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lundi 13 janvier 2014

Ultraman : interview Dr Madarame (1et 2/7)

Merci à Ultraman de toutes ces traductions. C'est semble-t-il une exclusivité, aucun autre média n'a fait écho à cet article du Nikkei Shinbun. Je poste ici les 2 premières parties. La suite demain.



Interview de Haruki Madarame par le Nikkei Shinbun (1/7) : la centrale de Fukushima n'était pas vraiment le thème de la réunion du 11 mars 2011 malgré les coupures de courant et la panne du refroidissement d'urgence du cœur


Le Dr Haruki Madarame était le président de l'ex-Commission de Sécurité Nucléaire à l'époque du début de l'accident nucléaire, le 11 mars 2011. Il devint instantanément tristement célèbre au Japon en se faisant injurier quand on rapporta qu'il avait rassuré le premier ministre de l'époque, Naoto Kan, en allant à la centrale le matin du 12 mars, qu'il n'y aurait pas d'explosion. Quelques heures plus tard, le bâtiment du réacteur 1 explosait.

Le Nikkei Shinbun a interviewé récemment le Dr Madarame, qui s'est montré aussi franc qu'il l'avait été dans le passé en parlant de son rôle les premiers jours de l'accident nucléaire, admettant volontiers ses erreurs.(Dans son témoignage à la Commission de la Diète qui enquêtait en février 2012 sur l'accident, le Dr Madarame disait qu'il ne se souvenait plus de la première semaine de l'accident, car il était trop fatigué par manque de sommeil).

L'article du Nikkei donne beaucoup d'informations mais il est aussi très long, il sera donc publié en 7 chapitres.

Dans le premier chapitre ci-dessous, le Dr Madarame donne une image de l'administration Kan et de lui-même comme ne sachant pas ce qui se passait et ne sachant pas quoi faire.



Comme c'est habituellement le cas dans les médias japonais, aucun autre média n'a parlé de l'article du Nikkei.

D'après le Nikkei Shinbun (10 janvier 2014) :
Témoignage du Dr Madarame, trois ans après l'accident : "Le scénario du pire était possible à Fukushima"

Le Dr Haruki Madarame (professeur émérite à l'université de Tokyo) était président de la Commission de Sécurité Nucléaire à l'époque de l'accident de la centrale de Fukushima après le grand séisme de l'est du Japon le 11 mars 2011. Il était en position de donner un avis technique au gouvernement national, mais il fut plus tard critiqué pour ne pas avoir été capable de donner un avis approprié. Il est resté à l'arrière-plan depuis sa démission de président pendant l'été 2012, mais le Nikkei Shinbun a parlé avec lui récemment.

Dans notre interview, le Dr Madarame a révélé qu'il avait à un moment supposé le scénario du pire où le combustible fondu se serait éjecté de la cuve de confinement. Il a également souligné que les contremesures actuelles pour la catastrophe nucléaire ne reflètent pas pleinement les leçons tirées de l'accident. Nous pensons que le témoignage et l'analyse du Dr Madarame, qui fut proche du premier ministre et l'a conseillé pour la gestion de l'accident, pourraient être utiles pour réfléchir sur la future politique nucléaire. Il s'est ouvert à contre-coeur en évoquant les premiers jours de l'accident et parfois en se mettant sur la défensive.

"Je n'étais pas sûr de ce qui se passait dans la salle".

- Où étiez-vous quand s'est produit le grand séisme de l'est du Japon ?
"À 14h46 (le 11 mars 2011), je me trouvais dans le bureau de la Commission de Sécurité Nucléaire (à Tokyo). Une heure plus tard, est arrivée la note de l'article 10 (perte de courant à la centrale) concernant les mesures spéciales d'urgence nucléaire. Puis la note de l'article 15 (panne du système de refroidissement d'urgence). Une réponse à une urgence nucléaire aurait dû maintenant être fixée par le quartier général, mais il n'y avait aucun message [venant de la résidence officielle du premier ministre]. J'ai donc pensé que je devrais y aller et attendre".

"La note de l'article 15 disait que c'était une précaution, car il était impossible d'injecter de l'eau dans le réacteur et le niveau de l'eau dans le réacteur ne pouvait être mesuré. Donc je me suis dit [à tort] que le courant de secours (batteries) était toujours disponible et que le niveau d'eau ne pourrait être mesuré parce que la jauge était cassée. Les batteries devaient durer au moins 8 heures, probablement une demi-journée facilement, j'ai donc pensé que nous avions juste besoin de garder le courant de secours en sécurisant les véhicules d'approvisionnement en courant.

"Aux environs de 19h, une réunion du QG de réponse à une urgence nucléaire était organisée. Mais autant que je me souvienne, le sujet de la réunion était principalement sur la gestion du séisme et du tsunami et on n'a pas beaucoup parlé de la centrale. Je n'ai pas eu l'occasion de parler [on ne m'a pas demandé mon opinion]."

"Je suis retourné à mon bureau après la réunion, mais ensuite la résidence officielle du premier ministre m'a rappelé et à environ 21h je suis allé pour la première fois dans la petite salle de conférence dans la mezzanine près du centre de gestion des crises dans le sous-sol de la résidence du premier ministre. Les hommes politiques qui s'y trouvaient étaient très ennuyés et ils m'ont demandé ce qui allait se passer ensuite. Des gens de la NISA, dont le directeur Eiji Hiraoka, étaient là, mais aucun d'eux ne semblait pouvoir répondre aux questions".

Le Dr Madarame le 11 mars 2011 :

14h46 Séisme (il se trouvait dans le bureau de la Commission de Sécurité Nucléaire)
15h42 Note de l'article 10 (perte du courant des réacteurs 1 à 5)
16h : réunion d'urgence et mise en place d'un conseil technique. Il déclare que son organisation prendrait les mesures selon le cas.
16H45 Note de l'article 15 (perte du refroidissement dans les réacteurs 1 et 2, mais pas mention d'une perte du courant d'urgence)
17h40 Est allé à la résidence officielle du premier ministre. A approuvé l'approvisionnement en véhicules fournisseurs de courant
19h03 Réunion au QG d'urgence nucléaire (pas d'occasion de parler, est retourné à son bureau autour de 20h)
21 h Retourné à la résidence premier ministre. Avisé sur l'évacuation dans un rayon de 3 km autour de la centrale et sur l'injection d'eau et le dégazage pour empêcher des dégâts du cœur

Donc on n'a pas demandé son opinion au Dr Madarame, et il ne s'est pas engagé.
Il a fallu deux heures et 18 minutes après la note de l'article 15 pour mettre en place l'urgence nucléaire et quand ce fut fait, ils n'ont même pas parlé d'urgence nucléaire.
Banri Kaieda, qui était ministre de l'économie à l'époque, a dit en mai 2012 que le PM Naoto Kan ne pouvait décider s'il fallait déclarer une urgence nucléaire sans connaître les bases juridiques en détail. Et il n'y avait personne qui pouvait faire revenir Kan sur sa décision.

Malheur au Japon pour avoir les mauvaises personnes au très mauvais moment.

L'accident de Fukushima était-il évitable ? Le Dr Madarame pense que oui.


Interview d'Haruki Madarame (2/7) : "Je ne savais pas ce qui se passait dans la salle, je ne pouvais demander de l'aide, car mon téléphone portable ne fonctionnait pas dans le sous-sol"


"Je supposais que le système de refroidissement près de l'océan avait été endommagé par le tsunami ; il n'y avait aucun endroit pour larguer la chaleur (générée dans le cœur du réacteur). Pour enlever la chaleur, le seul moyen était de verser de l'eau sur le cœur du réacteur, et de libérer la chaleur dans l'air sous la forme de vapeur d'eau. J'ai donc suggéré de faire un dégazage pour sécuriser l'espace et évacuer la chaleur. À ce moment-là, je ne pensais pas que le cœur du réacteur commençait à fondre".

"Concernant l'évacuation des habitants des zones environnantes, on suppose que c'est moi qui suggérait une évacuation dans un rayon de 3 km. Ma mémoire à ce sujet est floue, mais je savais que la zone de précaution était d'un rayon entre 3 et 5 km. Si on m'a donc demandé si c'était correct pour un rayon de 3 km, j'ai dû répondre que oui et selon la norme internationale les résidents devaient être évacués par précaution. J'ai dû aussi entendre dire à ce moment-là que la préfecture de Fukushima avait déjà instruit les habitants d'évacuer dans un rayon de 2 km."

"Rétrospectivement, je ne savais pas ce qui se passait dans la salle. En cas d'accident nucléaire, le centre de réponse d'urgence (CRU) de la NISA devenait le centre de commande. J'ai supposé que le CRU faisait son travail et j'étais à la résidence officielle du PM à expliquer des choses aux hommes politiques. Mais je répondais de mémoire à un flot de questions, sans aucun matériel de référence, pas même un plan de la centrale. Les commissaires [de la Commission de Sécurité Nucléaire]ont commencé à se retrouver dans le bureau le soir du 11 mars, mais je ne pouvais passer d'appel téléphonique depuis le centre de gestion des crises dans le sous-sol de la résidence du PM pour demander de l'aide.


Dr Madarame le 12 mars 2011

0h55 La pression s'élève dans la cuve de confinement du réacteur 1 ; les véhicules d'approvisionnement en courant sont arrivés, mais le courant n'est pas revenu ; Madarame soupçonnait un dégât au panneau de contrôle du courant
3h00 confirmé opération de refroidissement du cœur du réacteur 2, décidé que c'était le réacteur 1 qui était en danger
5h00 a demandé à accompagner le PM pour une inspection sur site
5h44 instruction d'évacuation pour des zones de 10 km de rayon
6h14 quitte en hélicoptère la résidence du PM avec Kan, explique l'explosion d'hydrogène à Kan pendant le vol
7h11 arrivée à la centrale, apprend que le dégazage a été fait
8h04 quitte la centrale
10h47 retour à la résidence du PM et rentre à pied au bureau de la CSN
12h08 réunion au QG de réponse nucléaire d'urgence (on a demandé à 11h35 à Madarame d'y assister)
13h rencontre avec les membres élus de la Diète Nationale de Fukushima
15h18 nouvelles du dégazage réussi du réacteur 1, discussion sur les problèmes d'injection d'eau de mer dans les réacteurs
15h50 nouvelles d'une fumée blanche qui s'élève du réacteur 1
Son téléphone portable ne fonctionnait pas dans le sous-sol...Je ne sais pas s'il est arrivé au Dr Madarame de sortir pour passer un coup de fil. Essaie-t-il de dire qu'il n'y avait pas de téléphone filaire disponible au centre de gestion des crises ?

La NISA faisait vraiment son travail ce jour-là au CRU. Ils avaient fait leur propre simulation informatique sur l'étendue des matériaux radioactifs et dessiné le plan d'évacuation qui était basé sur cette simulation. Ce n'était pas les remarquables cercles concentriques qu'avaient imaginé d'eux-mêmes Edano et Kan.

Mais qu'a fait la NISA ? Ou plutôt, qu'a fait le directeur de la NISA, qui se trouvait à la résidence du PM et était en droit de dire à l'irascible PM que son organisation tenait mieux les rênes de la situation et avait mis sur pied en fait un plan d'évacuation ? Le directeur Terasaka s'est fait hurler et houspillé par Kan et il est rentré chez lui, en ne remettant jamais les pieds à la résidence du PM tout le temps de la crise initiale.

Le directeur de la NISA, après que son patron ait quitté le bâtiment devait se débrouiller avec le PM Kan, ce qu'il fit apparemment très mal. Il était major en sciences mais en ingénierie électrique.

Dr Madarame dans un livre publié en décembre 2012 :


Après avoir reçu la note de l'article 15 (panne refroidissement réacteurs), je me suis dirigé vers la résidence du PM aux environs de 17h40 (le 11 mars). Quand je suis arrivé, j'ai été conduit auprès du bureau du PM au 5ème étage.

"J'ai besoin d'aide, s'il vous plaît".

Eiji Hiraoka, directeur adjoint de la NISA a plaidé avec moi. Je me demandais, que se passe-t-il ? Pour commencer ça aurait dû être le directeur général de la NISA à se trouver là. Mais il était invisible.

J'ai entendu dire plus tard qu'il ne pouvait répondre aux questions de Kan concernant la centrale. Il s'est fait "engueuler" et a quitté le bâtiment. Je ne me souviens pas avoir jamais revu cet homme à la résidence du PM.

C'est un fonctionnaire officiel au ministère de l'économie. Il s'est spécialisé dans l'économie au collège. Il peut connaître l'économie, mais quand on en arrive à l'énergie nucléaire il se range parmi les amateurs. Mais pour une raison quelconque il était directeur général de la NISA qui devrait posséder une connaissance intime de technologie nucléaire. Comme le directeur général ne pouvait répondre, c'est le directeur adjoint Hiraoka qui a été "cuisiné" par Kan. Hiraoka est officiellement technicien mais sa spécialité au collège était l'ingénierie électrique et il ne connaissait pas grand-chose en énergie nucléaire.

Était-ce un manque de chance pour le Japon ? La destinée de Kan ? Dans un moment pareil, une personne qualifiée ne se trouvait pas en situation appropriée. Pleurer après une aide du directeur adjoint Hiraoka pouvait se comprendre dans ce contexte.
Ou quelqu'un qui pouvait hurler plus fort que Kan en lui disant de "la fermer".

3 commentaires:

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    1. Chantage nucléaire ?
      Jim Stone 12 janvier 2014



      Ah, jetez un oeil à ca. Comme il s'averait, Magna BSP a probablement installé Stuxnet dans tous les réacteurs nucleair du Japon. Et si ce n'est PAS le cas, laissez-moi poser la question suivante : Comment un pays libre comme le Japon, avec de nombreux fournisseurs d'énergie différentes, NON SEULEMENT TEPCO, se retrouve avec une entreprise, une société israélienne, qui assure la sécurité de tous les réacteurs nucléaires au Japon ? Il y a quelque chose que j'ai raté.

      Au moment de Fukushima, Magna BSP avait seulement 12 employés, que j'ai appelé «douzaine de Dimona". Toutefois, cet article lié a mon rapport Fukushima, depuis le début a quelque chose qui me manquait - la phrase : "Nous avons un accord de principe avec les Japonais qui est que nous allons assurer la protection de tous les réacteurs nucléaires du pays», a déclaré Siboni -. Magna BSP".

      Maintenant, le contexte de la présente est source de confusion. Comment une entreprise avec seulement 12 employés peut assurer "la sécurité" pour TOUS les réacteurs nucléaires au Japon ? Deux possibilites. Soit Siboni se réfère sur le fait qu'Israël a "en principe" a acces a tous les reacteurs a travers diverses societes, ou le «principe» est le virus Stuxnet, en quelque sorte implanté avec succès dans chacun d'eux par Magna BSP et l'armée israélienne, et la «protection» est une protection de type mafieuse, où Israël ne fera plus sauter quoique ce soit aussi longtemps qu'aucun effort n'est fait pour supprimer le virus OU QUE CE SOIT et temps que le Japon paye. Le Japon a en effet paye, en donnant des milliards à la banque mondiale.

      Il n'y a tout simplement pas d'autre moyen pour qu'une seule entreprise obtienne un accord visant à assurer la securite de tous les réacteurs dans un pays libre avec plusieurs entreprises liées au nucléaire, AUCUN AUTRE MOYEN DU TOUT et QUI permettrait de faire en sorte que le gouvernement japonais ne remette jamais en question le tsunami, n'est-ce pas ?

      Si le gouvernement japonais dis un mot sur ce qui s'est réellement passé et pourquoi les enregistrements sismiques ne s'additionnent pas pour creer un tsunami et la catastrophe nucléaire, ils verront TOUS leurs réacteurs exploser. Grande force de dissuasion. Ce serait le Saint Graal de la guerre.

      www.jimstonefreelance.com

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    2. Merci Valérie

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