Bistro Bar Blog

mardi 10 décembre 2013

La voix intérieure

Un bel exemple de la découverte de cette petite voix grâce à l'histoire de Carly. Grand merci à Brigitte pour le lien.



Une adolescente emmurée dans le corps d'une autiste découvre sa petite voix intérieure




6 août 2009

Par Alan B. Goldberg et Lauren Putrino

Son doigt fait du surplace au-dessus du clavier, parfois pendant des heures, avant de commencer à taper avec beaucoup d'application :

"Vous ne savez pas à quoi ressemble ce que je suis, quand il est impossible de s'asseoir tranquillement parce que les jambes semblent en feu ou avoir la sensation qu'une centaine de fourmis vous rampent sur les bras".

Quelque chose d'extraordinaire est arrivé à Carly Fleishmann, 14 ans, atteinte d'un autisme grave, taxée un jour de déficiente mentale irrécupérable parce qu'elle était incapable de parler.



"C'est difficile d'être autiste parce que personne ne me comprend. On me regarde et on suppose que je suis stupide parce que je n'arrive pas à parler".


Certains experts et sceptiques pensent que les gens qui, comme Carly, ne parlent pas, sont incapables de penser ou d'écrire.

"Je pense que les gens obtiennent une bonne partie de leurs informations de soi-disant experts mais si un cheval est malade, ce n'est pas auprès d'un poisson que vous allez vous informer du problème du cheval. Vous allez vous adresser directement au cheval".

Nous n'aurions jamais pu lire ces phrases sans la détermination sans faille de sa famille, qui n'a jamais lâché prise. L'histoire de Carly montre comment un enfant a pu se frayer un chemin parmi l'impénétrable forêt de l'autisme et de quelle façon son vécu pourrait révéler les mystères de ce trouble déconcertant.


Diagnostiquée autiste, Carly est égarée dans son monde


Née à Toronto, Carly avait deux ans quand il devint clair qu'elle montrait du retard par rapport à sa sœur jumelle, Taryn. Quand ses parents, Arthur et Tammy Fleischmann, apprirent le diagnostic d'autisme, ils supposèrent le pire – que l'une de leurs jumelles ne franchirait jamais les étapes que la plupart considèrent comme allant de soi.

"Quand on apprend que son enfant sera en retard sur le plan du développement, qu'il pourrait juste atteindre le niveau d'un enfant de 6 ans, ça fait un sacré coup au cœur," se souvient le père de Carly. "Et pour nous, c'était donc nous attendre à ce qu'une des filles grandisse et devienne indépendante pour accomplir ce qu'elle veut dans la vie et en avoir une autre dont le devenir allait rester un mystère".

Au début, les retards de Carly l'empêchèrent de marcher et de tenir assise, mais en grandissant, il devint douloureusement évident qu'elle ne pouvait pas parler. Comme beaucoup d'enfants autistes, elle était perdue dans son monde, incapable de sortir la tête de l'eau.

Les spécialistes expliquèrent qu'une intervention précoce était primordiale et dès que Carly eut 3 ans, sa thérapie fut intensive et soutenue, le travail quotidien se faisait parfois avec trois ou quatre thérapeutes différents jusqu'à une soixantaine d'heures par semaine. Son équipe, surnommée Carly and Co, faisait constamment changer les thérapies qui ne fonctionnaient pas et optimisaient celles qui se révélaient efficaces. Carly fit de petits progrès, mais rien qui n'apparut comme un gain réel.

"Si on regarde les yeux de Carly, on peut y voir une intelligence innée. Nous n'avons donc jamais baissé les bras", rappelle son père.

Mais si l'intelligence était présente, les incessants balancements, agitation des bras et accès de colère de Carly en masquaient toute trace. Pire, elle ne pouvait parler, pas un seul mot.


Une thérapie intensive pour tenter de trouver un moyen de communication


Nicole Walton-Allen, psychologue clinicienne, s'est occupé plusieurs années du programme de la thérapie.

"Son profil était celui d'un enfant gravement autiste avec toutes les probabilités d'un retard mental modéré", déclare Walton-Allen. "Je ne m'attendais aucunement à une quelconque forme de maîtrise de la communication. Elle passait son temps à se lever et à courir dans tous les sens. Ses mains étaient en constante agitation, et elle bavait."

S'occuper d'une enfant comme Carly dans une maison avec deux autres enfants ne fut pas facile. Ses parents devaient gagner leur vie pour entretenir la maisonnée. Il y avait de nombreuses nuits où Carly ne dormait que quatre heures et, incapable de se contrôler, manifestait des comportements perturbants. La famille se sentait perdue. Des amis avaient suggéré de placer Carly dans un foyer ou une institution, idée rejetée par les parents.

"Une enfant de 7 ans dans un foyer, c'est horrible. L'idée en est horrifiante, c'est abandonner son enfant. Je n'aurais jamais pu le faire. Jamais. Comment peut-on abandonner son enfant ? Non, non. On doit persévérer, vous savez", a expliqué un père tout émotionné.

Le plus frustrant, c'était son incapacité à parler. Ses thérapeutes avaient un besoin désespéré de découvrir un moyen pour que Carly communique ses pensées. Des milliers d'heures pendant des mois et des années et les progrès de Carly restaient atrocement lents.


Avancée décisive : Carly émerge de son silence, de son monde secret

Les thérapeutes introduisirent des images symboliques qui lui permettraient de communiquer ses besoins. Par exemple, si Carly voulait des chips, elle montrait l'image des chips.

Mais ensuite un jour, il y a 3 ans, Carly avait alors 11 ans, elle travaillait avec deux de ses thérapeutes quand elle commença à se sentir mal. Incapable de communiquer ce qu'il lui fallait, elle courut à l'ordinateur et commença pour la première fois à taper sur le clavier.

Elle tapa d'abord le mot "H-U-R-T" ("MAL") et ensuite "H-E-L-P" ("AIDER") et elle se mit ensuite à vomir. Ses thérapeutes n'en revenaient pas : ils ne lui avaient jamais enseigné ces mots en particulier et ils se demandaient où elle les avait appris.

Le fait de voir Carly taper leur montra que cela fonctionnait bien mieux dans sa tête que ce qu'ils pensaient. Pour la première fois, elle pouvait communiquer de manière autonome. Après neuf ans de thérapie intensive sans grand-chose à en ressortir, Carly émergeait enfin de son silence, de son monde secret.

Après l'avoir raconté à la famille, personne au début ne voulut le croire. Ils avaient le droit d'être sceptiques. Carly refusa de réitérer l'exercice devant ses parents et ses autres thérapeutes.

Comme il n'y avait que deux témoins, les sceptiques désespéraient d'avoir une preuve. Par la suite, le programme fut d'employer une affectueuse fermeté pour obliger Carly à taper. Si elle voulait quelque chose, elle devait le taper. Et cela marcha. Plusieurs mois plus tard, Carly commença à taper et ce qui apparut sous son doigt, une lettre à la fois, avec une aisance qu'on n'aurait pas cru possible, était tout simplement remarquable.

Carly: "Je suis autiste, mais ce n'est pas ma véritable identité. Prenez le temps de me connaître avant de me juger. Je suis sympa, drôle et j'aime rigoler."


Taper sur le clavier déverrouille le mystère de son comportement : 'Je voudrais quelque chose qui pourrait éteindre le feu'

Grâce à son torrent de mots, Carly commence à démêler certains mystères de son comportement souvent irrépressible, comme de se cogner la tête.

Carly : "Parce que si je ne le fais pas, c'est comme si mon corps allait exploser. C'est exactement comme quand on agite une canette de coca. Si je pouvais arrêter, je le ferais mais ce n'est pas comme d'appuyer sur un interrupteur, cela ne marche pas comme ça. Je sais ce qui va et ce qui ne va pas mais c'est comme si je devais me battre avec mon cerveau".

Carly commença à se rendre compte qu'en communiquant, elle avait du pouvoir sur son environnement et elle n'eut aucune honte à exprimer ses désirs et ses frustrations.

Carly : "Je voudrais pouvoir aller à l'école avec des enfants normaux mais je ne veux pas les perturber ou les effrayer si je frappe la table ou l'écran. Je voudrais lire un livre toute seule sans avoir à me dire de rester assise tranquillement. Je voudrais quelque chose pour éteindre le feu".

Pour la première fois, Carly pouvait converser avec ses parents, et même envoyer un message à son père au bureau. Sa famille arrêta de la considérer comme une personne handicapée et découvrit à la place une jeune fille drôle, impertinente et intelligente prise au piège de son monde intérieur. Ils disaient aussi qu'ils étaient "horrifiés" d'avoir presque tout le temps parlé devant elle comme si elle n'était pas là.

Carly : "Je veux qu'on sache que personne ne me dit ce que je dois dire et que personne ne me pousse au derrière comme si j'étais une marionnette".


Malgré les progrès, des soins constants sont nécessaires

Malgré ses progrès dans la communication, Carly a toujours besoin d'une supervision constante. Un membre de la famille ou un aide est à ses côtés en permanence, la guidant pour des simples tâches quotidiennes, comme se brosser les dents, se faire une coiffure et même manger. Rien n'est facile. Mais comme la plupart des adolescentes, Carly aime la musique, les garçons, les vêtements et bien sûr aller dans les centres commerciaux.


Carly a exprimé très clairement qu'elle se voit comme une enfant normale enfermée dans un corps sur lequel elle n'a que peu ou pas de contrôle. Donc en public, tout doit être prévu pour contrôler ses impulsions. Dans le passé elle s'égarait et il lui arrivait même de voler de la marchandise.


À côté de sa sœur jumelle Taryn, il serait aisé de déclarer Carly handicapée intellectuelle. C'est à dire jusqu'à ce que vous lui posiez une question. Par exemple, pourquoi les enfants autistes se bouchent-ils les oreilles, agitent leurs mains, chantonnent et se balancent ?

Carly : "C'est un moyen pour nous de couvrir toutes ces arrivées sensorielles qui nous tombent dessus d'un coup. Nous créons des exutoires pour bloquer les données entrantes". 
 
Le cerveau de Carly, à la différence du nôtre, subit une surcharge sensorielle par ce qu'elle voit, entend, goûte, sent et touche. Elle en parle comme d'un filtre audio.

Carly : "Notre cerveau est branché différemment. Nous intégrons d'un coup plusieurs sons et conversations. Je capte mille images du visage d'une personne quand je la regarde. Voilà pourquoi nous avons du mal à regarder les gens. J'ai appris comment filtrer une partie de ce truc."

Pour aider Carly à rester calme – et contrôler ses impulsions – elle écoute de la musique, fait de la natation et même pratique le yoga, ce qui l'a aidée pour sa respiration et sa posture.

Sa famille et ses thérapeutes soulignent que personne ne dirige sa frappe sur le clavier comme certains sceptiques l'ont suggéré.

"Ce n'est pas une manifestation automatique", insiste Tammy, la mère de Carly. "C'est Carly toute seule. Personne ne touche ses doigts, personne ne fait bouger quoi que ce soit, personne ne l'oblige ou lui insinue télépathiquement qu'elle devrait écrire."

Le Dr Nicole Walton-Allen, sceptique de la première heure, concède : "A posteriori, il est tout à fait évident que Carly possède manifestement des compétences dont nous n'étions pas conscients et qu'elle avait besoin d'un véhicule pour s'exprimer".

Son sens de l'humour et sa présence d'esprit sidèrent les médecins


Une des choses qui rend Carly si unique est son prodigieux sens de l'humour. Par exemple, cet échange avec sa thérapeute :


Barb: "Tu es bien jolie, n'est-ce pas ?"

Carly: "Je suis si jolie que les aveugles s'arrêtent pour me dévisager".

Son frère Matthew est aussi une cible de choix.

Carly: "Matthew sent si mauvais que même les putois partent se cacher en courant".

À côté de son courage indéniable et de sa ténacité, Carly est pleine d'empathie et reconnaît l'amour et le sacrifice de sa famille, ce qu'elle a transmis à son père pour son anniversaire.

Carly: "Mon cher Papa, j'aime que tu me fasses la lecture. Et j'aime ta confiance en moi. Je sais que je ne suis pas l'enfant le plus facile au monde. Tu es pourtant toujours là pour me tendre la main et me soutenir. Je t'aime."

"Je suis prêt à passer plusieurs nuits blanches pour entendre ça. Je dépenserai jusqu'à mon dernier sou pour entendre ça", témoigne M. Fleischmann.

Il précise aussi que l'évolution de Carly a pu se faire suite à une dépense de plusieurs milliers de dollars au cours d'années de thérapie intensive. C'est un coût que la plupart des familles ne pourrait malheureusement pas supporter pour leurs enfants autistes.

Un an après notre première rencontre avec Carly, on la voit plus heureuse, plus calme et plus indépendante. Elle a aussi un blog à elle sur internet et communique sur le réseau social Twitter, répondant aux questions des lecteurs de toute l'Amérique du nord sur son expérience de l'autisme.

Et Carly continue de fasciner la foule en essayant d'écrire avec sa main – plutôt son doigt – un roman intitulé "La Princesse Éléphant".

Mais les experts avec qui nous avons parlé ont dit que les capacités de Carly sont extrêmement rares et que son cas ne devrait pas inciter à de faux espoirs.

Les Fleischmann savent que Carly n'est pas au bout de ses peines. Son état nécessitera un suivi considérable probablement toute sa vie. Mais Carly sait qu'elle a maintenant son mot à dire pour aider les autres enfants. Elle se voit comme quelqu'un qui peut laisser sa marque sur le monde.

Carly: "Je pense que la seule chose à dire est de ne pas baisser les bras. Votre voix intérieure vous fera découvrir le chemin. C'est ce qui m'est arrivé."

Un extrait du roman à paraître de Carly "La Princesse Éléphant" :


"Je voudrais que vous fermiez les yeux et imaginiez une jeune fille toute seule au beau milieu de la jungle. Tout ce qu'elle peut entendre, ce sont les bruits des animaux. Mais ce qu'elle ne sait pas, c'est que les bruits ne sont pas que des bruits incohérents. En fait les animaux communiquent entre eux. Les gens pensent qu'en rugissant le lion veut les effrayer. Mais je vous dis d'après mon expérience que le rugissement n'est pas juste un rugissement. Il pourra exprimer en réalité des choses très différentes selon son intonation. Je pense que l'humanité a simplement oublié ce qui est là autour d'elle depuis tant d'années. Les humains sont tellement stupides. Vous voyez, nous les animaux avons une intelligence beaucoup plus grande parce que nous comprenons ce qui se passe autour de nous. Mais c'est une autre histoire pour une autre fois."




Traduction par le BBB.

23 commentaires:

  1. Sur le même sujet lire l'excellent livre "Les ouvriers du ciel" au delà des apparences de Stephane Bruchez.
    Sa rencontre avec Romuel handicapé qui ne peux ni parler ni même bouger ses mains... et une grande âme...

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  2. Les handicapés ont souvent une âme pure et merveilleuse... Ils ont ce que nous humains avons perdu, j'en suis convaincue... Ils savent bien plus de choses que ce qu'ils laissent transparaître. Dommage qu'on les drogue autant.

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  3. Dommage qu'à la base on les prenne pour des handicapés, alors que ce n'est pas leur véritable identité. Ils sont des Humains.

    Les prendre pour des handicapés, c'est une des nombreuses formes du consentement : c'est un des moyens de renoncer à sa propre humanité.

    Brigitte

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    1. Bonjour Brigitte, dans votre commentaire, quelque chose qui me frappe. Vous semblez penser qu’en parlant d’un "handicapé" on lui dénie son statut d’être humain ? Ne va-t-il pas de soi qu’en parlant ainsi, on ne fait qu’utiliser un adjectif qui signale la particularité d’une personne, tout comme en l’occurrence on parle de sourds, d'aveugles, etc., sans mettre en doute leur humanité?

      Mais je sais que vous n'êtes pas la seule à avoir des scrupules à ce sujet. À partir d'une certaine époque, il est effectivement devenu politiquement incorrect de parler d’un handicap ou, pire, d’un sourd qui devenait un malentendant, d’un aveugle qui devenait un malvoyant, etc. Les entreprises qui aménageaient à grands frais des postes de travail adaptés avaient même temps la consigne que personne n’évoque jamais le handicap. Comment alors en tenir compte de manière juste ? Pauvre personne privée de certaines facultés et en plus enfermée dans un tel tabou !

      Un ami, réalisateur de films institutionnels, saurait en raconter quelque chose. Le "must" était la commande d’un reportage sur le pilotage d’un avion par un aveugle, prouesse rendue possible par de multiples artifices, mais avec la consigne stricte que le spectateur ne s’aperçoive pas de la moindre différence avec un pilote voyant. Relever un défi technique aurait été tentant, mais confronté à une telle absurdité, mon ami a refusé de donner suite à la commande.

      Je sais que l’époque nous veut tous égaux. Et je serais bien d’accord tant qu’il s’agit de notre statut spirituel d’êtres humains. Mais que nous soyons tous indifférenciés sur le plan psychique ou physique, cela heurte le bon sens. Il y a là de belles occasions d’exercer son "pouvoir de dire non", évoqué fort à propos dans un autre excellent article. Dire "non" est évidemment beaucoup plus difficile. Mais il le faut.

      Non, je ne suis pas un homme / une femme, non, je n’ai pas vingt / quatre-vingts ans, non, telle ou telle chose ne m’intéresse pas. Mais aussi : Non, je ne peux pas me déplacer tout seul. Non, je ne vois rien. Non, je n’entends rien. Il faut aussi avoir le courage de reconnaître le handicap d’autrui pour pouvoir l’aider.

      Physiquement, psychiquement, nous sommes tous quelque part des handicapés ; nous sommes tous incomplets et avons tous besoin des autres, différents de nous.

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  4. « Il faut aussi avoir le courage de reconnaître le handicap d’autrui pour pouvoir l’aider. »
    Et si la réalité était l’inverse : « il faut avoir le courage de reconnaître le handicap d’autrui pour pouvoir se laisser aider par lui » ?
    Ou : « il faut avoir le courage de reconnaître son propre handicap invisible pour pouvoir percevoir l’aide offerte par les handicapés visibles » ?

    Pour reprendre votre référence à l’article « le pouvoir de dire non », on peut entendre Carly dire distinctement : « je suis autiste, mais NON, ce n’est pas ma véritable identité.
    N’ayez crainte Hortense, mon propos est aussi éloigné que possible des faux scrupules du « politiquement correct ».

    Mais je laisse parler le père de Carly :
    -------« Nous étions sidérés », dit le père de Carly Arthur Fleischmann, « nous réalisions qu’à l’intérieur [de Carly] il y avait une personne structurée, intelligente, sensible que NOUS N’AVIONS JAMAIS RENCONTRÉE. C’était incroyable parce que cela ouvrait un tout autre regard sur elle. » C’est ce que Carly veut que les gens sachent sur l’autisme.

    « Si nous avions fait ce que tant de gens nous disaient de faire il y a des années, nous n’aurions pas l’enfant que nous avons aujourd’hui. NOUS L’AURIONS RAYÉE DE LA CARTE. Nous aurions présumé le pire. Nous n’aurions jamais vu comment elle pouvait écrire ces choses, combien elle est cohérente, comme elle est intelligente, » ajouta le père reconnaissant.-------
    http://abcnews.go.com/print?id=4311223

    Votre conclusion est très juste : « nous sommes tous incomplets et avons tous besoin des autres, différents de nous ». Mais comme aurait peut-être dit Coluche : certains ont un peu plus besoin des autres différents d’eux.
    Et si on écoute le père de Carly, et le titre du livre proposé plus haut, ce n’est pas forcément ceux qu’on croit.
    Carly a donné à son père sa chance de cesser d’être un robot et de devenir un Humain. Sa chance de retrouver son identité. Et il l’a saisie.

    Présumer le pire, n’est-ce pas ce que les Humains sont entraînés à faire quotidiennement, et qui les mène aujourd’hui dans le mur ?

    L’histoire de Carly offre non seulement une voie à l’Humain pour sortir de l’esclavage où il vit sur cette planète, mais aussi des perspectives de réparations personnelles profondes qui vont au-delà de cette incarnation, et des clefs pour son évolution en tant qu’espèce.

    Brigitte

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    1. Vu comme ça, dit comme ça, 100% d'accord avec vous, Brigitte.
      En fait, cette question du "handicap" se pose dans les deux sens.

      Je sais que d'élever un enfant "handicapé" est un défi qui ne peut être relevée, c'est un effort qui ne peut être fournie, qu'en ayant conscience d'avoir devant soi un être humain qui, en dépit des apparences, ne peut pas entièrement se manifester à cause d’une grave déficience ou anomalie généralement physique, même dans les cas où le psychisme paraît perturbé en premier lieu. Se résigner, présumer le pire, ne serait pas digne de nous qui sommes mieux lotis (en tout cas pour l’instant) !

      D'un autre côté, je vois, ou de moins je pressens fortement, ce que vivent des personnes physiquement ou psychiquement diminuées face à une forme paradoxale de DÉNI de leur entourage qui, impuissant à répondre à leurs réels besoins, les comble d’inventions et d’interventions matérielles. Mais je crois que ce serait un autre chapitre, et j’en attends une autre occasion.

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    2. Présumer le pire ne serait pas digne de nous, c’est vrai Hortense.
      Mais pas parce que nous serions mieux lotis : simplement parce que présumer le pire c’est l'une des nombreuses manières de consentir nous-mêmes au maintien de notre esclavage en tant qu’espèce sur cette planète.

      Brigitte

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    3. A la fin, je ne vous suis plus très bien, Brigitte. Mais ce n'est pas la première fois que nos échanges s'arrêtent à ce stade. A moins que vous vous positionnez clairement comme gnostique, semblable à ma meilleure amie d'autrefois? Pardonnez-moi si d'écrire cela vous paraît désobligeant. Pour moi, cela créerait simplement une autre base d'échange.

      Bien à vous

      Hortense

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    4. Hortense, il ne me viendrait pas à l'idée de penser selon telle ou telle école. Cela ne me paraît pas désobligeant, mais étonnant : je trouve plus simple d'examiner toutes choses et paroles sans les rattacher à un cadre. Il y a déjà tellement de facettes et niveaux multiples aux mots, aux événements, rien ne tiendrait dans un système de pensée donné.
      Si vous voulez bien me dire tout simplement ce qui vous perd dans mes propos, je pourrai essayer de vous répondre.

      Brigitte

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    5. Bonjour, Brigitte. Alors, allons-y, même s’il faut se résoudre à disséquer quelque peu notre échange, procédé que je critique volontiers chez d’autres !

      « Se résigner, présumer le pire, ne serait pas digne de nous qui sommes mieux lotis » … Pour moi, c’était un constat factuel : nous sommes mieux lotis, donc en mesure d’aider, sans toutefois y être contraint par une contrainte imposée de l’extérieur, mais par notre libre décision individuelle.

      Mais vous avez entendu : « … parce que nous sommes mieux lotis », et vous répondez en parlant d’un esclavage auquel nous serions soumis en tant qu’espèce. Ainsi, vous m’amenez sur une autre piste de réflexion. Pour vous, elle semble aller de soi, mais pour moi, elle n’est pas si évidente !

      Étant réduite à des suppositions, j’ai alors évoqué le gnosticisme, me doutant bien qu’il pourrait y avoir malentendu. En fait, je visais ce que les Grecs appelaient la gnose, celle qui remonte au fond des âges, où c’était probablement l’attitude intérieure la plus répandue parmi les hommes. Avec certainement des écoles par endroits. Je ne sais pas s’il y en a encore aujourd’hui, en tout cas, ce n’est pas cela que je sous-entendais. Mon souci était que vous puissiez vous sentir assimilée au new age, qui est aujourd’hui le plus grand courant gnostique, quoique considérablement dilué et affadi.

      Or, comme vous êtes tout sauf quelqu’un de fade, je pourrais essayer de vous comprendre en tant que gnostique autonome, pure et dure, tout à fait précieuse à connaître, même, ou même surtout, si on n’est pas du même courant.

      Avec ça, nous n’avons pas encore parlé du fond, car cela mènerait trop loin. Mais j’espère que nous aurons d’autres occasions d’y revenir au cours d’autres échanges.

      Bonne journée encore !

      Hortense

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    6. @Hortense et Brigitte

      Le gnosticisme est un dualisme bien/mal.

      Pour un gnostique, la terre est un monde de ténèbres, la matière nous emprisonne, le corps est un tombeau, et la vie une espèce d’esclavage ou de punition dont il faut chercher à s’échapper en quittant l’état terrestre, afin de retrouver l’état céleste primordial.
      Car pour un gnostique, il n’y a pas d’évolution, mais un éternel retour.
      Le gnostique ne se sent pas inscrit dans un devenir à l’intérieur duquel il est appelé à évoluer.
      Il se sent tombé du ciel et n’a qu’un souhait ardent : retourner au lieu d’où il est tombé, redevenir l’être de lumière qu’il était avant sa Chute.

      Toutes les traditions orientales sont de nature gnostique.
      La culture orientale, dans son essence même, est gnostique.

      A l’inverse, la culture occidental est aujourd’hui devenue agnostique.

      L’occidental ordinaire ne croit plus au ciel : son regard tourné vers le sol, il se demande comment s’approprier les ressources de la terre afin de faire de sa vie un paradis – il nomme cette activité prédatrice ‘le progrès’.
      Quand il regarde les étoiles, il y voit des gaz et du hasard.
      Quand il regarde en lui, il y voit un mécanisme inacceptable.

      Aujourd’hui, le monde entier balance entre gnosticisme et agnosticisme.
      Fatigué de ses performances, l’occidental, parfois, se paye un petit trip oriental – toutes les pseudo-spiritualités new-machin prennent leur source dans le gnosticisme oriental...
      Et fatigué de renoncer au monde, l’oriental devient toujours plus matérialiste avec des niveaux de croissance annuelle à deux chiffres...
      Tout cela, dans un monde presque entièrement déchristianisé.


      Or, le chrétien n’est ni gnostique ni agnostique.
      Il est... chrétien.
      Pour lui, la terre n’est pas un lieu de bannissement et de ténèbres, ni le fruit du hasard, car elle fut créée par Dieu.
      L’homme lui-même n’est pas un être mauvais et esclave, ni surgi du néant, car il fut également créé par Dieu.
      Le chrétien ne veut pas faire de la terre un paradis – il sait que la terre n’est que la moitié du monde.
      Il ne veut pas retourner au paradis – on ne retrouve pas son innocence.
      Son cœur bat d’être à la fois de la terre et du ciel.

      Et de bâtir un jour, au ciel, une cité proprement humaine au cœur de laquelle trônera l’Agneau.

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  5. Merci pour cette belle histoire !

    Évidemment que les autistes sont intelligents, la plupart du temps bien plus que le quidam moyen.

    Et si en fait c'était eux les gens normaux, et nous les handicapés ?

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  6. Hortense, c’est que nous ne partons pas du même constat de base : à mes yeux les non-handicapés ne sont pas mieux lotis que les handicapés, ou pour le dire autrement, les handicapés invisibles ne sont pas mieux lotis que les handicapés visibles.

    Qu’est-ce que le plan factuel ? Un domaine lié à la matérialité ? Un domaine circonscrit à ce que nos cinq sens sont en mesure d’appréhender ?
    Même si c’est le cas, mon expérience de mettre au tapis des agresseurs pesant au total quatre fois plus que moi est elle aussi factuelle. J’en conclus que même handicapée par ma frêle apparence, j’avais plus de puissance qu’eux, et j’étais donc mieux lotie.

    Ce qui m’amène à un autre pan de ce que j’appelle la réalité de ce monde : l’ESCLAVAGE. À mes yeux il est factuel, il est criant. Bien qu’il ne soit pas arrivé à sa forme ultime.
    Si j’ai bien compris, de votre point de vue l’esclavage de l’Humanité sur cette planète n’est pas un fait, et c’est là où l’échange pour vous ne peut aller plus loin.

    Mais là où je veux en venir à partir de ce constat de base encore différent du vôtre actuel, c’est que si l’esclavage est tombé sur l’Humanité par surprise et traitrise il y a longtemps, de nos jours il ne peut subsister que par le CONSENTEMENT du plus grand nombre.
    Si bien qu’aujourd’hui les prédateurs de l’Humanité sont maintenus en place par le consentement implicite des Humains à leur domination par les prédateurs, et que le désir de domination des prédateurs et sans cesse rechargé en énergie par le consentement des Humains.
    La dictature des uns est le reflet du consentement des autres, et les deux vibrent, si l’on peut dire, à la même fréquence.

    Le paroxysme du consentement, nous l’entendons chez ces militants qui diffusent eux-mêmes la propagande selon laquelle l’homme serait l’ennemi de la vie : confondant la dictature de leur ego avec la nature Humaine, ils sont tout prêts à jeter l’eau du bain avec le bébé dedans, sans se donner la peine de faire de détail, ni de regarder si par hasard d’autres s’en seraient donné la peine.
    Leur pensée est parfaitement en résonance avec les prédateurs.

    Mais à côté de ces cas spectaculaires de consentement qui étonnamment ne font réagir personne ou presque, il y a tous ces consentements quotidiens invisibles, routiniers, automatiques, programmés. Anodins. Que la plupart des Humains n'identifient pas, alors que c'est la première clef de leur force, qu'ils détiennent eux-mêmes.
    Si vous voulez regarder à quoi je fais allusion, je vous propose des posts récents où je relève quelques manifestations du consentement :
    • http://leschroniquesderorschach.blogspot.com/2013/10/gros-naze-il-se-fait-filmer-en-train.html?showComment=1382627350965#c6182891894231533995
    • http://bistrobarblog.blogspot.com/2013/11/europe-radioactifs-aujourdhui-et.html?showComment=1383668295386#c7787784772654230617
    • http://bistrobarblog.blogspot.com/2013/11/europe-radioactifs-aujourdhui-et.html?showComment=1383852232876#c1641400355450361345
    • http://bistrobarblog.blogspot.com/2013/11/le-typhon-haiyan-t-il-ete-cree.html?showComment=1385227110904#c4162946218017372700

    Rien de ce que nous pensons n’est anodin, aucune de nos pensées n'est petite et sans importance. Tout ce que nous pensons produit des effets.
    Bien sûr le consentement est régulièrement cultivé chez les Humains par une autre imposture, mais en utilisant sa capacité de penser et sa volonté de vivre, le peuple de la Terre est capable de démonter cette imposture, de faire face à ce consentement suicidaire qui lui a été programmé contre nature.
    C’est la première décision politique nécessaire de sa part pour changer quoi que ce soit à sa condition.

    Brigitte

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    1. correction:
      --le désir de domination des prédateurs EST sans cesse rechargé en énergie-

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  7. @ Brigitte et Hortense : j'adore vos échanges. C'est très instructif !

    @ Peau d'âne : merci de la description du gnosticisme, je me sens perso gnostique.

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  8. La matière nous emprisonne, oui, c'est le premier choc à surmonter. La Terre n’a pas besoin d’être transformée en paradis, c’est un paradis. L’incarnation n’est ni un esclavage ni une punition, l’Homme n’est ni mauvais ni esclave par nature, quand il est esclave c’est par amnésie, et consentement à son impuissance fictive et soigneusement entretenue.
    Et si vraiment le gnostique ne veut que s’échapper pour retourner à son état d’étincelle parce qu’il ne voit pas d’évolution possible, qu’à cela ne tienne : il reviendra jusqu’à ce qu’il ait compris où se situe sa capacité d’évolution. Il a tout son temps pour retrouver sa mémoire et par là même retrouver son pouvoir.

    « les traditions orientales sont de nature gnostique » : oui, c’est pourquoi elles sont des auxiliaires si utiles à la dictature par le consentement.

    Brigitte

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    1. Brigitte, si je dois vous suivre, ce serait vraiment « une fois oui, une fois non » pour moi. Je me base évidemment sur des constatations actuelles, car nous ne pouvons pas retourner en arrière, et je répondrai donc:
      - Non, la Terre n'est pas un paradis.
      - L'homme est entaché du mal par nature.
      - Il n'est pas impuissant, mais faible.
      - Merci d'envisager l'aspiration à l'évolution pour le gnostique tout en gardant une certaine mémoire. Mais pourquoi chercherait-il à retrouver ses anciens pouvoirs ? On ne peut pas avancer dans deux directions opposées.


      Bonne soirée ! Hortense

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  9. @ Peau d'Âne. Merci! On voit rarement les choses exposées de manière à la fois aussi substantielle que claire. Venez nous voir plus souvent!

    @ Hélios et Brigitte. Pas mal, le chemin de fait à partir de l'histoire de la petite Carly!

    Merci, et félicitations à tous.

    Hortense

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  10. @Hortense @Hélios @Brigitte
    Merci à vous trois !
    Je lisais récemment ici cette parole d'Alain : Penser, c'est dire non.
    Je ne suis pas sûr d'être d'accord avec lui.
    Penser, pour moi, c'est d'abord être provoqué.
    On lit sur le blog quelque chose, par routine, distraitement...
    Et soudain, provocation : voilà que ça pense en nous - c'est un ébranlement - et on se jette sur le clavier.
    Et l'on s'étonne, en écrivant, de ce à quoi on pensait sans le savoir.
    Sans savoir que ces pensées vivaient en nous.

    Merci à ce blog et à ses fidèles !

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  11. "L'homme est entaché du mal par nature."
    Je pense que démythifier ce dogme là est la tâche à entreprendre toutes affaires cessantes, si nous voulons mettre en déroute les prédateurs de l'Humanité. À côté, le 11 septembre et Fukushima, c'est de la roupie de sansonnet !

    "Mais pourquoi chercherait-il à retrouver ses anciens pouvoirs ? On ne peut pas avancer dans deux directions opposées."
    Pour se retrouver complet, un. Mais ce ne sont pas ses anciens pouvoirs, juste ses pouvoirs naturels auxquels il ne semble pas voir l'accès quand il est incarné. La voix de son Esprit. Oui on peut avancer dans plusieurs directions à la fois, nous le faisons même tout le temps.

    Bonne nuit !
    Brigitte

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  12. "L'homme est entaché du mal par nature."
    Allons bon !
    Un handicapé c'est un handicapé !!!
    Vouloir prouver le contraire c'est être vraiment handicapé des neurones

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  13. @ Brigitte
    Prenez un paon, avec un ciseau coupez lui l'extrémité de ses belles plumes de queue.
    Vous en avez fait un handicapé à vie qu'aucune femelle n'acceptera pour procréer !!
    Avec votre beau discours vous lui expliquerez qu'il est toujours le préféré de ces dames !
    Bon courage ! N'oubliez pas de nous faire une vidéo pour nous prouver que vous avez toujours raison !

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  14. "Et si en fait c'était eux les gens normaux, et nous les handicapés ?"

    Certains diagnostics d'autisme concernent des enfants qui se sont repliés dans le silence après avoir parlé. Ils se sont repliés dans un autre monde, sans regret de celui-là qui est plein d'handicapés, aveugles et sourds. On s'apercevra tôt ou tard que ces enfants ne trouvaient aucun intérêt aux exigences de l'éducation normalisatrice et aux préoccupations de leur entourage. Et que c'était la raison première de leur silence.

    Les photos avec le père Noël donnent un aperçu de la violence du conformisme ambiant, et montrent qui est handicapé. Carly dit bien comme il est vain par exemple d'essayer d'apprendre à ces enfants à regarder l'autre dans les yeux, la multitude des perceptions qui se bousculent alors pour l'autiste étant ingérable au départ.

    Cette "éducation spécialisée" se concentre sur ce que l'enfant autiste ne sait, ne veut pas faire et ne peut pas réussir, au lieu de se concentrer sur ce qu'il sait faire, et de découvrir où il excelle.
    C'est comme diagnostiquer un Indien illettré parce qu'il ne sait pas écrire en japonais.

    Dès qu'il leur est donné la possibilité de vivre ce qui les intéresse, c'est à dire dès qu'on n'essaie plus de leur apprendre ce qui ne les intéresse pas (être "normal" selon le point de vue des robots) ils se remettent à parler et "deviennent" brillants. Ou plutôt, on a l'occasion de s'apercevoir qu'ils sont brillants.

    Brigitte

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