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vendredi 11 octobre 2013

Le Feng Shui, une pratique ancestrale à redécouvrir (2/2)


Les réactions modernes au feng shui sont variées. En Chine, le feng shui a été supprimé pendant la révolution culturelle des années 60, mais il a regagné depuis en popularité. Les sceptiques occidentaux, malgré une reconnaissance de certains aspects du feng shui comme étant de bon sens, prétendent qu'une bonne partie n'est que de la superstition. Ce n'est pas une attitude récente. Matteo Ricci, en mission catholique en Chine au 16ème siècle, critiqua le feng shui comme une absurde superstition païenne : "Que pourrait-il y avoir de plus absurde que d'imaginer la sécurité de la famille, les honneurs et l'existence toute entière dépendre de telles vétilles qu'une porte ouverte d'un côté ou de l'autre, d'une pluie qui tombe dans le jardin de la droite ou de la gauche, d'une fenêtre ouverte ici ou là, ou qu'un toit soit plus haut que l'autre ?"

Cette attitude est devenue la norme de la pensée occidentale matérialiste avec la diminution du sentiment d'interconnexion entre l'homme et la nature. Mais elle reflète aussi les conflits qu'ont les chrétiens avec le feng shui. Marcia Montenegro, écrivain chrétienne, en répondant aux perspectives new âge et holistiques disait : "Il est totalement incompatible pour la chrétienté de croire que l'harmonie et l'équilibre résultent de la manipulation et de la canalisation de forces non-physiques ou d'énergies, ou qu'ils peuvent être accomplis grâce à un emplacement correct des objets. De telles techniques, en fait, appartiennent au monde de la sorcellerie".


Même ceux qui adhèrent au feng shui critiquent les versions diluées et commercialisées faites sur mesure pour la consommation du new âge occidental. Il existe tout un éventail de produits feng shui métaphysiques disponibles pour améliorer la santé, maximiser son potentiel, améliorer la vie sexuelle et faire tourner la chance du bon côté. Ces produits ne tiennent certainement pas compte des énergies de situations spécifiques, des relations ou de l'environnement, qui est au cœur du feng shui. Pourtant, bien que le feng shui soit perçu par certains comme une sorte de divination ou une sorcellerie d'un côté ou des "gri-gri" sans intérêt de l'autre, beaucoup de gens l'utilisent et y accordent de la valeur.
Un occidental profane sans connaissance énergétique de sa relation au monde pourrait, après avoir lu un livre sur le feng shui, envisager sa relation au monde qui l'entoure d'une nouvelle manière, changer la position de ses meubles et ressentir un changement qualitatif de son espace. Le résultat possible serait de sentir, au minimum, un épanouissement.

Dans le grand public, un nombre grandissant d'architectes, de scientifiques environnementaux et de décorateurs intègrent les idées feng shui dans la conception d'édifices contemporains. Ces professionnels ne se plongent pas dans la métaphysique intuitive du feng shui, ils en prennent plutôt les éléments pratiques, tangibles qui fonctionnent et les utilisent avec art. Les paysagistes écologiques ont aussi découvert le feng shui et mettent en œuvre ses principes dans leurs plans. Les seuls endroits où subsistent d'anciennes forêts dans certaines régions de Chine sont "les bois feng shui". Ces régions ont été préservées et sont considérées aujourd'hui comme faisant partie de l'héritage culturel, une continuité de l'histoire et la préservation d'espèces végétales et animales. Des écologistes déclarent que la présence de ces forêts illustre clairement la résonance du feng shui avec les idées populaires écologiques comme la durabilité et un environnement sain.

Les édifices et espaces conçus avec le feng shui attirent les clients. Les gens aiment les espaces et comment ils s'y sentent et les bâtiments se vendent. Pareillement, sous sa forme traditionnelle de l'ancienne Chine, c'était la vocation du géomancien de placer toute structure précisément dans un paysage en accord avec un système mystérieux et magique grâce auquel les lois de l'harmonie et de la nature sont exprimées. Tout élément du paysage était placé avec précision pour produire un effet qui était finalement perçu comme beau. Certains diraient même que la beauté perçue dans un paysage pourrait se produire quand les lignes de qi sont en équilibre.

Ces systèmes d'harmonie et de beauté sont de manière frappante semblables à la façon dont les grecs anciens, et certains pensent aux égyptiens avant eux, utilisaient le nombre d'or pour guider la construction de leurs temples les plus sacrés. La lettre grecque phi symbolise le nombre d'or, 1,618, qui aurait été incorporé dans les pyramides égyptiennes, le Parthénon en Grèce, Notre-Dame de Paris et même le Taj Mahal en Inde – tous édifices que nous considérons toujours comme imposants. La spirale exprimée par le nombre d'or reflète aussi certaines des formes esthétiques les plus agréables trouvées dans la nature. Ainsi, il existe quelque chose qui fait que les humains veulent vivre dans un endroit de beauté et d'équilibre énergétique. De tels endroits nous inspirent à vivre des vies plus saines. De nombreuses cultures différentes ont tenté d'élaborer des manières de créer la beauté et l'équilibre de manière prévisible.

Un autre intérêt en lien avec le feng shui réside dans le réseau mystique des lignes énergétiques terrestres découvertes en Grande-Bretagne. Au départ Alfred Watkins inventa le terme "lignes énergétiques terrestres" pour parler des alignements naturels et de la main de l'homme de caractéristiques géographiques, comme les collines, les sources, les anciens monuments et les structures mégalithiques. Dans les années 60, John Michell suggéra une corrélation entre les lignes énergétiques terrestres et le feng shui, disant que les lignes peuvent ne pas être seulement physiques, mais qu'elles peuvent aussi contenir des propriétés énergétiques ou métaphysiques. On a suggéré que les monuments préhistoriques et les mégalithes étaient placés intentionnellement sur ces alignements en raison de leurs propriétés énergétiques.

L'écrivain et chercheur Tom Graves, dans son livre, Aiguilles de Pierre, proposa ensuite que les peuples anciens qui avaient construit les mégalithes vivaient dans une conscience de leur relation aux énergies de la terre. Il proposa qu'ils avaient une vision différente de "l'esprit" du lieu, le genius loci. Selon notre état d'esprit moderne, matérialiste, les lieux ne sont que des marchandises à acheter et vendre. Dans la vision ancienne païenne, les lieux possédaient un caractère sacré, une importance spirituelle qui pouvait même ne pas être relié aux caractéristiques physiques de l'endroit. Dans ce contexte, il proposa que certains des menhirs pouvaient avoir été placés sur les lignes d'énergie de la terre, de manière très similaire à un acupuncteur qui traite le corps humain. Cela fut fait à dessein pour changer l'énergie d'un lieu, relâcher des blocages et même induire un emplacement plus sain pour faire pousser les cultures et faire vivre les gens.

Bien que le concept de genius loci soit moins populaire aujourd'hui, les gens sont toujours à s'inquiéter de la condition et de la viabilité d'une maison, d'un village, d'une communauté ou d'une région entière. En occident, de nombreux penseurs écologistes et même des physiciens voient que l'environnement physique et énergétique dans lequel nous vivons possède vraiment un effet sur notre santé. En orient, cette attitude existe depuis des siècles et est toujours très vivace. Le gouvernement de Hong Kong a récemment rapporté qu'environ 1,2 million de dollars ont été dévolus depuis 2000 pour des villages afin de mener des rituels pour restaurer le feng shui. Ces restaurations sont faites en réponse aux constructions, aux mines et autres formes d'industrie. Ce n'est pas une pratique nouvelle. Dans la première partie du 20ème siècle, le gouvernement chinois détruisit une ligne de chemin de fer parce que le train "détruisait le feng shui de dizaines de milliers de personnes des deux côtés de la voie". Il semble que ce n'était pas train en soi qui n'était pas acceptable, mais que la vitesse du train causait spécifiquement les problèmes avec le feng shui des habitants.

Le feng shui est l'exemple culturel d'une croyance que vivent de nombreux peuples indigènes – que la totalité du monde est interconnecté, vivant, et en relation avec l'humanité. La prise de conscience de l'interconnexion et de la relation à la nature grandit dans l'esprit occidental, qui tentait dans le passé de rompre psychiquement avec de telles croyances "primitives". Le feng shui et les autres pratiques énergétiques sont davantage utilisées aujourd'hui en partie parce qu'ils comblent nos besoins quotidiens. Nous nous sentons mieux et les bâtiments que nous habitons fournissent un sentiment de beauté à nos vies. C'est peut-être aussi que nous émergeons de notre maladie collective d'isolation et de déconnexion, que nous avons besoin de trouver des moyens de nous souvenir de notre exquise et curative implication avec le monde vivant dans son ensemble.

Source
Traduction par le BBB.

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