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lundi 11 novembre 2013

Un poème inédit pour le 11 novembre


Je ne suis pas du tout une fana des commémorations, mais je pense que pour les vétérans des guerres, elles ont eu leur importance.

Aujourd'hui, 11 novembre, c'est la commémoration de l'armistice de la "Grande Guerre", la boucherie de 1914-1918 et il n'y aura pas de vétéran à assister à la  cérémonie rituelle du président place de l'Étoile, car le dernier, Lazare Ponticelli, est mort le 12 mars 2008 (à 110 ans !).

D'une certaine façon, j'ai été mêlée tout à fait indirectement à cette période en m'occupant d'un commandant polonais lors d'un stage pour mes études à l'hôpital des Invalides à Paris. À l'époque, il y avait encore beaucoup de "poilus" qui vivaient à demeure dans l'enceinte de ce très vieil hôpital (édifié en 1670 sous Louis XIV, voir historique ICI ). Ils avaient chacun leur chambre avec leurs meubles. Mon commandant, lui, avait perdu une jambe pendant la guerre et restait la plupart du temps dans sa chambre. J'avais pris l'habitude d'aller lui dire bonjour chaque après-midi et il me racontait des épisodes de sa guerre.



Mon stage de deux mois s'achevant, il a voulu me faire un cadeau. Il a réécrit devant moi un poème qu'il avait composé en 1914 et que je garde précieusement depuis. Voici les photos de ce poème, daté du 5 novembre 1971 :



L'écriture est particulière, un peu tremblée et difficile à déchiffrer, c'est celle d'un homme qui avait aux environs de 80 ans.

C'est signé Y. Chodzko, je pense que le prénom pourrait être Yvan (je n'ai pas osé le lui demander à l'époque), d'après une recherche généalogique sur internet.

Voici son poème écrit en octobre 1914 intitulé "Un rêve" :

Un rêve

Je dormais d'un sommeil hanté d'étranges rêves
Le corps las du combat, secoué de frissons,
Je rêvais d'une femme et ses paroles brèves
Restent dans mon esprit gravées comme des sons.

Elle était jeune et belle et ses yeux d'émeraude
Laissaient tomber sur moi un regard attendri,
Je sentais dans ma main sa main superbe et chaude,
Elle me dit : Je suis la Vie et j'ai souri.

Plus tard je la revis sur un champ de bataille
Qui maintenant mon bras me montrait l'ennemi,
Des palmes de lauriers enguirlandaient sa taille,
Elle me dit : Je suis la Gloire et j'ai frémi.

Et puis je l'ai revue inhumaine et farouche,
Les yeux étincelant d'un triomphant mépris,
Elle a glacé mon sang d'un baiser sur la bouche,
Elle m'a dit : Je suis la Mort et j'ai compris.

Octobre 1914

Y. Chodzko



7 commentaires:

  1. WAOUW!!
    C'est un trésor! Non seulement de part son histoire, ce brin de mémoire qui traverse le temps et qui deviens aujourd'hui presque immortel grâce à ton partage, mais surtout par le contenu de ce poème....
    Il me semble que tu avais déjà mis sur le BBB un poème un peut du même genre (peut etre de la même personne?) non?
    En tous cas, je ne sais pas comment tu conserve ce poème, mais je lui rajouterai un papier sur lequel est inscrit son histoire, et par exemple, peut être que dans 100 ans, un de tes ancêtres redécouvrira ce document au fond d'un grenier et pourra ainsi mieux le comprendre même si personne n'est là pour lui dire oralement... :-)

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    1. Salut Ngiu, j'avais déjà publié un poème d'Arthur Rimbaud, "le dormeur du val", tu parles peut-être de celui-là.
      Autrement, la feuille où est écrit le poème se trouve dans l'enveloppe que le commandant Chodzko m'avait donné ce jour-là, elle est un peu déchirée depuis le temps et mes déménagements.
      C'est une idée de rajouter un mot avec l'histoire de ce poème. Mais ce seront plutôt mes descendants que mes ancêtres, lol, qui pourront le redécouvrir !

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    2. "Ancêtres"! lol
      Je devais être partis dans une faille temporelle! :D
      Non, c'est pas un truc connu, qui sortait de l'oublie ou un truc du genre, et y'avait la même histoire d’hôpital.. Mais je délire peut être? ;-)

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    3. J'ai parlé d'hôpital après le décès de mon papa, mais il n'y avait pas de poème. Autrement je ne vois pas.
      Tu es sûrement resté dans une faille temporelle d'une autre vie !

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  2. Mon grand-père était officier pendant la première guerre mondiale, il a perdu une main à la guerre du Maroc en 1922 (qui s'en souvient ?), mon père a fait la guerre de 39-45, il est mort il y a un an, mon gendre est polonais, j'étais ce matin avec enfants et petits-enfants à la commémoration du 11 novembre 1918 dans mon village de France.
    Il y avait du monde, plus que d'habitude, c'était un beau moment, le clocher se découpant sur le ciel bleu et limpide
    Merci Hélios pour ce poème et toute son aura

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  3. Il s'agit sans aucun doute du célèbre Commandant Ian / Yan / Jan Chodzko, ex-légionnaire et qui bien que déjà unijambiste à l'époque dirigea les bataillons mixtes étrangers de la bataille du Front du Médoc en 1944-45. Mes recherches m'ont permis d'établir qu'il était aussi auteur d'un roman en 1933 (La Guerre au couteau). Savez-vous s'il avait de la famille ? Ce que sont devenues ses archives personnelles ? Cela m'intéresserait de le savoir.

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    1. Son nom figure en bas de la lettre, il suffit de déchiffrer. Je ne sais rien d'autre de lui et notre rencontre remonte déjà à pas mal de temps.

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