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samedi 9 novembre 2013

Relation dauphins-hommes, toujours amicale ? (2/2)


Au premier abord, ensuite, l'argument d'une relation spéciale dauphin-homme basée sur une affection mutuelle semble équivoque. Mais peut-être que je ne prends pas en compte la preuve la plus décisive. Qu'en est-il de l'ancienne tradition de dauphins sauvages qui empêchent des nageurs de se noyer – acte qui, à première vue, semble aussi bienveillant que possible ? Hélas, des récits de ce type d'épisodes sont presque totalement anecdotiques dans la nature, apparaissant habituellement dans les informations sous la forme d'histoires vécues. Elles parlent typiquement de dauphins qui forment un cercle protecteur autour de nageurs pour les protéger de requins, qui poussent un nageur en difficulté vers la surface pour qu'il puisse respirer et/ou qu'il soit repêché, ou qui ramènent une victime en sécurité, parfois en la traînant énergiquement ou en la remorquant vers la plage. Comme il est bien connu que les dauphins entre eux font preuve d'entraide (comportement épimélétique = support d’un congénère malade ou affaibli pour l'empêcher de couler et de se noyer), l'idée que les dauphins peuvent et font le sauvetage d'humains de cette manière est entièrement possible si ce n'est probable. Mais il n'y a pas assez de preuves pour évaluer la nature réelle de ces rencontres.

L'ennui c'est que la mémoire est traîtresse et que les événements traumatiques en particulier produisent des témoignages sujet à caution. Les scientifiques qui étudient le comportement du dauphin (ou d'un autre animal) sont bien conscients que des observateurs différents produisent des compte-rendus différents, c'est pourquoi on met en place des contrôles pour comparer les descriptions des observateurs et avoir des mesures objectives comme des enregistrements vidéo. Hélas, il n'y a pas de dauphins-sauveteurs filmés et aucun n'est rapporté dans la littérature scientifique autant que je le sache, donc toutes ces histoires semblent basées exclusivement sur des descriptions de témoins. Il faut tenir compte du fait que dans nombre de ces cas, les victimes avaient été attaqués ou étaient sur le point de l'être par des requins ou qu'elles étaient au seuil de la mort, et que ces sauvetages mettaient en scène des gens avec une connaissance limitée du comportement des dauphins. Il semble douteux qu'à deux doigts de mourir, ils aient pu observer tranquillement le comportement des dauphins et apporter un récit fiable des événements. Donc, dans l'attente de solides preuves, il faut prendre ces récits avec un certain recul, même s'ils semblent plausibles et quelle que soit la fréquence de leur narration.



Nous devrions aussi mettre en balance une masse de sources non confirmées qui dépeignent une image moins rose de la conduite de dauphins. Le globicéphale qui a presque noyé Lisa Costello ne va pas gagner une médaille pour actes d'héroïsme. La chercheuse en mammifères marins Toni Frohoff, directrice de TerraMar en Californie, a rapporté un incident dans lequel des dauphins ont soudainement fui la scène dès qu'un requin avait été repéré, la laissant se débrouiller toute seule. On a même un compte-rendu de 2007 sur un homme en état d'ivresse qui a été attaqué par un groupe de dauphins à gros nez après qu'il soit tombé à l'eau dans la Mer Noire en Ukraine. Les animaux auraient tenté de le noyer, incitant l'agence russe de nouvelles Interfax à déclarer qu'ils 'manquaient à leur réputation de gentillesse et d'amour envers les humains'.

Le phénomène du dauphin homicide est plus répandu que nous le pensons. Comme avait l'habitude de le dire Kathleen Dudzinski, celle qui supervisait ma recherche dans le Projet Communication Dauphins : "Vous n'entendrez jamais les gens dire que les dauphins ne sauvent pas". Il se pourrait bien que certains dauphins soient pathologiquement indifférents à notre sort, nous laissant nous noyer alors qu'ils auraient facilement pu nous sauver. Bien que l'idée de dauphins tueurs semble ridicule, le monde a vu d'étranges choses. Un article de 2012 parle d'un pêcheur perdu dans le Pacifique qui a été ramené en lieu sûr par un requin et non par un dauphin. Il a eu la chance que des dauphins amicaux ne se soient pas manifestés pour éconduire le gentil requin, sinon on n'aurait jamais pu en entendre parler.

De nombreux dauphins n'ont définitivement pas de lien spécial avec nous. Le seul contact que les dauphins communs, les dauphins rayés, les dauphins de Fraser, les dauphins de Commerson, les dauphins clymènes – voire la majorité des 40 espèces de dauphins – ont en général avec les humains est quand ils chevauchent les vagues de nos bateaux ou se font prendre dans les filets de pêche. Les récits de rencontres amicales impliquent presque invariablement des espèces, comme les gros nez et les tachetés, qui vivent dans des eaux peu profondes, c'est à dire près de nous. Il serait donc faux de dire que les dauphins en tant que famille taxonomique (famille des Delphinadae) ont une affinité pour les humains. La plupart d'entre eux interagissent rarement avec nous.

Si en revanche nous acceptons de ne parler que d'une poignée d'espèces, nous restons toujours avec le problème des moyens d'une mesure de l'amitié. En particulier, comment savoir que les dauphins sont plus amicaux que la normale ? Il nous faut vraiment un moyen de comparer l'amitié par une sorte de point de comparaison. Ce qui s'en rapproche le plus (pas toujours très précis, malheureusement) est le domaine émergent des études de personnalité animale.

Des chercheurs comme Samuel Gosling, professeur de psychologie à l'université du Texas, et ses collègues du laboratoire Gosling ont mis au point un moyen de tester objectivement les animaux pour évaluer la nature de leurs personnalités individuelles. Les propriétaires d'animaux de compagnie ont tendance à trouver évident que les individualités animales ont différentes personnalités et tempéraments, mais le défi des scientifiques est de pouvoir mesurer ceci objectivement. Non seulement les évaluations doivent se ressembler, peu importe la personne qui estime la personnalité, mais elles doivent prédire de manière fiable comment cet animal individuel se comportera à l'avenir. Des études ont été publiées évaluant les personnalités de pieuvres, de calamars, de cochons, de chiens, de hyènes, de singes, de gorilles, de chimpanzés et oui, de dauphins. Pour l'étude des dauphins, les animaux ont été évalués à l'aide d'une échelle qui mesure cinq facteurs standard : (1) ouvert à l'expérience ; (2) prise de conscience ; (3) extraversion ; (4) convivialité ; et (5) névrose. La conclusion, avec laquelle sont d'accord des observateurs indépendants, a été que les dauphins pris individuellement possèdent des personnalités stables. Certains dauphins étaient plus agréables que d'autres, certains plus névrosés – et ces traits de personnalité sont restés les mêmes d'année en année.

Ces tests de personnalité fonctionnent assez bien quand on regarde des individus au sein d'une espèce, mais pas tellement quand on compare différentes espèces. Que voudrait dire quelque chose du genre 'Les gorilles sont plus amicaux que les hyènes' ? Imaginez que vous avez deux gorilles : l'un qui toilette souvent les membres de sa famille et l'autre qui ne le fait jamais. Le premier gorille serait taxé de plus convivial que le deuxième. Si vous observiez des hyènes, vous qualifieriez probablement celle qui a été impliquée dans une moyenne de seulement 3 rencontres agressives par jour plus agréable que celle avec une moyenne de 18 rencontres agressives. Mais la hyène agréable est-elle plus agréable que le gorille convivial ? Nous comparons des pommes et des oranges, et une comparaison vraiment significative inter-espèces nous échappera tant que nous ne pourrons être sûrs que tous les comportements que nous étudions sont, façon de parler, le même genre de fruit. Peut-être que cela deviendra possible un jour (c'est en fait un des buts du domaine des études de personnalité). Nous pourrions voir ensuite comme faire des mesures pour les dauphins. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Comme il n'existe aucun moyen scientifique de dire si les dauphins sont plus amicaux envers les humains que les autres animaux, je suis obligé d'avoir recours à des récits anecdotiques et à mon sentiment personnel. Mon instinct me dit que des animaux domestiques comme les chats et les chiens sont à l'évidence plus amicaux que les dauphins. Il semble inconcevable qu'un animal puisse se montrer plus enthousiaste en voyant un être humain que la chienne dalmatienne que j'avais étant enfant, qui en arrivait presque à tomber étourdie à force de frétiller de la queue quand elle m'apercevait à mon retour de l'école. Cette démonstration d'amitié est peut-être le résultat d'un processus de domestication – riche de plusieurs millénaires d'un élevage spécifique des chiens en vue de relations d'amour. Mais même les animaux sauvages comme les éléphants, les gorilles, les chimpanzés, les ours, les loups, les lions et les perroquets peuvent se développer en contact étroit et constant avec les humains quand ils sont apprivoisés, et certaines espèces rechercheraient un contact dans un cadre purement sauvage – juste comme les dauphins. Ces espèces sauvages ont-elles plus d'affinité pour les humains que les dauphins sauvages ? C'est, j'en ai peur, une interprétation d'observateur.

Cela étant, aussi insolite que cela puisse être comparé à d'autres espèces animales, il y a un tas de bonnes preuves scientifiques qui documentent un comportement curieux et amical de la part de dauphins impliquant des êtres humains, ce qui est probablement suffisant pour étayer l'idée que les dauphins ont une affinité pour les humains. Mais le fait que parfois des dauphins (et, dans le cas de dauphins solitaires sociables, très fréquemment) tentent de blesser des humains devrait être une preuve suffisante pour se défaire de l'idée que ces rencontres sont toujours amicales dans la nature. Et il n'y a actuellement pas de preuve scientifique convaincante suggérant que les dauphins sont toujours gentils et prêtent assistance quand des humains se noient ou sont attaqués par des requins.

Si vous vous retrouvez dans l'une de ces situations, ne comptez pas faire la vérification de ce lien dauphin-humain imprévisible pour vous sauver. Les dauphins sont, après tout, des animaux sauvages. Surestimer leur intérêt pour une camaraderie avec les hommes – que ce soit dans des eaux infestées de requins ou dans une marina thérapeutique – risque de faire plus de mal que de bien.

Source
Traduction par le BBB.

2 commentaires:

  1. http://sain-et-naturel.com/ils-ont-presente-leur-enfant-presque-sans-vie-a-un-chien.html

    Très belle histoire qui donne de l'espoir.....

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    1. Tu as bien fait de mettre le lien de cette vidéo. La thérapie grâce aux animaux devrait être développée dans nos hôpitaux.

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