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mardi 1 octobre 2013

Voyage à Svalbard (1/2)

On a beaucoup entendu parler de cet archipel à une époque. C'est là que se trouve la plus grande réserve mondiale de semences. Cet article suggère à mots couverts de laisser tomber les théories du complot attachées à cet édifice. Inauguré en février 2008, ce qu'il renferme est théoriquement indemne des radiations de Fukushima. C'est peut-être déjà beaucoup.
J'ai ajouté des photos à l'article original (trouvées ICI).


Dans les profondeurs glacées


Par Colin Dickey, 17 septembre 2013

Svalbard, la terre la plus septentrionale de la Norvège (photo de Greg White)

Visiter "L'arche de Noé" de Svalbard incite à tenir un discours sur les changements climatiques apocalyptiques – mais pas de la manière que vous l'imaginez.



Depuis fin 2007, la Réserve mondiale de semences de Svalbard garde entreposé l'héritage de l'agriculture mondiale. Succession de tunnels forés dans la paroi de la montagne, cette grotte est climatisée, à l'abri de l'activité tectonique ou d'une montée des océans et conçue pour détenir 4,5 millions de variétés de graines pour les siècles à venir. Construite à Svalbard, archipel stérile de Norvège, à 900 km du pôle nord, elle se situe au bord de l'océan arctique, et contient des spécimens en double provenant d'autres réserves de graines éparpillées autour du monde. Il existe de par le monde un rassemblement de plus de 1000 variétés diverses, mais l'arche de Noé de Svalbard a été construite à l'écart de la civilisation comme le dernier recours.

La réserve mondiale de semences de Svalbard a été inaugurée le 26 février 2008, quand est arrivée la première cargaison de 100 millions de semences, originaires de plus de 100 nations différentes. En mars 2010, sa collection était de 500 millions et elle deviendra le rassemblement de graines alimentaires la plus diverse au monde





On emprunte une route sinueuse qui conduit à la colline d'accès à la grotte, qui fait saillie sur une pente d'une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui apparaît comme un sinistre tunnel gris émergeant de la roche, de la neige et des lichens. Sous l'entrée on trouve un minuscule ravin au-dessus duquel un petit pont permet de passer pour atteindre la grotte. Au-dessus, l'installation artistique de Dyveke Sanne (artiste norvégienne, NdT) court sur toute la longueur du toit, puis déborde sur la façade, se terminant juste au-dessus de la porte. Elle consiste en une série d'éclats de verre bleu argent, qui font penser à de la glace brisée. Sous cette façade décorée, cependant, la vue est moins accueillante : une porte industrielle verrouillée couleur ardoise.

Le toit de la "grotte aux semences"




Ne sachant quoi faire exactement, j'errais aux alentours avec les quelques autres visiteurs. Nous exhalions une vapeur visible, pendant notre retour dans la quiétude de Longyearbyen, la principale implantation de l'île. Même quand la saison touristique bat son plein en été, on ne peut pas vraiment dire que c'est animé. On est vite gagné par le silence glacé environnant.



Puis nous parvint un énorme sifflement d'air venant de la grotte, un échappement soudain et puissant, s'échappant de l'édifice des profondeurs de la montagne. Un petit mais continu jet d'eau dégoulina vers la base de la grotte, s'écoulant dans le ravin sous le pont. Au bout d'environ 30 secondes, air et eau cessèrent. Nous nous sommes attardés un peu plus, prenant des photos, en discutant de notre prochain programme d'activités, jusqu'à ce que le bruit se reproduise – environ 30 secondes d'activité, puis 30 secondes d'arrêt, régulier et sans interruption. Mon amie Alia se tourna vers moi au bout de quelques minutes et dit, "Ça respire".

Depuis sa création, la réserve de Svalbard n'a été évoquée qu'en termes d'apocalypse. Tous les médias, de Fox News à Wired lui ont donné le surnom officieux de "réserve de semences de la fin du monde" pour parler du projet et on la décrit généralement comme un ultime havre et refuge pour la biodiversité de la flore s'il se produisait une catastrophe mondiale qui détruisait les variétés de plantes mondiales. "La grotte 'de la fin du monde' est conçue pour que des millions d'échantillons de graines soient sauvegardés de catastrophes naturelles et non naturelles : changements climatiques, frappes d'astéroïdes, maladies des plantes, guerre nucléaire, et même séismes, rapporta National Geographic en 2008. Wired, en 2011, en parla comme "une police mondiale d'assurance contre un holocauste botanique".

Cary Fowler, l'ancien directeur exécutif de la Société Mondiale pour la Diversité des Cultures, qui a participé à l'installation de la grotte des semences, n'a jamais employé ni désavoué le terme de 'fin
du monde concernant la réserve mondiale de Svalbard : "Nous pensons que dans le cas d'une catastrophe régionale ou mondiale, cette banque de graines se révélera très très utile", a-t-il déclaré au Washington Post en 2008. "Ce n'était pas notre but premier à l'origine en démarrant le plan de cette installation"
Le langage apocalyptique fonctionne, surtout dans une culture facilement distraite. C'est peut-être la seule chose qui fonctionne vraiment.
En dehors de ce démenti, 'de la fin du monde' reste le mot que la plupart des gens associent à la réserve et cela ne devrait pas nous surprendre. Depuis quelques dizaines d'années, il est devenu de plus en plus courant de discuter de l'environnement en termes d'une fin du monde omniprésente. En 1992, l'ex-sénateur Al Gore utilisait la phrase 'La plus grande crise à laquelle l'humanité fait face' pour décrire la réduction de la couche d'ozone. La même année, le magazine Time décrivait la diminution de l'ozone comme un 'assaut sans précédent sur le système supportant la vie sur la planète', qui pourrait avoir d'horribles effets à long terme sur la santé humaine, la vie animale et sur les plantes qui favorisent la chaîne alimentaire et tous les autres éléments qui composent le délicat réseau naturel. Et il est trop tard pour empêcher les dégâts qui empireront dans les années à venir. Ce que le monde peut espérer de mieux est de stabiliser bientôt la perte d'ozone après le tournant du siècle'.

C'était quelques années après que le spectre d'un holocauste nucléaire commence à reculer, comme si la résolution d'une menace humaine faisait place à un nouveau scénario de cauchemar. En l'espace de quelques années, les composants chimiques CFC ont été interdits dans la réfrigération, les solvants et les pulvérisateurs et la couche d'ozone – sujet du débat, cri de ralliement et scénario apocalyptique – a disparu des conversations du public. Mais avec la régularité d'une horloge, une nouvelle 'plus grande crise à laquelle l'humanité fait face' s'est présentée, cette fois sous la forme du réchauffement climatique.

La culture contemporaine semble accoutumée à sauter d'une apocalypse à la suivante. Ce n'est pas entièrement mauvais en soi ; le langage apocalyptique autour de la couche d'ozone a précipité une action sur l'interdiction des CFC, exactement comme les prophéties de fin du monde de Rachel Carson dans Printemps Silencieux (1962) ont accéléré l'interdiction du DDT comme insecticide anti-malaria. Le langage apocalyptique fonctionne, particulièrement dans une culture facilement distraite. C'est peut-être la seule chose qui fonctionne vraiment. ''Plus nous pouvons focaliser clairement notre attention sur les merveilles et les réalités de l'univers qui nous concernent, moins nous aurons le goût de le détruire", déclarait Carson dans un discours de 1963. Mais peut-être qu'il faut inverser ce que disait Carson : c'est peut-être notre attirance pour les histoires désastreuses et les crises de la 11ème heure qui permettent de focaliser d'abord notre attention sur la nature et de diriger notre énergie vers sa préservation.

Parallèlement au langage-catastrophe une articulation du temps très spécifique se produit. Nous pensons à notre relation à l'environnement dans l'immédiat. Le réchauffement climatique, nous a-t-on dit, décimera toute vie de notre vivant ou du vivant de nos enfants. Vu de cette manière, le discours sur l'environnement ressemble aux déclamations de millénaristes religieux, qui soutiennent mordicus qu'une apocalypse se produira sous leurs yeux. En 2010, 41 % des américains disaient qu'ils s'attendaient à un retour de Jésus sur Terre en 2050. Cette obsession d'une catastrophe imminente suggère que nous envisagions la nature à une échelle particulièrement humaine et individuelle. Quand nous pensons à des dégâts sur l'environnement et à un impact humain sur l'écosystème, nous pensons presque exclusivement à court terme. Le millénaire, qu'il soit religieux ou environnemental, vient toujours le surlendemain.


Se situant à l'opposé de cette étroite bande de temps apocalyptique, on trouve les 'temps profonds', une idée d'échelle dont les racines sont plus géologiques qu'humaines. Le concept de temps profond a son origine avec le géologue écossais du 18ème siècle James Hutton, et a été popularisé par l'écrivain américain John McPhee dans son livre Basin and Range (1981). Pour McPhee, le principal attrait du temps profond est sa capacité à nous sortir d'une pensée à court terme : "Si vous vous libérez d'une réaction conventionnelle à une durée d'un million d'années, vous vous libérez un peu des limites du temps humain" écrivait-il. "Et donc d'un côté vous ne vivez pas du tout, mais de l'autre vous vivez éternellement".

Les rouages du temps profond sont évidents partout à Svalbard. Dans les jours précédents ma visite de la grotte de semences, j'étais en mer avec deux douzaines d'autres artistes et écrivains, à naviguer sur les côtes de Svalbard dans un grand trois-mâts. Nous nous dirigions vers la côte ouest du Spitsbergen, la plus grande île de l'archipel, plongeant dans les fjords nordiques avant de prendre le chemin du retour. De nouveau, j'ai été impressionné par la quiétude absolue du monde autour de nous. En dehors de quelques tentatives avortées des baleiniers, aucune installation humaine permanente n'existait à Svalbard avant la fin du 19ème siècle, et il n'y a pas de population autochtone ici, sauf les rennes et les ours. Même aujourd'hui, cet endroit est remarquablement dépourvu d'activité humaine. Nous avons navigué autour de Svalbard au plus fort de la saison touristique et nous avons passé parfois des journées entières sans voir un seul bateau.

Source
Traduction par le BBB.

À SUIVRE.

7 commentaires:


  1. Un jet continu d'air et d'eau... S'il$ ont besoin d'un plombier .... Des fuites dans le coffre, surveillez Spaggiari, hi hi...
    D'autre part emballer ces graines dans de l'alu, bonjour et bon courage pour une germination efficace et productive!
    Al gore est en plein cinéma, une grosse bordille à laquelle le giec se recolle encore, honte de rien ces empaffés: envoyez les, (menottés et bâillonnés) sur Mars verifier la fonte des calottes. Puis retour sur terre (quoique...) pour jouir de notre glaciation radioactive naissante.
    Peut-on porter plainte malgré les lois immunitaires qu'il$ Se sont votées, (avec nos tunes et notre confiance)?

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  2. Excellente idée de protéger ce patrimoine génétique mondial !
    Dommage qu'aucun être humain puisse l'exploiter un jour, tous dézingué par les retombées de Fukushima !
    Enfin on aura essayer !

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  3. En complément, voyez "Le bunker de l'Apocalypse" par YellowGirl :

    http://www.blueman.name/YG_LeBunkerdeLApocalypse.php

    Ainsi que cette vidéo :

    http://www.blueman.name/Des_Videos_Remarquables.php?NumVideo=2415

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    1. Merci pour les liens Blueman. L'article fait les bonnes connexions sur les raisons de ce stockage. Quelle prétention de comparer aux Pyramides leur bunker qui s'est affaissé peu après sa construction.
      Sur la durée de vie des graines, j'ai lu que des graines qui avaient été retrouvées dans les vraies pyramides avaient germé. La date de péremption rapide qui figure sur les paquets de graines qu'on achète fait partie du système d'obsolescence programmée, fait pour nous dissuader de stocker nous-mêmes les graines. J'ai fait pousser nombre de graines après 10 ans de stockage à température ambiante.
      D'autre part effectivement, contrairement à la légende qu"ils tentent de répandre, le bunker est artificiellement réfrigéré car la température sous terre est pratiquement constante (principe du puits canadien). Le "souvenez-vous de la famine d'Irlande", dans une vidéo, est sans doute le pompon du mensonge. Oui, souvenons-nous que l'empire britannique a fait crever les Irlandais, comme l'empire actuel fait crever de nombreux peuples de cette planète.

      Brigitte

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  4. Je ne crois pas que ce soit de l'alu ! ça en a la couleur, mais c'est un plastique soudé à chaud ...

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  5. Je trouve bizare qu'après avoir construit cette réserve, Monsato se livre à la conquête mondiale des OGM qu'on en plante ou pas : puisque cela se répand sur les cultures alentour, et il en profite pour faire des procès à ces innocents !!!
    Sachant qu'à long termes les OGM ont un effet stérilisant sur la terre et sur nous !!!
    juliette

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  6. Ont ils aussi conservé des modes d'emplois et fiches conseils et astuces de jardinage? Ainsi que divers terreaux et engrais?

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