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samedi 19 octobre 2013

Squelettes, reliques et saints patrons de l'Église (2/2)


La poussière et le sang sont nettoyés

Chacun des squelettes de martyr représentait les splendeurs qui attendaient les fidèles dans l'au-delà. Avant de pouvoir être présenté à sa congrégation, il devait être paré des plus beaux atours convenant à une relique de son rang. D'habiles religieuses, ou à l'occasion des moines, préparaient le squelette pour une apparition en public. Cela pouvait prendre trois ans, selon la taille de l'équipe au travail.


De talentueuses nonnes ont décoré la cage thoracique de St Félix

Chaque couvent laissait libre cours à son propre flair pour recouvrir les ossements d'or, de joyaux et de beaux tissus. Les femmes et les hommes qui décoraient les squelettes le faisaient, pour la plupart, anonymement. Mais en étudiant les corps au fil du temps, Koudounaris commença à reconnaître la marque de fabrique de tel ou tel couvent ou d'individus. "Même si je ne pouvais fournir le nom d'un décorateur en particulier, je pouvais voir certaines reliques et les associer sur le plan du style à leur réalisateur".



Les religieuses étaient souvent renommées pour leur habileté au travail. Elles découpaient de fines bandes de gaze dont elles se servaient pour envelopper délicatement chaque os. Ce qui empêchait la poussière de se déposer sur le fragile matériau et créait un moyen pour y attacher des décorations. Les nobles locaux faisaient souvent don de leurs vêtements personnels, que les religieuses positionnaient avec amour sur le corps et elles y découpaient ensuite des ouvertures pour que les gens voient les os à travers. De même, des joyaux et de l'or étaient souvent offerts en dons ou payés par une entreprise privée. Pour ajouter une touche personnelle, des sœurs se séparaient de leurs bagues personnelles pour les mettre sur les doigts du squelette.


St Kelmens arriva à Neuenkirch en Suisse en 1823, des dizaines d'années après que la vague d'origine des saints de catacombes aient été distribués à travers l'Europe. Des nonnes ont décoré ses os.




Une chose pourtant qui manquait aux nonnes, c'était une formation sérieuse en anatomie. Koudounaris a souvent découvert des os incorrectement rassemblés ou a remarqué que la main ou le pied d'un squelette était d'une taille nettement trop grande. Certains squelettes étaient équipés de visages en cire, modelés en forme de sourires béants ou de sages regards fixes. "C'était fait ironiquement pour les faire apparaître moins effrayants et plus vivants et séduisants," dit Koudounaris. "Mais cela donne l'effet contraire aujourd'hui. Ceux avec des visages semblent de loin les plus effrayants de tous".

St Félix de Gars am Inn était considéré comme un faiseur de miracles

Ils ont aussi une certaine esthétique ornementale. Dans leur splendeur et grandeur, dit Koudounaris, les squelettes peuvent être vus comme de l'art baroque, mais le contexte de leurs créateurs dépeint une image plus complexe qui situe les ossements dans une sous-catégorie artistique unique. Les nonnes et les moines "étaient des artisans incroyables mais ils ne s'entraînaient pas dans l'atelier d'un artisan et ne dialoguaient pas officiellement avec ceux réalisant des choses similaires dans d'autres parties de l'Europe."

"De ma perspective d'étudiant en histoire de l'art, la question de l'identité dans la vie des saints des catacombes devient secondaire devant la prouesse de leur création", continue-t-il. "C'est quelque chose que je veux mettre en valeur".

Des nobles dévôts offraient souvent leurs bijoux aux saints, comme ces bagues sur les doigts emmaillotés dans de la gaze de St Constantin à Rorschach en Suisse


Dans cet esprit, Koudounaris a dédié son livre à ces "mains anonymes" qui ont édifié ces trésors osseux "par amour et foi". Son souhait, écrit-il, est que "leur magnifique travail ne sera pas oublié".

Disgrâce

Quand le squelette saint débarquait enfin dans l'église, il marquait un temps de réjouissances pour la communauté. Les corps décorés servaient de saints patrons à la ville et "avaient tendance à être extrêmement populaires parce qu'ils étaient ce très tangible et très séduisant pont vers le surnaturel", explique Koudounaris.

St Gratien, un autre squelette orné par Adalbart Eder. Ici le saint se tient sur un piédestal dans un costume copiant la tenue militaire romaine, comprenant des "spartiates" et des épaulettes, et des protections pour la poitrine et les bras.



Les archives de baptêmes révèlent le degré d'attrait des squelettes. Inévitablement, à la suite de l'arrivée d'un corps sanctifié, le premier nouveau-né était baptisé de son nom – par exemple, Valentin pour un garçon, Valentine pour une fille. Dans les cas extrêmes, la moitié des enfants nés cette année-là posséderait le nom du squelette.


Les communautés pensaient que leur saint patron squelette les protégeait du mal et le créditaient de tout miracle apparent ou de tout événement positif qui survenait après sa mise en place. Les églises gardaient des "registres de miracles" qui servait de grand livre d'archivage des bonnes actions du saint patron. Peu de temps après l'arrivée de St Félix à Gars am Inn, par exemple, les archives indiquent qu'un incendie se déclara dans cette ville allemande. Au moment où les flammes atteignaient la place du marché – cœur économique de la cité – un grand vent survint et les repoussa. Félix fut comblé d'adoration ; même aujourd'hui, environ une centaine d'ex-votos – toute petites peintures exprimant la gratitude d'un miracle, comme la guérison d'un malade – sont répandus autour du corps de St Félix à l'abri d'une petite chapelle qui n'est plus en service.


Le monde se modernisant, pourtant, l'aura des corps célestes commença à diminuer pour ceux au pouvoir. Citant Voltaire, Koudounaris écrit que les corps étaient considérés comme un reflet de "nos ères de barbarie", n'attirant que "le vulgaire : seigneurs féodaux et leurs imbéciles d'épouses, et leurs grossiers vassaux".

À la fin du 18ème siècle, l'empereur d'Autriche Joseph II, homme du Siècle des Lumières, décida de supprimer les objets de superstition de son territoire. Il publia un édit disant que toutes les reliques dont manquait une provenance définie devraient être jetées. Ce dont manquaient certainement les squelettes. Dépouillés de leur statut, ils furent éjectés de leur emplacement et mis en pièces, enfermés dans des coffres ou des celliers ou leurs joyaux furent pillés.

Les saints des catacombes étaient souvent représentés en position couchée, comme démontré ici avec St Frédéric à l'abbaye bénédictine de Melk en Autriche. Il tient une branche de laurier en signe de victoire.


Ce fut un traumatisme pour les communautés. Ces saints s'étaient installés dans la vie des gens depuis plus d'un siècle et ces humbles adorateurs allaient recevoir le mémo du Siècle des Lumières.


Les pèlerinages avec les squelettes étaient devenus tout d'un coup hors-la-loi. Les habitants pleuraient souvent en suivant leur saint patron squelette quand on l'enlevait de sa position révérée et qu'il était démembré par les nobles. "Le plus triste est que leur foi n'avait pas disparu quand cela se passa", dit Koudounaris. "Les gens accordaient toujours foi en ces squelettes."


Résurrection 
 

Tous les saints squelettes ne furent cependant pas perdus pendant la purge du 18ème siècle. Certains sont toujours intacts et en représentation, comme les dix corps pleinement préservés de la basilique Waldsassen ("la chapelle Sixtine de la Mort, comme l'appelle Koudounaris) en Bavière, qui détient la plus grande collection subsistant aujourd'hui. De même le délicat St Munditia gît toujours sur son trône de velours dans l'église St Pierre de Munich.


Quand Koudounaris se mit en chasse, de nombreux squelettes se révélèrent introuvables. En retournant par exemple dans le village allemand de départ plusieurs années plus tard, il découvrit qu'une entreprise de récupération avait abattu l'église dans la forêt. Mais en plus, aucun des villageois ne put lui dire ce qu'il était advenu de son contenu, ou du corps. Sur 10 squelettes disparus au 18ème et 19ème siècle, Koudounaris estime que neuf sont totalement perdus.


Dans d'autres cas, des indices – rassemblés au fil de récits de ses voyages, grâce aux archives paroissiales et même à des écrits de protestants sur les "nécromanciens" catholiques – furent payants. Il retrouva un squelette au fond d'une unité de parking en Suisse. Un autre avait été emballé dans du tissu et placé dans le coffre d'une église allemande, probablement intact depuis 200 ans.


Après avoir examiné environ 250 squelettes, Koudounaris concluait, "Ce sont les plus belles pièces d'art jamais créées avec des ossements humains." Bien qu'aujourd'hui un bon nombre de ces corps célestes pâtissent de parasites infiltrés dans les os et de la poussière accumulée sur leurs robes en soie fanées, sur les photos de Koudounaris ils resplendissent encore une fois, ramenant à la mémoire ceux et celles qu'ils étaient autrefois, les mains qui les ornèrent un jour et les adorateurs qui tombèrent à leurs pieds. Mais finalement, ce sont des œuvres d'art. "Quoiqu'ils ont pu être en tant que personne, quel que soit le but auquel ils ont servi à bon ou mauvais escient, ce sont d'incroyables réalisations," dit-il. "Mon objectif principal en écrivant le livre est de présenter et de remettre dans leur contexte ces pièces en tant qu’œuvres d'art".

La tête seule de St Benedictus - nommé en l'honneur de St Benoit, le patron du monastère, arriva à Muri, Suisse en 1681


L'accomplir ne fut pas une tâche simple. Presque tous les squelettes qu'il a passé en revue et déniché étaient toujours dans leurs tombes de verre d'origine datant de 400 ans. Les sortir de leurs emballages, pensait Koudounaris, équivaudrait à les détruire". À la place, une bouteille de Windex (marque de nettoyant pour vitres, NdT) et un chiffon devinrent les éléments de base de son kit photo, et il passa parfois plus d'une heure et demie à examiner méticuleusement la relique pour s'assurer que la vitrine soit assez claire pour prendre des photos. Beaucoup de squelettes visités ne pouvaient cependant être inclus dans le livre parce que le verre était trop passé pour garantir une photo claire.


Pour lui, il ne suffit pas de simplement les documenter par un livre. Il veut ramener les trésors au monde, et voir restaurés ceux qui sont délabrés. Certains membres d'église sont d'accord avec le souhait de Koudounaris de remettre en état les squelettes, non pour autant comme objets de dévotion mais comme des éléments de l'histoire locale. Le coût de réalisation d'un tel projet semble plutôt prohibitif. Le prêtre d'une paroisse a dit à Koudounaris qu'il avait pris conseil auprès d'un spécialiste en restauration, mais que le spécialiste "avait donné un prix si incroyablement élevé qu'il n'y avait aucun moyen pour que l'église puisse le supporter".


Toujours est-il que Koudounaris envisage d'installer un musée permanent ou peut-être une exposition itinérante avec les ossements qu'on jugerait sur leurs mérites artistiques. "Nous vivons à une époque où nous sommes enclins à vouloir préserver le passé et à avoir un dialogue avec lui", dit-il. "Je pense que certains d'entre eux apparaîtront finalement au jour".


Source

Traduction par le BBB.

10 commentaires:

  1. Génial le boulot de ce type,enfin un homme de goût et pour la beauté de l'Art et pour le sens de l'Histoire, du Sacré et de ce que cela raconte de notre humanité!
    Je suis toujours admirative du travail de gens comme lui et aussi de tout ce que créent les artisans d'Art ou les"petites mains créatrices".
    Nous avons grand besoin de Beauté dans ce monde pour apprendre le Sacré !!!

    Colibri

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  2. Absolument d'accord avec Colibri. Ce sont de réelles œuvres d'art que l'on pourrait qualifier de sacré. Je reste éminemment persuadé qu'il devait en être pareil dans d'autres cultures bien plus anciennes ( égyptiennes ,sud-américaines,asiatiques, pacifiques , etc..).

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  3. très morbide quand même.
    Il n'y a aucune certitude que les pauvres ères ainsi déguisés pour carnaval aient été seulement chrétiens au départ.
    On ne peut que s'esbaudir sur ces pratiques mercantiles visant au final manipuler les foules, le beurre, les tunes et le sourire. ça me rappelle une autre époque, mais laquelle déjà?
    Enfin aucun respect de la parole soi disant sacrée de leur dieu : "poussière tu es, poussière tu retournes". Vivement que le temps achève de mettre fin à cette hérésie.
    Et en plus c'est affreux au niveau "artistique".

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  4. Mistigri
    @ alberto

    " ... ères ..." hères plutôt.

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  5. La dénonciation des fausses reliques se faisait déjà à l'époque de la contre-réforme et depuis : http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=6&cad=rja&ved=0CEkQFjAF&url=http%3A%2F%2Fwww.info-bible.org%2Fhistoire%2Freforme%2Ftraite-des-reliques-jean-calvin.htm&ei=dm1hUrisA6rI0QW-w4GYDw&usg=AFQjCNEd1HXqERKM1LPwdQ32pw79ZF3erg&bvm=bv.54176721,bs.1,d.d2k
    Il est assez drôle de lire les successeurs actuels des contrôleurs de l’époque dénoncer leurs prédécesseurs. Mais il est temps pour eux de changer la religion officielle, donc de changer de fausses reliques.

    Pour revenir aux images publiées dans l'article : oui, c'est justement merveilleux du point de vue artistique.
    Même si on ne s'attend pas à ce que l'art puisse s'exprimer sur un squelette, on ne peut que ressentir la foi des "petites mains" anonymes qui ont dessiné ces jardins baroques sur les supports qu'on leur a donnés. L'envie, le besoin de dessiner des jardins d'Eden, quel que soit le support, est enracinée dans l'Humanité et ces jardins lui parlent définitivement à l'âme.

    Et puis là on voit le pouvoir de la foi humaine :
    "Les communautés pensaient que leur saint patron squelette les protégeait du mal et le créditaient de tout miracle apparent ou de tout événement positif qui survenait (...). Peu de temps après l'arrivée de St Félix à Gars am Inn, par exemple, les archives indiquent qu'un incendie se déclara dans cette ville allemande. Au moment où les flammes atteignaient la place du marché – cœur économique de la cité – un grand vent survint et les repoussa. Félix fut comblé d'adoration"...

    Il ne reste plus qu'à attendre que le peuple de la Terre comprenne qu'il peut lui-même demander au vent de repousser l'incendie, sans passer par Saint Félix, ni en os ni en chair... et retrouve sa Foi. J'ai confiance.

    Maintenant changeons de sujet, tout en y restant.
    La source qui reprend cet article, la Smithsonian Institution, est une notoire vitrine –écran- du bien connu Club de Rome.
    Compte-tenu de l'agenda de cette organisation (incluant des guerres de religions), on n'est pas étonné que le contenu de l'article soit présenté ici de manière négative.

    Il serait peut-être intéressant d'interroger le rapport à la mort promu à l'heure actuelle par les tenants de cette organisation qui braque le projecteur sur des arnaques passées, et de s'interroger sur ses réelles motivations à le faire. On a déjà vu la morphine humanitaire, mais sur l'usage "artistique" fait des cadavres, on peut consulter par exemple :

    • RECYCLAGE DES VIEUX http://lavapeur.over-blog.fr/article-platination-recyclage-ordure-vieux-franc-macon-sionisme-juif-echo-des-montagnes-frederic-berger-115108609.html
    • Pour voir travailler dans l’usine à cadavres les « petites mains » (envoyées par l’anpe locale allemande) : Plastinarium Guben http://www.youtube.com/watch?v=pZ9TZ6gkp_Q
    • Pour voir l’utilisation des cadavres dans le même but : tromper les croyants , mais cette fois il s’agit de tromper les croyants de la religion actuellement promue par les contrôleurs : Bodies The Exhibition à New York - 09.11.2011 http://www.youtube.com/watch?v=w_h40ExbrOQ

    Brigitte

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  6. Quelques liens pour vérifier les liens de parenté entre Smithsonian et club de Rome :
    • Perspectives on Limits to Growth - Smithsonian Institution
    http://www.si.edu/consortia/limitstogrowth2012
    1 mars 2012 - The Club of Rome and the Smithsonian Institution's Consortium for Understanding and Sustaining a Biodiverse Planet hosted a one-day ...

    • Celebration of the 40th anniversary of the launching ... - Club of Rome
    http://www.clubofrome.org/?p=3392
    1 mars 2012 - The joint symposium of Club of Rome and the Smithsonian Institution celebrated the 40th anniversary of the launching of Limits to Growth, the ...
    • 6. Club of Rome - Jørgen Randers - YouTube
    ► 31:15► 31:15
    http://www.youtube.com/watch?v=ILrPmT6NP4I
    10 mars 2012 - Ajouté par Smithsonian
    The Club of Rome and the Smithsonian Institution's Consortium for Understanding and Sustaining a ...

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  7. Je sais pour le Smithsonian, Brigitte, et je trie les textes. Par ailleurs, je n'ai pas trouvé personnellement cet article négatif.

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  8. Moi non plus Hélios, je n'ai pas trouvé cet article négatif, et je viens de m'apercevoir que l'introduction de ta partie 1, qui présente l'article avec une note négative (de plus) à l'actif de l'église catholique, ne figure pas sur le site du Smithsonian.
    J'avais croisé aussi le culte des saints au cours de mes expéditions sur le net à la recherche de solutions techniques, et je m'étais interrogée sur les motivations de ce système.
    J'étais tombée sur un article sur Bernard Bénézet (http://conservateurs-restau.meilleurforum.com/t202-peintures-de-bernard-benezet-eglise-saint-nicolas-toulouse-peinture-murale) qui parlait d'une autre grande campagne de représentation des saints à une autre époque, le XIXe siècle. Ce peintre a réalisé des fresques dans de nombreuses églises, représentant les saint locaux du Midi Pyrénées et dénonçant l'exode rural. Peintures touchantes auxquelles le peuple pouvait s'identifier (bien que techniquement catastrophiques et en piteux état actuellement).
    Il semble donc bien que le "catholicisme social" ait réellement existé, ce qui explique l'attachement des peuples des campagnes à leurs saints, symboles de leur culture qu'ils veulent préserver et de leur résistance à la dispersion et la déshumanisation organisée par l'Etat.

    Brigitte

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    1. Mon introduction voulait faire ressortir le côté manipulation de l'église, qui a fait jouer à ces squelettes le rôle d'un renouveau de foi catholique qui permettait un meilleur contrôle, comme tu le sais, sur le peuple. Dire qu'un squelette était celui d'un martyr sans preuve pour accomplir le plan de l'église est pour moi une manipulation. Et on maintenait ce petit peuple avec ces superstitions, comme s'ils étaient des imbéciles, on les a rendu bien gentils moutons qu'on manœuvrait par derrière. Et cela a continué pendant des siècles.

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    2. Manipulation, oui, tout cela est vrai.
      Je regarde au-delà et ne peux parler de ces oeuvres que de l'extérieur des cultes qui les ont commanditées, mais voilà ce que j'imagine en contemplant les oeuvres artistiques religieuses, la musique religieuse (je suis fan de baroque, et dingue de musique et de tous arts plastiques) : ce "petit peuple" n'était pas plus petit que moi, et peut-être qu'en portant son regard sur ces beautés il voyageait lui aussi bien au-delà des formes et des couleurs, et retrouvait sa richesse, son Esprit, son identité. Il en avait au moins l'idée, la certitude. Peut-être qu'il retrouvait au moins en partie sa liberté.
      Quand tu parles avec des gens qui sont attachés depuis des générations à ces représentations religieuses de saints, tu t'aperçois bien souvent que leur idée de ce qu'elles signifient est toute personnelle. Religieuse sans doute, mais pas forcément au sens récent de la captivité de l'esprit, plutôt au sens originel de religare : au sens de tout ce qui nous relie, aux autres, à la terre, la langue, la région, la famille au sens large, tout ce qui vit.
      Il suffit de presque rien pour échapper à la superstition. J'espère qu'il n'y aura pas à l'avenir de mutilations de statues, recouvrements de bas-reliefs, interdiction de musiques au motif que tout cela servait à maintenir les superstitions.
      On découvre sans cesse dans les églises de "nouvelles" statues, fresques recouvertes de ciment, pavements enterrés... des beautés qui avaient été enlevées de la vue du peuple, par des gens qui avaient décidé à sa place que c'était pour son bien. On a rétréci le spectre des couleurs, et des sons : affreuse manipulation.
      La manipulation commence par le parent qui manipule son enfant, le pouvoir de tout changer est donc encore de notre côté.

      Brigitte

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