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jeudi 20 juin 2013

Accélérer ou ralentir le temps (1/2)

Un article qui ne se base pas sur des explications à la mode "new-âge.


Pourquoi le temps semble s'accélérer et comment le ralentir

1er septembre 2007

Par Steve Taylor

J'ai six ans, je suis dans la voiture avec mes parents et mon frère, nous faisons le voyage de retour de nos deux semaines annuelles de vacances au Pays de Galles. Il fait nuit et le trajet semble durer éternellement. Je suis assis à l'arrière et regarde défiler les lampadaires et les maisons et je me demande si nous arriverons jamais à la maison.

"Nous sommes presque arrivés ?" je demande à mon père.

"Ne dis pas de sottises," dit-il. "Nous ne sommes partis que depuis une demi-heure".

Ma mère joue avec nous au jeu du "ni oui, ni non" et aux "20 questions" pour faire passer le temps plus vite. Nous écoutons la radio pendant un moment. Puis je m'endors. À mon réveil, il me semble que je suis dans la voiture depuis une éternité et ne peux croire que nous ne sommes pas encore arrivés à la maison.

"Nous sommes bientôt arrivés ?" je demande de nouveau.

"Nous sommes tout près maintenant", dit mon père.

Nous jouons à d'autres jeux et enfin je reconnais les rues de notre banlieue de Manchester. Je m'ennuie et me sens malheureux et je me dis que je ne passerai plus jamais autant de temps dans une voiture.

Le voyage du Pays de Galles à Manchester a pris deux heures quand j'étais enfant et il prend en gros toujours deux heures aujourd'hui (même plutôt moins grâce aux routes en meilleur état). J'ai refait le voyage il y a quelques années et n'ai pu réaliser qu'il semblait aussi court à ce moment-là, de ma perspective d'adulte. Ces deux heures – qui semblaient une éternité quand j'avais 6 ans – n'étaient rien. Mon amie conduisait et nous bavardions, écoutions des cassettes, regardions le paysage gallois laisser place à l'agglomération du nord-ouest de l'Angleterre, et nous étions de retour à Manchester presque avant de dire ouf. C'était un peu effrayant – qu'était-il arrivé au temps que représentaient deux heures quand j'avais six ans ?



Il y a environ un an, j'ai fait un autre voyage qui m'a donné une indication sur la bien plus grande rapidité de l'écoulement pour moi du temps actuel. Je faisais un voyage de 15 heures en avion de Singapour à Manchester, qui semblait aussi durer éternellement. Je ne suis pas un bon passager en avion et ce n'était pas un vol très sympa : nous avons volé à travers deux typhons au-dessus de l'Inde et ce fut "rock and roll" presque tout le trajet. J'espérais pouvoir "tuer" le temps en dormant mais c'était impossible. Dès que je m'assoupissais, l'anxiété me réveillait. Faute de quoi, j'espérais pouvoir au moins faire passer le temps plus vite en me distrayant avec le film diffusé dans l'avion ou en lisant des livres ou des magazines, mais mon esprit refusait avec entêtement de sortir de la réalité permanente de la situation. J'étais conscient de chaque minute qui passait et le résultat était que le temps semblait horriblement traîner. À chaque fois que je regardais ma montre – toutes les quelques minutes à peu près – moins de temps s'était écoulé que ce que j'espérais.

Ma sensation subjective de la durée de ce voyage est, je l'ai compris récemment, très semblable à celle de la durée de mon voyage d'enfant au Pays de Galles. Ces deux voyages me semblaient impliquer à peu près le même ennui et la même impatience et durer le même temps. Ce qui suggère que ce qui était deux heures pour moi enfant équivalait à 15 heures pour moi adulte – ce qui veut dire, ce qui est plutôt effrayant, que le temps passe aujourd'hui environ sept fois plus vite que lorsque j'étais enfant.

Cette histoire semble correspondre au vécu de la plupart des gens. La plupart d'entre nous sentons que le temps s'écoulait très lentement quand nous étions enfant et qu'il s'est accéléré graduellement au fur et à mesure que nous vieillissons. Nous l'avons tous remarqué : la période de Noël semble revenir plus vite chaque année ; on prend juste l'habitude d'écrire la date de l'année nouvelle sur nos chèques et on réalise qu'elle est presque terminée ; nos enfants sont sur le point de finir leur scolarité alors qu'il semble qu'on changeait encore leurs couches hier...

Des questionnaires établis par des psychologues ont montré que presque tout le monde – y compris des étudiants de collège – sent que le temps passe plus vite aujourd'hui que lorsque les gens étaient moitié moins âgés qu'aujourd'hui. Et peut-être le plus frappant, plusieurs expériences ont montré que quand on demande aux gens âgés d'estimer la durée des intervalles de temps ou de "reproduire" la durée de périodes de temps, ils estiment une durée plus courte que les gens plus jeunes.

Nous prenons habituellement conscience de cette accélération à l'approche des trente ans, quand la plupart des gens sont "installés". Nous avons des emplois stables, nous sommes mariés et avons une maison et nos vies sont commandées par la routine – la routine quotidienne du travail, du retour à la maison, du dîner et de la TV ; la routine hebdomadaire de séances de gymnastique (par exemple) le lundi soir, d'une séance de ciné le mercredi, de boire un verre avec les amis le vendredi soir, etc. ; et la routine annuelle des anniversaires, des jours fériés et des deux semaines de congés d'été. Au bout de quelques années nous commençons à réaliser que le temps qu'il nous faut pour accomplir ces routines semble diminuer, comme si nous nous trouvions sur une plaque tournante qui prend de la vitesse à chaque tour. Comme le philosophe français Paul Janet le notait il y a plus d'un siècle :

Celui qui compte plusieurs lustres (1 lustre = 5 ans, NdT) de mémoire a juste besoin de s'interroger pour découvrir que le dernier de ces lustres, les cinq dernières années, est passé beaucoup plus rapidement que les périodes précédentes de même durée. Faites se rappeler à quelqu'un ses huit ou dix dernières années de scolarité : ça semble s'être passé il y a un siècle. Comparez-les avec les huit ou dix dernières années de sa vie : ça semble s'être passé en une heure.

Cette accélération est probablement responsable du phénomène que les psychologues nomment "télescopage en aval" : notre tendance à penser que des événements passés se sont produits plus récemment qu'en réalité. Les mariages, les décès, la naissance des enfants – quand nous nous retournons vers ces événements et d'autres également importants, nous sommes souvent surpris qu'ils soient arrivés il y a si longtemps, et choqués de réaliser qu'il y a déjà quatre ans qu'un ami est mort alors que nous pensions que c'était il y a deux ans, ou qu'une nièce ou un neveu a déjà dix ans alors qu'on a l'impression qu'ils sont nés il y a trois ou quatre ans.


Comme me le racontait un homme de 83 ans, "Je n'arrive jamais à estimer l'ancienneté d'événements. On me demande des choses du genre 'Quand untel et untel se sont-ils mariés ?' ou 'Quand untel est-il mort ?' et je suis toujours loin du compte. Si je dis il y a deux ans, il s'avère que c'était 5 ans. Si je dis six mois, c'est en réalité deux ans". La même chose pour des événements nationaux ou internationaux, comme le décès de gens célèbres, les catastrophes naturelles et les guerres : des études ont montré que les gens les datent aussi trop récemment. Et c'est peut-être parce que le temps accélère quand nous vieillissons. Le temps avance plus rapidement que nous ne le pensons. Il ne semble pas que quatre ans aient passé depuis la mort d'un ami ou la naissance d'un bébé, ou depuis le décès d'une personne célèbre, parce que durant ces quatre ans le temps s'est accéléré sans qu'on le réalise, faisant raccourcir chaque mois et année qui précèdent.



Les théories de la proportionnalité et de la biologie

Donc pourquoi vivons-nous cette accélération du temps ?


Une réponse populaire est la théorie "proportionnelle", qui suggère qu'en vieillissant, le facteur important est que chaque période de temps constitue une fraction plus petite de la vie dans son ensemble. Cette théorie semble avoir été avancée en 1877 par Paul Janet, qui suggérait que, comme l'a décrit William James, "la durée apparente d'un intervalle à une époque donnée de la vie d'un homme est proportionnelle à la durée totale de la vie elle-même. Un enfant de 10 ans ressent une année comme le 10ème de sa vie entière – un homme de 50 ans comme le 50ème, la vie entière pendant ce temps semblant garder une durée constante." À l'âge d'un mois, une semaine représente un quart de la vie entière, il est donc inévitable qu'elle semble durer éternellement. À l'âge de 14 ans, un an constitue environ 7 % de la vie, cela semble donc être aussi une grande période de temps. Mais à l'âge de 30 ans une semaine n'est qu'un minuscule pourcentage de la vie et à 50 ans un an n'est que 2 % de la vie et donc la sensation subjective est que ce sont des périodes insignifiantes de temps qui passent très rapidement.

Il y a du sens à cette théorie – elle offre une explication sur la raison de l'apparente augmentation de la vitesse temporelle si graduelle et si uniforme, avec une cohérence presque mathématique. Il y a quand même un problème à son sujet, car elle tente d'expliquer le présent en termes purement relatif au passé. Elle suppose que nous vivions continuellement notre vie comme un tout et que nous percevions chaque journée, semaine, mois ou année comme de plus en plus négligeable en relation au tout. Mais nous ne vivons pas de cette manière. Nous vivons avec la notion de périodes de temps beaucoup plus courtes, d'une heure à l'autre et d'un jour à l'autre, traitant chaque période en fonction de son caractère propre, indépendamment de tout ce qui s'est passé auparavant.

Il existe aussi des théories biologiques. L'une d'elles est que l'accélération du temps est reliée au ralentissement progressif de notre métabolisme quand on avance en âge. Comme le cœur des enfants bat plus vite que le nôtre, qu'ils respirent plus vite et que leur sang coule plus vite, etc. leur horloge corporelle "couvre" plus de temps en l'espace de 24 heures que le fait la nôtre. Les enfants vivent plus de choses simplement parce qu'ils évoluent plus vite dans le temps. Pensez à une pendule qui est prévue pour fonctionner 25 % plus vite que la normale – au bout de 12 heures du temps normal, elle a parcouru 15 heures, après 24 heures elle en a parcouru 30, ce qui signifie que, d'après le point de vue de cette pendule, une journée a contenu plus de temps que d'habitude. D'un autre côté les gens âgés sont comme des pendules qui fonctionnent plus lentement que la normale, elles se laissent donc distancer et parcourent moins de temps en 24 heures qu'une pendule normale.

D'après une autre perspective biologique, il y a la théorie de la "température corporelle". Dans les années 30, le psychologue Hudson Hoagland a mené une série d'expériences qui montraient que la température du corps entraîne différentes perceptions du temps. Un jour que sa femme avait la grippe et qu'il prenait soin d'elle, il remarqua qu'elle se plaignait de sa longue absence alors qu'il ne s'était absenté que durant quelques instants. Avec un admirable détachement scientifique, Hoagland testa sa perception du temps à différentes températures et découvrit que plus elle était élevée, plus le temps semblait se raccourcir pour elle et plus elle trouvait longue chaque période de temps. Hoagland poursuivit ses expériences à moitié sadiques avec des étudiants, qui impliquaient de leur faire endurer des températures supérieures à 65°C en portant des casques chauffants. Ces expériences montrèrent qu'une élévation de la température corporelle pouvait ralentir de plus de 20 % leur sensation du temps qui passe. Et l'important ici peut être que les enfants ont une température corporelle plus élevée que les adultes, ce qui peut vouloir dire que le temps "s'expanse" pour eux. Et de la même façon, notre température corporelle s'abaisse graduellement en vieillissant, ce qui pourrait expliquer une "constriction" graduelle du temps.

Source

Traduit par le BBB.
À suivre.

14 commentaires:

  1. Bien ce texte, il est vrai que lorsque l'on a de la fièvre, le temps est long, très long...

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  2. Étude très sérieuse, me semble-t-il. Je ne peux que confirmer le bien-fondé de la réponse populaire par la "théorie proportionnelle". Il vient un moment dans la vie à partir duquel on s’aperçoit, d'abord à son propre étonnement, que l'ensemble du déjà vécu se tient plus ou moins en permanence comme à l'arrière-plan du présent. La temporalité devient une sorte de spatialité dans laquelle les années se fondent. Cette perception se confirme lors de certains vécus exceptionnels, lors de ce qu'on appelle à doublement juste titre les "grands instants de la vie". Ils peuvent bien sûr se présenter à tout âge et faire chaque fois perdre la notion du temps qui passe, comme c'était constamment le cas quand nous étions enfants et quand l’été n’avait ni commencement ni fin ! Peut-être pourrions-nous faire en sorte qu’il dure exceptionnellement presque aussi longtemps cette année-ci !

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    1. Merci à Hortense et Brigitte pour leurs commentaires et leurs "conversations" croisées.
      Cela fait un peu de vie sur le blog...

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    2. Je fait juste un petit sondage rapide !
      J'ajoute dans ma liste :
      Hortense et Brigitte ne doivent pas regarder la téloche!
      et de trois.
      Alan

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  3. "l'ensemble du déjà vécu se tient plus ou moins en permanence comme à l'arrière-plan du présent. La temporalité devient une sorte de spatialité dans laquelle les années se fondent."

    C'est exactement cela, car le temps linéaire n'existe pas, et nous n'avons pas besoin de nous y référer, bien au contraire : il ancre dans le matérialisme et nous détourne de l'étendue de nos perceptions, et de nos possibilités d'action.

    Il ne correspond pas à notre vraie nature, à notre vrai fonctionnement, qui est multidimensionnel, qui croise sans cesse les données de multiples sources et "temps" et nous permet de faire sans cesse les connexions logiques qui tiennent les événements entre eux.
    C'est ainsi qu'à partir d'un événement, nous voyons "à travers" le temps les ramifications de cet événement, à la fois dans le "passé" et dans l'avenir.

    C'est ainsi que nous pouvons nous déplacer dans notre "passé" pour le réparer et donc modifier notre état présent.

    Hélios, merci de ta bienveillance à nous laisser la parole sur ton blog.

    Brigitte

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    1. Brigitte !
      ""La temporalité devient une sorte de spatialité dans laquelle les années se fondent.""
      Donc tu as toujours vingt ans !
      A mon humble avis tu déconnes sec !!
      Al

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    2. @Anonyme 19:27!

      Je dois sauver l'honneur de Brigitte. Cette observation vient de moi, et je la confirme, et cela ne me gène pas de déconner. Je rajouterai même une couche en disant que souvent je m'étonne de l'âge que je dois avoir selon ma carte d'identité, et que dois vérifier si c'est exact en me regardant dans la glace. C'est grave, docteur ?

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    3. Oui c'est grave !
      Obliger de regarder sa carte d'identité pour connaître son âge, et ensuite être obliger de vérifier dans une glace si tout est ok !
      Je voudrais pas être a ta place !
      Un autre moyen pour avoir une idée plus précise de ton âge,
      ce week-end sort en boîte et observe bien la réaction des petits jeune que tu inviteras sur la piste!
      Normalement l'entrée est gratos pour les nanas !
      Si le cerbère de l'entrée te laisse passer, c'est tout bon !
      Bon week-end

      PS La consultation est gratuite..... merci la CMU
      Relis Albert Einstein pour vérifier si la temporalité devient une sorte de spatialité dans laquelle les années se fondent.....On sait jamais.
      Docteur Al

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    4. Brave docteur Al, merci du tuyau avec les petits jeunes pour vérifier, je pense que ça procède d'une bonne intention. Mais les trucs gratos pour les nanas c'est très peu pour moi. Quoique ce serait marrant de voir la figure du petit jeune que j'inviterai sur la piste.
      Une autre fois peut-être? Aujourd'hui, je vais assister à un concert de percussions. Gratos pour tout le ponde, j'espère que vous viendrez aussi.
      Et hop! Le bel BEL ÉTÉ peut commencer !

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    5. Merci mais mon âge canonique ne me permet plus d'écouter des percussions !!!
      Une bonne camomille et hop au lit !
      De toute façon l'été est finite !
      Bises

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  4. Une fois j'avais la grippe et je faisais de la fievre. Je n'avais jamais trouver la nuit aussi longue. Je me disais, que la nuit avais durer au moins 21h00. Je comprend maintenant

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  5. Une nouvelle couleur vient d'être in...ventée : GRIS ÉTÉ

    empetirthem

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  6. HS

    http://ufoetscience.wordpress.com/2013/06/21/des-scientifiques-russes-savent-ou-se-cache-la-matiere-noire/

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  7. En lisant cet article, il me revient celui-ci, également très intéressant et qui traite de l'accélération du temps

    http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/article-l-eveil-au-point-zero-et-resonance-de-schumann-88360492.html

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