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lundi 1 juillet 2013

Les Centuries de Nostradamus revisitées

Je serai incapable de recenser le nombre de livres écrits sur Nostradamus, mais plus de 500 ans après sa mort, les quatrains des Centuries sont toujours cités ici et là pour accréditer la véracité de ses "prophéties" et les faire coller à des événements passés, présents ou futurs. Écrits dans une langue incompréhensible, souvent "sans queue ni tête", les quatrains continuent de susciter des interrogations. Pour qui ou quoi avoir écrit ce texte ?

Philipp Coppens, journaliste d'investigation, qui écrit des articles pour de nombreux magazines, dont la version anglophone de Nexus nous propose une énième version sur le mystère des Centuries de Nostradamus.





Recherché pour vol : Nostradamus


Nostradamus. À chaque fois qu'on prononce son nom s'ensuit une discussion acharnée. Était-ce un prophète ? Un charlatan ? Quelle que soit l'opinion, très peu de gens l'ont qualifié de "voleur". C'est pourtant cette dernière appellation de la longue liste d'allégations contre Nostradamus qui pourrait être la seule à s'en approcher et expliquer l'énigme de ses "prophéties".

Michel de Nostredame est né à Saint-Rémy de Provence en décembre 1503. Fils d'un notaire de cette petite ville provençale, il étudie avec des gens tels que Scaliger, voyage en Europe, s'installe comme médecin et devient l'un des plus célèbres prophètes – une renommée déjà acquise de son vivant ; renommée qui le mit en contact avec Catherine de Médicis, reine et régente de France.

C'est par ses prophéties, intitulées "Centuries" que Nostradamus est actuellement le plus connu. Ce sont des poèmes de quatre vers qui ne suscitent pas d'émerveillement poétique particulier. Ils sont largement incompréhensibles et donc parfait document pour créer l'un des plus grands mystères des siècles passés. Des centaines de livres ont été écrits qui tentent de lier les centuries à des événements réels, ou qui doivent arriver. Les nazis étaient apparemment intéressés à les utiliser comme propagande pour leur cause. On a vu pendant la seconde guerre mondiale le capitaine Louis de Wohl, astrologue né en Hongrie et réfugié en Grande-Bretagne en 1935, chargé de combattre la division VI du RSHA (Office Central de la sécurité du Reich), une section du ministère de la propagande, se servir d'astrologie et de fausses prophéties pour convaincre les allemands de la réussite de leur pays. La destinée de l'Allemagne était prévue dans les étoiles. Pour contrer la propagande allemande, de Wohl écrivit des articles sur l'astrologie donnant des arguments contre la possibilité astrologique d'une victoire allemande.

Une nouvelle allégation se répand aujourd'hui, différente des précédentes. Les sceptiques ont souvent affirmé que Nostradamus n'avait aucun pouvoir visionnaire. Certains ont dit que Nostradamus s'asseyait seul la nuit pour des études secrètes et qu'il utilisait les méthodes du néo-platonicien du 4ème siècle, Jamblique. Dans cette méthode, on utilisait l'eau d'un bol que le prophète fixait jusqu'à ce qu'elle se trouble et que des images de l'avenir se révèlent...Une réimpression du livre de Jamblique De Mysteriis Egyptorum fut publiée à Lyon en 1547 et il fut probablement lu par Nostradamus...Les sceptiques pensent en même temps que de nombreux auteurs, comme John Hogue, ont fait un assez mauvais travail en essayant d'expliquer les vers, optant souvent pour une version apocalyptique et essayant toujours de les réinterpréter pour les faire coïncider avec des événements importants, et tenter d'impressionner le lecteur avec la justesse des pouvoirs prophétiques de Nostradamus.

"Les Centuries ont été écrites entre 1323 et 1328 par un moine cistercien, dont la langue maternelle était le picard (le "ch'ti"du 14ème siècle), le parler vernaculaire (sorte de patois utilisé régionalement) de la région des Flandres entre la Dendre (affluent de l'Escaut) et l'Escaut. L'histoire de ce texte qui a coulé de la plume de Yves de Lessines, prieur de l'abbaye cistercienne de Cambron dans le Hainaut, au début du 14ème siècle, est plus extraordinaire que les plus extraordinaires prophéties que les disciples et traducteurs de Nostradamus ont été capables d'inventer". C'est la conclusion de Rudy Cambier, un professeur à la retraite, qui est arrivé par hasard sur les centuries et a noté que le français utilisé par Nostradamus n'était pas celui du 16ème siècle, mais plutôt du picard du 14ème siècle. Pourquoi, se demande Cambier, Nostradamus écrirait-il dans une langue qui lui était complètement étrangère, avec laquelle il n'aurait pas grandi, et dont il ne recevrait aucun bénéfice supplémentaire par son utilisation. Cambier ressentit assurément que quelque chose n'allait pas et il commença sa recherche : lire les centuries comme elles étaient censés être. Son analyse, publiée récemment (l'article date de 2002) est une révélation : toutes les énigmes des Pyrénées apparemment situés près d'Athènes disparaissent, car Cambier est capable d'interpréter les mots bizarres qu'on pensait être du français du 16ème siècle mais qui sont du picard du 14ème siècle. Conséquence ? Le document révèle le nom de son auteur, Yves de Lessines, prieur d'une abbaye cistercienne à qui on a confié pour sauvegarde certains documents à l'époque où les Templiers étaient sur le point de disparaître. De Lessines écrit qu'avant la fin du Temple, certains de ses membres étaient avertis de sa fin imminente, même si tous n'en étaient pas convaincus. Ils voulurent néanmoins sauvegarder prudemment certaines possessions templières et les emportèrent à Cambron, dans une région surnommée "Terre des débats", car elle était un sujet de discorde entre la France, les Flandres et autres prétendants depuis des siècles. C'était un territoire neutre, auquel tout le monde prétendait, mais que personne ne gouvernait. L'idée était qu'après la disparition des Templiers, des envoyés iraient récupérer les possessions. Trois personnes avaient connaissance de la localisation de la cachette, mais elles moururent toutes trois avant l'arrivée des envoyés. Quand de Lessines se retrouva seul survivant, il réalisa qu'aucun envoyé ne viendrait et ne voulant pas emporter le secret dans sa tombe, il écrivit une histoire en 1000 vers – répétant souvent des éléments de l'histoire, décrivant l'emplacement du trésor et la manière de l'atteindre, selon la direction d'où on venait. Et c'est près de Cambron que Cambier comprit qu'il existait des endroits nommés aussi bien Pyrénées qu'Athènes – les mystères des Centuries avaient soudain trouvé leur cadre exact. Et pas uniquement ce verset, mais tous les autres prenaient soudain leur sens. Plus que des prophéties, c'était donc un guide sous forme de poème.

Cambier a donc établi un lien entre la réponse à l'énigme de Nostradamus et la grande question de la survie des Templiers. Il semble donc que d'un côté une énigme ait été résolue en en ajoutant une autre... La survie des Templiers a fait l'objet de nombreux livres. Les Chevaliers du Temple étaient au départ des moines-guerriers défendant les pèlerins allant en Terre Sainte. Mais ils devinrent plus, dont de puissants banquiers, et ce fut la perte de la Terre Sainte, leurs puissants alliés et leur position économique qui firent passer le roi de France (Philippe le Bel) à l'action, demandant l'arrestation de tous les Templiers de France le vendredi 13 octobre 1307. Clamant au départ leur innocence, des tortures entraînèrent leur confession ; quand ils se rétractèrent plus tard, une faille légale les condamna – certains à mort, et leur Ordre à être dissous. Mais en octobre 2001, un historien italien a découvert qu'il existe toujours un document détaillant que les Templiers avaient été vraiment reconnus innocents par des enquêteurs du pape ; mais l'innocence n'avait pas suffi au pape pour l'empêcher de se plier aux désirs du roi de France.

Au 18ème et 19ème siècle en particulier, avec la montée de la franc-maçonnerie, des aristocrates écossais et français déclarèrent qu'ils avaient la preuve d'une survie secrète des Templiers après 1312. Ils seraient devenus une sorte de force résistante ésotérique souterraine. Au 20ème siècle, l'idée prit un nouvel élan : le mythe du prieuré de Sion fut créé dans lequel on disait que certains Templiers auraient perpétué la croyance sinon la connaissance qu'ils étaient les descendants vivants de Jésus et Marie-Madeleine, prêts à prendre le trône d'une Europe unie. Cela a conduit à de nombreuses fausses affirmations par des gens prétendant posséder des documents secrets qui, révélés, montreraient les vraies dimensions du mystère templier. Cela a aussi conduit à des suicides de masse de l'Ordre du Temple Solaire en Suisse, en France et au Canada, tous croyant poursuivre la tradition templière et pensant que leurs actes préfigureraient un "Nouvel Âge" pour le Temple.

Il semblerait au départ que Cambier a purement et simplement contribué à cette mythologie. Mais il a en fait déclaré que la tradition templière semble ne s'être pas poursuivie. Si son interprétation des vers est correcte, le Temple ne se perpétua pas et le trésor est resté à l'endroit où il a été enterré il y a si longtemps. Quand Cambier détermina l'emplacement détaillé dans les vers, des fouilles superficielles révélèrent qu'il existait vraiment une chambre murée. Quand il informa officiellement les autorités de son intention de creuser, on lui en refusa gentiment la permission. Puis il demanda à scanner le sol. Les analyses au scanner montrèrent qu'il y avait bien des tonneaux dans le sous-sol. Les scanners furent même capables de montrer qu'ils contenaient du métal, reconnaissant donc ce que de Lessines écrivait dans ses vers : des documents (précisés en tant que règles, choix de chapitres et décrets prouvant la trahison du pape) et aussi, parce que c'étaient des gens pratiques, de l'argent et de l'or, le tout enfermé dans 21 tonneaux dûment graissés à l'extérieur pour protéger leur contenu d'un dégât des eaux.

Donc les documents que les Templiers considéraient comme importants existent toujours. Ils sont prêts à être exhumés, entreprise qui exigera beaucoup de précaution pour garantir la survie des documents une fois exposés à l'air. Mais les autorités belges essaient de bloquer l'entreprise qui a reçu un très grand intérêt d'organisations néo-templières, qui espèrent manifestement que la découverte apparaîtra favorable grâce à leurs propres efforts.

Quel est donc l'argumentaire de Cambier ? Une bonne partie repose sur le fait que pour une raison bizarre, Nostradamus avait détruit le manuscrit original des Centuries – alors qu'il a préservé ses autres manuscrits. Pourquoi, comme il le mentionne lui-même, l'a-t-il jeté au feu ? Pour Cambier, la seule réponse logique est qu'il détruisait les preuves : il avait profité de son crime, et maintenant il les éliminait. L'absence du manuscrit a constitué un problème majeur. En 1930, un auteur anonyme a même écrit un essai de 20 pages soutenant qu'il n'y avait jamais eu de manuscrit original. D'autres, au fil des siècles, ont sillonné l'Europe à la recherche de l'édition originale des prophéties de Nostradamus, recherche souvent décevante. Les preuves semblaient affirmer que Nostradamus ne les avaient jamais écrites et que ce n'est qu'après sa mort, qu'elles auraient été créées, en les attribuant à Nostradamus. La théorie malgré tout récemment acceptée est que Nostradamus a bien écrit ce qu'il a dit avoir écrit...ou, en reprenant la position de Cambier, qu'il a publié ce que de Lessines avait écrit deux siècles plus tôt.

Est-il possible que Nostradamus soit un voleur ? Le début de la vie de Nostradamus fut tourmentée, il a perdu sa famille ainsi que le soutien de Scaliger, érudit renommé et son meilleur ami. À la suite de quoi Nostradamus a voyagé en Europe pendant 5 ans (1540-1545). Il n'avait rien à perdre et semble avoir été une personnalité paranoïaque. C'est en essence un vide de 5 ans que certains ont tenté de meubler de légendes comme le fait qu'il se serait agenouillé devant un novice franciscain pauvre, Felice Peretti, qui deviendrait pape de nombreuses années plus tard. On dit qu'il aurait navigué vers l'Égypte ou même en Perse, et qu'il aurait été initié aux anciens mystères. Il n'y a aucune preuve de tels voyages, mais on sait qu'il a voyagé : il visita Lyon, Vienne, Valence, Marseille, Aix-en-Provence et Arles, où il finit par s'installer. La zone de ses voyages semble avoir été le sud de la France, mais il serait allé aussi plus loin au nord.

Un auteur français, Patrick Ferté, pense que Nostradamus a résidé à Orval (en Belgique), où il était connu comme le "Solitaire d'Orval". Un prophète a écrit des prédictions en 1542, qui comprenaient des références au "Grand Monarque", qui apparaît aussi dans les écrits de Nostradamus. L'auteur, Philippe Dieudonné-Noël, ou "Olivarius", était, selon Ferté, comme Nostradamus, médecin, chirurgien et astrologue. D'autres pensent cependant que le solitaire d'Orval était une invention des temps napoléoniens.

D'autres encore, développant cette théorie, ont déclaré que Nostradamus aurait eu la révélation d'enseignements secrets, en lien avec le mystique Prieuré de Sion. À ce titre, il serait devenu "agent secret" de la famille des Guise et de Lorraine. "Il existe d'abondantes preuves suggérant que Nostradamus était bien un agent secret travaillant pour François de Guise et Charles, cardinal de Lorraine", écrit un auteur sur internet. Il n'existe en réalité aucune preuve. Ces gens ont néanmoins considéré les centuries non comme des prophéties, mais comme des messages cryptés, codés pour informer ses alliés de plans pour renverser le régime.

Quelle que soit la vérité, peu importe, car il est connu que Nostradamus a résidé au château de Fain, à une heure de marche d'Orval. Orval est proche de Cambron, où selon Cambier, les Centuries auraient été rangées clandestinement dans une bibliothèque. Bien qu'il n'y ait aucune archive parlant d'une visite de Nostradamus à Cambron, il est possible que la résidence, comme tous les centres religieux, jouait aussi le rôle d'hôtel pour les pèlerins et les voyageurs, dont faisait partie Nostradamus.

D'autres ont allégué que Nostradamus n'était pas un voleur opportuniste. Ils pensent qu'il avait une mission. L'un de ces auteurs, André Douzet, pense que Nostradamus a fréquenté un groupe de gens intéressés par la "connaissance perdue" en relation avec les Templiers et que les voyages de Nostradamus en France et à l'étranger étaient une mission de reconnaissance. Même si c'est vrai, il est clair que cet auteur a raté l'importance des Centuries de Cambron, car ni lui ni quelqu'un d'autre ne s'est donné la peine de retrouver la cachette les documents et objets de valeur.

Ce qu'on sait est que Nostradamus après ses voyages s'est installé. En 1547, il s'est remarié : comme Nostradamus, Anne Ponsard, jeune veuve, était originaire de Salon-de-Provence. Nostradamus, ayant apparemment exorcisé les fantômes de son passé, a démarré une nouvelle famille, consacré sa vie à l'écriture, plus spécialement l'astrologie. Après la publication réussie de ses almanachs, il est clair que Nostradamus voulait davantage. En bref, il vit un trou dans le marché et sentit que la publication des Centuries serait un succès. A-t-il bâclé le travail en écrivant exprès des textes absurdes ? Ou a-t-il décidé de publier les vers volés à Cambron ? La réponse repose dans les souterrains. On sait que quelque chose est caché près de Cambron et ce ne sera que lorsque les autorités belges céderont qu'on découvrira si une partie du trésor des Templiers se situe vraiment là – et si oui ou non on doit qualifier Nostradamus de voleur.

Traduit par le BBB.

5 commentaires:

  1. Je pense que les documents qui doivent se trouver dans cette cachette sont potentiellement des bombes contre un système qui dirige et qui perdure depuis des siècles.
    Je pense que si un jours des fouilles sont autorisé, soit le ménage aura été fait avant, soit l’équipe de fouille sera de mèche pour faire disparaitre certains documents.
    Renne-le-château ne serait apparemment qu'un amuse gueule?

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    1. Marre à la fin, cesse de penser et regarde ta boîte mail.... nous sommes au moins 2 a attendre tes réponses ! ;-)

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    2. Le Nostra-dame-usse de Venise était un juif et tout ce qui émane de cette race maudite et coupée du divin doit être considéré comme émanation de Satan (labite circoncise) et rejeté avec la plus forte virulence.

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    3. @ Dany: j'ai eu ma réponse.

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    4. à Hélios, moi pas, en fait il fait tout pour que j'aille à Oléron avant le début septembre...comme prévu, pour aller lui chercher mes réponses....M'enfin ! ♥ ♥

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