans le tissu vivant. Le chercheur rapporta le tissu à son propre laboratoire, réalisa les procédures habituelles qui tuaient les cellules en les desséchant et en leur appliquant de la teinture, puis d'un air suffisant rapporta qu'il avait "contrôlé" l'expérience de Reich et découvert que les bions de Reich n'étaient "que des staphylocoques". Il n'avait manifestement pas suivi les procédures de Reich.

Reich poursuivit sur la voie qui mène aujourd'hui à la recherche sur la pathologie du cancer. D'éminents norvégiens démarrèrent une campagne médiatique contre ses travaux dans tous les domaines qui l'intéressaient et de nouveau des psychiatres influents pressèrent le gouvernement d'expulser Reich de leur pays – cette fois en changeant les règles de permis de séjour. Mais maintenant la fureur n'était rien en comparaison de son ancien intérêt au communisme ; il l'avait vu pour ce que c'était et il devint un véhément anti-communiste. En pleine étude intensive des bions, Reich dut emballer rapidement son équipement de laboratoire.

Sur le dernier bateau quittant la Norvège avant la seconde guerre mondiale, Reich émigra encore une fois vers un autre pays.

SIXIÈME NOUVEAU DÉPART

Après son arrivée aux États-Unis, Reich s'installa avec sa troisième femme dans une maison en location de Long Island à New York. Le sous-sol servait pour les expériences, la salle à manger était transformée en laboratoire et la chambre de bonne en pièce de préparation et de bureau pour les cultures de laboratoire. La psychothérapie se passait dans ce qui était avant une chambre à coucher supplémentaire. Reich gagna plus tard sa vie en faisant jusqu'en 1941 des conférences à la Nouvelle École de Recherche Sociale en tant que professeur associé de psychologie médicale.

Durant ces années la recherche de Reich se focalisa sur le cancer et sur les propriétés de rayonnement de ses bions. Pour s'assurer que ce n'était pas seulement ses propres perceptions, il mettait ses assistants dans le noir et leur faisait repérer les tubes à essai qui possédaient l'éclat bleuté des cultures radiantes des bions. Accidentellement un gant en caoutchouc lui avait fait découvrir que les matériaux organiques absorbaient le rayonnement.

Son expérience suivante fut de concevoir une enceinte métallique pour empêcher les fuites de rayonnement des cultures. Il doubla les boîtes expérimentales à l'extérieur avec des matériaux organiques – du coton ou de la laine. L'expérience était contrôlée avec une boîte métallique identique ne contenant pas de cultures de bions. À sa grande surprise, la boîte de contrôle (vide) s'illumina comme si c'était elle qui contenait les cultures radiantes. L'air de la boîte semblait occasionner le même type de rayonnement.

En partant de ses expériences avec observation visuelle de ces luminescences, il continua et découvrit que de la chaleur se concentrait dans la boîte. Il semblait que c'était de la chaleur et des picotements que les cultures de bions produisaient sur la peau...Puis il apprit que le métal attirait un rayonnement inhabituel et qu'il était ensuite réfléchi en étant absorbé par les matériaux organiques.

Il conçut ensuite un accumulateur avec une fenêtre en verre derrière laquelle on pouvait insérer un thermomètre. Un thermomètre identique placé à la même hauteur à l'extérieur de la boîte mesurait la température de la pièce. Reich découvrit que l'accumulateur était toujours à peu près d'un degré plus chaud que l'air environnant.

Cela voulait dire que la force de vie qu'il avait découvert auparavant dans les cultures de bions pouvait se condenser à partir de l'atmosphère par un accumulateur d'orgone. Dans sa formule en simple épaisseur, c'est une boîte en bois doublée d'une feuille métallique. Elle fonctionne comme un circuit à sens unique pour l'orgone, comme dans l'effet de serre où un rayonnement est autorisé à pénétrer mais se réfléchit à l'intérieur plus vite qu'il n'en sort et augmente sa concentration. Reich et ses associés apprirent qu'ils pouvaient s’asseoir dans la boîte, absorber une charge de force vitale plus importante qu'en étant assis au-dehors, et améliorer leur santé.

Parmi les expériences réalisées avec l'accumulateur, une série montrait qu'un électroscope (appareil pour détecter une charge électrique) se déchargeait plus lentement à l'intérieur. Ce qui ne pouvait s'expliquer par la théorie actuelle sur l'électricité atmosphérique. D'autres expériences montraient que la température corporelle de gens assis à l'intérieur de l'accumulateur augmentait anormalement. Des expériences de contrôle éliminaient toutes les explications standard sur cette augmentation de température.

Pour suivre ce que je faisais, disait-il, un scientifique devrait laisser tomber tout le bagage intellectuel qu'il a réuni sur la deuxième loi de la thermo-dynamique. Autrement,
"Il ne comprendra pas la différence de température ; il se sentira enclin à l'éliminer comme n'étant qu'une convection de chaleur ou ...ceci ou cela. Il passera à côté de sa signification en rapport avec l'orgone et l'atmosphère."

Ceux qui croient à l'hypothèse d'un espace vide ne comprendraient pas non plus que le vide puisse s'illuminer et que l'effet peut varier avec les changements de temps, disait Reich.

Dans l'accumulateur d'orgone, la chaleur n'est pas produite à partir de rien, disait Reich, mais l'orgone en mouvement dedans est stoppée par la paroi intérieure de l'accumulateur ou la paume de la main et elle s'exprime ensuite comme une chaleur.

Les expériences de Reich avec les bions se poursuivirent, dont une qui montrait une brume sur les plaques de rayons X provenant du rayonnement des bions.

Traduction par Hélios

À suivre...

5 commentaires:

  1. Vivement la troisième partie. et merci à toi Hélios pour tes traductions. Ceci dit , j'ai toujours été assez étonné de voir 3 brillants élèves de Freud le quitter et avoir des parcours passionnant. Jung étant le plus connu , Reich un peu moins sans oublier Ferenczi.

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    1. Il est normal que ces brillants élèves de Freud l'aient quitté après avoir capté le personnage réel derrière la façade.

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    2. Confirmation de ce que dit Hélios. Reich, Jung et Ferenczi étaient des humains, Freud était un robot : comme tous les petits, il se comportait avec condescendance dans ses relations avec ceux qu'il voulait faire passer pour ses élèves (quel meilleur moyen de dévaloriser une personne que de la faire passer pour son élève ? Qui d’autre qu’un médiocre pourrait faire passer d’autres Humains pour ses élèves ?), parce qu'il ne supportait pas sa propre médiocrité.

      Ferenczi était un être d'une finesse exceptionnelle. Freud ne comprenait même pas ce qu'il disait. Ainsi il évitait de savoir que Ferenczi était son maître.

      Ce qui est grave c'est de voir l'inégalité de développement des Humains humainement brillants : entre leur richesse intérieure et leur capacité de discernement de la médiocrité extérieure qui pompe leur énergie tout en les faisant passer pour des inférieurs, il y a parfois un gros décalage de niveau.
      C'est que les Humains quand ils naissent ne voient que l'Esprit chez les autres. Il leur faut parfois toute une vie pour apercevoir l'épaisse couche de compromissions qui recouvre l'Esprit de la personne qu’ils regardent.

      Reich a même travaillé pour la CIA. Effectivement tout ça rappelle aussi le destin de Tesla. On ne peut pas offrir des moyens de rendre libre la vie des Humains sur cette planète à des gens qui sont payés très cher pour la saboter. Tesla s'échinait à convaincre Morgan que ses inventions allaient changer la vie des Humains, et Morgan travaillait à l'exact contraire.
      Il est plausible que Tesla n'ait pas compris la nature réelle de Morgan.

      Beaucoup d'entre nous meurent avant d'avoir compris qui les a fait mourir. C'est ce que j'appelle le crime parfait.

      Brigitte

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  2. nadia bougoslavsky19 janvier 2014 à 12:01

    Bravo pour votre analyse Brigitte je reste muette

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  3. Et bien moi aussi, brillantissimement bien vu Brigitte!!.....

    Colibri

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