Bistro Bar Blog

lundi 6 mai 2013

Ultraman, 6 mai 2013 : un ouvrier informateur à la centrale de Fukushima


Tokyo Shinbun : l'ouvrier qui tweetait depuis la centrale de Fukushima et ses deux ans de harcèlement par TEPCO et le gouvernement


L'ouvrier qui a tweeté pendant deux ans depuis la centrale de Fukushima ne s'y trouve plus, mais il a été récemment interviewé par le Tokyo Shinbun. Il a partagé ses informations de première main sur ce que voulait dire travailler dans une centrale nucléaire en train de déraper de manière spectaculaire, sous la direction conflictuelle et inutile du quartier général de TEPCO à Tokyo et du gouvernement national du temps du premier ministre Naoto Kan.


Sur le twitter japonais, et des blogs et forums, des gens ont accusé l'ouvrier dont le pseudo sur Twitter est "Happy" d'être un agent de désinformation de TEPCO. J'ai suivi ses tweets et je ne partage pas ce sentiment. Autant que je le sache, c'est sûrement un ouvrier chez un sous-traitant de premier niveau.

Dans l'interview avec le Tokyo Shinbun, "Happy" décrit ce qu'a été en réalité le "TEPCO qui ne pouvait dire non".
"Le premier ministre dit 'Travaillez 24 heures sur 24', faites quelque chose !"
Au lieu de protéger les ouvriers de la centrale des hommes politiques et bureaucrates ignorants pour qu'ils puissent faire leur travail, le quartier général de TEPCO n'a été rien de plus qu'un garçon de course.
Le gouvernement national sous le règne du parti démocratique du Japon s'en est ensuite mêlé à sa convenance et il n'y a pas eu que Naoto Kan."Happy" dit que l'enquête pour l'enceinte de confinement du réacteur 2 avait été programmée à l'origine en décembre 2011, mais comme le premier ministre d'alors, Noda, avait besoin de déclarer un "état d'arrêt à froid" (en étant moqué et ridiculisé dans le monde entier sauf par l'AIEA et la CRN) et qu'il ne voulait pas entamer un travail potentiellement dangereux pendant ce mois-là, le gouvernement du PDJ a dit à TEPCO de retarder le travail jusqu'à la nouvelle année.

D'après le Tokyo Shinbun, comme archivé sur le blog Asyura (5 mai 2013 ; les liens des articles ne restent pas longtemps sur le Tokyo Shinbun) :

L'ouvrier qui tweetait depuis la centrale de Fukushima et ses deux ans de harcèlement par TEPCO et le gouvernement

Il travaillait à la centrale de Fukushima depuis le début de l'accident nucléaire et il tweetait la situation. Ses tweets en tant que "Happy" sont suivis par plus de 70.000 personnes. Il habite près de la centrale et il y a travaillé pendant de nombreuses années. Nous l'avons récemment interviewé et il nous a dit ce qu'il pensait des deux années passées où il s'est efforcé de contrôler la situation.

C'est comme une zone en guerre

Quand il y a eu l'explosion d'hydrogène dans le bâtiment du réacteur 3 le 14 mars 2011, "Happy" travaillait tout près. Le sol a tremblé avec l'explosion assourdissante et il a reçu une pluie de débris.

"Je pouvais y rester".

C'était comme une zone en guerre. De la fumée montait du bâtiment du réacteur et il y avait des gens couverts d'une suie noire et dont la tenue de protection était ensanglantée. Les gens criaient. Ça semblait irréel."

"Happy" a commencé à tweeter le 20 mars, six jours après l'explosion d'hydrogène.

Pour deux raisons. D'abord, la communication était confuse [dans les premiers jours de l'accident] et il y avait des compte-rendus de médias qui avivaient la peur. Ensuite, il voulait dire à ses proches qui vivaient à Minamisoma en Fukushima avec ses jeunes enfants "qu'il n'y avait pas besoin de trop s'inquiéter", en décrivant calmement ce qui se passait à la centrale.

Ses tweets sont uniques. Il se nomme lui-même "oira" (bureau d'information), écrit "deshi" au lieu de "desu" [à la fin d'une phrase]. Au début, la majorité des lecteurs étaient des mères avec des enfants, qui lui répondaient "Vous m'avez aidée", "Vous m'avez sauvée".

Vie en veilleuse

De nombreux tweets de "Happy" contiennent de francs doutes ressentis pendant qu'il travaillait à la centrale, envers le gouvernement et TEPCO.

Il s'énervait à chaque fois que le gouvernement national et TEPCO affichaient une perspective optimiste sans fondement, ou faisaient des communications sans expliquer complètement les choses. Il dit que ne pas donner les faits activait la peur.

Il était également ennuyé des instructions de travail sans coordination qui causèrent de la confusion les premiers jours de l'accident. Il y a eu une fois où un travail d'électricité et de tuyauteries avaient été programmé au même endroit en même temps et l'un des travaux ne pouvait se faire.

Le résultat de la confusion est toujours visible à de nombreux endroits de la centrale, même deux ans après. Les tuyaux pour transférer l'eau contaminée, les câbles électriques et les câbles de commande des équipements sont installés en vrac au même endroit, par exemple. Même si c'était fait dans l'urgence, il y a la possibilité d'un mauvais fonctionnement et de court-circuits.

"Le premier ministre dit 'Travaillez 24 heures sur 24, faites quelque chose !" était l'une des instructions de la centrale. Ils ont donc mis sur pied des équipes 24 h/24, mais l'efficacité du travail en a souffert.

Il était embêté par les horaires de travail publiés tous les mois sans prendre en compte la situation à la centrale. On lui a dit une fois de se dépêcher pour un travail, parce que le gouvernement national l'avait déjà annoncé publiquement et on l'a appelé sur site au milieu de la nuit malgré un manque de préparation.

Il s'est presque évanoui plusieurs fois pendant l'été avec sa tenue de protection totale. On lui disait de "se reposer", mais les horaires de travail restaient les mêmes. Il sentait que la vie et la sécurité des ouvriers étaient laissées de côté.

Le coût d'abord


En septembre 2011, un bout d'information atteignit "Happy", comme quoi le gouvernement national et TEPCO (le QG) allaient créer un nouveau mot en combinant "arrêt à froid" et "état" et déclarer dans l'année que la centrale était parvenue à un "état d'arrêt à froid".

Mais ils ne savaient pas où en était le carburant en fusion. Le refroidissement des réacteurs ne pouvait stopper, pas seulement à cause des pompes en panne mais aussi à cause de tuyauteries obstruées ou fendues. Les thermomètres fixés aux réacteurs avaient commencé à se comporter n'importe comment. Comment quelqu'un pouvait-il dire que la température à l'intérieur des réacteurs était en dessous de 100° ? "Happy" pensait que "l'arrêt à froid n'était pas possible".

Puis en novembre, il entendit dire qu'ils allaient déclarer, en plus, "la fin de l'accident" (restauration de la centrale vers un état normal].

"Pas possible", pensait-il, mais le travail de percement d'un trou dans l'enceinte de confinement du réacteur 2, qui était programmé en décembre, fut retardé jusqu'à la nouvelle année. D'autres travaux dangereux qui pouvaient gâcher la déclaration ont commencé à être différés.

Le travail à la centrale était au bon vouloir d'hommes politiques avant. "Il y a une élection qui arrive, ne refaites donc les travaux dangereux qu'après l'élection". "Le ministre responsable va partir en voyage après-demain, donc finissez le travail dans la journée".

Après avoir déclaré la fin de l'accident, il y a eu davantage de contrats de travail dont la priorité était de baisser les coûts et la situation de l'emploi des ouvriers s'est détériorée avec des baisses de bonus et de salaire. De nombreux éléments d'équipement installés à la centrale après l'accident étaient là en temporaire, sans une grande considération d'entretien. Quand on suggéra à TEPCO qu'ils devraient les remplacer par des permanents, la suggestion était souvent éconduite par TEPCO, qui disait "Il n'y a pas de budget".

"Happy" doute que TEPCO pouvait se renflouer et mettre fin à l'accident en même temps. Avec des coupes franches comme priorité, des ouvriers expérimentés ne viendraient pas travailler à la centrale parce que leur emploi n'est pas stable et le travail de démantèlement n'avancerait pas, craint-il.

"Peu importe la quantité d'argent des contribuables versée par le gouvernement, il devient une dette de TEPCO. Comme TEPCO reste une société privée, il rend prioritaire une diminution du coût. Ce qui fait que le démantèlement ne va pas avancer vite. C'est un accident nucléaire qui a secoué le monde entier et le gouvernement et TEPCO devraient créer un nouvel organisme qui se concentre uniquement sur la conclusion de l'accident et avancer énergiquement".
L'accident nucléaire qui a secoué le monde avoir été oublié par la plupart des gens dans le monde, particulièrement par ceux dans les nations émergentes comme le Vietnam et la Turquie, qui veulent des réacteurs nucléaires et des centrales fabriqués au Japon dans leur pays respectif, probablement à cause de Fukushima. Ils pensent que le Japon a appris beaucoup de l'accident (ce qui dans leur esprit se fera probablement au fil des ans) et les leçons et les expertises de l'accident seront hautement bénéfiques pour l'avancée nucléaire de leur pays.

Et cela jusqu'à la prochaine fois.

************************

Lire aussi le dernier article de Pierre Fetet, "voir Fukushima n° 54" et l'article et la vidéo sur le Kna blog ICI.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.