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lundi 29 juillet 2013

Voyage à Fukushima (1ère partie)


--> Un article qui aura une suite avec un reportage photos du voyage et des analyses de plantes mutantes.



Mon voyage dans la région de la catastrophe nucléaire de Fukushima (partie 1)



Par le Dr Richard Wilcox
26 juillet 2013



Le 20 juillet 2013, Yoichi Shimatsu et moi-même sommes partis de la gare de Ueno de Tokyo pour visiter la région de la catastrophe nucléaire de Fukushima et découvrir ce qu'il était possible de voir.

Chose intéressante, les coordonnées de la ligne de train entre Tokyo et Fukushima est difficile à trouver sur une carte et la ligne aurait apparemment été supprimée ! Serait-il possible que les TPTB (the powers that be) ne veulent pas que les gens explorent cette région étant donné que c'est aujourd'hui une zone interdite de zombis nucléarisés et de chauffeurs de taxi sans tête ?

Notre deuxième jour de voyage était plein d'activités, d'attentes, de précipitations, d'observations et d'émotions. Un voyage à Fukushima est comme la combinaison de la rencontre entre Twilight Zone de Rod Serling , une histoire d'horreur de Stephen King et "Sur la route" de Jack Kerouac.

Je dois remercier Yoichi Shimatsu, qui a accompli le travail soutenu et ingrat de découverte des itinéraires, des endroits pour passer la nuit et des éléments sur le terrain à Fukushima. Personne ne connaît mieux que lui la réalité géographique de la situation de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima. Plus que son incroyable gentillesse et ses connaissances, il y a son incisif sens de l'humour qui lui permet contre toute attente de ne pas trop s'émouvoir.

Le long voyage en train qui ne prendrait que deux heures en temps normal entre Tokyo et Fukushima a été entrecoupé de longues pauses entre les gares, sans raison apparente. Il est indubitable que les régions rurales du Japon ont souffert d'un exode des cerveaux et par conséquent le nombre de passagers ne justifie pas le nombre de trains. Après la catastrophe beaucoup de gens ont déménagé de la zone immédiate, ce qui a réduit le besoin de trains.



Au-delà de ce fait, Yoichi soupçonne que le gouvernement japonais ne veut pas que les gens se décident à mettre leur nez là-bas, Fukushima est aujourd'hui une ZONE MORTE et interdite. Ça l'est vraiment, bien qu'ils pressent certains habitants de revenir. Les familles qui ont quitté la zone immédiate de la catastrophe peuvent vivre maintenant dans des zones plus sûres au sud, mais elles sont obligées de ramener leurs enfants à leur école d'origine pendant la journée, si c'est l'endroit où leur domicile est enregistré.

Quand nous sommes arrivés à Nakaso, une ville du bord de mer sur la frontière sud de la préfecture de Fukushima, mon dosimètre qui est un "Terra-P" (fabriqué en Ukraine), indiquait une radiation de fond de faible à normale. Après que nous ayons déposé nos bagages à l'hôtel en bord de mer et pris la route plus loin au nord, le taux de radiations s'est cependant mis à augmenter.

Nous nous sommes arrêtés dans une ville le long de la route, Hisanohama, qui se trouve à environ 11 km de la centrale. Par une spectaculaire journée d'été nous avons eu la chance de nous promener dans un port de pêche. Les mesures de l'air ambiant indiquaient une moyenne de 0,25 microsievert/h, environ le double du niveau tolérable pour résider à long terme (bien qu'aucun niveau de radiation ne soit connu pour être sain, certaines radiations sont inévitables). La plus forte mesure trouvée à cet endroit venait d'un filet de pêche posé en tas le long de la route : 0,52 microsievert/h. Nous avons mesuré des algues fraîches qui étaient tombées sur la route, algues que consomment les habitants dans leur soupe, elles indiquaient 0,28 microsievert/h. Il ne serait pas recommandé de consommer un tel aliment tous les jours car le césium et autres radionucléides s'accumulent dans le corps plus vite qu'ils ne sont naturellement évacués.

Les bateaux de pêche du port ne servaient plus à pêcher mais à d'autres types de travaux de nettoyage subventionnés par le gouvernement. Il y avait un peu de travail de reconstruction au port, un parking à l'état parfait en bon asphalte était en cours de démolition par un bulldozer. Il est à présumer que les radiations ne pouvaient être enlevées, la seule option restante étant donc de débarrasser la surface entière.

Le long de l'océan une immense rangée de maisons avait été balayée par le tsunami du 11 mars, elle devait abriter plusieurs centaines, voire de milliers de gens. Tout ce qui restait c'étaient des fondations recouvertes de sable et d'algues.

Tout au long de la côte nous avons vu des chemins fissurés et des digues fracturées. À Nakaso le tsunami a fait disparaître en fait des îles et éparpillé des barrières de béton le long de la plage.

En revenant à la gare de Hisanohama, nous sommes passés devant une maison où un gars en moto avec ses deux petits enfants et sa femme jouaient dans le jardin. Avec une radiation de fond remarquablement plus élevée que la dose recommandée, je me suis demandé quel allait être l'avenir des enfants.

Nous avons repéré aussi de nombreuses fleurs et d'autres formes de végétation à l'aspect suspect. Selon Yoichi, les radiations ont poussé certaines fleurs de la zone nucléaire à se dérégler et à dépasser leur taille normale (un sujet de future recherche). Yoichi a noté que les effets des radiations affectent différentes plantes de manière non similaire, certaines sont peu ou pas touchées ; d'autres, spécialement les fleurs, peuvent recevoir de petites doses mais ont d'énormes résultats en terme de mutation.

Une marguerite bizarrement colorée parmi des fleurs à la couleur normale

Yoichi indique la hauteur normale de cette fleur par rapport à cette version géante


Nous savons déjà que le biologiste et expert sur les effets mutagènes, Tim Mousseau, a montré que dans la préfecture de Fukushima une variété d'insectes et d'autres espèces ont été affectés.

"Tim Mousseau a présenté des données irréfutables et formelles prouvant les effets de faibles doses linéaires de radioactivité sur la vie sauvage de Tchernobyl. En d'autres mots, plus la dose est forte, plus le mal est probant. Son équipe continue à enquêter sur les effets sur la vie sauvage de Fukushima et a découvert des résultats semblables perturbants comme des malformations de naissance, des mutations génétiques et des tumeurs. Si cela peut arriver à des insectes et des oiseaux, cela peut arriver à des humains." Et à la végétation.

En quittant la gare nous nous trouvions au milieu d'un très petit nombre de voyageurs. La dernière gare était Hirano. Nous avons pris un taxi pour nous rendre au "J-Village" qui servait de complexe sportif financé en dessous-de-table par les compagnies d'énergie pour que la communauté locale accepte les centrales nucléaires, Fukushima 1 et 2, qui se trouvent dans le secteur.

Le chauffeur de taxi était un homme très âgé à la voix rauque dont le corps après quelques minutes de route commença à s'agiter d'un côté à l'autre, comme s'il allait avoir des convulsions. Que ce soit son grand âge ou les radiations, nous n'avons pas su, mais ce n'était pas bon signe. Nous nous sommes demandés si ce n'était pas une scène de "Men in Black" et s'il n'allait pas démonter sa tête à l'arrivée et la poser sur le tableau de bord. "Ça fera 20 dollars, s'il vous plaît".

La ville d'Hirano a été décontaminée, ramenant les niveaux de radiations à la "normale". La petite cité offrait un beau panorama sur les montagnes d'Abukama. Pourtant, dès les faubourgs de la ville, les niveaux ont grimpé jusqu'à 0,52 microsievert/h, environ quatre ou cinq fois le niveau considéré comme sans danger pour stationner à long terme.

Une fois atteint le "J-Village" nous sommes sortis et avons fait le tour de l'ancien complexe sportif, dont les défunts terrains de football servaient de parkings et le grand bâtiment de centre d'administration des ouvriers de Tepco. Nous sommes passés devant quelques ouvriers attendant le car, ils ne semblaient pas amicaux et tout le monde vaquait à ses occupations dans l'urgence.

Maintenant à quelques kilomètres de la centrale n° 1 le niveau de radiations était de 0,5 microsievert/h.

Il se faisait tard mais le soleil était encore chaud. La température était légèrement plus fraîche qu'à Tokyo, ce qui en faisait une agréable température pour marcher.

En nous dirigeant vers l'océan en direction de la centrale, nous avons vu d'immenses centrales thermiques. Selon Yoichi, ces usines ont été secouées par le séisme et le tsunami du 11 mars et cela a contribué aux problèmes de Fukushima 1. Sans groupes électrogènes de secours ou de courant extérieur venant de ces groupes, les centrales nucléaires ont été condamnées et sont donc entrées en fusion durant la semaine fatale qui a suivi le 11 mars.

Nous entendions de beaux chants d'oiseaux, mais avons aussi remarqué des fleurs aux formes étranges sur le bas-côté qui semblaient trop grandes et désorganisées ; une plante avait une tige florale dont la longueur variait terriblement. Était-ce le signe d'une mutation génétique ?

En descendant la colline vers l'océan en direction de Tomioka, ville maintenant abandonnée la plus proche de la centrale n°1, nous avons senti tout d'un coup une odeur nettement métallique que Yoichi décrivit comme une "radiation". Tout cela pendant que mon dosimètre devenait fou avec l'alarme qui sonnait et une moyenne de 0,5 microsievert/h de lecture (les dosimètres sont réglés en général pour alerter à 0,30 microsievert, NdT). Ce pouvait être des radiations qui soufflaient vers nous depuis le nord de Fukushima 1. Ce pouvait être une autre substance émise par la centrale thermique proche. Nous crachions régulièrement notre salive au lieu de l'avaler pour nous assurer de ne pas l'ingérer. Quelle que soit cette substance étrangère qui pénétrait dans notre corps, ce n'était manifestement pas sain pour des organismes vivants et il fallait l'évacuer dès que possible.

Le Dr Wilcox expertise des débris faiblement radioactifs

Au bas de la colline qui conduisait à Tomioka nous avions à droite une vue magnifique de l'océan et des maisons en construction à gauche, avec Tomioka dans le lointain environné des montagnes ondulantes d'Abukama sur l'horizon bleu-gris. Une vieille femme jardinait dans un jardin poussiéreux et dénudé, plantant quelques graines. Yoichi et moi portions nos masques et crachions furieusement pour débarrasser notre bouche de la substance étrangère. Ou bien elle ignorait la situation ou bien elle s'en fichait.

Une autre vision troublante, celle de chemtrails qui parsemaient un ciel autrement bleu. Les programmes de géo-ingénierie sont sans aucun doute utilisés au Japon où sont observés quotidiennement des résidus d'épandages d'aérosols.

Nous avons grimpé la falaise dominant l'océan et avons vu ce qui était probablement l'une des cheminées de Fuku 1.

Je ne peux dire avec certitude que c'est le lieu diabolique du mal à l'état pur, qui déversera pendant les prochains millions d'années ses poisons sur les habitants de la planète, mais c'est un endroit qui y ressemble beaucoup, avec les centrales thermiques situées tout près à notre droite et Fuku 2 qui devait être à quelques kilomètres au sud sur la côte, hors de notre vue.

Il n'y avait pas de cornes de diable qui poussait sur l'image lointaine de la cheminée, mais il y avait plein de pins morts autour de nous et une sensation étrange de solitude, ces lieux étant normalement inhabités mais maintenant les routes et les maisons étaient presque toute vides.

Sur le long chemin du retour, nos pieds et nos mollets bien douloureux, Yoichi et moi avons discuté avec quelques employés de Tepco qui marchaient dans la rue mais qui semblaient très sérieux, un tantinet effrayés et totalement surpris de nous voir. Nous nous montrions amicaux mais la plupart de ceux que nous avons rencontré ne l'étaient pas et essayaient de nous ignorer. C'était un glauque village japonais.

En traversant un grand pont nous avons aperçu un très grand nombre de sacs de matière blanche emballant des débris, empilés trois par trois sous le pont (ni vu ni connu!). Il devait y en avoir des milliers, chacun devant peser des tonnes s'ils contenaient de la terre. Ils semblaient lourds et solides.

Autour du J-Village et de la ville d'Hirano nous avons vu de nombreux hommes japonais qui semblaient, et qui l'étaient probablement, des militaires ou des policiers. Ils étaient jeunes et en forme en train de faire leur footing en début de soirée (respirant dans un environnement irradié) et surveillant le moindre truc inhabituel. Ils nous ont vu mais n'ont jamais fait attention à nous et personne n'a jamais posé de questions ou nous a harcelé. Quelques mois plus tôt en passant dans un endroit, près d'une statue de Bouddha, un policier en civil a passé Yoichi au grill pendant 20 minutes en lui demandant ce que diable il faisait là. Il a expliqué qu'il prenait la statue en photo ! Toujours avoir une couverture.

En approchant d'Hirano, le niveau de radiations s'est soudain abaissé, en raison d'une décontamination intensive qui avait dû être effectuée. Passer de 0,5 à 0,15 microsievert/h sur une si courte distance était un changement spectaculaire vers du mieux et nous pouvions respirer plus facilement. Je supposais que la décontamination avait dû être pratiquée assez souvent pour conserver ces niveaux faibles. Même si 80 % des radiations émises par les fusions d'origine étaient lessivés du territoire, les 20 % restant ont une liaison moléculaire avec les substances auxquelles elles sont attachées.

Les réacteurs nucléaires continuent bien sûr à laisser fuir des quantités importantes de radiations dans l'air et dans l'eau, et bien que le taux soit bien moindre qu'avec les explosions d'origine, c'est toujours une source actuelle de contamination importante.

Nous avons enfin atteint la gare, mais le dernier train venant de l'enfer ne partirait pas avant un certain temps. Dans une ville autrement effrayante et presque abandonnée, nous avons trouvé un petit restaurant qui servait du vin de riz japonais et du poisson qu'on servait aux ingénieurs gérant localement le nettoyage.

J'ai arrosé avec le jus d'un quartier de citron pour faciliter l'enlèvement des radiations (je consommerai la semaine prochaine du curcuma pour détoxiquer mon corps). Avec une certaine appréhension, mais épuisés et affamés nous avons dévoré le poisson "Suzuki" très salé et très goûteux. La préfecture de Fukushima inspecte tous les produits alimentaires sur le plan des radiations (avec un niveau autorisé de 100 Bq maxi par kg) alors que les préfectures environnantes ne le font plus.

Quelque peu ivres nous trébuchâmes jusqu'au train pour la destination suivante où nous avons mangé un plat de nouilles. Maintenant, bien en dehors de la zone irradiée, nous avons parlé avec des habitants amicaux tout le long du voyage. Nous avons bu d'autre vin de riz et écouté les histoires d'habitants plein d'entrain, qui parlent plus fort et plus franchement que les gens de la ville. Il y avait une serveuse toute maigre et non avenante avec des dents de lapin qui remplissait nos verres et un hôtelier qui s'enfilait des bières, écoutait les Beatles et nous disait 3 fois plus fort que la normale comment jouer du shamisen, un instrument de musique japonais à cordes. Il était chef sushi dans le passé mais il met maintenant moins de poisson au menu.

Un jeune enseignant qui résidait à l'hôtel avec sa famille m'a dit – après lui avoir demandé avec insistance – que les gens de la région nord-est étaient toujours inquiets de la situation nucléaire. "Très inquiets".

La longue journée se termina après une marche de plusieurs kilomètres et la dégustation de litres de saké et dix mille plaisanteries entre moi et Yoichi sur l'état désespéré du Japon avec son cauchemar nucléaire et le manque de motivation du public pour résoudre le problème. J'ai dormi en paix cette nuit-là dans une zone sans radiations avec la jolie clameur de l'océan sous ma fenêtre, les vagues ont lavé tous mes soucis.


La deuxième partie de cet article sera un reportage photo du voyage à Fukushima. Je donnerai davantage d'analyses techniques sur les nuisances radioactives pour les plantes.


Richard Wilcox possède un doctorat en études environnementales orienté sur les sciences sociales et le point de vue holistique. Il enseigne dans plusieurs universités de Tokyo. Ses articles sur les sujets de l'environnement, y compris la catastrophe nucléaire de Fukushima, sont archivés sur son site http://wilcoxrb99.wordpress.com/ et sont régulièrement publiés sur Activist Post et Rense.com.



Source
Traduit par le BBB.

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