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vendredi 12 avril 2013

SODEXO, une entreprise "au service" du monde carcéral

Si vous avez des enfants qui vont à la cantine ou que vous avez été obligé de faire un séjour hospitalier, il y a de grandes chances que la nourriture provenait de cette multinationale.

Mais, découverte, Sodexo s'intéresse beaucoup aussi au système carcéral :

Sodexo : une “ world company ” au « service » du monde carcéral



Télérama du 5 avril 2013 propose un entretien magnifique avec Angela Davis. Dommage qu’il soit illustré par des photos aussi lugubres de la vénérable militante, dont le visage, aujourd’hui, est toujours aussi solaire. Une bonne partie de cet entretien est centrée sur les  Noirs aux États-Unis, dont la condition s’est améliorée à la marge mais qui souffrent du démantèlement de l’État providence. Les États-Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde. Un adulte sur trente-sept, nous dit Angela Davis, est incarcéré ou sous contrôle judiciaire. Les Noirs, les Latinos sont surreprésentés.
 
Pour Angela Davis, les prisons sont au cœur du système capitaliste : « Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur rentable. Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers. L’industrie alimentaire, d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants. L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour “ optimiser leur coût de fonctionnement ”, au Chili, au Royaume-Uni [par exemple celle de Salford link], en France. L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple. » Ajoutons que Sodexo intervient dans les prisons aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal et en Italie. Tout cela sous l’appellation “ Services de Justice ” (Justice Services).


 
La philosophie de cette multinationale familiale (420 000 personnes réparties sur 34 300 sites dans 80 pays) est de proposer « des Services de Qualité de Vie qui contribuent au bien-être des personnes et à la performance des organisations » (voir son site link). Sodexo est le premier employeur français dans le monde, le septième employeur européen dans le monde et le vingt-deuxième employeur mondial. Elle est présente dans de nombreux milieux : entreprises, cliniques et hôpitaux, aide aux personnes âgées, aux handicapés, collectivités territoriales, établissements d’enseignement, sport et loisir. Et aussi dans la défense. Si, depuis 2001, la société n’est plus présente dans les prisons étasuniennes, comme dans celles des pays qui appliquent toujours la peine de mort, elle nourrit cinquante et une bases de marines étatsuniens.


 
Les relations de la multinationale avec les représentants des travailleurs et les collectivités territoriales n’ont jamais été au beau fixe. Ainsi, en 2010, le procureur général de l’État de New York a condamné Sodexo à indemniser l’État à hauteur de 20 millions de dollars, après des irrégularités constatées dans la facturation de services à vingt et une écoles.
 
Mais revenons à ce qui préoccupait Angela Davis : le processus accéléré de privatisation des prisons de par le monde.
 
Je reprends des éléments d’un article du site OWNI de 2010 (link). Sodexo, mais aussi Bouygues ou encore GDF-Suez raflent la mise à mesure que les incarcérés deviennent des marchandises comme les autres. Aujourd’hui en France, un quart des prisons jouissent de la « gestion mixte », la proportion devant s’accélérer dans les années qui viennent. Le secteur privé prend tout en charge, hormis ce qui relève de la Justice proprement dite (direction, surveillance, greffe) : restauration, hôtellerie, transport, travail des détenus etc. Il y a maintenant plus de vingt ans que cela dure. Angela Davies a parfaitement raison : de grandes entreprises gagnent de l’argent grâce aux prisonniers. En 2009, Sodexo a remporté un contrat d’un milliard d’euros pour intervenir pendant huit ans dans vingt-sept prisons. En d’autres termes, le ministère de la Justice est devenu son principal client.
C’est Albin Chalandon (ancien résistant, ancien inspecteur des Finances puis banquier, le Chalandon de l’affaire Chaumet link), garde des Sceaux de 1986 à 1988 qui a lancé les premiers contrats de gestions mixte. Sa protégée Rachida Dati – également en tant que garde des Sceaux – poursuivra sur cette lancée en permettant à Bouygues de construire, de financer et d’entretenir trois nouveaux centres pénitentiaires. Un contrat d’1,8 milliard d’euros pour une durée de vingt-sept ans. Le fin du fin serait désormais qu’il y ait des centre d’appels dans les prisons !
En bonne libérale, Dati expliquait en 2008 que le privé savait mieux « optimiser » la chaîne carcérale que le public. Cet argument n’a pas convaincu la Cour des comptes : « Force est de constater que ce choix stratégique n’a reposé ni sur des critères de coût ni sur l’appréciation effective des performances, alors qu’il engage durablement les finances publiques » (link).
Mais l’important – en France comme aux États-Unis, où la gestion privée est plus onéreuse que la publique – est que les actionnaires soient contents.

6 commentaires:

  1. Jacqueline
    Je réside un petit village en Lozère à Pierrefiche, Sodexo est devenu actionnaire Fondation Patrimoine de l'église du village évidemment avec d'autres actionnaires dommage que je sois novice en internet je vous aurais envoyer l'effigie,dès que j'aurai mes enfants je vous le ferrai parvenir,malheureusement en France maintenant tout est à vendre,malgré que je sois agnostique.

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  2. Sodexho fournit les lieux d'incarcération, c'est rentable et plus il y a de monde mieux c'est pour les actionnaires. En sachant qu'en France les prisons-hôpitaux et écoles font partie d'un ensemble construit en même temps et en général dans le même secteur et selon le même schéma. Les actionnaires de sodexho, Bouygues, GDF-Suez ont donc intérêt à ce qu'il y ait plus de prisons et de gosses scolarisés dès 2 ans pour grossir leur clientèle. Au niveau scolaire, Des siphonnés du ciboulo parlent de mettre autour de certains collèges des grilles équipées de pointes métalliques en haut. Mais oui, c'est en France que ça se passe. ça commence à dépasser les bornes. Pourquoi pas des barbelés électrifiés ?

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    1. J'ai d’ailleurs remarque dans le collège où vont mes enfants, le même que j'ai fréquenté avant eux, l'espace de recréation c'est réduit de moitié (si ce n'est pas moins!) alors que le nombre d’élèves à doublé depuis! Essai t'on de les habituer au milieu carcéral qui pourrait être leur futur quand on voit qu'une personne honnête à presque plus de chance de se retrouver en prison qu'une racaille multirécidiviste? (Une personne honnête aura plus tendance à bien travailler en prison qu'une crapule) Et tout ça pour le plus grand profit de compagnies privée?!

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    2. Je ne suis pas une baballe, mais, comme on dit, je rebondi sur le sujet de l'école:
      Ben moi, là où j'ai les boules, c'est que ma commune a rasé ma toute 1ère école (maternelle) ...et c'était aussi la toute 1ère école de mon neveu ...pour en faire (si je me souviens de ce que j'ai lu au début du massacre) une sorte de complexe multi-social. Normalement c'est fait pour aider tous les démunis, mais de source sure (1 oncle et 1 tante, qui travaillaient dans ce secteur d'activité il y a quelques années), ce genre de complexe sert surtout a aider les plus fouteurs de merde...
      gwendal

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  3. En Chine et dans d'autres pays, les prisonniers sont une main d'oeuvre pas chère! Voyant qu'ils peuvent être rémunérés, les prisonniers n'hésitent pas à travailler. Et avec l'excuse ou le prétexte de " l'insertion par le travail ", ou réduction de la peine d'emprisonnement, beaucoup acceptent.

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    1. ça me rappelle un des bons mots de Sarko "le travail rend libre"

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