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vendredi 17 janvier 2014

Ultraman : interview du Dr Madarame (4/7)


Interview de Haruki Madarame (4/7) : Le pire cas serait "une fusion traversante sous haute pression ("high-pressure melt through"), les politiques pensaient que la recriticité était une explosion nucléaire



"C'était un dialogue de sourds et nous ne le savions même pas"

– Qu'avez-vous pensé quand l'explosion s'est produite dans le réacteur 1 l'après-midi du 12 mars 2011 ?

"Je pensais que c'était une explosion d'hydrogène dès que j'ai vu l'image. Je n'ai pas un souvenir clair, mais selon ce que Kenichi Shimomura, qui était conseiller de cabinet à l'époque, a écrit, j'ai calmement expliqué que "l'hydrogène a fui dans le bâtiment, et comme il y a de l'hydrogène (sic) [probablement "de l'oxygène"] dans le bâtiment, une explosion s'est produite". Je pense que c'est probablement exact."

"Dès l'explosion, le PM a arrêté de me faire confiance. Il m'a demandé s'il y avait d'autres experts à la Commission de Sureté Nucléaire. J'ai répondu que le président en exercice, Yutaka Kukita, s'y connaissait aussi. Il m'a dit de "l'appeler et de venir immédiatement ici". J'ai donc fait venir M. Kukita et je suis retourné à mon bureau."

– Au moment de l'explosion du réacteur 1, on discutait de l'injection d'eau de mer dans les réacteurs.

"En discutant de l'injection d'eau de mer, il n'aurait pas été bizarre que le PM me demande s'il y avait une possibilité de recriticité et j'aurais répondu qu'il y en avait une. Je n'ai aucun souvenir qu'on me l'ait demandé."

"Même avant l'explosion, le ministre de l'économie Banri Kaieda présidait une réunion dans la salle de réception du PM (au 5ème étage de la résidence), et nous parlions des problèmes potentiels d'une injection d'eau de mer. J'ai insisté sur le fait que d'injecter de l'eau de mer pour refroidir le cœur du réacteur était la priorité absolue, même si ce n'était pas une solution à long terme à cause du problème du dépôt de sel et de la corrosion. Je ne pense pas que le PM allait ordonner l'arrêt de l'injection d'eau de mer. Le problème de l'arrêt de l'injection se présenta, comme cela a été souligné dans la commission d'enquête sur l'accident de la Diète, avec la décision arbitraire de Ichiro Takekuro de chez TEPCO. Il n'y eut aucun arrêt, grâce au responsable de la centrale, Masao Yoshida".

"J'ai réalisé plus tard en lisant les livres d'hommes politiques comme M. Tetsuro Fukuyama, que tout le monde avait pensé que recriticité voulait dire explosion nucléaire. D'après des accidents déjà survenus, il est évident que même si une criticité se produit, c'est différent d'une explosion nucléaire. Mais c'était un dialogue de sourds et nous ne le savions même pas".

– Vous êtes rentré tard cette nuit-là, mais la résidence du PM vous a rappelé bientôt.

"J'ai à peine dormi. Mais le 13 mars j'ai commencé à avoir plus de temps [ou "la paix de l'esprit"]. La discussion avec le Dr Kukita était particulièrement intéressante et nous sommes tombés d'accord sur le fait que la possibilité la plus effrayante à ce moment-là était le phénomène appelé "fusion traversante sous haute-pression" ("high-pressure melt through" = HMT). Une HMT se produit quand le combustible en fusion fait fondre la fine paroi de la cuve sous pression et qu'il s'éjecte à travers en raison de la différence de pression entre la cuve et l'enceinte de confinement. Il est possible que le combustible en fusion puisse percer la paroi de l'enceinte de confinement."

"Après l'explosion d'hydrogène du réacteur 3 le 14 mars, j'ai conseillé d'ouvrir rapidement la soupape de décharge du réacteur 2. Je craignais qu'un HMT se produise dans le réacteur 2, j'ai donc pensé qu'il serait prudent d'égaliser la pression dans la cuve et l'enceinte de confinement. Le responsable de la centrale Yoshida insistait pour s'occuper d'abord du dégazage. Si la soupape de décharge est ouverte, l'eau dans la cuve se transforme en vapeur et s'écoule dans l'enceinte de confinement, en laissant le combustible s'échauffer en l'absence d'eau. On ne peut donc ouvrir la soupape sans préparer une injection d'eau. C'est une décision difficile".

– En ce sens, cela a été une chance que le combustible en fusion soit tombé au fond du réacteur.

"On pourrait dire ça".
Il est intéressant de noter que, selon l'emploi du temps du Dr Madarame du 13 mars 2011, il discutait avec un autre expert en nucléaire (Kukita) du pire cas de HMT, où le cœur en fusion (corium) s'éjecterait de la cuve à grande vitesse, perçant potentiellement l'enceinte de confinement, tout en racontant aux politiques un scénario plus "bénin" de réaction coeur-béton.
Si un HMT s'était produit dans le réacteur 2, comme le craignaient le Dr Madarame et le Dr Kukita, il y aurait eu une évacuation immédiate de la centrale. Le pire scénario que Kan a dit avoir reçu (mais en décidant de s’asseoir dessus pendant des mois et en niant l'existence du rapport) aurait pu se réaliser.

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