Bistro Bar Blog

mardi 29 octobre 2013

Le karma


Après les articles sur la réincarnation (ICI et ICI), parlons du karma, notion associée et différemment interprétée.

Le défi karmique

Avons-nous perdu un savoir ancestral ?

Par Patrick Marsolek, janvier 2012

Avez-vous un bon karma ? Si vous vivez une vie heureuse, dans la richesse, en bonne santé, dans l'abondance, peut-être que c'est le cas. En occident, nous avons adopté le concept du karma et l'avons ramené à une sorte de fatalité – ce dont nous nous sommes contentés. Si vous vous retrouvez accablé d'une mauvaise santé et de malchance, en utilisant les normes occidentales simplifiées, c'est peut-être que vous avez un mauvais karma.

Mais le concept de karma issu des traditions orientales est beaucoup plus complexe, il inclut en essence des idées sur l'intention, les décisions de vie et le plus important, la manière de répondre à ce que le monde nous apporte. La vision psychologique moderne de l'apprentissage et de l'intelligence émotionnelle se rapproche aujourd'hui de la vision orientale du karma.

Envisagez le karma dans le contexte d'une cote de crédit. Si vous avez une cote élevée, vous avez probablement appris les valeurs du système financier moderne et vous jouez bien le jeu. Vous pourriez reconnaître qu'il y a un lien entre vos actes financiers passés et la cote que vous avez maintenant. Si vous avez une faible cote, il y a des choses possibles à faire pour l'améliorer. Même si vous avez une mauvaise cote, votre destin n'est pas d'avoir cette mauvaise cote éternellement.

Dans son sens le plus basique, le karma se réfère à l'action et à la manière dont les actes antérieurs nous affectent maintenant et dans l'avenir. Le karma est un principe universel de causes et d'effets, d'actions et de réactions exprimé dans la vie de chacun de nous. En Inde, le concept de karma remonte à un millénaire avant notre ère, malgré la probabilité d'un emprunt des brahmanes indiens à des sociétés indigènes plus anciennes. Pour beaucoup de gens, croire au karma devient un système de valeur, car les croyances nous disent que les résultats vécus sont semblables à leurs causes et que les résultats de nos actions ne sont jamais perdus. Ils nous accompagnent. Combien de fois avons-nous entendu, "la violence engendre la violence", "On récolte ce que l'on sème", ou la règle d'or, "Fais aux autres ce que tu voudrais que les autres te fassent" ? Ces expressions ont toutes un lien avec le fait de croire au karma. Nous récolterons les résultats de nos actes, nous devrions donc vivre avec ces idées en tête.


Dans les Yoga Sutras de Patanjali, le karma, plutôt qu'une fatalité ou un mécanisme, se comprend comme une trace mémorielle ou une disposition provenant d'anciennes pensées ou actions – une impulsion sur laquelle nous pouvons agir soit en les renforçant soit en les annihilant par d'autres choix. Dans les traditions orientales, ainsi que dans d'autres cultures indigènes, le karma est également intriqué avec d'autres concepts métaphysiques comme la réincarnation, le développement à long terme de l'âme et ses mondes multiples. Les actions de l'âme d'un individu dans ce monde matériel peuvent affecter un cycle plus important de son voyage entre la Terre et d'autres royaumes ancestraux. Une personne pourrait se réincarner dans un monde moins évolué ou même sous la forme d'une créature différente, en résultat de quelque action "négative" dans cette vie. Bien que le karma soit présent, il n'y a aucune certitude qu'un aspect de la personnalité ou de la mémoire va ressortir dans différentes incarnations.

En Inde, la tradition hindoue dit que les actes de cette vie vont influencer la renaissance dans une autre vie. Ce qui peut donner la vision fataliste de n'avoir aucun choix de sa position dans le monde. Pareillement, en raison du karma, une personne bienveillante d'une caste élevée peut comprendre que chacun à différents niveaux de sa société se trouve sur le même chemin d'évolution spirituelle. Cette personne pourrait aussi juger négativement ceux d'une caste plus basse comme moins évolués. Certaines traditions croient qu'un seul dieu ou plusieurs dieux jouent le rôle en distribuant le karma ou en changeant le karma d'un individu. Par exemple, ce qui se passe dans le Livre de Job dans la tradition chrétienne montre l'intervention de Dieu. En revanche, dans de nombreuses traditions – bouddhistes, hindouistes, jaïnistes – seul l'individu lui-même peut influencer son propre karma dans une direction ou une autre.

Dans le bouddhisme, tout karma, bon ou mauvais, est envisagé comme une force qui nous maintient dans le cycle des naissances et des morts de ce monde matériel. Vaincre le karma et se libérer de cette roue réside dans une action intelligente et des réponses dépassionnées aux expériences de la vie. Toute action entreprise avec une émotivité à l'état brut, non tempérée par un mental conscient, créera d'autres actions et réactions karmiques. Il existe un conte folklorique indien : un Rishi, être réalisé, était en voie de quitter son corps pour émerger dans le divin. Au moment de sa mort, il vit un cerf et s'émerveilla de sa beauté. Cet acte passionnel le propulsa dans sa vie suivante en tant que cerf. Son attachement passionnel à la beauté du cerf était l'expression du karma persistant qu'il portait en lui. Tant qu'existe un karma emmagasiné, l'âme de l'individu ne peut arriver à se libérer du voile de l'illusion de cette existence.

D'autres traditions enseignent que le karma de chacun est fixé et doit être vécu. Comme le dit le Dalaï-lama dans son livre, Bienveillance, lucidité et perspicacité : "D'incalculables renaissances se profilent, aussi bien sympathiques que désagréables. Les effets du karma sont inévitables et dans des vies passées nous avons accumulé du karma négatif qui portera inévitablement ses fruits dans cette vie ou dans des vies futures. De même que quelqu'un ayant commis un acte criminel dont la police a été témoin sera finalement pris et puni, nous devrons donc aussi faire face aux conséquences d'actions répréhensibles commises dans le passé, il n'y a aucune échappatoire ; ces actions sont irréversibles ; nous devons subir leurs effets au bout du compte."

Pour des occidentaux, cette vision peut sembler extrêmement stricte, pourtant ces croyances peuvent conduire à une vie d'actions vertueuses. Certains courants de pensée, pourtant, pensent vraiment que le karma est modifiable. Il n'opère pas avec une rigidité mécanique mais autorise une large gamme de modifications, une lente maturation vers une fructification de l'âme. Le karma n'est pas fatal car les humains agissent avec leur libre-arbitre, créateur de leur propre destinée. Un acte particulier aujourd'hui n'engage pas à une expérience particulière, pré-déterminée dans l'avenir ou une réaction ; il n'y a pas correspondance simple, personnelle, avec récompense ou punition.

Dans le jaïnisme, le karma revient à être une sorte de matière sombre et négative qui imprègne l'univers et est attirée vers la conscience d'une âme. Quand la conscience et cette matière subtile interagissent, nous expérimentons la vie. C'est aussi décrit comme un mécanisme ou une qualité innée de l'univers, par laquelle nous faisons l'expérience des thèmes importants de notre vie. Nous collaborons avec ces thèmes jusqu'à nous libérer de notre attachement émotionnel envers eux.

Dans la doctrine du spiritisme, le karma est connu comme "la loi des causes et des effets". L'esprit a le choix sur la manière de vivre son karma passé et on pense que les malformations, les déficiences physiques et mentales ou la malchance sont dus au choix fait par l'âme avant de venir dans cette vie pour épurer son karma passé. L'idée de réincarnation est par conséquent forte et les effets du karma resteront avec l'esprit quand il n'est pas dans un corps et même quand il s'incarne sur d'autres mondes.

Dans le mouvement New Age, certains se servent du karma pour expliquer pourquoi tout arrive, qualifiant les événements comme du karma positif ou négatif selon la façon dont tout événement affecte la personne au niveau de l'ego. Ces visions populaires ne prennent pas en considération la complexité de l'expérience individuelle, ce que l'individu apprend et ce que peut être le "bon" chemin au niveau de l'âme. D'un autre côté, des films comme "Le Secret" encouragent la "Loi de l'attraction" (lire aussi ICI), une sorte de vision/image où l'on est capable de manifester du bon karma quand on se concentre correctement. Ces visions extrêmement simplistes supposent que l'intention et le désir au niveau de l'ego affectent l'âme d'une personne.

Des psychologues utilisent aujourd'hui le terme karma sans les pièges métaphysiques. C'est ici l'expression de l'émotivité humaine, par laquelle la volition est le premier instigateur du karma. Toute expression ou pensée consciente qui surgit à partir d'émotions empiriquement irrésolues résulte en karma. En pratique, cet effet peut se manifester en tant que comportement appris tant physique que mental ou émotionnel, non fonctionnel, que la personne peut continuer à revivre. Dans ce modèle, toute pratique qui rehausse la conscientisation émotionnelle, comme la méditation, la psychothérapie ou autre thérapie choisie, peut servir à libérer la personne de son karma émotionnel. Cette approche psychologique est basée de manière pertinente sur des études du cerveau qui montrent des changements dans sa chimie et son fonctionnement comme résultat de telles pratiques ainsi qu'une amélioration psychologique à long terme.

Ken Wilbur, théoricien du transpersonnel, a décrit le karma comme l'influence des émotions et sentiments d'hier sur ceux d'aujourd'hui, une sorte d'habitude. Il suggère que notre vie n'est pas déterminée par les émotions du passé. Nous pouvons transcender le passé par notre créativité personnelle. Chaque moment possède l'attrait de la nouveauté, la possibilité de quelque chose n'ayant jamais existé auparavant, et une occasion de transcendance, la fin d'une vie de transe. L'idée résonne avec les expériences des êtres réalisés qui ont goûté au Satori, ou éveil spirituel et, qui en retournant dans l'expérience quotidienne ont décrit ce monde physique comme un rêve. Pour s'éveiller du rêve, il n'y a qu'à cesser d'y être attaché. C'est l'attachement émotionnel qui génère un karma nous gardant endormis.

Wilbur décrit aussi une sorte de karma collectif et même mondial pouvant agir en maintenant la conscience de grands groupes de gens dans un genre de routine. Il donnait comme analogie la profonde vallée du Grand Canyon. Il est bien plus facile de se laisser entraîner par le flot du fleuve que d'essayer de se diriger dans toute autre direction. À un niveau collectif, notre compréhension et perception du monde sont également représentées par de profondes routines et habitudes. La manière dont les scientifiques et le public voient un atome est canalisée par toutes les croyances collectives accumulées dans l'histoire. À un niveau plus personnel, la manière de voir notre ville natale, notre héritage culturel, même notre famille d'origine, peut être une routine héritée d'une collectivité. Il suggère aussi que la plupart des visions karmiques héritées collectivement ne sont pas universelles mais plutôt confinées à un petit groupe, une sous-culture ou une culture.

Le psychiatre suisse Carl Jung fit vers la fin de sa vie un rêve qui l'aida à sortir de la routine, à ouvrir son esprit au concept du rêve éveillé et à la réincarnation. Il écrivit, "….J'arrivais à une petite chapelle au bord de la route. La porte était entrouverte et j'y entrais. À ma grande surprise, il n'y avait pas de statue de la Vierge sur l'autel, et pas non plus de crucifix, mais seulement un merveilleux bouquet de fleurs. Mais je vis ensuite sur le sol un yogi assis, en posture de lotus, plongé dans une profonde méditation. En m'approchant de lui, je vis qu'il avait mon visage. Une grande frayeur m'envahit et je me suis réveillé en pensant : "Ha, c'est lui qui fait ma méditation. Il fait un rêve et son rêve, c'est moi. Je savais que lorsqu'il s'éveillerait je n'existerais plus."

Pendant une grande partie de sa vie, Jung avait considéré ses rêves comme une source fiable et claire d'information en provenance de son soi supérieur, via son inconscient. Il disait "Notre existence inconsciente est réelle et notre monde conscient une sorte d'illusion, une réalité apparente construite pour un but spécifique, comme un rêve qui semble une réalité aussi longtemps que nous y sommes."

Ce fut souvent par l'inconscient que Jung fit l'expérience d'un contact direct avec les archétypes qui ont guidé sa vie. Dès le début des années 1930, Jung proposa son idée d'archétypes après une lecture sur le karma dans les Yoga Sutras. Ces archétypes, proposait Jung, sont une sorte de forme psychique universelle qui guide concrètement la vie des gens à un niveau inconscient. Il parlait des archétypes comme des formes héritées de toute éternité et des idées qui n'ont au départ aucun contenu particulier. Pendant sa vie la personne fait cohabiter ces formes avec ses propres expériences. Un individu peut aussi porter ces formes avec un contenu particulier hérité du karma collectif de ses ancêtres. Par exemple, j'ai personnellement senti une attirance pour le monde spirituel et l'esprit de la terre et je me demande dans quelle mesure mon attirance était un karma archétypal issu de mon héritage irlandais.

Jung proposa au départ que ces archétypes étaient une expression du karma d'un individu. Le karma pourrait être une sorte d'hérédité psychique aux caractéristiques particulières, comme la couleur des yeux et des cheveux au niveau physique. Au niveau psychique ce sont des qualités universelles, des archétypes. Il proposait que l'essentiel de notre vie est constitué de qualités qui restent inconscientes et même pas spécifiques à notre personnalité. Il suggérait même que les complexes pourraient "démarrer un siècle ou plus avant la naissance d'un homme."

C'est grâce à ce rêve et à d'autres que Jung commença à accueillir l'idée métaphysique de la réincarnation et le concept de l'héritage personnel hérité de vies passées. Il sentait que son karma personnel était en relation avec une poursuite de connaissance, plus spécialement autour du développement de la triade divine et de sa confrontation avec le principe féminin. Dans sa propre recherche, il se demanda si son karma provenait de ses propres vies passées ou s'il venait de l'héritage de ses ancêtres. Il écrivait, "Je pouvais m'imaginer sans problèmes avoir vécu dans les siècles passés et avoir rencontré des questions auxquelles je ne pouvais pas encore répondre. Il fallait que je renaisse parce que je n'avais pas accompli la tâche qu'on m'avait attribué. Quand je mourrai, mes actes me suivront – c'est comme cela que je l'imagine. J'emporterai avec moi ce que j'ai accompli."

Bert Hellinger est un autre psychiatre moderne qui a développé cette idée de karma familial avec sa technique thérapeutique empirique des constellations familiales. Dans une constellation, on place dans une pièce les membres et les ancêtres de la famille du sujet, dont le rôle est tenu par des participants à la session. Pendant que ces participants incarnent les personnages de la famille, ils semblent pouvoir accéder aux énergies inconscientes et archétypales que les membres de la famille du sujet véhiculent. On suppose que rendre ces énergies conscientes et permuter physiquement les rôles de ces acteurs va changer leurs relations et libérer le karma répercuté par la famille du sujet. Des relations karmiques empêtrées dans un système familial peuvent se manifester chez une personne par un état psychologique, une maladie physique comme le cancer ou d'autres habitudes et addictions négatives. Le jeu de rôle dans une constellation utilise une sorte de contenu chamanique qui permet aux individus, qui peuvent même ne pas être conscients de la personne qu'ils représentent, d'amener à la conscience ces forces karmiques nuisibles et de les libérer.

Que l'on interprète le karma au plan spirituel ou psychologique, nous vivons avec les acquis de notre passé, qui influenceront notre avenir. Jung suggérait qu'il fallait basculer le centre de gravité karmique depuis le conscient vers l'inconscient, de l'ego au Soi, plus aligné avec l'âme. Le problème avec la vision populaire du karma est qu'on se concentre sur le niveau égotique du désir et de sa concrétisation. Certaines traditions orientales peuvent nous apporter des perspectives précieuses sur le karma et nous aider à nous orienter vers la partie inconsciente plus profonde de nous-mêmes qui s'exprime par notre incarnation dans cette vie. Pour capter cette partie plus profonde vous pourriez vous poser la question, "Quel trajet a accompli mon âme dans cette vie ? Comment puis-je y porter attention et le suivre ? Suis-je en train de suivre les passions émotionnelles qui m'ont été attribuées par ma famille, ma tribu ou ma culture, rattrapé par ces transes collectives ? Si je m'en sens prisonnier, comment puis-je m'en libérer ?

Traduit par le BBB.

2 commentaires:

  1. bonjour,
    en lien une série de 3 vidéos sur les archétypes transgénérationnels,(dont je me demande bien si je les avait vues ici !Oo)
    bonne fin de journée
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=k___jSxFfRo

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  2. Réincarnation et karma sont les deux faces d'une seule et même réalité. Cela correspond à une exigence incontournable de l'économie spirituelle qui, quel que soit le dynamisme de l'univers, doit toujours rétablir l'équilibre. Cette constatation relativise sinon disqualifie les approches toutes plus ou moins égotiques recensées dans l'article de F. Marsolek.

    À cet endroit, je déplore de nouveau qu'aucune mention ne soit faite des éclaircissements nombreux que R. Steiner a apportés dans ce domaine. Elles apportent des réponses bien plus claires et mieux adaptées non seulement aux individus que nous sommes en tant qu'Occidentaux, 2000 ans après Jésus-Christ, mais à la communauté humaine toute entière. J'y ai fait allusion dans mes commentaires sur les précédents articles sur la réincarnation. Voir liens plus haut!

    Hortense

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