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jeudi 11 avril 2013

Un point pas rassurant du tout sur la centrale de Fukushima


Je traduis et poste à suivre les mises à jour d'Ultraman.

Des contretemps mettent en évidence les faiblesses de la centrale nucléaire japonaise


Par Hiroko Tabuchi
10 avril 2013

TOKYO — Plus de deux ans après les multiples meltdown de la centrale nucléaire de Fukushima, une série de contretemps récents – dont une panne de courant occasionnée par un rat mort et la découverte d'une fuite de milliers de litres d'eau radioactive – a mis en évidence combien vulnérable reste la centrale.
Des experts soutiennent de plus en plus qu'on ne peut faire confiance à l'exploitant, TEPCO, pour diriger le nettoyage et le démantèlement des réacteurs prévus pour des dizaines d'années sans contribuer à des risques pour le public et l'environnement.
Le nouveau régulateur nucléaire du pays reste en même temps lamentablement en sous-effectif. Il a annoncé mercredi qu'il enverrait un neuvième officiel sur le site – pour contrôler le travail d'environ 3000 ouvriers.

"La centrale de Fukushima Daiichi se trouve dans une situation instable et l'inquiétude majeure est de ne pouvoir empêcher un autre accident", a déclaré Shunichi Tanaka, président de l'Autorité de Régulation Nucléaire, lors d'une nouvelle conférence."Nous avons demandé à TEPCO de travailler sur une réduction de quelques-uns des plus grands risques et nous en tant que régulateurs augmenterons la surveillance".
La plus grande frayeur à la centrale ces derniers jours a été la découverte d'au moins trois piscines de stockage enterrée sur sept qui laissent fuir des milliers de litres d'eau radioactive dans le sol. Mercredi, TEPCO reconnaissait que le manque d'espace adéquat de stockage pour l'eau contaminée était devenu "critique", et ils ont dit qu'ils commenceraient à vider les bassins. Mais la société a dit que les fuites continueront pendant plusieurs semaines, le temps probable pour transférer l'eau dans d'autres réservoirs.
Les ouvriers ont creusé ces bassins enterrés il y a environ 6 mois pour stocker la quantité en augmentation croissante d'eau contaminée à la centrale. Il y en a environ 400 tonnes par jour provenant de deux sources : le trop-plein du système improvisé de refroidissement après que l'équipement normal ait été détruit par le séisme et le tsunami de mars 2011 et un flux constant d'eau souterraine qui fuit des réacteurs endommagés.
TEPCO stocke plus d'un quart de million de tonnes d'eau radioactive sur le site et dit que la quantité pourrait doubler d'ici trois ans.
Mais comme l'ont découvert avec horreur des experts extérieurs, la société a doublé la fosse des bassins enterrés avec seulement deux couches de plastique chacune de 1,5 mm d'épaisseur et une troisième couche à base d'argile de seulement 6,5 mm d'épaisseur. Et comme les piscines nécessitent plusieurs couches raccordées ensemble, des fuites pourraient faire éclater les coutures, a dit TEPCO.
"Pas étonnant que l'eau fuie", a dit Hideo Komine, professeur d'ingénierie civile à l'université d'Ibaraki, au sud de Fukushima. Il a dit que l'enveloppe extérieure protectrice aurait dû être des centaines de fois plus épaisse.
Le président de TEPCO, Naomi Hirose, est allé à Fukushima mercredi pour s'excuser pour les fuites, qui, a-t-il dit, ont causé une nouvelle angoisse aux résidents locaux. Environ 160.000 personnes ont fui leurs maisons à la suite de la catastrophe et de grands territoires autour de la centrale restent interdits.
M. Hirose a dit que TEPCO allait arrêter d'utiliser les fosses enterrées et pomperait l'eau vers des réservoirs hors sol supplémentaires. Mais TEPCO dit qu'il faudra probablement attendre fin mai pour vider les piscines. M. Hirose a dit qu'il ne pensait pas que l'eau atteindrait l'océan Pacifique, parce que les piscines se trouvent à au moins 800 mètres dans les terres.
"Nous allons récupérer l'eau de ces fosses enterrées et la transférer dans des réservoirs dès que possible", a-t-il dit."Nous sommes conscients que c'est une situation critique à laquelle s'atteler avec urgence".
Mais Muneo Morokuzu, un expert en sécurité nucléaire à l'école de l'université de Tokyo de politique publique, a dit que la centrale avait besoin d'une solution plus permanente pour réduire en premier lieu le débordement d'eau contaminée dans la centrale, et que TEPCO était tout simplement incapable de gérer la situation."Il est devenu certain que TEPCO n'est pas du tout capable de gérer le nettoyage", a-t-il dit. "Ils manquent simplement de compétence et comme Fukushima Daiichi ne va jamais plus produire d'électricité, chaque yen dépensé dans le démantèlement est du gaspillage".
"Cela crée une incitation à faire des économies, ce qui est très dangereux", a-t-il dit. "le gouvernement a besoin d'intervenir, de se responsabiliser et de rassembler des experts et une technologie mondiale pour gérer le démantèlement à sa place".
TEPCO, qui a été nationalisé après la catastrophe, est fauché et a fait de pénibles économies, obligeant les sous-traitants à tailler dans les emplois, les salaires et les bénéfices, selon des médecins, avocats et ouvriers syndiqués qui ont assisté ou représenté d'anciens ouvriers de la centrale.
Les rigoureuses conditions auxquelles font face les ouvriers sont visibles au J-Village, un ancien terrain de sport à environ 16 km au sud du site de Daiichi, où les ouvriers enfilent les tenues de protection et les masques avant d'être conduits en bus à la centrale. Les ouvriers fatigués font des sommes sur des nattes peu épaisses dans des chambres à coucher temporaires ; les ouvriers subalternes ne se permettent pas ce luxe, disent-ils, et doivent passer leur temps libre à errer dans les environs ou à se rassembler autour des distributeurs.
Jun Shigemura, un psychiatre spécialiste du collège médical de la défense nationale qui offre bénévolement des sessions de santé mentale à la centrale, a dit que les ouvriers y montraient des signes de stress post-traumatique et de dépression, augmentant le risque d'erreurs au travail et les rendant vulnérables à un abus de médicaments et même au suicide.
"Il est nécessaire de faire quelque chose pour aider ces ouvriers", dit-il. "Pour eux personnellement et pour le bien de la sécurité de la centrale".
Des experts disent que l'eau contaminée continue d'atteindre le Pacifique. Jota Kanda, un océanographe de l'université de Tokyo, a dit le mois dernier dans un article débat posté sur le site du journal Biogéosciences que les propres mesures de TEPCO pour les niveaux de radiations dans les eaux au large de la centrale suggèrent une fuite continue de césium radioactif dans l'océan.
"Cela suggère que l'eau pourrait fuir de la centrale par des tuyaux ou des canalisations endommagés ou par d'autres voies", a-t-il dit.
Pendant ce temps, la centrale s'est heurtée à d'autres frayeurs. Le mois dernier les piscines abritant du combustible usagé se sont retrouvées sans eau de refroidissement pendant deux jours après une panne de courant. Les ingénieurs ont remonté la piste de la panne jusqu'à un rat qui a pu ronger des câbles électriques, causant un court-circuit.
Juste une semaine plus tard, des ouvriers envoyés pour reboucher les trous à travers lesquels des rôdeurs pourraient entrer pour ronger un équipement important ont trébuché dans des alimentations occasionnant un nouvel arrêt de refroidissement.

Source

Traduit par le BBB.

1 commentaire:

  1. au cas où je ne l'aurais donné déjà ici, je mets ce lien vers un article paru le 23 mars 2011:
    http://germedeconscience.unblog.fr/2011/03/28/coup-daccelerateur-nucleaire/

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